le Kiosque du 16.05.17: « Trumpleaks »; Trump & « fake news »; L’univers parallèle de FoxNews & Breitbart; La fraude électorale; « ATTN: »

Au sommaire du kiosque du mardi 16 mai – 23 degrés à New York

1. Les #TrumpLeaks
2. Fox News dans un univers parallèle
3. Comment Trump obtient ses « Fake News »?
4. Un choix très controversé pour lutter contre la fraude électorale
5. ATTN:, le média militant qui monte qui monte
6. Le reste de l’actualité

 

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1. Les TrumpLeaks

Washington Post – Edition du mardi 16 mai 2017

 

    • La bourde commise par Donald Trump la semaine dernière en révélant au ministre des Affaires étrangères russe et son ambassadeur à Washington dans le bureau ovale, en présence de journalistes russes, des informations ultra-confidentielles a plongé une nouvelle fois la Maison Blanche dans une crise sans précédent.

 

    • Le président aurait évoqué des renseignements fournis par Israël sur les menaces de Daech, l’organisation terroriste, et qu’il n’était pas autorisé à révéler et encore moins pas aux Russes, accusés d’avoir essayé d’influencer les élections présidentielles américaines.
      Hier après midi, le général McMaster, conseiller à la sécurité nationale a démenti les fuites du Washington Post (J’étais présent et ça n’est pas arrivé) avant d’être discrédité par le président lui-même ce matin: Donald Trump a confirmé avoir discuté de questions de sécurité et de terrorisme pour des « raisons humanitaires » et s’est défendu d’en « avoir le droit absolu » en tant que président.

 

    • Comme la semaine dernière pour le renvoi de James Comey, directeur du FBI, les explications de l’entourage du président ont été contredites par l’intéressé et leur réputation un peu plus discrédité aux yeux des journalistes, des Américains et du reste du monde.

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    • Selon le New York Times, Israël aurait fourni aux Etats-Unis ces renseignements, ce qui n’arrange pas les affaires du président et ses relations avec l’Etat Juif puisque la Russie est un pays allié de l’Iran, leur principal adversaire au Moyen Orient.

 

    • Quant au scoop lui-même,  « il restera comme l’un des moments de pure et bouleversante gloire journalistique. Il est difficile d’exagérer combien cette histoire est énorme. Le scoop est encore plus important que la vidéo « grab the pussy » révélée par David Farenthold le 08 octobre dernier » qui avait attiré en quelques minutes des dizaines de milliers d’internautes.

 

    • Comme prévu, le scoop est une fuite qui est parvenue au Washington Post et confirmée rapidement hier après midi par d’autres médias, avant d’être dénoncée par le président et Fox News comme le véritable problème à résoudre aujourd’hui pour la Maison Blanche

 

 

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2. Fox News & Breitbart, dans un univers parallèle

  • FoxNews

    Pendant ce temps, dans le monde parallèle de Fox News et Breitbart, les théories du complot vont bon train, et coïncidence ou non, les deux médias sont revenus hier et ce matin sur un fais divers qui a marqué la campagne démocrate l’année dernière durant les élections présidentielles: La mort mystérieuse de Seth Rich, un membre du Comité National Démocrate le 10 juillet dernier à Washington D.C., tué par armes en rentrant d’un bar, quelques jours avant l’ouverture de la convention démocrate.

  • L’alt right avait accusé, sans preuves, le parti démocrate d’avoir commandité sa mort. L’affaire repart de plus belle aujourd’hui selon Fox News qui affirme que le jeune homme aurait bien été en contact avec Wikileaks, à en croire la correspondance retrouvée sur son ordinateur portable aux mains du FBI – la police n’a pas confirmé les propos de la chaîne d’info et NBC les a qualifié de « théories du complot ».
  • Rebelote mardi soir, après les révélations de l’existence d’un mémo de James Comey qui affirme que Trump lui aurait demandé d’abandonner l’enquête sur son ami Flynn: Fox News a discrédité le rapport de Comey (« c’est un faux scandale ») et a critiqué les journalistes à l’origine de ces révélations.
    Une stratégie dangereuse pour la chaîne de Murdoch, en baisse constante depuis trois mois, notamment chez les 25-54 ans.

    * « Fox News: Seth Rich, murdered DNC staffer, leaked Thousands of internal emails to Wikileaks » Breitbart
    * « What Fox covered instead of the Comey memo » Axios

 

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3. Comment Trump obtient ses « Fake News »?

 

  • L’épisode rapporté par Politico est édifiant: Le chef de cabinet du président, Reince Priebus, cherche désespérément à filtrer tous les documents qui tombent aux mains du président dans le bureau ovale pour éviter tout dérapage ou tweet impromptu.
    En cause? L’initiative de K.T. McFarlan, conseillère adjointe à la sécurité nationale, qui a fait parvenir au président deux exemplaires de Time magazine sur l’imminence de « l’Age de Glace », l’un, faux, publié dans les années 70 et l’autre, vrai, en 2008. La manipulation
     circule depuis plusieurs années chez les amateurs de théories du complot.
    McFarlan a été prise au piège et les conséquences auraient être bien prises si les documents n’avaient pas été récupérés à temps.

    • L’épisode illustre l’impossible mission de gérer une Maison Blanche dirigée par un président impulsif qui a résisté aux structures et aux critiques toute sa vie.

     

  • Trump aime avoir le bureau ovale ouvert aux délégués et conseillers qui partagent et échangent leurs idées et tentent également de défendre leurs positions – ce qui laisse le président vulnérable à des fake news qui pourraient déclencher chez lui des réactions inattendues. Reince Priebus aurait même demandé à ce qu’une liste des appels donnés aux présidents soit mise en place.
  • Quand à l’actualité, Trump lit le New York Times, le New York Post, le Washington Post et Wall Street Journal tous les matins en même temps qu’il regarde les matinales de Fox News, CNN et MSNBC mais la meilleure façon de capter son attention est de lui rapporter la nouvelle face-à face, ce qui peut être a double tranchant si le président est de mauvaise humeur ou si l’info ne lui plait pas.

    * « How Donald Trump gets his fake news » – Politico

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4. Un choix très controversé pour lutter contre la fraude électorale

    • Pour éviter la nouvelle déconvenue électorale de 2016 qui a permis à trois millions d’illégaux de voter en faveur de la candidate démocrate et de faire perdre à Donald Trump le vote populaire (66 millions pour Clinton contre 63 millions pour le candidat républicain), le président a mis en place une Commission Consultative sur l’Intégrité des Elections chargée de lutter contre la fraude électorale, considérée par les Républicains comme « un cancer de la démocratie » et par leurs adversaires comme un moyen de décourager les populations pauvres, minorités et les électeurs démocrates de voter.

 

    • Le président vient de nommer comme vice président de cette commission Kris W. Kobach, le Secrétaire d’Etat du Kansas, fervent supporter d’une restriction du droit de vote et de l’immigration, et cible régulière des associations de défense des droits civils.

 

    • Le Kansas City Star a décrit ce mois-ci Mr Kobach comme « le Javert de la fraude électorale » qui dépense l’argent du contribuable pour résoudre un problème qui n’existe pas: 125 personnes ont été arrêtées depuis 2015 sur les 1,8 millions d’électeurs que compte le Kansas – un chiffre qui ne représente que la partie immergée de l’iceberg selon l’intéressé.

 

    • Pour ses détracteurs, Mr Kobach est un raciste, voire xénophobe, contre l’immigration, qui a consacré sa carrière politique a s’attaquer aux immigrés en situation irrégulière et sa carrière d’avocat à défendre des groupes d’extrême droite. 

 

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5. ATTN:, le média militant qui monte qui monte

    • Grâce à Donald Trump, être militant est devenu très à la mode et peut rapporter beaucoup d’argent – comme le font les chaînes télés ces derniers mois avec les Late Night Shows, ces divertissements engagés et pour la plupart anti-Trump.

 

    • Celui qui cartonne ces derniers mois est un pur produit militant, cool et jeune, « ATTN: », créé à Los Angeles en 2014, dont la mission est de créer « du contenu à partager sur les smartphones seulement » et qui « produit quotidiennement des vidéos, articles et opinions sur des histoires qui méritent votre attention ».

      La mission de « ATTN: » est d’informer les gens pour avoir un impact social, les faire « participer davantage à la vie de la communauté, de la politique et du monde autour de nous » à travers des « vidéos, graphiques, animations, et des bons articles ».

    • Dernière recrue prestigieuse: Valerie Jarett, avocate, femme d’affaires et ancienne conseillère de Barack Obama qui « espère être un intermédiaire pour les parlementaires qui voudraient toucher davantage de monde » 

 

  • La vidéo de présentation:

 

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6. Le reste de l’actualité

  • Sports: « Les 74 pages qui ont créé le baseball professionnel sont à vendre 3 millions de dollars »: les documents officiels de la première National League américaine signée en février 1876 par huit propriétaires d’équipes – The Orange County Register
  • Politique: Paul Ryan, le porte parole de la Chambre des Représentants st parti défendre Trumpcare dans le 6ème district de Géorgie qui doit élire son représentant en juin prochain après le départ de Tom Price dans l’administration Trump. L’élection, très serrée, qui est l’objet d’une attention nationale des médias et des partis républicains et démocrates à vu Jon Ossoff, un jeune démocrate de trente remporter le premier tour. The Atlanta Journal Constitution
  • Médias: Le Chicago Sun-Times et son rédacteur en chef, Jim Kirk, annoncent en une ce matin être à la recherche d’un nouveau propriétaire pour le quotidien qui s’engage à continuer à assurer sa publication en toute indépendance. C’est le plus ancien journal de la région de Chicago (1844). Le propriétaire de Tribune qui possède le quotidien rival Chicago Tribune, est intéressé. 

le kiosque du 15.05.17: Twin Falls assiégée par les fake news; les ennuis de Johnny Depp; Kellyanne déteste son job; SNL; Le Brexit influencé par un proche de Trump?

 

La revue de presse de ce lundi 15 mai 2017

1. Les Républicains en ont ras-le-bol de Trump
2. Kellyanne Conway déteste son job
3. Une ville assiégée par les « fake news »
4. Le Brexit influencé par un proche de Trump
5. Johnny Depp, la dernière chance?
6. Le reste de l’actualité

 

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1. Les Républicains en ont ras-le-bol de Trump

  • « L’absence d’amour, de peur et de nécessité »: ce sont les mots utilisés par Mike Allen (Axios) ce matin en ouverture de sa newsletter pour décrire le sentiment des Républicains face au président: « En presque quatre mois, Trump a été incapable de prendre l’ascension sur son propre parti, surtout au Sénat et dans une moindre mesure à la Chambre des Républicains ».
     

    • Les sénateurs républicains n’ont pas besoin de lui, ils travaillent sur la réforme de l’assurance santé et veulent poursuivre leur enquête sur l’ingérence russe dans les élections.
    • La plupart des Républicains ne l’aiment pas: « Ils le tolèrent et votent en sa faveur parce que Trump soutient les idées du parti républicain. Mais la plupart pense qu’il est en train de tout faire sauter »
    • Personne n’a peur de lui: « Il n’y a pas si longtemps, les Républicains s’inquiétaient des tweets de Trump. Ce n’est plus le cas. Et les Démocrates ne craignent certainement pas un président qui est critiqué par la plupart des Américains. »

 

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2. Kellyanne Conway déteste son job

  • Les deux animateurs de l’émission politique « Morning Joe », diffusée quotidiennement sur MSNBC, ont affirmé ce matin que la conseillère du président, Kellyanne Conway, critiquée pour défendre coûte que coûte son boss, quitte à répandre des fake news (« Bowling Green massacre) ou justifier des « faits alternatifs », déteste son travail qu’elle n’a accepté que pour l’argent et aurait même mentionné une fois « vouloir prendre une douche » après avoir parlé de Donald Trump tellement elle méprisait Donald Trump.
    Avant de travailler pour le candidate républicain, Mme Conway travaillait pour le sénateur Ted Cruz qui a abandonné sa campagne en mai 2016.

     

     
  • Mika Brzezinski a affirmé en février qu’elle n’accepterait plus Mme Conway dans son émission étant donné ses mensonges répétés et son ignorance de ce qui se passe à la Maison Blanche.
    Elle a réaffirmé sa position la semaine dernière en accusant CNN de faire du « porno politique » après invité à deux reprises Kellyanne Conway pour commenter le renvoi du directeur du FBI, James Comey

 

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3. Une ville assiégée par les « fake news »

  • L’intox est tellement grosse et ses répercussions inquiétantes qu’elle fait la une du Los Angeles Times ce matin: Alex Jones, animateur hystérique de l’émission « InfoWars », supporter de Donald Trump, obnubilé par les théories du complot affirme depuis plusieurs mois que la ville de Twin Falls, dans l’Idaho, au Nord Ouest du pays « serait infiltrée par des terroristes musulmans qui répandent des maladies et commettent des crimes violents ».
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  • Les commérages anti-immigrés ont commencé l’été dernier, en pleines élections présidentielles, lorsqu’un petite fille a été agressée par trois garçons un peu plus âgés appartenant à des familles réfugiées: L’affaire a été envenimée par l’extrême droite locale qui y rajouté la Syrie, un couteau, un viol et des actes de barbarie, etc … si bien que les autorités et la police ont dû intervenir pour rétablir les faits (une  sexuelle reconnue par les auteurs) et souligné au passage que les communautés immigrées étaient rarement associées à des activités criminelles.
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  • Breitbart et InfoWars ont pourtant continué à propagé la peur en dénonçant la compagnie de yaourt Chobani, l’une des plus importantes usines de la région, qui s’est engagé à faire travailler les populations immigrées avec des titres comme « Le Yaourtier d’Idaho embauche des immigrés violeurs ».
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  • Twin Falls, 50 000 habitants serait « un modèle d’accueil et d’intégration des réfugiés dans la communauté car elle fait cela depuis tellement longtemps et sa taille rend la transition plus facile pour les réfugiés et la communauté » affirme la directrice du programme de réfugiés du College of Southern Idaho. La ville accueille entre 150 et 300 réfugiés chaque année.
     
    Chobani a porté plainte en diffamation contre InfoWars fin avril.
  • « Idaho town besiged bu refugees? No, Fake News » – The Los Angeles Times

 

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4. Le Brexit influencé par un proche de Trump


 

  • Le milliardaire américain Robert Mercer, actuel co-directeur de la Hedge Fund la plus rentable au monde, Renaissance Technologies (Voir « La fabrique de milliardaires » du 03.03.17) et l’un des plus importants donateurs de la campagne de Donald Trump a menacé de poursuivre en justice The Guardian après la diffusion d’un article ce weekend évoquant son implication dans la campagne anglaise en faveur du Brexit l’année dernière.
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  • Loi électorale anglaise impose le principe d’équité entre les partis dont l’élément clé est le contrôle des dépenses de la campagne: les différentes campagnes ne peuvent fonctionner ensemble à moins qu’elles déclarent conjointement leurs dépenses. Une transparence qui est censée empêcher un parti d’acheter une élection.
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  • The Guardian a mis la main sur un document confidentiel qui lie les deux campagnes du « Leave », celle menée par Nigel Farage et le parti indépendant (UKIP), « Leave.EU » et celle de Boris Johnson, « Vote Leave », l’ancien maire de Londres, pourtant ennemis jurés.
    Ce lien existe entre deux sociétés d’analyse de données, AggregateIQ (basée au Canada) et Cambridge Analytica (compagnie américaine basée à Londres) qui ont respectivement travaillé pour « Vote Leave » et « Leave.EU » sous la forme d’un accord « exclusif » et « mondial » et « perpétuel » qui donne à Cambridge Analytica, l’utilisation de toutes les données de AggregateIQ.
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  • Les deux firmes ont des propriétaires différentes mais sont liées légalement entre elles et financées par Robert Mercer et auraient travaillé ensemble lors du référendum sur le Brexit en partageant la même banque de données. 
    En juin dernier, le directeur de Cambridge Analytica était Steve Bannon, et la compagnie a offert ses services au parti indépendant anglais, ce qui pourrait constituer un enfreint à loi britannique qui interdit l’apport de donations étrangères dans les élections du pays.
     
  • * « Follow the data: Does a legal document link Brexit campaigns to US Billionaire? » – The Guardian
    * « Robert mercer: The Big Data Billionaire waging war on mainstream media » – The Guardian

 

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5. Johnny Depp, la dernière chance?

  • Le cinquième et dernier opus de la série « Pirates des Caraïbes », intitulé « Dead Men tell no Tales », qui sortira le 26 mai prochain, durant le très attendu Memorial Day Weekend, l’un des rares weekends de trois jours des Américains, qui marque le début de l’été, est le prochain grand test pour l’acteur Johnny Depp, dont la carrière et la vie personnelle ont été chaotiques ces dernières années.
  • Selon « The Hollywood Reporter », les studios Disney craignent que les problèmes de l’acteur viennent perturber la promotion du film:
     

    • Des finances catastrophiques: la fortune estimée à 650 millions de dollars se serait évaporée ces dernières années à cause des choix peu judicieux de Depp, des dépenses quotidiennes astronomiques, une famille à entretenir et un divorce coûteux, les frais d’avocats ainsi qu’un personnel d’une quarantaine de personnes.
      L’acteur dépenserait près de deux millions de dollars par mois.
    • Une vie personnelle exposée avec des beuveries excessives, un mariage raté, des accusations de violence domestique qui a d’ailleurs compliqué les conditions de tournage.
    • Une bataille juridique avec ses agents/avocats/comptables de la compagnie The Management Group qui lui réclament une commission pour le dernier « Pirates des Caraïbes », refusée par Depp qui les accuse de fraude et mauvaise gestion de son argent: « Une bataille juridique qui pourrait remettre en cause l’une des traditions les plus établies de Hollywood, celle de donner aux avocats un pourcentage des revenues de leur client sans contrat écrit ».
    • Il a viré l’agent de United Talent Artist avec qui il travaillait depuis presque trente ans, Tracey Jacobs, et a signé avec l’agence rivale, CAA, Creative Artist Agency,
      * « Johnny Depp: A Star in Crisis and the Insane Story of his Missing Millions » – The Hollywood Reporter

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6. Le reste de l’actualité

  • Immigration: Le quotidien des agents fédéraux à la frontière mexicaine (« Border patrol), The San Diego Union-Tribune a passé 72 heures avec eux.
  • Sports: Au moins huit joueurs de la grande équipe de football américain des Miami Dolphins de 1972 souffrent de CTE, l’Encéphalopathie Traumatique Chronique, cette maladie neuro-dégénérative causée par les commotions cérébrales répétées subies lors des violents contacts entre joueurs. – Miami Herald 
  • Société: « Mai signifie aux Etats-Unis la saison des « proms ». Cette tradition sacrée des adolescents est une étude de contradictions. Alors que les jeunes semblent de plus en plus politisés et actifs à travers le pays, des millins dépensent toujours des centaines de dollars pour participer à ce qui ressemble à un bal des débutantes » – Quartz

 

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La couverture du Jour

On en a parlé à plusieurs reprises dans le Kiosque: la formidable saison de Saturday Night Live cette année grâce à l’effet Trump, les élections présidentielles et une équipe d’acteurs talentueux et de guest stars extra
 

16.04.17: A la une des quotidiens

 

A la une des quotidiens dimanche 16 avril 2017: Le massacre de Long Island

Les corps mutilés de quatre jeunes hommes ont été retrouvés mercredi dans le hameau de Central Islip, à Long Island dans la grande banlieue de New York. Agés de 16, 18 et 20 ans, certains nés aux Etats-Unis, d’autres immigrés d’Honduras et d’Equateur, ils avaient disparu la veille au soir et la police a attribué le massacre au MS-13, un gang salvadorien né dans les prisons de Los Angeles dans les années 80, ultra-violent, actif sur l’ensemble du territoire américain, responsable de onze homicides dans le comté de Suffolk l’année dernière.

A l’exception du journal local de Long Island, peu de médias ont relayé ce massacre, d’une part parce qu’il est assimilé à une affaire de gangs, parce que les victimes sont latino – il y aurait davantage d’attention s’ils avaient été blancs – et d’autres parts car ce genre de violence est du pain-béni pour les supporters de Donald Trump et du président qui ne cessent de dénoncer la violence des gangs, « bad humbres », ce qu’est justement MS-13, un gang transnational entre l’Amérique et le Honduras.

« Le massacre de Long Island » est un fais divers sanglant qui illustre pourtant les dangers auxquels font face les jeunes de certaines communautés originaires d’Amérique centrale aux Etats-Unis.
Comme l’explique le New York Times, l’une des victimes, Jefferson Villalobos a fui les gangs du Honduras trois ans auparavant pour trouver refuge dans le sud de la Floride, pour mourir lors de vacances en famille à Long Island.
Lui et un cousin, Michael Lopez Banegas, 20 ans, Jorge Tigre, 18 ans né en Equateur et Justin Livicura, 16 ans né aux Etats-Unis et d’origine équatorienne sont les quatre jeunes identifiés par la police qui suspecte MS-13, La Mara Salvatrucha, d’en être responsable à cause du mode opératoire utilisé pour les tuer: Ils ont été démembrés à l’aide de machettes.
Une cinquième aurait réussi à fuir.

Le commissaire de police du comté de Suffolk affirme que l’une des marques de fabrique de MS-13, partout dans le pays, est d’approcher les jeunes immigrés, parce que « souvent, les familles immigrées qui viennent de s’installer sont souvent dans des positions vulnérables ».

Pour Breitbart, le site alt-right, nul doute qu’il s’agit d’un problème d’immigration:

MS-13 un gang créé, selon le FBI, par des immigrés salvadoriens à Los Angeles, est une menace grandissante dans le pays nourri par les vagues d’immigrés venus d’Amérique Centrale et du Sud à cause de la faiblesse des politiques d’immigration du président Obama.
Breitbart Texas à réalisé une longue enquête sur les activités criminelles de ce célèbre gang. En septembre de l’année dernière, par exemple, un membre du MS-13 qui a été déporté à deux reprises a été arrêté dans le Maryland et inculpé du meurtre d’un adolescent. Dans une autre affaire rapportée par Breitbart, un jeune homme de Virginie a été poignardé et décapité parce que des membres du gang pensaient qu’il était un informateur de la police.

 

 

 

Rachel Dolezal, l’activiste blanche qui voulait être noire

« Je pense que la race est une construction sociale » affirme l’activiste Rachel Dolezal qui a défrayé la chronique en 2015 après un « coming out » un peu particulier: Rachel est blanche mais assure être plus heureuse dans la peau d’une black.

 

Un combat de plus de quinze ans au service de sa communauté, ses dreadlocks et cheveux afro, son teint métissé et une force de conviction extraordinaire ont permis à Rachel Delozal de ne jamais éveiller les soupçons sur sa véritable identité. 
Il y a deux ans encore, elle était une militante reconnue des droits civils, prof à mi-temps d’études africaines, présidente de la « National Association for the Advancement of Colored People » (NAACP) à Spokane dans l’Etat de Washington où elle est également devenue une médiatrice entre la police et la population.
Une carrière bien remplie et plutôt accomplie mais pas forcément du goût de certains habitants, dont le shérif local qui est allé fouiller dans son passé et a découvert le pot-au-rose, grâce au témoignage de ses parents:
Ceux sont qui ont révélé aux médias « la fraude »: Leur fille est née « caucasienne » comme eux et non pas afro-américaine comme elle l’a toujours prétendu.
Ses parents, des chrétiens fondamentalistes qui ont signé comme unique témoin de son acte naissance, Jesus Christ, n’ont jamais accepté, ni compris sa transformation.

Le scandale lui a tout fait perdre: son travail, sa carrière, ses amis, sa communauté et même après avoir reconnue ses mensonges, Rachel Delozal n’en démord et continue de s’identifier à une « noire ».
En 2016, elle d’ailleurs changé son nom en Nkechi Amare Diallo même si biographie,  » In Full Color: Finding My Place in a Black and White World » est publiée sous celui, plus reconnu, de Rachel Delozal.

Interrogée sur CNN ce weekend, elle explique:

Si j’avais eu le temps [en 2015] de parler davantage de mon identité, j’aurai sans doute utilisé une étiquette plus complexe [que afro-américaine], pan-africaine, pro-black, bisexuelle, mère, activiste, artiste mais à la question,
« Etes vous africaine-américaine?
Je ne me suis pas identifiée comme une africaine-américaine (…)
Je me suis identifiée comme noire. Et être noir, c’est une culture, une philosophie, un point de vue politique et social.

 

La biographie permet de répondre à certaines interrogations sur le parcours personnel et comment-est ce qu’elle en est arrivé à faire ces choix: L’adoption par ses parents de quatre enfants noirs lorsqu’elle était adolescente et dont elle s’est beaucoup occupé, l’a ouverte à l’histoire de cette communauté, puis a rencontré un afro-américain « born-again christian » avec qui elle a eu un enfant, à l’âge de 22 ans.
Parallèlement un rejet croissant de l’éducation religieuse drastique imposée par ses parents.

C’est après son divorce qu’elle a décidé de se libérer de « toute répression » et « d’avoir le courage de devenir la personne qu’elle voulait être »: Elle s’est faite des tresses, a mis de l’auto-bronzant et a commencé à dire, a qui lui demandait, que sa seule mère était blanche.

 

Les parents de Rachel Dezotal à droite et à gauche avec son frère et les quatre enfants adoptés dont elle s’est beaucoup occupée

Rachel a commencé à travailler à l’Université et a s’engager de plus en plus dans la défense des droits civiques dont elle est devenue une figure respectée dans son Etat, jusqu’à cette fameuse interview improvisée où un journaliste lui demande si ses parents sont Afro-américains et qui enclenche l’histoire de « Rachel Dolezal race faker ».

Durant la promotion de son livre, l’intéressée affirme, pour ne pas arranger les choses, que son expérience ressemble à celle des transgenres, qui ont une identité sexuelle différente du genre qu’ils ont choisi sauf que chez elle, il s’agit de la race.

La remarque a fait les gros titres ce weekend et suscité encore plus de critiques de la part de la communauté trans et afro-américaine.
Aujourd’hui, plus personne ne veut engager Rachel Dolezal, elle vit grâce aux aides de l’Etat et devrait être évincée de son appartement le mois prochain.
Elle ne parle plus à sa famille, ses amis ont coupé les ponts, il lui reste ses enfants.
* « Rachel Delozal: I’m not going to stoop and apologise and grovel«  – The Guardian

[Les unes – 31.03.17]: Journée sanglante à Chicago

 

 

  • Regain de violence à Chicago

    Des chiffres encourageants pour la ville de Chicago qui a « seulement » enregistré 124 homicides entre le début de l’année et le mardi 28 mars, treize de moins qu’en 2016 – avec un record de 124 homicides pour la même période, 760 sur l’ensemble de l’année et 4 300 personnes blessées par balles.
     
    Ces trois premiers mois ont également vu le nombres de blessés par balles diminuer (685 contre 786 en 2016) mais ces chiffres restent les plus élevés de ces deux décennies, après l’année dernière.
     
    Los Angeles a enregistré 55 homicides et 138 blessés par balles et New York, 56 homicides et 226 victimes pour ce premier trimestre, et les deux villes sont bien plus peuplées que Chicago. 
     
    « La ville a un problème avec les armes » et lutter contre la violence est devenu difficile pour les policiers depuis la diffusion de la vidéo de l’exécution d’un jeune délinquant de 17 ans en octobre par un flic de Chicago aujourd’hui sur le banc des accusés.
     
    Depuis le CPD (Chicago Police Department) a promis à l’ACLU (American Civil Liberties Union) d’Illinois d’enregistrer toutes les arrestations et de détendre la situation, les « laisser tranquille » et « [les gangs] le savent. Il prennent les coins de rue, puis les pâtés de maison, et puis la communauté. C’est un cancer » explique Dean Angelo, président d’un des syndicats de police de la ville.
     
    « Nous avons besoin d’un soutien public et politique et le feu-vert des autorités pour reprendre le terrain »
     
    Vendredi soir, ce premier trimestre « encourageant » pour la Wind City a volé en éclat à la suite de trois fusillades qui ont éclaté la veille dans le quartier du South Shore, et ont fait sept morts dont une femme enceinte, dans un périmètre de quelques blocs seulement et aucun suspect n’a été arrêté. Toutes les affaires pourraient être liées à des gangs, et au moins des trois victimes auraient reçu des balles perdues.
     
    Un regain de violence extraordinaire en une demi-journée seulement qui prouve non seulement la volatilité des statistiques mais l’urgence de continuer à chercher et trouver des solutions pour enrayer ces tragédies.
     
    * « So Far, 2017 Deadly in Chicago » – Chicago Tribune
    * « CPD’s Johnson; 7 South Shore murders not random acts of violence » – Chicago Sun-Times

 

30.03.17: A la une des quotidiens américains

 

  • Indiana: Ces contribuables qui payent pour l’éducation religieuse

    L’Etat d’Indiana « s’est engagé à apporter à tous les enfants l’accès à un enseignement de qualité » et leur offre des bourses à traver l’Indiana’s Choice Scholarship Program – plus connu sous le nom de Voucher Program – selon des critères précis (niveau scolaire, revenus faibles ou modérés des parents) afin qu’ils intègrent l’école de leur choix, si tant est qu’elle appartient à ce programme.
     
    L’Indiana possède le plus important du pays avec presque trois cent établissements d’enseignement, pour la plupart religieux, qui sont sous contrat avec l’Etat.
    Les milliers de familles touchent des allocations (plusieurs milliers de dollars par an) pour envoyer leurs enfants dans des écoles privés – aux frais du contribuable.
     
    Ils étaient 32,686 (soit 3% des étudiants scolarisés) à bénéficier de cette bourse en 2016.

     

     
    Indianapolis Star rapporte qu’une de ces écoles, Colonial Christian, qui a reçu 340 000 dollars du Voucher program l’année dernière, a interdit à ses élèves, sous peine de renvoi, de « promouvoir le style de vie homosexuel ou les identités de genre alternatives« . D’autres établissements « obligent les familles à signer des déclarations de foi préalables à tout recrutement » de leurs enfants qui « doivent observer les mêmes croyances et valeurs que l’école. »
     
    C’est le programme soutenu par les Républicains qui permet aux établissements religieux de bénéficier du Voucher Program, et certains refusent d’accueillir des étudiants qui ne partageraient leurs convictions religieuses et imposent les leurs à ceux qui sont acceptés. Les familles éligibles connaissent les règles, et selon une étude de 2016, la religion serait la première raison pour laquelle elles utilisent cette bourse d’éducation.
     
    « Les écoles qui acceptent les vouchers ont dit à IndiStar que le programme les a aidés à diversifier leurs écoles sans pour autant assouplir leurs critères d’acceptation » – qui ne doivent, selon l’Etat, ne reposer ni sur la race, la couleur, l’origine ou quelconque invalidité. « Elles n’ont pas à reporter à l’Etat combien d’étudiants boursiers elles auraient pu refuser ou les raisons de leur refus ».
     
    Pour les critiques, « les écoles qui sont autorisées à choisir leurs étudiants contribuent à renforcer la discrimination ».
    Donc dans l’Indiana, l’argent du contribuable sert à financer l’éducation religieuse de certains étudiants aux dépens des établissements laïcs et publics

     
    * « How Taxpayers pay for religious education » – Indianapolis Star

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  • Prison ferme dans le BridgeGate

    C’est l’un des scandales politiques les plus médiatisés de ces dernières années qui a coûté son ticket présidentiel au gouverneur de New Jersey Chris Christie, et dont les deux conseillers et auteurs viennent d’être condamnés à des peines de prison fermes: 18 mois pour Bridget Anne Kelly et 24 mois pour Bill Baroni.
     
    Ils ont été reconnus coupables l’année dernière d’un « acte sordide de vengeance politique » contre le maire démocrate de la ville de Fort Lee, Mark Sokolich, qui avait refusé de soutenir la candidature de Chris Christie comme gouverneur du New Jersey en 2013.
     
    La Ville de Fort Lee est située sur la rive de l’Hudson River, reliée à Manhattan par le George Washington Bridge, est l’un des axes routiers les plus fréquentés de la région, et utilisé quotidiennement par tous les habitants du New Jersey qui travaillent à New York City, et vice-versa.
     
    Pendant quatre jours, en septembre 2013, deux des trois accès locaux depuis Fort Lee vers le GWB ont été fermées par le Port Authority, l’autorité en charge de la gestion du pont de part de d’autres de l’Hudson River, créant des embouteillages monstres dans la petit ville du New Jersey.

     
    Un enquête a révélé l’implication des deux conseillers de Christie sans pouvoir déterminer l’implication de ce dernier, qui selon des témoins, était au courant de la manoeuvre.
     
    Donald Trump s’est dit dégouté cet été de voir Chris Christie laisser l’une de ses conseillères être condamnée à sa place et l’aurait convaincu de ne pas le choisir comme vice-président.
    Cette affaire est le « parfait exemple d’un abus de pouvoir » a déclaré la juge hier après midi.
     
    Les deux condamnés ont fait appel

    * « GWB Scandal – Abuse of power« The Star Ledger
    * « 2 get Jail for Bridgegate »The Philadelphia Inquirer

 

27.03.17: Ryan Out? Lynchage à New York – Vers un Government Shutdown? – Google boycotté – President « Big Boy Truck »

 

 

  • Paul Ryan! Out?

    Weekend difficile pour le porte parole de la Chambre des Représentants après le fiasco de l’American Health Care Act, dont il a été l’un des architectes et défenseur le plus zélé – les centaines de tweets postés ces derniers jours sur son compte officiel n’ont guère convaincu.
     
    C’est l’obsession des Républicains depuis le vote d’Obamacare en 2010 et Paul Ryan n’a pas réussi à convaincre son parti alors qu’il dispose du soutien du président, d’une majorité à la Chambre des Représentants, au Sénat et surtout de l’agenda législatif.
     
    La décision de commencer par une proposition de loi aussi controversée a été erreur stratégique qui pèse aujourd’hui sur l’élu du Wisconsin, et dont certains demandent sa démission.
     
    Même si Trump a félicité Mr Ryan pour son travail vendredi après midi après le retrait de l’AHCA, l’échec de l’une de ses plus importantes promesses de campagne le met dans une position de faiblesse pour la suite.
     
    Samedi matin, le président a appelé ses supporters à regarder l’émission de Janine Shapiro sur Fox News qui a clairement appelé à la démission de Paul Ryan: Est-ce une invitation faite par le président au porte parole de la Chambre des Représentants?
    Rien n’indique cette hypothèse ce matin.

     

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  • Tomi Lahren, virée pour de bon

    Le couperet est tombé pour la jeune star et commentatrice conservatrice, Tomi Lahren, qui aurait perdu son émission sur le réseau The Blaze, dirigé par le chouchou du Tea Party, Glenn Beck.
     
    La raison officielle? En quelques semaines, elle a changé d’avis sur l’avortement et s’est déclarée « pro-choice » dans une émission de grande écoute la semaine dernière sur ABC et dénoncé au passage l’hypocrisie de ses confrères conservateurs: « Le conservatisme, c’est le respect de la liberté de chacun, la liberté de porter des armes autant que celle de disposer de son corps. »
     
    Un point de vue assez logique qui n’a plu du tout à son patron qui l’a d’abord suspendue une semaine avant de la licencier hier.
     
    La raison officieuse? Elle faisait trop d’ombre au reste de la rédaction.
     
    On soupçonne également Tomi Lahren d’avoir voulu adopter un ton plus « grand public » pour booster sa carrière et intégrer des médias plus « grand public ». Elle devrait rapidement rebondir, peut être pas sur ABC, NBC ou CBS mais pourquoi pas Fox News?

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  • Planned Parenthood, prochaine casse-tête du gouvernement

    L’une des conséquences du désastre de l’American Health Care Act a été le maintien d’Obamacare mais aussi de Planned Parenthood.
     
    Planned Parenthood est la plus importante organisation de planning familial aux Etats-Unis qui pratique aussi le plus grand nombre d’avortement: C’est pour cette raison que les Républicains souhaitent suspendre les 500 millions de dollars de subventions annuelles qu’elle reçoit de l’Etat fédéral.
     
    Le seul moyen d’y arriver, c’est de faire passer la proposition de budget « American First » dévoilée par la Maison Blanche il y a dix jours et dont le vote doit avoir lieu impérativement avant le 28 avril prochain – sans quoi il y aura un « governement shutdown », c’est-à-dire une « paralysie budgétaire » qui empêche les agences fédérales de fonctionner.
     
    La dernière « faillite » ou « fermeture du gouvernement » remonte à octobre 2013, lorsque les Républicains avait refusé de voter pour le budget fédéral censé financer Obamacare.
     
    « America First » doit être acceptée par la Chambre des Représentants, puis par la Sénat à une majorité absolue de soixante voix – Or les Républicains n’en n’ont que 52 contre 48 pour les Démocrates, et ces derniers soutiennent fermement PP et sont prêts à mettre le gouvernement en faillite pour protéger l’organisation.
     

    « Ce problème représente un autre désastre politique pour le parti républicain. C’est une chose de supprimer le financement de PP dans une loi encore plus importante, appelée Obamacare, c’est une autre chose si c’est le seul centre d’attention

     
    Une fois que les Américains comprennent qu’aucun fond du gouvernement fédéral ne finance l’avortement – des rumeurs qui continuent d’être véhiculées par les Républicains – la plupart des Américains soutiennent l’organisation.

     

     

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  • Sean Hannity prend une leçon

    La vidéo de 45 secondes, extrait de l’émission du journaliste Ted Koppel « CBS Sunday Morning » intitulée « The Great Divide: Politics in the Age of Trump » a fait le tour d’internet et des réseaux sociaux hier.
     
    On y voit Mr Koppel affirmer calmement à Sean Hannity, présentateur star de Fox News et supporter invétéré de Trump, qu’il « est mauvais pour l’Amérique » car il attire les gens « pour qui l’idéologie est plus importante que les faits ».
     
    Sean Hannity était furieux sur Twitter que Mr Kopper ait retenu ces deux seuls minutes, qualifiée de « fake news » et a demandé à CBS de diffuser les 45 minutes d’interview.

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  • « Un homme a été lynché cette semaine (…) Et Donald Trump n’a rien dit »

    L’article de Jamelle Louie publié vendredi dernier dans Slate décrit le meurtre de Timothy Caughman, un ancien travailleur social new yorkais de 66 ans.
     
    Son assassin, James Harris Jackson, 28 ans, a voyagé de Baltimore jusqu’à New York, pour attaquer à un noir.
    Lundi 20 mars dans la soirée, il a repéré Caughman qui triait les bouteilles à recycler pour arrondir ses fins de mois dans le quartier de Hell Kitchen, Midtown Manhattan et l’a poignardé à plusieurs reprises.

     

    Il n’y a rien d’ambigu ici. Jackson a dit qu’il voulait tuer un homme noir pour affirmer le genre de société qu’il soutenait.
    Une fois sa tache terminée, il s’est rendu à la police (…)
    [Son crime] a toutes les caractéristiques des lynchages qui ont marqué le paysage américain à la fin du 19ème jusqu’au milieu du 20ème.
    Ce n’est pas une formule sémantique.
    Décrire cette attaque comme un lynchage c’est insister sur la réalité de la violence anti-noire, sa persistance à travers le temps, et la manière dont elle justifiée.

     
    L’assassin n’a aucun antécédent judiciaire et a grandi dans une famille libéral « pro intégration » mais son idéal de société était « l’Amérique des années cinquante ».
     
    Il aurait voulu faire couler plus de « sang afro-américain » pour convaincre les femmes blanches d’arrêter de fréquenter les noirs – un discours qui ressemble à celui du jeune Dylann Roof, qui a massacré neuf paroissiens afro-américains dans une église de Caroline du Sud en 2015.
     
    Il est détenu à Rikers Island.
     
    *Lynchage à New York* « Timothy Caughman’s Murder was a Lynching » – Slate

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  • Google en eaux troubles

    Les annonceurs qui payent Google des dizaines voire des centaines de milliers de dollars pour diffuser de la publicité sont furieux d’apprendre que leurs produits sont apparus sur des sites d’extrême droite – même lorsqu’ils demandaient de ne pas apparaître sur certaines plate formes.
     
    Résultat: De grandes entreprises comme Verizon ou AT&T [les deux plus services de téléphonie mobile américains] ont décidé de retirer leur publicité du réseau « Google Ad Sense »
     

    Mais le problème est plus large. Une enquête du Washington Post sur une douzaine de sites d’extrême droite aux contenus violents révèle que la plupart d’entre eux sont des clients de ces réseaux publicitaires qui partagent une portion des revenus des annonceurs avec lesquels travaillent les opérateurs

     
    Pour faire simple: Google Ad Sense, le leader des publicités sur internet, gagne et fait gagner de l’argent à des sites extrémistes sur le dos d’annonceurs qui payent Google pour promouvoir leurs produits, et sont critiqués pour apparaître sur ces sites.
     
    Les compagnies de la Silicon Valley ne sont pas légalement obligées de distribuer les pubs selon le contenu des plate formes mais de plus en plus d’annonceurs menacent de ne plus acheter d’encarts publicitaires s’ils risquent de leur faire de la mauvaise publicité.
     
    * « For Advertisers, algorithms can lead to unexpected exposure on sites spewing hate »Washington Post
    * « Publishers Retreat from the Risks of Google-Youtube Advertising »New York Times

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  • « The President and the Big Boy Truck »

    Le journaliste de Buzzfeed News David Mack vient d’écrire un livre pour « tous les âges » contenant de « belles photos haute résolution de Getty Images » sur l’histoire de ce jour spécial pour le président et son amour des camions ».
    Les commandes seront envoyées avant avril 2017, et le livre est fabriqué « dans les grands Etats-Unis d’Amérique » et les mille premières commandes recevront une édition limitée d’autocollants de Trucks
     

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  • March Madness: the Final Four

    Deux équipes favorites ont rempli leur mission: Les Bulldogs de Gonzaga University et les Tar Heels de Caroline du Nord, les deux « surprises » sont les Gamecocks de Caroline du Sud et les Ducks de Oregon University.
    Samedi prochain, les Gamecocks rencontreront les Bulldogs puis les Ducks feront face aux Tar Heels dans le stadium de l’université de Phoenix, Glendale (Arizona)

    USA Today
  • Couverture du jour

    The New Yorker avec une couverture « operating theatre » de Malika Favre

     

24.03.17: A la une des quotidiens américains

 

 

 

  • The Art of the « Failure »

    A vouloir précipiter les choses, le président Trump, qui a littéralement menacé les Républicains de garder Obamacare s’ils ne rangeaient pas derrière Trumpcare hier, vient d’essuyer un premier revers politique important.
    Le vote a été annulé à la dernière minutes pour éviter l’humiliation d’un rejet devant la Chambre des Représentant où les Républicains n’ont pas réussi à s’entendre pour rassembler une majorité simple des 216 voix requises.
    Le président Trump a décidé de suivre l’agenda et la proposition de Paul Ryan: une stratégie qui a échoué à l’intérieur même de sa propre majorité – les démocrates ont bien entendu voté non et eux vont passer un bon weekend.

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  • L’auteur des menaces antisémites est un jeune israélo-américain de 19 ans.

    Il a déclenché une enquête internationale avec l’intervention du FBI et des autorités israéliennes jusqu’à ce qu’il soit arrêté à Jérusalem cette semaine.
    Depuis plusieurs mois, le jeune hacker de 19 ans est à l’origine de plusieurs dizaines de fausses alertes à la bombe lancées contre des centres communautaires juifs un partout aux Etats-Unis, et fait craindre un regain d’antisémitisme dans la foulée de l’élection de Donald Turmp.

    « Arrest Made in thereats to Jewish centers » – Arizona Daily Star

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  • L’une des pires bavures policières du pays

    Jason Van Dyke, inculpé en novembre 2015 du meurtre au premier degrée de Laquan McDonald à Chicago en octobre 2014, vient de recevoir seize nouveaux chefs d’inculpation pour batterie aggravée, pour les seize coups de feu qui ont atteint le jeune homme 17 ans.
    C’est l’unes pires bavures policères qu’ait connu le pays ces dernières années parce qu’elle rassemble tous les ingrédients du scandale des violences policières sur la communauté noire:
    * Enfant d’une mère-fille célibataire, Laquan McDonald est un enfant du système, qui grandit de foyers en foyers, qui est rapidement devenu délinquant juvénile, et rentré dans un gang,avait de gros problèmes scolaires.
    * Jason Van Dyke est lui aussi un enfant de Chicago, mariée avec deux enfants: sur les 12 000 policiers de Chicago il fait des 400 qui a été l’objet de plus d’une vingtaine de plaintes pour usage excessif de la force.

    *Le 20 octobre 2014, McDonald a eu une altercation avec la police, muni d’un couteau, avec lequel il a planté les pneus d’une voiture de police.
    Nez à nez avec le jeune Laquan, McDonald affirme avoir agit en état de légitime défense: La victime a été touchée au cou, à la poitrine, dans le dos, aux bras, à la jambe et la tête. Neuf des seize coups tirés l’ont été dans son dos, lorsqu’il était à terre.
    La mort a été considérée comme un homocide à cause du nombre de coups de feu tirés.

    * De nombreux officiers de police ont tenté de couvrir le meurtre en effaçant les traces des vidéos de surveillance et/ou dashcams (celles installées sur les pare-brises des voitures de police).
    La famille de Laquand a reçu cinq millions de dollars de dommages et intérêts de la ville de Chicago, qui a tout fait pour empêcher la diffusion des vidéos du drame, finalement diffusée le jour du jugement de Mr Van Dyke.

    « 16 Shots, 16 new Counts » – Chicago Sun-Times

Jeudi 2 mars 2017: Le triomphe de Trump coupé court par deux nouveaux scandales (des « fake medias ») + L’histoire bouleversante de Kalief Browder

  1. Le discours de Trump devant le Congrès: la schizophrénie de certains journalistes.

    Donald a offert hier au Congrès le meilleur discours de sa carrière, de la campagne électorale et de sa présidence.
    Il a réitéré et défendu son programme très ambitieux, a offert une vision plus optimiste de l’avenir du pays et appelé à la collaboration de la majorité républicaine et minorité démocrate « to get the job done ».

    Après cinq semaines très mouvementée, c’était l’occasion d’un nouveau départ pour le président plus impopulaire de l’histoire et il a réussi à « rester calme et concentré pendant une heure » sur le téléprompteur, à éviter les improvisations, à montrer un peu d’humour et de la compassion.

    La crédulité de certains journalistes devant le discours d’un manipulateur hors pair qui déclarait il y a à peine une semaine que les médias étaient l’ennemi du peuple américain a été pour le moins étonnante.
    « Ce soir il est devenu président » dans « l’un des plus grands moments de l’histoire de la politique américaine » affirmait très sérieusement le commentateur politique Van Jones sur CNN en citant le moment où Donald Trump a salué la veuve du Navy SEAL tué au Yemen le 28 janvier dernier.

    D’autres commentateurs étaient bien plus réservés sur le caractère présidentiel de son addresse, truffées de mensonges (51 recensés) et pas des moindres (les 94 millions de personnes au chômage incluent les retraités, enfants et adolescents) et s’il s’est montré plus conciliant, c’est son « habilité à montrer un peu d’humanité » affirmait Angela Rye.

    Le contenu de son discours était plein de paradoxes notamment sur le projet de « reconstruction nationale » qui s’oppose directement aux affirmations de Steve Bannon la semaine dernière qui parlait de « démantèlement de l’Etat administratif ».

  2. Les derniers efforts de l’administration Obama pour préserver les preuves de l’ingérence russe dans les élections.

    Le New York Times a révélé hier soir que l’administration Obama a volontairement répandu des informations sur les efforts russes visant à influencer les élections, juste avant l’entrée en fonction du nouveau président, pour empêcher que la nouvelle administration les détruisent et pour laisser des informations tangibles aux enquêteurs.
    Une démarche qui « reflète également les suspicions des proches de l’ancien président sur la responsabilité de la campagne de Trump dans le piratage des messageries démocrates » – qui n’a jamais été prouvé.

    Aucune de ces exactions n’auraient été commanditées par Obama.

    Concrètement, des employés de la Maison Blanche se sont assurés que les informations confidentielles soient disponibles au plus grand nombre dans le gouvernement, comme l’ont fait d’autres agences de renseignements en classifiant beaucoup de matériel comme « peu sensibles » pour être partagés plus simplement sur Intellipedia par les professionnels du renseignement.
    Enfin le Congrès a également bénéficié des largesses de certaines agences fédérales comme le Département d’Etat qui aurait fourni des documents classés secrets à des sénateurs démocrates.
    D’anciens employés de Barack Obama à la Maison Blanche expliquent qu’ils ont pris conscience trop tardivement de l’étendue de l’ingérence russe dans les élections – ils étaient au courant de rencontres entre des proches de Trump et agents russes aux Pays Bas et en Grande Bretagne par les alliés européens, mais pas de la teneur de leurs discussions.

    C’est après les élections qu’ils ont conclu que la Russie avait essayé de favoriser Donald Trump et poussé Barack Obama a lancer une enquête et imposer des sanctions à Moscou.

    La réponse de l’actuel porte parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, est similaire à celle du président: « La seule nouvelle information est la confirmation que des agents de l’administration Obama ont cherché à créer une excuse pour leur propre défaite aux élections ».

  3. Jeff Sessions était en relation avec l’ambassadeur russe des Etats-Unis

    Autre mauvaise nouvelle pour la Maison Blanche, mais cette fois-ci de la part du Washington Post qui affirme hier soir, selon le Département de Justice, que Jeff Sessions, ancien sénateur d’Alabama, supporter très précoce de Donald Trump, devenu ministre de la Justice, a été en contact à deux reprises avec l’ambassadeur russe, Sergey Kislyak, l’année dernière – une fois en septembre dernier alors que les soupçons d’ingérence russe dans les élections américaines battaient leur plein.
    Mr Sessions a affirmé lors de son audience devant le Sénat, préalable à sa nomination, et sans qu’on lui demande, n’avoir eu aucun contact avec les Russes.
    Il supervise aujourd’hui le Département de Justice et la FBI qui enquêtent sur d’éventuels liens entre la Russie et l’équipe de Trump et a refusé jusqu’ici de se récuser.

    L’actuel président des Etats-Unis a déclaré qu’aucun membre de son équipe de campagne n’avait communiqué avec des officiels russes pendant la campagne présidentielle.
    Après Michael Flynn, qui a dû démissionner après avoir menti au vice président sur ses appels téléphoniques passées fin décembre 2016 l’année avec l’ambassadeur russe, c’est au tour de Jeff Sessions, un autre membre du gouvernement de mentir sur ses relations avec Mr Kislyak.

    Certains Républicains et Démocrates ont déjà appelé Mr Sessions à se récuser de l’enquête en cours. D’autres demandent sa démission

  4. The Kalief Browder Story: Le documentaire

    La première des six parties du documentaire produit par Jay-Z et Harvey Weinstein, sur l’histoire de Kalief Browder a été diffusé hier soir sur la chaîne câblée Spike TV.

    Dans la soirée du 15 mai 2010, ce jeune Afro-américain de 16 ans a été accusé d’avoir volé un sac à dos, arrêté et envoyé à Rikers Island, la prison de New York City, l’une des plus violentes du pays.
    Déja condamné à de la prison avec sursis, il n’a pas été autorisé à être libéré sous caution, et a dû attendre son procès, reporte 14 fois, derrière les barreaux.
    Le jeune Kalief restera enfermé mille jours, dont 800 en isolement à Rikers où il affirme avoir été battu, torturé et laissé sans nourriture, avant d’être finalement libéré en juin 2013 – le juge a abandonné les charges et aucun procès n’a jamais eu lieu.

    Il a toujours clamé son innocence.

    Kalief a grandi dans les foyers (sa mère était accro au crack) avant d’être accueilli et adopté avec ses frères et ses soeur par une famille d’accueil – les Browder.
    Il est tombé dans la petite délinquance, a été condamné une première fois à cinq ans de prison avec sursis à 16 ans.

    Après son arrestation, il a été oublié dans les méandres de la justice et de l’administration pénitentiaire, les symptômes d’un système judiciaire américain déficient surtout concernant les personnes défavorisées.
    En novembre 2013, il a porté plainte contre la police de New York (NYPD), la ville de New York.
    Il s’est suicidé chez sa mère dans le Bronx en juin 2015. Il avait 22 ans.

    On vous conseille l’excellent reportage de Jennifer Gonnerman du New Yorker avant et après la mort du jeune Browder.

  5. Le gossip politique

    La nouvelle a été confirmée par l’ancien vice président en personne: Joe Biden a confirmé à Page Six, la page gossip du New York Post que son fils, Hunter Biden, entretenait une relation avec Hallie Biden, la veuve de son aîné, Beau Biden, décédé d’un cancer du cerveau en mai 2015.
    Hunter Biden, avocat, est séparé de sa femme, Kathleen, depuis octobre 2015, soit cinq mois après la mort tragique de son frère, à l’époque où le vice président à décidé de ne pas se présenter aux élections présidentielles à venir.
    La bonne nouvelle, c’est que Joe et sa femme Jill soutiennent cette relation et sont très contents pour eux: « Nous sommes tellements chanceux que Hunter et Hallie se soient trouvés et aient réussi à construire une vie ensemble après tant de tristesse ».
    Hunter a également réagi à Page Six en affirmant lui aussi être très chanceux d’avoir trouvé l’amour « dans cette période si difficile » et une famille et des amis qui les ont soutenu tout le long.

  6. La couverture du jour:

    « No hard feelings » entre Damien Chazelle, réalisateur de La La Land, primé aux Oscars et Barry Jenkins, réalisateur de Moonlight, qui a gagné l’Oscar du meilleur film, réunis sur le dernier numéro de Variety

L’annulation du procès Walter Scott

Lundi, un jury de Caroline du Sud n’a pas réussi à s’entendre sur le sort de Michael Slager, un officier blanc de 34 ans, qui a tué en avril 2015 Walter Scott, un Afro-américain de cinquante ans, à la suite d’un banal contrôle de police. Malgré un témoin et une vidéo explicite du meurtre, le juge a été obligé d’annuler le procès, faute de verdict.

Walter Scott shooting from The Post and Courier on Vimeo.

Les faits

Dans la matinée du samedi 4 avril 2015, Walter Scott circule en Mercedes dans le nord de Charleston lorsqu’il est sommé de s’arrêter par une patrouille de police, l’un de ses feux arrière ne marche pas. L’homme de cinquante ans s’exécute.
Walter Scott a un casier judiciaire et une dizaine d’arrestations à son actif, l’une remonte à une vingtaine d’année pour coups et blessures et la dernière pour le non-paiement de la pension alimentaire.

The Post and Courier – Edition du 8 avril 2015

Sa famille pense que c’est ce qui l’aurait poussé à s’enfuir en courant, avant d’être rattrapé par l’officier de police.
S’ensuit une altercation entre les deux hommes et l’utilisation d’un taser pour tenter de stopper Mr Scott.

Au même moment, un témoin, Feidin Santana filme la scène, ni vu ni connu: On y voit Michael Slager attraper son revolver et vider son chargeur sur le fugitif. Huit balles sont tirées en quelques secondes, cinq vont atteindre Walter Scott qui s’effondre sur le ventre, inerte. Il n’est pas armé.

Les mensonges du policier

Slager prévient alors ses collègues: « des coups ont été tirés, un homme à terre, il a essayé de prendre mon taser » et s’empare du taser qu’il avait laissé tomber et dispose à côté du corps de Scott pour corroborer sa version des évènements.
Ni Slager, ni les policiers qui arrivent sur la scène ne savent qu’un témoin a tout enregistré, « une opportunité unique d’observer comment un officier de police cherche à éviter d’être responsable de ses actions » commente à l’époque le site Thinkprogress .

L’officier explique dans sa déposition que Scott a essayé de s’emparer de son taser et que lui n’a fait qu’agir en légitime défense – des propos repris dans les déclarations faites le soir-même par le Département de police de la ville.
Le quotidien local The Post and Courier note que « cette mort survient en plein d’un regain d’attention sur la façon dont les départements de police approchent les Afro-Américains et s’ils n’ont pas tendance à utiliser la force trop rapidement. »
Le lundi suivant, Slager persiste et signe sur sa version des faits dans une déclaration faite par son avocat dans le même quotidien, selon laquelle il aurait suivi toutes les procédures et politiques avant d’utiliser son arme.

 

The New York Times – edition du 8 avril 2015


La vidéo du meurtre

C’est en entendant la version de la police de Charleston à la télévision que Feidin Santana, l’auteur de la vidéo – qu’il a voulu effacer à plusieurs craignant des représailles – décide d’intervenir: « Je voulais dire aux gens que le policier [avait] menti dans cette affaire (…) J’ai été temoin d’une injustice, d’une cruelle injustice. Ce n’est pas juste qu’un être humain soit traité de cette manière, surtout quand tu ne représentes aucun danger ou menace pour cette personne, et que tu essayes juste de t’en sortir » a-t-il affirmé au Daily Mail.

Il rentre en contact avec la famille du défunt et lui remet la vidéo qui est ensuite donnée aux médias et diffusée sur internet.

La révélation de cette vidéo bouleverse l’enquête. Elle prouve que l’officier a menti, il a tiré sur un individu qui s’enfuyait, de dos donc inoffensif. On le voit s’approcher de la victime pour le menotter alors qu’il gît à terre, grièvement blessé et tarde à lui donner les premiers secours.

Mardi 8 Avril, quatre jours après la mort de Walter Scott, Michael Slager est renvoyé, inculpé de meurtre, et détenu sans possibilité d’être libéré sous caution.
Dans cette affaire, la mairie de Charleston a été exemplaire dans sa gestion du scandale rapportait le New York Times l’année dernière:

 

Les représentants du nord de Charleston ont cherché à calmer les tensions, offert leurs condoléances à la famille de la victime, n’ont jamais essayé de défendre publiquement l’officier; et ont transféré l’affaire à l’Etat, sans y être obligés, pour qu’il puisse poursuivre une enquête impartiale et indépendante

 

L’acquittement

Comment, avec la vidéo du meurtre, le témoignage de Santana, les mensonges du policier, l’absence d’arme chez la victime, un jury a-t-il été incapable de s’entendre sur un verdict?
L’avocat de Slager a joué la carte de la « peur » et de la « légitime défense » comme l’aurait fait n’importe quel professionnel dans une affaire comme celle-ci

Dans une lettre envoyée vendredi au juge, un juré anonyme affirmait « être incapable en son âme et conscience de le considérer coupable » et « qu’il ne changerait pas d’avis » mais selon le porte-parole des douze jurés, composé de onze blancs et un seul noir, la moitié d’entre eux étaient indécis quant à la culpabilité et la condamnation de Slanger dans la mort de Scott – qui a mené à l’annulation du procès lundi, après 20 heures de délibérations.

Le juge a annoncé qu’un nouveau procès aurait lieu l’année prochaine et Michael Slager fait face un autre procès pour la violation de la législation fédérale sur les droits civils.

Le bénéfice du doute pour les policiers?

Réagissant sur ce verdict dans The Atlantic, Conor Friedersdorf 

Je pense que les officiers de police devraient être traités comme n’importe quelle autre personne accusée d’un crime. Dans le débat sur les forces de l’ordre, les défenseurs du statu quo explique souvent, et à raison, que patroullier les rues des Etats-Unis est un travail très difficile – qui met tous ceux qui l’exercent au contact de dangereux criminels, qui sont susceptibles d’être blessés ou de mourir en assurant la protection publique. Leur point de vue est que les risques encourus, l’exigence d’un travail aussi difficile et l’importance de leur tache envers la société devraient leur donner systématiquement le bénéfice du doute.
L’inévitable conséquence, dont personne ne parle, c’est que les citoyens qui sont en contact avec les flics, souvent des hispaniques ou des Afro-Américains, sont donc présumés coupables.

 

Et même lorsque les preuves pointent vers un seul verdict possible, comme dans le meurtre de Samuel DuBose, qualifié par le juge en charge du procès « d’acte le plus stupide jamais vu chez un policier », Ray Tensing, l’officier de police blanc de l’université de Cincinnati a bénéficié comme pour Michael Slager d’un désaccord du jury.

Dans son blog simplejustice, l’avocat Scott H. Greenfield, explique

Personne n’a été condamné dans ce procès, soit parce que Walter Scott était noir ou parce que Michael Slager un policier. Mais ce qui est clair c’est que tout autre résultat que la culpabilité dans cette affaire est une preuve de l’échec du système, et qu’au bout du compte on se retrouve avec nos propres moyens pour survivre.

1 146 personnes ont été tuées par la police en 2015 aux Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

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