SB4: la loi qui divise le Texas

 

Le Texas, historiquement républicain mais réputé pour sa tolérance envers les populations immigrées et celles en situation irrégulière, est devenu le premier Etat américain à adopter une ligne aussi dure en matière d’immigration, inspirée par la nouvelle administration, qui divise violemment la population et les politiques.

 

  • Lundi après midi, le Capitole de Dallas a été envahi par des centaines de milliers de manifestants venus s’opposer à la loi « SB4 » votée quelques semaines plus tôt par le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, contre les villes sanctuaires de l’Etat

 

  • La loi « Senate Bill No.4 » (SB4) sanctionne les polices locales des villes et des campus universitaires dits « sanctuaires » qui demandent à leurs officiers de ne pas:
    • Demander le statut légal d’une personne arrêtée ou en détention
    • Signaler à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), les agents d’immigration fédéraux, le statut illégal d’un immigré qui arrêté ou en détention
    • Aider les agents d’immigration fédéraux (ICE) en leur livrant un individu arrêté en situation irrégulière, ou en arrêtant des individus qui sont sous le coup du « Immigration Detainer Request » – un mandat d’arrêt.
  • Les sanctions contre les shérifs et policiers locaux qui refusent de coopérer avec l’ICE peuvent être financières (1 000 dollars pour une première offense et 25 000 dollars pour des violations supplémentaires), professionnelles (perte de son emploi) et pénales (prison).
  • La loi devrait être appliquée à partir du 1er septembre.
    Une plainte a déjà été déposée par le ministre de la Justice du Texas pour confirmer cette loi. Les associations de défense des libertés ont elles demandé son annulation auprès des tribunaux.
Flyer de Texas AFL-CIO diffusé avant le vote de la loi SB4 en février 2017
  • Les latino-Américains représentent 39% de la population du Texas: c’est la communauté la plus importante après la Californie.
  • Les autorités estiment à 1,5 millions, le nombre d’immigrés en situation irrégulière, dont 80% sont nés au Mexique et 42% d’entre eux sont propriétaires de leurs maisons, c’est-à-dire bien intégrés dans leur communauté.
  • « Le grand boom économique des années 90 et 2000 de l’Etat (« Texas Miracle ») aurait été inconcevable sans l’apport de travailleurs mexicains entrés illégalement sur le territoire. »
  • Le Texas, contrairement à la Californie ou l’Arizona, a toujours été tolérant envers cette communauté: En 2001, avec le Texas Dream Act, le Texas est devenu le premier Etat à offrir des bourses universitaires quel que soit le statut légal des étudiants.
    « La loi était perçue comme un investissement pour l’avenir de l’Etat et avait reçu le soutien des Républicains ».
  • L’afflux d’immigrés mexicains a considérablement baissé, l’économie du Texas a ralenti et les préoccupations sécuritaires dominent aujourd’hui le discours politique.

 

  • Les villes sanctuaires du Texas sont principalement Austin et Dallas et Houston

 

  • Lundi, les centaines de manifestants habillés en rouge ont interrompu pacifiquement la dernière session parlementaire de la saison avec des chants et des bannières contre ces lois « anti-immigration »
  • Un parlementaire républicain a appelé les agents fédéraux d’immigration (ICE) pour qu’ils évacuent les manifestants et « déportent » ceux en situation irrégulière
  • Une provocation qui a failli se terminer en bagarre générale entre parlementaires démocrates et républicains qui se sont bousculés, insultés et menacés.

 

Vous aussi, créer vos fake news!

 

Les fake news ont toujours existé sur internet mais les réseaux sociaux leur ont offert un rôle de premier plan durant la dernière campagne présidentielle américaine: Une source de revenu importante et un outil de propagande politique et de diffamation redoutable.
Depuis les sites de « make-your-own-fake-news » prolifèrent.

 

  • Les dernières élections présidentielles ont permis à des étudiants de se faire des centaines de milliers de dollars en bombardant les réseaux sociaux de fake news les plus farfelues contre Hillary Clinton et la campagne démocrate.
  • Aujourd’hui, n’importe quel internaute peut créer et propager ses fake news grâce à un site channel23news.com très facile d’utilisation qui donne à votre histoire l’apparence d’un article sérieux, se partage sur Facebook, Twitter et WhatsApp et peut mobiliser plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs.
  • Ce n’est qu’en cliquant sur l’article qu’on apprend en bas de page qu’il s’agit d’une « prank », une blague.

 

  • Buzzfeed News a dénombré une trentaine de sites identiques à celui de channel23news.com qui auraient diffusé plus de 3 000 faux articles en six langues différentes ces douze derniers mois, et ont été partagés 13 millions de fois.
  • Le site d’information a identifié le propriétaire de dix-neuf d’entre eux, un jeune américain de 25 ans originaire du Milwaukee qui cherchait à se faire de l’argent sur internet.
    Depuis la création de son premier site de création de fake news début janvier, il a publié 724 articles qui ont généré 2,5 millions de partages, réactions, et commentaires sur Facebook

 

  • L’un des premiers à avoir inventé ce genre de sites, c’est un français, Nicolas Gouriou, fondateur de Actualités.co en juillet 2014.
    Le principe semble inoffensif: « Rédige une blague et piège tous tes amis. Partage ta blague sur les réseaux sociaux pour piéger tes potes »,
    A l´époque, FranceTvInfo.fr avait dénoncé les dangers de ce genre de sites en plein crise du virus ébola.
    Selon Buzzfeed News, Mr Gouriou possède aujourd’hui onze sites de fausses infos à l’origine de 2 300 articles qui a mobilisé 10,5 millions d’internautes ces douze derniers mois sur Facebook.

 

  • Le principal intérêt de ces sites: De l’argent pour celui qui les gères et du divertissement pour ceux qui l’utilisent, mais le contenu qui est créé est difficile à contrôler et ses conséquences à prédire.
  • Si les fake news les plus populaires sont bénignes (« Beyoncé qui accouche de deux garçons » ou « une loi votée par Obama qui oblige les grand-parents à s’occuper de leurs petits-enfants »), d’autres sont plus vicieuses, à l’instar de ces restaurants indiens de Londres qui ont failli faire faillite après été faussement accusés de vendre de la viande humaine
    Les conséquences peuvent financières, psychologiques et sociales contre des adolescents, ou encore politiques contre des personnalités publiques ou des établissements scolaires, accusés d’actes ou de propos diffamatoires.

 

  • Facebook, montré du doigt pour avoir été incapable de limiter la propagation et l’influence des fake news durant les élections présidentielles américaines, tentent de mettre en place des logiciels qui identifient ces sites et leurs faux articles, et essayent de s’attaquer aux sources de revenus. Mais la tache est immense

Les chiffres désastreux des prisons aux Etats-Unis

 

C’est la cover story de The Economist cette semaine: Un constat alarmant sur la faillite de la justice pénale et du système carcéral aux Etats-Unis, l’une des sociétés démocratiques les plus répressives au monde, dont la situation pourrait encore s’aggraver avec la nouvelle administration

 

 

  • Le système carcéral américain est le plus important au monde: Plus de deux millions de prisonniers, dont la moitié sont Afro-Américains.
  • Les prisons et le système des libertés conditionnelles coûtent chaque année 80 milliards de dollars au gouvernement fédéral.
  • Les Etats-Unis représentent 5% de la population mondiale mais 25% de la population carcérale mondiale.
  • Les Etats-Unis ont 7 fois de prisonniers que la France, 11 fois plus que la Hollande et 15 fois plus que le Japon.

 

  • La « guerre contre la drogue » lancée sous Richard Nixon a engendré une « incarcération de masse » pendant plusieurs décennies jusqu’à l’élection de Barack Obama: Entre 1980 et 2008, le nombre de prisonniers est passé de 500 000 à 2,3 millions. 
  • La réforme de la justice pénale mise en place par Eric Holder, le ministre de la justice de Barack Obama, qui a permis de diminuer ce nombre pour la première fois en trente ans, vient d’être annulée par son successeur, Jeff Sessions: Ce dernier a demandé aux juges d’appliquer sanctions et peines minimum avec le plus de sévérité possible – malgré le consensus des Démocrates et 
    Le nombre de prisonniers devrait donc augmenter à nouveau.

  • Les USA emprisonnent ses citoyens pour des délits qui ne méritent pas la prison comme la possession de drogues, prostitution et imposent des condamnations très dures pour des infractions mineures
    La loi dite « Three Strikes, you’re out », la « loi des trois coups » votée en 1994 sour Bill Clinton, peut condamner à la prison à vie un prévenu condamné pour un troisième crime ou délit.
  • L’incarcération de masse brise des familles, empêche les anciens détenus d’obtenir un emploi (à cause de règles fixées par les Etats) et aurait contribué à augmenter de 20% le taux de pauvreté aux Etats-Unis.
  • A retenir:

    Arrivé un certain point, les coûts de l’incarcération dépassent les bénéfices.
    Les prisons sont chères – les complexes doivent être construits, les gardiens payés, les prisonniers nourris. Les détenus, enfermés, ne peuvent ni travailler, ni soutenir leur famille, ni payer des impôts. L’argent dépensé dans les prisons ne peut être dépensé dans d’autres programmes qui pourraient essayer réduire la criminalité, en engageant davantage de policiers, en améliorant les écoles dans les quartiers défavorisés.
    Et surtout, enfermer des mineurs peut les rendre plus dangereux en les laissant côtoyer des criminels.

 

  • Un budget minimal consacré à la réhabilitation des détenus et des politiques très disparates entre les Etats.
  • 5% des prisonniers américains ont accès à un programme de réhabilitation.
  • L’excellent documentaire d’Ava duVernay 13th est à voir absolument pour comprendre la relation entre racisme, emprisonnement des Afro-Américains et l’explosion des prisons aux Etats-Unis ces quarante dernières années. 

 

En diplomatie, « Trump agit comme un touriste bourré »

 

Les Médias américains étaient unanimes durant ce week-end: Le voyage à l’étranger de Trump à été une catastrophe pour les relations entre les Etats-Unis et l’Europe. 

 

  • « Une catastrophe » politique:
    • Il a été extrêmement conciliant avec l’Arabie Saoudite à qui il a réitéré un soutien sans précédent et promis de « ne pas donner de leçon » alors que le pays soutient depuis des décennies une vision intolérante de l’islam et offre un soutien financier et logistique clandestin à Daech et d’autres groupes sunnites radicaux de la région. La défaite de Daech est l’une des promesses de campagne du président.
    • Il a été volontairement défiant envers les membres de l’OTAN en refusant de réaffirmer l’article 5 qui garantit la défense mutuelle contre toute attaque extérieure même si le chef de la sécurité nationale, H.R.McMaster affirme le contraire.
      Il les a également critiqué « pour ne pas payer ce qu’ils devraient payer ».
    • Il a refusé de réitérer son engagement envers l’Accord de Paris sur le climat contrairement aux six autres pays du G7 qu’il a visiblement irrité.

 

  • Les conséquences
    • Angela Merkel l’a bien compris hier en affirmant que « l’Europe devait prendre en main son destin » et pourraient signaler un « changement potentiellement sismique dans les relations trans-atlantiques » selon le New York Times.
      Jamais les relations entre l’Allemagne et les Etats n’avaient été au plus bas.
    • Emmanuel Macron a affirmé que la fameuse poignée de main n’était pas anodine et qu‘il n’avait aucune intention de se laisser intimider par le président américain.
      Par ailleurs il a symboliquement rappelé son soutien à Angela Merkel, en l’embrassant avant de serrer la main Trump à Bruxelles le 25 mai dernier.
    • Pour Ivo H. Daaler, ancien ambassadeur américain de l’OTAN: « C’est la fin d’une époque, celle où laquelle les Etats-Unis dirigeait et l’Europe suivait. »
    • Le président Trump a voulu satisfaire son électorat américain plus que les chefs d’Etat alliés et a suivi les propos tenus en campagne.

 

  • « PR Nightmare »: Trump a aussi enchaîné les gaffes
    • La vidéo de Trump qui bouscule le Premier Ministre du Montenegro.
    • Le « bras de main » perdu contre Emmanuel Macron.
    • La réprimande publique contre les membres de l’OTAN qui ne payent pas leur dû – Dixit un chantre de la gruge fiscale.
    • Le statu quo concernant l’accord de Paris sur le climat, pimenté par tweet digne de The Apprentice, son ancienne émission de télé-réalité: « J’annoncerai ma décision cette semaine ».

 

  • Des médias américains dépités et enjoués.
    • Ceux qui soutiennent le président pensent qu’il a fait un travail formidable à l’instar du New York Post, qui salue une performance « claire, concise et disciplinée » et un « succès remarquable » à l’étranger.
    • Breitbart était satisfait de voir Merkel furieuse mais aimerait que Trump retire pour de bon les Etats-Unis de l’accord de Paris, comme il l’a promis lors de la campagne.
    • Joe Scarborough, conservateur et présentateur de l’émission politique quotidienne, « Morning Joe » sur MSNBC:

      Le voyage de Donald Trump a été le pire pour les intérêts américains depuis le désastreux sommet de Vienne entre JFK et Khrouchtchev en 1962

    • Ce matin, Joan Walsh, correspondante à The Nation:

      [Donald Trump] a battu celle qui aurait dû être la première femme présidente [des Etats-Unis] mais il a propulsé une femme à la tête du monde libre.
      Parce que c’est Angela Merkel désormais. Il a abdiqué.

    • Un représentant du Département d’Etat a déclaré sous couvert d’anonymat au Daily Beast :

      Quand il s’agit de diplomatie, Trump se comporte comme un touriste bourré. Beauf et bruyant, qui prend toute la place sur la piste de danse et qui marche sur les pieds des autres sans s’en rendre compte. Complètement inefficace.

Jared Kushner: le gendre idéal en eaux troubles

 

 

  • Jared Kushner, 35 ans, gendre de Donald Trump, ancien propriétaire de l’hebdomadaire The New York Observer et ancien président de l’entreprise familiale et immobilière, Kushner Companies, est devenu le conseiller politique le plus proche du président, dont les principales missions sont la paix au Moyen Orient et la modernisation du gouvernement fédéral américain.

 

  • Il est suspecté dans l’enquête du FBI sur d’éventuelles collusions entre les proches de Trump et les Russes pendant la campagne présidentielle à laquelle il a activement participé: Selon le Washington Post, il aurait demandé à l’ambassadeur russe début décembre 2016, d’instaurer un canal de communication secret entre l’équipe du président-élu et le Kremlin pour éviter d’être surveillé par les services de Renseignements américains.

 

  • L’image du gendre idéal, new yorkais libéral et modéré, qui avait les faveurs des médias est en train de se dissoudre au fur et à mesure des révélations et articles peu flatteurs:
    • Début mai, le Washington Post révèle que Kushner Companies essaye de convaincre des hommes d’affaires chinois d’investir dans un de leurs projets immobiliers du New Jersey en échange du « Golden Visa », un visa spécial offert à ceux qui investissent aux Etats-Unis. Le nom de Jared Kushner et Donald Trumps sont mentionnés durant le séminaire présenté par la soeur de Kushner à Pékin – et fermé aux journalistes.
    • Jared Kushner aurait gardé entre 167 et 569 millions d’actifs et propriétés au sein de Kushner Companies même s’il affirme avoir tout vendu avant d’entrer au gouvernement. Il en aurait effectivement vendu
    • « La carrière de Kushner dans le monde redoutable de l’immobilier new yorkais » est similaire à celle de Donald Trump: des banqueroutes, des connexions familiales et amicales qui le sauvent in extremis, des tactiques douteuses, et un appétit pour la vengeance.
      « Mais comme son beau-père, Jared est en train de se rendre compte que le monde des affaires est différent de celui de la politique et de Washington. »

 

  • Selon le New York Times, « la relation entre Kushner et Trump, la plus stable dans une West Wing très instable » est de plus en plus tendue pour différentes raisons:
    • C’est Jared Kushner qui aurait convaincu Trump de virer le directeur du FBI au mauvais moment, provoquant l’une des pires crises de la jeune présidence.
    • Les luttes d’influence entre Jared Kushner, le « globalist » et Steve Bannon, partisan du « nationalisme économique » au sein de la Maison Blanche ont alimenté les rumeurs et les fuites qui ont inondé les médias durant les premiers Cent Jours du président.
    • L’épisode de Pékin a « violé deux règles: Politiquement, en allant contre la politique d’immigration, et personnellement, car Kushner Companies a fait de l’argent sur le dos de Trump – un péché généralement d’une expulsion immédiate de son orbite. »
    • Le président n’a plus de problème à critiquer publiquement son gendre.

 

  • Les Démocrates ont demandé dimanche à ce que la « Security Clearance », l’habilitation à obtenir des informations confidentielles, lui soit retiré et ont demandé à l’interroger directement.

 

Maggie Haberman, la journaliste star de Washington

 

  • Après un article élogieux de CNN le mois dernier, c’est au tour du magazine Elle de faire le portrait de la journaliste Maggie Haberman, l’une des correspondantes du New York Times à Washington, devenue ces derniers mois, l’une des journalistes politiques stars de la capitale et du pays grâce à ses révélations quasi-quotidiennes sur le président.

 

 

  • Elle est née à New York en 1973, a commencé sa carrière en bas de l’échelle: diplômée d’une petite université, elle a débuté comme « copy kid » en 1996 pour le tabloïd New York Post, puis est partie travailler chez son concurrent du NY Daily News, début 2000, a rejoint Politico en 2010 avant d’être engagée par le New York Times en 2015 pour suivre la campagne de Donald Trump – qu’elle suivait depuis une dizaine d’années.

 

  • Citation:

    [Donald Trump] était tout le temps dans « Page Six » [la page mondaine du New York Post] durant les années 80 et 90 et il était souvent la personne au bout du fil qui se faisait passer pour « la source » proche de Trump [et alimentait les rumeurs sur lui].

 

  • Elle est devenue en 2016 la journaliste la plus lue du prestigieux quotidien new yorkais car la plus connectée de la campagne électorale: Elle enchaîne avec son collègue Glenn Trush les articles en une du New York Times et fait figure de héroïne du quatrième pouvoir.

 

  • Selon elle, les journalistes et Washington devraient digérer l’élection de Trump plutôt que de s’exclamer à chaque nouveau tweet, le couvrir « normalement » comme le personnage qu’ils ont suivi pendant la campagne, et qui a 70ans, ne changera pas:
     

    Il est qui il est, et ça ne changera pas. Et certaines situations seront forcément tendues. Mais qui il est est aussi la raison pour laquelle il a gagné même après la fameuse vidéo de Access Hollywood

  •  

  • Elle compare sa présidence « au mandat d’un maire de New York à la fin des années 80, début des années 90 » et essaye de rester la plus objective possible quand il s’agit d’écrire ou de parler de Trump, sans tomber dans la critique facile.

 

  • Annie Karni, une ancienne collège du New York Post:

    « La magie de Maggie Haberman est qu’elle est la reporter la plus influente à Washginton, alors qu’elle n’y habite même pas. C’était la journaliste la plus importante de la campagne de Trump sans avoir voyagé avec lui.  Elle est tellement connectée et bien informée qu’elle n’en n’a pas besoin. »

 

  • Si Haberman et Trush agacent profondément le président, c’est eux à qui le président va parler quand il veut s’exprimer.

 

Le kiosque du 24.05.17

 

Trump et la Russie sur Facebook

  • Plus de 50% des internautes américains trouvent leurs infos politiques sur Facebook.
  • Les accusations de collusion entre la Russie et les Etats-Unis ont été les scoops les plus importants comme le prouve ce graphique
  • Fun Fact: C’est la supposée « Golden Shower » de Trump avec des prostituées russes dans un hôtel de Moscou, révélée par Buzzfeed début janvier qui les a intéressés le plus.

    Axios

 

 

 

Fox News en roue et chute libre

  • Daily Beast

    La chaîne câblée a finalement démenti les rumeurs entourant la mort de Seth Rich le 10 juillet dernier. Le jeune homme qui travaillait pour le Comité National Démocrate, a été assassiné à Washington, lors d’une tentative de vol à main armée qui a mal tourné.

  • Le meurtre a eu lieu quelques jours avant le début de la Convention Démocrate: des conspirationnistes d’extrême droite affirment qu’il aurait été assassiné parce qu’il a fourni à Wikileaks des documents incriminants sur le parti et Hillary. Parmi eux, Sean Hannity, le présentateur star de Fox News, obsédé par cette théorie.
  • La chaîne a relancé les rumeurs le 16 mai dernier, relayées par Mr Hannity, l’émission Fox & Friends, Breitbart et même Newt Gingrich provoquant l’embarras de nombre de ses journalistes, et ne s’est rétractée qu’une semaine plus tard.
  • Cette semaine, les parents de Seth Rich ont publié une tribune dans le Washington post pour mettre fin à ces rumeurs qui tentent de « politiser la mort de leur fils ».
  • Sean Hannity a annoncé hier soir qu’il respecterait les voeux de la famille, et arrêterait de discuter du sujet « pour le moment ».
  • Pour Margarett Sullivan « la rumeur sur Seth Rich est devenu le nouveau « pizzagate », une autre théorie du complot née à Washington ».
    « C’est un mouvement contre la vérité qui s’attaque à la raison et à la réalité des faits (…) qui sont aux fondements même de la démocratie » et qui reçoit en plus l’approbation tacite de la nouvelle administration.
    * « The Seth Rich lie, and how the corrosion of reality should worry every American » – The Washington Post
  • * « Fox News & Breitbart, dans un univers parallèle » – Le kiosque de New York

 


Matt Boyle, le « Forrest Gump avec une carte de presse ».

  • Portrait dans The Washingtonian du journaliste Matt Boyle, 29 ans, chef du bureau de Washington pour Breitbart, devenu l’un des journalistes les plus connectés de Washington, grâce à un accès direct à la Maison Blanche: Steve Bannon
  • Il a voté Obama en 2008.
  • Comme Breitbart, sa carrière est celle d’un outsider, refoulé de tous les médias de Washington à son arrivée en 2010, qui a fini au Daily Caller, site d’infos conservateur de Tucker Carlson, l’un des journalistes star de Fox News, où il a fait ses armes.
  • En 2012, il rencontre Steve Bannon qui le forme et lui fait explique que les médias de D.C. appartiennent à l’élite mondiale qui travaillent contre les intérêts de l’Américain et ça marche: Matt Boyle devient l’un des journalistes les plus agressifs et productifs de Breitbart, en guerre constante contre l’establishment politique et médiatique, et est promu chef du bureau de Washington en octobre 2015.
  • Il connait bien Donald Trump qui l’appelle « mon Matty » et a décroché une interview exclusive il y a quelques semaines à la Maison Blanche.
  • Difficile de penser qu’il puisse être indépendant dans son travail vis-à-vis de son ancien mentor aujourd’hui conseiller du président, Steve Bannon.
  • * « Meet Matt Boyle, Breitbart’s (Other) Man in the White House » – The Washingtonian

 


Un lynchage dans le Maryland

  • Richard Collins était étudiant de dernière année à Bowie State University dans le Maryland et lieutenant de réserve de l’armée américaine. Il est mort poignardé dans la nuit de samedi à dimanche dernier alors qu’il attendait un Uber avec deux amis, en dehors du campus.
  • L’assassin, Sean Urbanski, 22 ans, arrêté quelques heures plus tard, est un étudiant a priori sans histoires de l’Université du Maryland (UMD) et membre d’un groupe raciste sur Facebook « Alt Reich: Nation ».
    Dave Zirin, lui aussi étudiant de l’université note dans The Nation, dénonce une recrudescence de messages et menaces racistes un peu partout sur le campus de l’UMD depuis l’élection de Trump: Graffitis, cordes, flyers – un phénomène visible sur l’ensemble du territoire américain.
  • Zirin appelle cet acte de haine par son nom: Un lynchage. Le FBI enquête sur le meurtre pour déterminer s’il s’agit d’un crime raciste.
  • Le chef de la police de UMD a vivement dénoncé ces actes.
  • Beaucoup d’étudiants ont dénoncé le manque de réaction des autorités de l’Université qui n’aurait pas condamné les discours de haine en évoquant la liberté d’expression, et « sans mobilisation contre toutes les formes de haines nationalistes et racistes, du sang innocent va continuer à couler »
  • * « A lynching on the University of Maryland Campus » – The Nation

 


Bannon, le documentaire de Frontline

L’excellent documentaire « Bannon’s War » a été mardi soir dans l’émission Frontline de PBS nous a appris

  • Frontline / PBS

    L’ambition politique de Bannon a toujours contre l’establishment et Washington. Le 9/11 lui a offert un autre ennemi, l’Islamisme radical et un but, la défense des Etats-Unis pour préserver la culture et l’identité judéo-chrétienne assiégée.

  • C’est Bannon qui a transformé Breitbart en puissant média contre Washington et les élites, grâce au financement (10 millions de dollars) de la famille Mercer (soutien de Donald Trump).
    Pas sûr qu’on en serait là Andrew Breitbart, le fondateur du site, n’était pas décédé brutalement d’une crise cardiaque en 2012.
  • Bannon s’est d’abord amouraché de Sarah Palin, lui a dédié un documentaire mais n’a pas réussi à la convaincre de se présenter aux élections présidentielles de 2012
  • Dès l’été 2015, Bannon affirme à une de ses amies qu’il est le manager de campagne de Trump, et met à son service le site alt-right Breitbart qui relait ou devance les mêmes thèmes utilisés par le candidat républicain: L’immigration, les minorités dangereuses, America First.
  • Il a orchestré la travel ban et volontairement anticipé les réactions qu’elle provoquerait pour envoyer un signe fort aux électeurs de Trump: le président tient ses promesses.
  • Bannon a compris que pour rester auprès de Trump, il fallait rester discret et encaisser la responsabilité des échecs du président

 

 


Le reste de l’actualité

  • Le Washington Examiner lance « Trump America », un projet sur quatre ans qui suit neuf comtés qui permis la victoire de Donald Trump
  • Portrait du milliardaire de 79ans, James Leprino, le « Willy Wonka » du fromage, qui tient à son anonymat comme à ses recettes de mozzarella, vendues aux trois grandes compagnies de pizza américaines: Domino’s, Pizza Hut et Papa John’s. Il tient son business depuis 60 ans à Détroit et sa fortune estimée à 3 milliards de dollars. – Forbes
  • Trump a appelé le président philippin Rodrigo Duterte et l’a félicité pour la guerre sanglante qu’il mène contre la drogue: « Vous faites un super boulot! » – The Intercept
  • Les décès accidentels d’enfants par armes à feu: 152 recensés ces trois dernières années sont un casse tête juridique pour les autorités. Dans la moitié des cas, aucune charge n’est retenue contre les parents, dans l’autre, la négligence des parents peut aller jusqu’à plusieurs années de prison.
    1,7 millions de jeunes Américains vivent dans des foyers dans lesquels ils ont accès à des armes chargées et non sécurisées – USA Today & AP
  • Richard Garcia, Un flic du Los Angeles Police Department, filmé en train de tabasser un afro-américain en 2014, a été condamné à deux ans de prison avec sursis, moins que la peine suggérée. Il pourrait réintégrer son poste au sein de la police – Los Angeles Times

Le Kiosque du 23.05.17

 

 

Au sommaire de ce mardi 23 mai 2017

1. « New Foundation for American Greatness »: Un projet mort-né
2. Victoire pour le droit de vote aux USA
3. Op-Ed: « le Rêve de Roger Ailes était mon cauchemar »
4. Le premier président « Facebook »
5. les thèmes de prédilection de Facebook et Google
6. les pratiques douteuses de Kushnerland

 


1. « New Foundation for American Greatness »: Un projet mort-né

    • Le contenu de la proposition budgétaire est aussi ambitieux et intenable que le titre pompeux qui lui a été donné: « New Foundation for American Greatness ».
      Selon l’administration Trump, la grandeur de l’Amérique consiste à équilibrer le budget du gouvernement fédéral ces dix prochaines années en réduisant les impôts des plus riches, en limitant les subventions destinées aux populations les plus défavorisées – sauf Medicaid, le programme de santé pour les personnes âgées.
    • Rendre une minorité plus riche et une immense majorité plus pauvre devrait selon les calculs de l’administration, booster l’économie et atteindre un taux de croissance annuel de 3%.
    • Le républicain Paul Ryan, porte parole de la Chambre des Représentants, n’a pas souhaité commenter la « plausibilité » d’une telle croissance de 3%, qui n’a pas été atteinte depuis les années 1990 et qui selon le Congressional Budget Office (CBO) devrait plafonner à 1,9% d’ici à 2021.
    • Mr Mulvaney, directeur de l’Office du Management et du Budget, a défendu un projet soit disant « dédié aux contribuables » car il vise davantage à soulager ceux qui payent les taxes (ceux qui travaillent, cqfd) qu’à se concentrer sur ceux qui les reçoivent.
    • Les chiffres: 3,6 trillions de dollars de réductions des dépenses sur dix ans, dont 1,7 trillions en moins pour les plus défavorisés, et presque 800 milliards de dollars de dépenses en moins pour l’assurance maladie.

2. Victoire pour le droit de vote aux USA

    • Décision importante prise par la Cour Suprême des Etats-Unis lundi concernant le droit de vote aux Etats-Unis rendue possible grâce au ralliement de Clarence Thomas, le plus conservateur des juges à ses quatre confrères libéraux (Sotomayor, Kagan, Ginsburg et Breyer)
    • La Cour Suprême a confirmé l’annulation du découpage électoral de deux districts de Caroline du Nord qu’elle a jugé inconstitutionnel car reposant sur une logique raciale, celle de regrouper des électeurs afro-américains dans quelques districts pour diminuer leur pouvoir électoral sur l’ensemble de l’Etat
    • Le découpage ou « charcutage » électoral à des fins partisanes, ou « gerrymandering » aux Etats-Unis, permet tous les dix ans à la majorité en place dans les législatures d’Etats de redessiner les districts en fonction de l’évolution démographique: Tous les districts doivent avoir le même nombre d’électeurs pour garantir un équilibre électoral.
    • Si la Constitution tolère les logiques partisanes, elle vient d’interdire le découpage racial au nom du 14ème Amendement qui oblige les Etats à offrir les mêmes droits aux citoyens quels que soient leur origine
    • Des nombreux communautés afro-américaines des Etats du Sud ont souffert de ces découpages qui assurent aux Républicains d’assurer une majorité au sein de la législature même s’ils sont minoritaires en nombre d’électeurs.
    • C’est la deuxième victoire des Démocrates de Caroline du Nord après que la Cour Suprême a refusé une demande d’appel visant à renforcer les lois électorales, notamment les conditions d’identification des électeurs, qui touchent généralement les populations minoritaires et pauvres.

3. Op-Ed: « le Rêve de Roger Ailes était mon cauchemar »

  • Tribune de Monica Lewinsky dans le New York Times, qui n’est pas une nécrologie de Roger Ailes mais plutôt « de la culture qu’il a nourrie – une culture qui m’a affectée profondément et personnellement. »

    « Alors que les informations télévisées se transformaient en Colisée moderne, internet est arrivé et a aggravé cette culture de la honte et de haine.
    Rappelez-vous: L’histoire de ma relation n’est pas sortie du Washington Post, du New York Times, ou des réseaux câblés, mais en ligne tout droit sortie du Drudge Report.
    Les commentaires à la télévision et en ligne étaient insoutenables (…) Quelques jours après les révélations [de sa relation avec Bill Clinton], Fox News a demandé à ses téléspectateurs si Monica Lewinsky était une fille normale ou une jeune salope qui aimait les frissons »

     

  • La culture de l’humiliation, celle qui récompense ceux qui s’attaquent aux vulnérables pour rapporter des clics et de l’audience est née à cette époque, et l’affaire Lewinsky a permis à Fox News de se faire connaître des téléspectateurs américains  – elle n’avait que deux ans à l’époque.

    So, farewell to the age of Ailes. The late Fox chief pledged Americans fair and balanced news. Maybe now we’ll get it.

     

  • * « Monica Lewinsky: Roger Ailes Dream Was My Nightmare »The New York Times

4. Le premier président « Facebook »

    • Donald Trump

      « Trump est notre premier président Facebook.
      Son équipe a compris comment utiliser tous les outils marketing de Facebook, et de Google, les deux plus importantes plate-formes au monde pour réussir à vendre un candidat que la majorité des Américains ne voulait pas. »

    • Ils ont compris que certains nombres importaient davantage que d’autres – dans ce cas là, le nombre d’électeurs en colère, qui habitent les campagnes, et qui se sentent laisser pour compte et qui pourraient voter pour Trump – et que Facebook a offert des méthodes efficaces pour les trouver et les attirer vers eux. »
    • « Si cela représente l’avenir des campagnes électorales, ça représente également la façon de gouverner de Trump. »
      Au début des primaires, [le directeur de la campagne numérique de Trump, Brad] Parscale a lancé une opération numérique en achetant pour deux millions de dollars de publicités sur Facebook, la totalité de son budget de l’époque. Il a ensuite rentré tous les supporters connus de Trump dans la plate-forme publicitaire et en utilisant un outil Facebook qui permet de cibler certaines clientèles, a sélectionné les mêmes utilisateurs que ceux enregistrés, selon leur race, genre, ethnies, locations.
    • Grâce à Facebook, et à ses prix relativement bas, la campagne de Trump a été capable d’utiliser des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de différentes campagnes de pub.

5. les thèmes de prédilection de Facebook et Google

  • Facebook & Google dominent à eux deux le trafic internet: il est impossible pour un éditeur de toucher un public sans passer par eux même s’ils n’engrangent que 14% de leur revenus sur les deux plate-formes.
  • Les deux compagnies dominent dans des thèmes différentes:
    • Facebook domine les style de vie, le divertissement, les évènements locaux, les élections présidentielles, crimes, sécurité nationale
    • Google domine dans l’économie mondiale, politique locale, les sports, finances et business et offres d’emplois.



6. les pratiques douteuses de Kushnerland

    • Philip Montgomery for The New York Times

      JK2 Westminster est une société de gestion de biens immobilier qui possède huit mille appartements dans le Maryland, filiale d’une compagnie immobilière new yorkaise bien plus importante, Kushner Companies, dirigé par un jeune homme de 35 ans, Jared Kushner, qui l’a hérité de son père Charles, qui l’a lui-même hérité de son père, un survivant de l’holocauste, Joseph, qui a fait fortune dans cette industrie après son arrivée aux Etats-Unis à la fin de la guerre.

    • Comme Trump, la famille Kushner a commencé modestement: Joseph gérait de petites habitations abordables dans le New Jersey, Charles a investi dans des espaces industriels et commerciaux et enfin l’héritier, Jared, a déplacé ses intérêts vers New York à travers deux transactions immobilières très rentables à Manhattan et à Brooklyn en 2011.
    • Kushner Companies a décidé de continuer à investir dans de plus petits projets, plus abordables, dans une douzaine de villes de la Rust Belt et JK2 Westminster dispose aujourd’hui plus de 20 000 appartements.
    • Dans le Maryland, JK2 Westminster Management a déposé 548 plaintes en cours contre ses locataires pour impayés, dont certains précèdent l’acquisition de Kushner, sans compter celles qui ont été réglées.
      Neuf fois sur dix, les juges ont plaidé en faveur de la compagnie, et ces pratiques qui visent à collecter, parfois de manière injustifiée, des remboursements, sont utilisées dans d’autres complexes immobiliers des Kushner.
    • « Quel est l’intérêt pour les compagnies Kushner de poursuivre des centaines de personnes de manière si agressive pour quelques milliers de dollars, qui passent en frais d’avocats? Pour envoyer un message aux nouveaux locataires de ne pas essayer de ne pas payer.
    • La réaction des locataires ou anciens habitants en apprenant qu’il s’agit de Jared Kushner, le gendre du président: « Ce Jared Kushner? Oh mon dieu, et moi qui pensait que c’était le gentil »

Photos: La vie dans une capsule à remonter le temps

Article du Wall Street Journal sur cette tendance dans l’immobilier qui consiste à vendre des maisons dans l’état initial dans lequel elles ont été construites, pur produit des années 60 ou 70 avec la mode de l’époque.
De belles photos
* « Life Inside a Time Capsule » – The Wall Street Journal

Le kiosque du 22.05.17: Une esclave dans la famille; A la recherche de lisa; Mortalité maternelle aux US; L’équipe du dictateur; Trump Fatigue?; Violence & Racisme dans le Kansas

 

Au sommaire de ce lundi 22 mai 2017, une sélection des meilleurs articles parus la semaine dernière

Une esclave dans la famille
Mortalité maternelle alarmante aux USA
A la recherche de Lisa
Violence et racisme dans le Kansas
L’équipe du dictateur
Trump fatigue?

 

 


  • Une esclave dans la famille

    C’est le témoignage d’un journaliste américain, Alex Tizon, né dans une famille aisée de Manille et partie s’installer aux Etats-Unis dans les années soixante accompagnée de Lola, l’esclave que son grand-père, militaire avait offert à sa fille lorsqu’elle était jeune.
    Lola est restée travailler pendant 56 ans pour cette famille … dont près de cinquante ans aux Etats-Unis, sans être payée, sans prendre de vacances, sans disposer de sa propre chambre, sans intimité, sans amis, sans avoir appris à lire, ni à écrire.
    En dépit de ses demandes répétées, Lola n’a jamais été autorisée à retourner dans son pays: son statut illégal auprès des autorités américaines auraient pu mettre la famille en danger et ses parents sont morts sans jamais la revoir ni recevoir les économies qu’elle leur avait promis.
    Alex et ses frères et soeurs, éduqués à l’occidentale ont vite compris qui était Lola mais ont toujours gardé le secret jusqu’à la mort de leur mère en 1999.
    L’ancienne esclave devenue citoyenne américaine en 1998 est ensuite partie « libre » vivre avec le journaliste qui lui a finalement payé un billet retour pour les Philippines. Elle est revenue un mois plus tard, faute d’avoir pu reconnaître le pays qu’elle avait été forcée de quitter 60 ans plus tôt « où tout avait changé ».
    Elle est morte en 2009 et ses cendres ont été rapportées à sa famille dans sa ville natale.

    Histoire aussi triste que belle et choquante
    * « My Family’s Slave » – The Atlantic

 

 


  • Mortalité maternelle alarmante aux USA

    Longue enquête de Propublica et de la radio publique NPR sur le taux élevé de décès en couche aux Etats-Unis, le plus élevé de tous les pays occidentaux: entre 700 & 900 femmes meurent chaque année de complications pendant ou directement après leur grossesse tandis que 65 000 échappent d’entre elles de peu à la mort: Pire encore 60% de ces cas peuvent être évités s’ils sont détectés et soignés à temps.
    Lauren Bloomstein était infirmière dans un hôpital réputé du New Jersey où travaillait également son mari, Larry Bloomstein. En novembre 2011 elle a accouché dans cet établissement et est morte douze heures à la suite d’une complication rare et très grave que le personnel de l’hôpital n’a pas été capable de détecter à temps. Elle avait 33 ans.

    Aux Etats-Unis, les soins et l’attention sont davantage portés sur l’enfant, dont la mortalité à la naissance est quasi-nulle, que sur la mère, avec un personnel médical moins bien formé et alerte sur les risques de complication, une assurance santé qui prive certaines femmes de suivi pré et post-natale expliquent ce taux très élevé de mortalité maternelle pour un pays riche industrialisé.
    * « The Last Person You Will Expect to Die in Childbirth » – Propublica

 

 


  • A la recherche de Lisa

    Une histoire extra-ordinaire publiée dans le Boston Globe cette semaine: Lisa a été abandonnée à l’âge de cinq ans par son père dans un « trailer park » de Californie au milieu des années 80.
    La police découvre alors la fausse identité du père, son passé criminel, les attouchements sur la fillette et pense à un éventuel enlèvement surtout lorsque la petite parle de ses frères et soeurs qui ont disparu dans les bois – que des tests génétiques confirment, Lisa n’est pas sa fille et les policiers n’ont aucun indice pour l’identifier.
    L’homme, identifié comme Bob Evans, enchaîne les séjours en prison, disparaît sous plusieurs alias jusqu’à ce qu’il soit arrêté pour le meurtre de sa femme, épousé un an plus tôt et retrouvé démembré dans leur maison de Contra Costa dans la banlieue de San Francisco. Les enquêteurs apprennent alors l’existence de cette petite Lisa, aujourd’hui mère de famille, et se lancent dans le pari fou de retrouver son identité, à travers une recherche généalogique et l’utilisation de son ADN lui donner sa vraie identité. Un travail collectif de plusieurs années entre la Californie, l’Idaho, le New Hampshire sur l’ensemble du pays qui va révéler d’autres crimes, un serial killer, mettre un nom sur la mère Lisa … MUST READ!

    * « Finding Lisa: A Story of Murders, mysteries, loss, and incredibly, new life » – The Boston Globe

 


  • Violence et racisme dans le Kansas

    L’arrivée de réfugiés somaliens et musulmans à Garden City dans le Kansas il y a dix ans a été bien accueillie par la population, a permis de renforcer l’économie locale et d’augmenter les rentrées fiscales de la ville.
    Sauf pour les « Crusaders », trois individus animés par une haine contre les Musulmans et la croyance en la supériorité de la race blanche qui voulaient faire exploser un bâtiment accueillant des familles somaliennes, à la manière de Tomithy McVeigh contre un immeuble fédéral d’Oklaomah City en 1995.
    L’attentat a été déplacé au lendemain des élections pour éviter que le massacre profite à Hillary Clinton, et les trois énergumènes ont été finalement arrêtées à temps par le FBI. Leur défense: les fake news selon lesquelles la victoire de Trump allait être annulée par Obama qui allait instaurer la loi martiale.
    * « The Only good muslim is a dead Muslim » – The New Republic

 


  • L’équipe du dictateur

    La Syrie, ravagée par la guerre civile qui a fait un demi million de morts en six ans, détruit le pays, provoqué la fuite de millions de syriens réfugiés dans les pays alentours et en Europe continue de soutenir son équipe de football nationale, qui vient de perdre en phase de qualifications pour la prochaine Coupe du Monde.
    Cette sélection est considérée par beaucoup d’opposants, joueurs de football syriens exilés comme une arme de propagande pour Bachar El Assad étant donné la popularité de ce sport dans le pays. Elle violerait les règles de la FIFA qui a interdit toute utilisation politique d’une équipe, et que l’organisation a utilisé ces règles une vingtaine de fois ces dix dernières années pour suspendre des équipes au niveau international.
    Assad aurait obligé beaucoup de joueurs à continuer à joueur au nom de la continuité du régime provoquant la défection et l’exil d’un grand nombre d’entre eux:  le gouvernement a tué, bombardé ou torturé au moins 38 joueurs des eux premières divisions des ligues professionnelles syriennes (…) 13 joueurs ont disparu (…) et le gouvernement de Assad a utilisé des athlètes et activités sportives pour soutenir l’oppression »
    Le cas syrien, expliqué dans un rapport de 20 pages intitulé « Les crimes de guerre contre les footballeurs syriens » et soumis dès 2015 à FIFA, ne semble violer aucune des règles défendues par l’organisation qui a répondu que « les tragiques circonstances allaient bien au delà du sport » et conclu que le problème était au dessus de ses responsabilités
    L’équipe syrienne a donc été autorisée à jouer les qualifications pour le prochain mondial en 2018

    * « The Dictators Team » – ESPN magazine

 


  • Trump fatigue?


    « La politique reste un intérêt saisonnier pour la plupart des Américains. Mais ce changement [baisse du traffic chez la plupart des sites internet d’infos consacrés à la politique] devrait faire réfléchir les différents éditeurs qui ont privilégié la politique pour capitaliser sur l’intérêt porté au premier président de télé-réalité, et c’est peut être le signal qu’il serait temps pour les sites spécialisés sur ce sujet d’élargir leur couverture, particulièrement sur des plates-formes comme Facebook »

    « Environ 40% d’Américains obtiennent leurs infos depuis Facebook et c’est l’accès la source de référence la plus importante des infos politiques: 59% du trafic lié aux articles politiques vient de Facebook, davantage que les 40% des autres infos et médias. Plus l’élection s’éloigne, plus l’engagement de certains sites politiques sur Facebook a baissé. »

    Des sites comme The Hill, ATTN:, Axios ou encore The Daily Beast accusent le coup ces derniers mois mais pas les importants groupes de presse à l’origine des importantes révélations de ce début de présidence comme le New York Times, le Washington Post ou CNN.
     

    * « Trump fatigue? The Good Times for politics publishers are over » – Digiday

 

 

Le Kiosque du 19.05.17: Les défis de Trump à l’étranger; Le fantôme de Flynn; Richard Spencer

 

Au sommaire, ce vendredi 19 mai 2017
Bon anniversaire à mes parents, Jean-Noël & Muriel pour leur 44 ans de mariage.

1. Comment Préparer Trump à l’étranger
2. Les défis du président pour son premier voyage officiel à l’étranger
3. Le fantôme de Flynn
4. Les supporters de Trump ne suivent pas l’actualité
5. The White Supremacist: Richard Spencer
6. Le reste de l’actualité

 

 


1. Comment Préparer Trump à l’étranger

  • Les médias américains sont inquiets pour le premier voyage à l’étranger de Donald Trump: huit jours, cinq pays (Israël, Arabie Saoudite, Italie, le Vatican et la Belgique) et des dizaines de réunions inquiètent les proches du président qui n’aime pas voyager et qui chérit ses habitudes, notamment celle de dormir à la Maison Blanche (ces quatre derniers mois), dans la Trump Tower ou dans l’un de ses hôtels.
  • Des précautions ont été mises en place pour rendre ses déplacements les moins pénibles possibles:

Quand le président va s’asseoir pour dîner en Arabie Saoudite, son repas favori – un steak avec du ketchup – sera servi aux côtés de plats locaux. A l’OTAN et pour le sommet du G7, les délégations étrangères savent que Trump préfère les présentations courtes avec des visuels. Pour chacune de ses étapes tout au long du voyage, son équipe a passé des semaines à trouver des moments de répit dans son emploi du temps surchargé.

« Worldwide effort st to keep Trump happy on 1st trip abroad » – AP

 

  • Des conseils pour les leaders étrangers:

Faites court, n’imaginez pas qu’il connaît l’histoire de votre pays ou ses problèmes majeurs. Complimentez-le sur sa victoire pour le vote du collège électoral, et comparez le favorablement par rapport à Barack Obama. N’abordez pas ce qu’il a dit durant la campagne. N’arrivez pas avec une liste de questions mais avec un marché facile à conclure.

* « Tips for Leaders Meeting Trump: Keep it Short and give him a Win » – The New York Times

 

 

 


2. Les défis du président pour son premier voyage officiel à l’étranger

  • Merci Axios pour un récapitulatif des objectifs du président Trump pour chaque étape de son voyage et les questions en suspens de Politico:
Axios
  • Arabie Saoudite (20-21 mai): Discours sur l »Islam + Rencontre avec le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud.
    Appel à la paix dans le monde musulman + lutte contre le terrorisme
    Est-ce qu’il utilisera le terme « terrorisme islamique radical »
  • Israel (22-23 mai): Visite du mur des Lamentations + Rencontre avec Netanyahou 
    Meilleur allié de Trump à l’étranger, Netanyahou n’était pas très content du partage d’informations confidentielles entre Trump et les Russes.
  • Territoires occupés (23 mai): Processus de paix israélo-palestinien + Rencontre avec Mahmoud Abbas.
    L’une des promesses de campagne de Trump: Résoudre le conflit israélo-palestinien avec l’aide de son gendre, Jared Kushner, un juif orthodoxe
  • Vatican (24 mai): Rencontre avec le pape François.
    Trump a qualifié le pape de « honteux » l’année dernière. Espérons qu’il représente un plus dignement les Etats-Unis
  • Belgique, Bruxelles (24/25 mai): Sommet de l’OTAN et réunion avec les 28 pays membres.
    Réaffirmer l’engagement des USA dans l’OTAN et demander aux pays de payer leur contribution
  • Italie (26/27 mai): Sommet du G7
    Réassurer les alliés sur la capacité de Donald Trump a être président.

 

 

 


3. Le fantôme de Flynn

PHOTO ILLUSTRATION BY ELIZABETH BROCKWAY/THE DAILY BEAST
  • Aucun proche de Donald Trump ne lui a donné autant de fil à retordre que Michael Flynn, ancien lieutenant général de armées et ancien patron de la Defense Intelligence Agency, d’où il a été viré par Barack Obama en 2013 à cause de ses problèmes managériaux et le peu d’égard donné aux faits – son surnom était « Flynn Facts ».

 

  • Trump a nommé Michael Flynn, conseiller à la Sécurité Nationale, l’un des postes les plus importants de son administration, sachant que ce dernier:
    • Avait fait du lobby fin 2016 pour une entreprise turque liée au gouvernement de Erdogan et empoché un demi million de dollars
    • Il était sous le coup d’une enquête fédérale à cet effet.
    • Il ne s’était pas enregistré comme « agent étranger » auprès du Département de la Justice.
    • Barack Obama avait vivement conseillé à Trump au lendemain de sa victoire de ne pas lui faire confiance pour un poste à responsabilités

 

  • Son mandat n’a duré que 24 jours mais les conséquences vont continuer à faire sentir pendant longtemps dans et en dehors de la Maison Blanche car:
    • Durant la période de transition (nov. 2016 et jan. 2017, le général Flynn s’est opposé à la demande de l’administration Obama de signer un plan visant à armer des forces syriennes kurdes pour prendre la ville de Raqqa aux mains de Daech – un choix semble-t-il influencé par le gouvernement turc qui refusait de voir les opposants kurdes se renforcer militairement contre Ankara.
    • Il a rencontré le ministre des affaires étrangères turc en septembre pour discuter la livraison d’un dissident turc exilé aux Etats-Unis Fethulah Gulen et écrit dans The Hill au lendemain de la victoire de Trump que Gulen était « mollah islamique louche » qui devait être livré à la Turquie.

 

  • Comme le rappelle le NYTimes, « les accusations de connivence entre des membres de la campagne de Trump et les espions russes ont compliqué la prise de décisions stratégiques sur la Russie » et en partie à cause de Michael Flynn
  • Le 29 décembre 2016, date à laquelle Barack Obama a imposé des sanctions contre la Russie pour son ingérence dans les élections présidentielles, Michael Flynn était au téléphone avec l’ambassadeur russe à Washington, Sergey Kislyak en lui promettant qu’elles seraient rapidement levées.
  • Mr Flynn a publiquement menti sur le contenu de ses discussions au vice-président, malgré les alertes de la ministre de la justice par interim de l’époque, Sally Yates. Ce n’est que les révélations du Washington Post qui vont obliger le président à demander la démission de son ami, Michael Flynn.
  • Le lendemain de sa démission, Trump a demandé à Comey de laisser tomber l’enquête qui pourrait incriminer Flynn, et quelques semaines plus tard, lui a envoyé un mot soutien, « Sois fort! »

 

  • « The Ghost of Michael Flynn » – The Atlantic
    « Turkey stopped Military plan Turkey opposed after being paid as a Foreign Agent » – McClathyDC
    « The Damage Mike Flynn Has Done to American Foreign Policy » – The New York Times

 


4. Les supporters de Trump ne suivent pas l’actualité

Photograph by Charlie Neibergall / AP
  • « Les loyalistes de Trump disent qu’ils ne savent pas, ne croient pas ou se foutent des révélations explosives qui ont forcé le département de Justice à nommer un procureur spécial pour enquêter sur les possibles collusions entre la Russie et la campagne du candidat républicain. »

     

  • C’est la seule force et légitimité du président alors que 61% des Américains pensent être malhonnêtes: La loyauté et le soutien des supporters de Trump n’a pas vacillé depuis son élection et son investiture, quels que soient les scandales qui ont éclaboussé la Nouvelle Administration depuis presque quatre mois.

 

  • Tout le brouhaha médiatique n’a pas convaincu ces électeurs de New York, Iowa, Géorgie qui ont pris le parti de soutenir le président et attendent de lui qu’il applique son programme conservateur – au ralenti ces deux dernières semaines à cause du Comey Gate.
    Certains dénoncent l’irresponsabilité des médias à attaquer l’administration qui fragilise le pays tout entier.

 

  • Beaucoup de ces supporters sont toujours très remontés contre l’ancienne adversaire De Trump, Hillary Clinton, qui aurait un choix bien pire que le milliardaire new yorkais.

 

  • Vox qualifie cette attitude de « ignorance volontaire« , une « force très puissante dans la politique américaine » et l’une des clés pour comprendre pour est-ce que « le discours politique peut être aussi irrationnel »: La politique n’a rien avoir avec les faits mais repose sur le partage d’une même réalité et la tendance intellectuelle à protéger notre appartenance politique plutôt que d’aller rechercher les faits.

 

 

 

 


5. The White Supremacist: Richard Spencer

  • Il appartient à cette génération d’extrême droite qui connait un regain d’attention grâce au nouveau président, celle qui promeut sans complexe la supériorité de la race blanche d’origine et de culture européenne opposée au multiculturalisme et à la Démocratie.

 

  • La première fois qu’on a entendu parler de lui, c’était l’année dernière, peu après l’élection de Trump, lors d’un dîner organisé à New York où des participants ont été photographié en train de faire le salut fasciste.
    On l’a ensuite vu se faire taper dessus en marge de la cérémonie d’investiture à Washington le 20 janvier dernier: deux poings dans la figure à deux reprises qui ont fait le tour d’internet, et l’ont rendu un peu plus célèbre.

 

  • Il dirige un think tank d’un seul employé, lui-même, appelé « National Policy Institute » qui cache un programme dédié à la survivance et à la supériorité de la race blanche symbolisée par l’empire romain, qu’il voit comme le sanctuaire de tous les Européens du monde entier.

 

  • Il se considère aujourd’hui comme une figure médiatique grand public
  • Pour le magazine Jacobin il représente un phénomène ancien assez commun: le raciste bien éduqué et financièrement à l’abri, un mélange de racisme et d’élitisme blanc ».
  • « His Kampf » – The Atlantic

 

 

 


6. Le reste de l’actualité

  • Antarctique: Reportage multimédia époustouflant sur la fonte de la calotte glaciaire en Antarctique – The New York Times 
  • Implosion: Un rapport du « Shorenstein Center on Media, Politics and Public School » de Harvard conclut que 41% de la couverture médiatique des éditions imprimés du NYTimes, WSJ, WaPo, et les chaînes d’info CBS, CNN, Fox News et NBC étaient consacrées à Donald Trump durant les cent premiers jours, trois fois plus que les anciens président.
  • Washington: James Comey a essayé tant bien que mal d’éviter tout « contact inapproprié » avec Donald Trump pour le convaincre de laisser tomber l’enquête sur les collusions entre son équipe de campagne et les Russes: Le président a sorti le grand jeu, dîners, réunions et même une embrassade devant les caméras. – The New York Times
  • Médias: A lire l’hommage de Bill O’Reilly à Roger Ailes, ancien patron de Fox News, décédé hier matin. Les deux hommes ont construit le formidable succès de la chaîne d’information câblée pendant près de 20ans et les deux ont été virés pour des accusations de harcèlement sexuel à quelques mois d’intervalle. – USA Today
  • Le groupe de hackers « The Dark Overlord » collecte illégalement les informations de patients des cliniques médicales et dentaires du pays pour les vendre ou les diffuser sur internet – Birmingham News