Le kiosque du weekend: 26-27.08.17

 

La sélection de ce week-end, c’est un portrait de Carl Icahn, milliardaire américain et ami de Trump, et son passage raté à la Maison Blanche, la campagne permanente de Trump qui a enchaîné les provocations cette semaine, une enquête sur le problème des cautions dans le système judiciaire américain, enfin sur l’industrie du sport qui oblige les enfants à devenir des athlètes professionnels de plus en plus tôt.

 

1. Une campagne permanente

  • Après un discours « normal » – lu sur téléprompteur – devant un parterre de militaires lundi dernier au cours duquel il a annoncé l’envoi de quatre mille soldats supplémentaires en Afghanistan pour « éliminer le terrorisme », le président a retrouvé son naturel mardi soir à Phoenix, en Arizona, où il a offert à des supporters survoltés, un veritable meeting de campagne, malgré les réticences du maire de la ville, qui craignait de nouvelles échauffourées entre groupuscules d’extrême-droite et antifas.

 

  • « Plein de rancoeurs, [Trump] il [y] a lancé l’une des attaques les plus mensongères et controversées contre les médias » en les accusant tour à tout d’avoir envenimé les manifestations racistes de Charlottesville, d’agir contre les intérêts du pays, de vouloir effacer son histoire » et a même réussi à ce que la foule chante « CNN sucks! CNN sucks! … Build that wall! build that wall! ».
    Sur le bilan politique et législatif depuis son investiture, il a affirmé qu’aucun « président [n’avait] autant accompli lors des six, sept premiers mois de son mandat. »
    Un véritable disque rayé qui, selon Brian Stelter de CNN, fait l’effet d’un « poison lent censé affaiblir les organes de presse tout en renforçant une présidence en difficulté. »

 

  • Vendredi, le président a annoncé le pardon présidentiel de Joe Arpaio, auto proclamé le « shérif le plus dur des Etats-Unis » qui a officié pendant 24 ans dans le compté de Maricopa, en Arizona où il a mené une véritable « croisade contre l’immigration illégale » et été reconnu coupable l’année dernière de profilage racial à l’encontre des Latinos, « présumés illégaux » qu’il emprisonnait pour les livrer aux agents d’immigration.
    La Maison Blanche a souligné dans un communiqué les « années de service admirable rendues à notre nation » d’un « patriote américain » qui « méritait » d’être pardonné. – The New York Times
    Le décision a volontairement suscité les critiques des Démocrates mais aussi de nombreux Républicains comme le sénateur John Mc Cain – CNBC

 

 


2. Prisons américaines: Vers la fin du “Bail System »?

NBC NEws
 
  • Enquête de NBC News sur une “nouvelle vision de la justice américaine” basée sur « des données scientifiques, des recherches académiques et des algorithmes qui « [débarrasseraient] le système judiciaire actuel – et son principe de liberté sous caution – de ses préjugés [socio-économiques et ethniques] en gardant uniquement les détenus les plus dangereux derrière les barreaux.

    Le système [anglo-saxon] de [liberté sous] caution permet en théorie à tous les prévenus, présumés innocent, de demeurer en liberté dans l’attente de leur procès. Mais acheter sa liberté est impossible pour ceux qui n’ont pas d’argent. Les plus défavorisés ont donc [aux Etats-Unis] bien plus de chances de rester enfermés et par conséquent d’être virés de leur boulot, de perdre la garde de leurs enfants, d’avouer quelque chose qu’ils n’ont pas fait, de faire de la prison et de souffrir des conséquences de leur condamnation. Ceux qui empruntent à des agences spécialisées dans la garantie de cautions judiciaires peuvent parfois s’endetter pour des années.
    De l’autre côté, les riches [qui peuvent payer la caution] échappent à la prison quelle que soit l’accusation, y compris celle de meurtre.
    L’injustice de ce système a déclenché une campagne nationale pour mettre fin au système de caution.
    Par quoi le remplacer?
    Dans le New Jersey, la réponse est l’algorythme, une formule mathématique qui détermine la probabilité qu’a un prévenu de retourner devant un juge ou être arrêté de nouveau.

 

  • La formule est censée prendre en compte les antécédents criminels du prévenu et déterminer un pourcentage de chance de récidive qui est rapportée au juge. Si le procureur refuse ces conclusions, il doit fournir les arguments nécessaires pour convaincre le juge de ne pas suivre les résultats de l’algorithme. 

 

  • Ce système est expérimenté dans différents Etats (Arizona, Kentucky, New Jersey) et comtés américains (de Californie, Pennsylvanie, ….) et depuis son application dans le New Jersey il y a six mois, de nombreux détenus ont été libérés et les prisons désengorgées.

 

  • Certaines décisions rendues par les algorithmes n’ont pas eu les effets escomptés [récidives et retours en prison] et donné de l’eau au moulin des défenseurs du système de caution et de son industrie mais elle en reste aujourd’hui la meilleure alternative et pourrait se développer à travers le pays.

 


3. L’échec du prédateur financier de Washington

 
  • Comme Donald Trump, son ami de longue date qu’il a soutenu lors de la campagne présidentielle, Carl Icahn est un « milliardaire populiste” qui pense que l’économie n’a pas besoin de régulations et l’Etat ne doit pas s’ingérer dans l’économie de marché.
    “L’un des hommes les plus influents de Wall Street”, Icahn, a comme le président des Etats-Unis réussi « grâce à sa capacité à intimider” ses adversaires [des entreprises en difficulté] qui lui a valu durant les années 80 une réputation de “prédateur financier” – dont il est très fier – en excellant dans l’art des OPAs hostiles et qui continue les affaires à plus de 80 ans, malgré une fortune de 17 milliards, pour garder la main.

 

  • Si Icahn est l’un des seuls grands noms de la finance à avoir soutenu Trump – qui s’en est bien servi – c’est parce que le candidat lui avait promis de supprimer les régulations mises en place par l’Agence de Protection l’Environnement (EPA) qui oblige CVR Energy, la compagnie dont il est majoritaire, à payer des dizaines de millions de dollars d’impôts chaque année.  “S’il est élu, Trump mettre à fin à cela” avait affirmé un Icahn confiant lors de la campagne avant d’assumer la fonction providentielle de « conseiller spécial du président [Trump] sur les questions de régulations” pour l’aider à résoudre les problèmes qui asphyxient les entreprises américaines.”

 

  • Un poste non rémunéré pour lequel il n’a eu ni besoin se retirer de ses affaires (une vingtaine de compagnies), ni dévoiler d’éventuels conflits d’intérêts avec sa nouvelle fonction, et permis au stock de CVR Energy de doubler sa valeur en six mois – après une chute continue de 70% entre novembre 2015 et 2016 – qui lui a rapporté un demi milliard de dollars.

    Mais Icahn est bien plus riche que la famille Trump et les membres de son cabinet réunis – et la possibilités de conseiller le président sur des régulations susceptibles d’avantager ses affaires le destinait à devenir encore plus riche. “Cette capacité d’influence et source d’enrichissement personnel sur les prises de décisions par un magnat [de la finance] dans et en dehors de l’administration est sans précédent. Dans le domaine de la corruption on n’avait jamais vu ça” affirme Robert Weissman qui gère l’association “public Citizen”.

 

  • Le 18 août dernier, après avoir été désavoué par le président, Carl Icahn a démissionné de son poste

 


4. Les enfants, ces athlètes professionnels

 

  • La cover story de Time magazine s’intéresse à l’industrie du sport pour enfants qui a engendré l’année dernière 15 milliards de dollars de revenus en transformant de jeunes passionnés en véritables professionnels grâce à des infrastructures sophistiquées et spécialisées, toujours plus de pression physique et psychologique sur les enfants et les parents, avec toujours plus de profits à la clé.

    Joey Erace est un exemple extrême de ce qui est devenu une nouvelle réalité pour les jeunes athlètes en devenir et leur famille aux Etats-Unis. Partout dans le pays, des enfants de tous niveaux, quels que soient les sports, sont recrutés de plus en plus tôt par une industrie du sport pour enfants qui ressemble de plus en plus à celle des professionnels.
    Les petites ligues de quartier, associations de foot locales et formations de baskets chrétiennes qui rassemblaient les jeunes au sein d’une communauté et ne coûtaient rien ont perdu de leur superbe et ont été progressivement remplacées par des clubs privés, une constellation éparse de centres de développement liés à des franchises, des équipes régionales dirigées par des entraîneurs inexpérimentés.
    Les équipes les plus compétitives recherchent de nouveaux talents dans les tournois nationaux, d’autres prétendre appartenir à l’élite pour réclamer des sommes exorbitantes à des parents qui rêvent de voir leurs enfants réussir dans les équipes de lycée, et pourquoi pas à un avenir professionnel.

     

    « How Kids’ Sports Became a $15 Billion Industry » – Time magazine

 

 

 


5. Le hashtag fête ses dix ans

 

  • Le premier hashtag, #Barcamp [une rencontre participative entre internautes] a été tweeté il y a dix ans par l’un des créateurs de cet évènement: L’idée était de créer des groupes en les liants automatiquement à des liens hyper-texte en utilisant le symbole « # » devant. »Twitter a d’abord rejeté l’idée en expliquant que les hashtags étaient uniquement utilisés par les « nerds » puis a finalement intégré le hashtag dans son coding en 2009″.
    Depuis, les hashtags sont le langage internet et médias sociaux par excellence puisque les trois quarts des internautes les utilisent pour communiquer avec quelques hits comme #TBT (« Throw back Thursday » a été tweeté 120 millions de fois)Aujourd’hui, 125 millions de hashtags sont tweetés en moyenne chaque jour. Les hashtags les plus utilisés de ces dix dernières années l’ont été par des fans #MTVHottest, #MTVStars, #KCA.
    Les hashtags utilisés pour une série télévisée, #The WalkingDead, pour un film #StarWars, pour un sport, #WorldCup, un sport américain, #SuperBowl

 


6. Le reste de l’actualité

 

  • Village Voice va cesser de paraître.
    L’hebdomadaire new yorkais créé en 1955, gratuit depuis 1996 et véritable « artefact d’un Downtown qui n’existe plus »,  va cesser de paraître, a annoncé la direction cette semaine – sans préciser quand – qui compte se rabattre sur la seule diffusion en ligne, avec des renouvellements de contenus quotidiens et non plus hebdomadaires. – New York Times
  • « Parfois certains discours ne valent pas d’être défendus ».
    ACLU, The American Civil Liberties Union, a été beaucoup critiquée ces derniers jours pour avoir défendu devant un juge le droit des groupuscules d’extrême droite de manifester à Charlottesville. Selon Associated Press, la défense stricte du Premier Amendement, quel que soit la nature des propos, a pris un coup lorsqu’une manifestante est morte lors du rassemblement de Virginie, et a mené à la démission du représentant de ACLU en Virginie.

Le kiosque du week-end: 19-20.08.17

 

 

Cette semaine, on part à la rencontre de Julian Assange dans un long article du New Yorker sur ses années d’isolement dans l’ambassade équatorienne de Londres, sur la semaine catastrophique de Trump; une analyse des « Angry White Boys » dans National Review et l’appel à l’action d’une journalisme américaine face au racisme; et enfin les éditions dominicales.

 

1. Bannon, le Barbare

 

 

  • C’est le dernier évènement (positif?) d’une nouvelle semaine – de vacances – catastrophique pour le président et son administration: Le départ de Steve Bannon, architecte de la victoire du candidat républicain et du programme « America First » et chef du clan des « nationalistes économiques » de la Maison Blanche, qui a annoncé dans la foulée retrouver la place qu’il occupait il y a tout juste un an, à la tête de Breitbart News.

 

  • Le lendemain de son départ, Steve Bannon a annoncé « partir en guerre pour Trump contre ses adversaires – à Washington, dans les médias et les grandes entreprises américaines » et surtout les « démocrates de la West Wing »: Ivanka Trump, son mari Jared, le conseiller économique Gary Cohn et Dina Powell, adjointe du conseiller à la sécurité nationale.
    Il compte, avec le soutien financier du milliardaire Bob Mercer, développer Breitbart et une nouvelle entreprise de média capable de concurrencer Fox News, qui selon Bannon, serait en train de virer centre droit sous l’influence des deux fils de Murdoch.

 

  • Donald Trump a salué le retour de Steve Bannon à Breitbart News où il sera plus utile à « attaquer les ‘fake médias’ [qui] ont besoin de concurrence. »
    Selon Mike Allen, « les discussions politiques au niveau national vont empirer, devenir de plus en plus toxiques, avec une lutte au sein de la droite qui pourrait être bien plus personnelle et âpre que les hostilités entre Républicains et Démocrates. »
    Si Trump ne supporte pas Bannon en ce moment, ce dernier va continuer à l’influencer car les deux hommes sont plus proches idéologiquement que le président ne l’est des « New Yorkais modérés » – Ivanka, Jared et Gary Cohn.

 

  • Dernière nouvelle: Sebastien Gorka, proche de Bannon, devrait lui aussi quitter la Maison Blanche

 


2. Julian Assange en exil

 

  • Julian Assange vient de passer les cinq dernières années de sa vie exilé et reclus dans l’ambassade équatorienne de Londres, surveillé 24 heures sur 24 par ses hôtes et les services secrets anglais, prêts à l’arrêter le jour où il sera obligé de sortir. Le journaliste du New Yorker, , qui le suit depuis ses premières aventures avec Wikileaks, en 2010, nous raconte le quotidien cauchemardesque de cet héros/vilain qui a tout sacrifié au nom d’une certaine conception de l’information.

L’univers d’Assange ces cinq dernières années s’est réduit à 30 mètres carrés qui se répartissent en une suite privée et quelques pièces qu’il partage avec le personnel équatorien. « C’est comme vivre dans une navette spatiale » l’un de ses amis m’explique. Pour des raisons de sécurité et parce que les paparazzi le guettent parfois en bas de l’immeuble, il ouvre rarement les rideaux durant la journée et se met rarement au balcon. Il vit dans un état de crainte permanente, celle de voir l’ambassade assiégée à tout moment. Après son arrivée [en 2012], les Anglais ont essayé de retirer les protections diplomatiques de l’ambassade pour l’appréhender de force. Ce à quoi le premier ministre équatorien a répondu: « Nous ne sommes pas une colonie britannique ».
Assange m’avait lors dit, certain d’une arrestation imminente, qu’il avait préparé une paire de menottes pour s’attacher physiquement au consul équatorien. Après cela, les officiers anglais sont restés stationnés dehors et le harcelaient en frappant contre les murs à 4 heures du matin, et pendant un moment il a dormi dans une chambre différente toutes les nuits.

  • Si « l’ange déchu » est entouré quotidiennement par une poignée de fidèles activistes, soutenu par des amis et autres célébrités – la dernière en date, Pamela Anderson à qui on lui a prêté une relation – l’enfermement l’a diminué physiquement et psychologiquement; et son intervention très controversée lors de la campagne présidentielle américaine – la diffusion des emails piratés du Comité National Démocrate et du président de la campagne d’Hillary Clinton qui ont fragilisé la campagne de la candidate – l’ont isolé un peu plus sur la scène internationale.

George Gittoes [un artiste australien et ami de Assange] a tenté de m’expliquer la complexité de son soutien pour Assange.
« Je n’arrive pas à comprendre sa vision de Trump mais je lui laisse le bénéfice du doute (…) La raison pour laquelle je supporte Julian et que je le considère comme une inspiration est très simple. Il prouve qu’un individu peut encore s’opposer à des pouvoirs vis-à-vis desquels nous nous sentons tous oppressés. »

  • Aujourd’hui Assange n’a pas d’autre choix que d’accepter ceux qui sont encore prêts à le défendre et le soutenir, y compris Sarah Palin, Sean Hannity et autres trolls de l’alt-right qu’il « est content de voir intéressés par le projet de Wikileaks ».

    « Julian Assange, A Man Without a Country » – Raffi Khatchadourian / New Yorker

 


3. « Angry White Boys »

 

  • Excellente et violente critique de Kevin Williamson dans la revue conservatrice – et anti-Trump – National Review sur les militants des groupuscules d’extrême droite qui ont manifesté à Charlottesville en Virginie la semaine dernière, des « nationalistes blancs » qui n’ont aucun autre message que la colère et la haine de l’autre:

    Les jeunes blancs en colère n’ont aucun programme politique sérieux. Ils n’ont aucune revendication comme les Teamsters [le syndicat des conducteurs routiers américains] ou PETA [People for the Ethical Treatment of Animals], ils n’ont pas doctrine idéologique comme les Communistes, bien que ce serait faux de dire qu’ils n’ont aucune idéologie. Leur programme, c’est leur colère, une colère difficile à comprendre (…) Ils aiment se faire passer pour des « alpha males » comme si ils appartenaient à une troupe de chimpanzés – mais ça ne leur vient jamais à l’idée de se considérer comme des hommes déchus et rejetés. (…)
    Ce sont les produits d’une société libérale et démocratique tolérante qu’ils détestent – et à laquelle ils dépendent à la fois. (…)
    Qu’est-ce que recherchent ces jeunes blancs en colère? Le fait qu’ils se rassemblent pour se déguiser – et jouer à des jeux de cowboys et d’indiens parfois meurtriers – apporte un semblant de réponse. Ils veulent être autre chose que ce qu’ils sont. C’est la grande ironie de la politique identitaire: ils sont à la recherche d’une identité au sein d’une tribu car ils ont échoué en tant qu’individus.

  • « Angry White Boys » – Kevin D. Williamson / National Review

 


4. « Leçons de vie »

  • Kim Kingsley – ancienne directrice de Politico – revient sur le racisme ordinaire qu’elle observe depuis toujours dans sa ville natale de Pennsylvanie et sur la nécessité, en tant que « blanche », de sortir de sa bulle pour essayer de comprendre l’origine de ces comportements et de ces préjugés et de les combattre.

    Les suprémacistes blancs, manifestants néo-nazis de ce weekend sont des gens que l’on connaît. On les rencontre chaque jour, ce sont parfois des proches, et bien plus intégrés dans les infrastructures culturelles, institutionnelles, et politiques de ce pays qu’on ne le pense. Mais on n’en parle pas. Certains pensent que ca va disparaitre d’un jour à l’autre, certains que ce n’est pas un problème à régler et enfin d’autres n’ont aucun problème avec cela (…)
    Ce que j’espère, c’est qu’on puisse aujourd’hui sortir de notre univers confortable et confronter une réalité qui l’est moins.(…)
    Observons autour de nous, essayons d’analyser la diversité sur notre lieu de travail et comment l’améliorer. Ce n’est pas à la poignée d’employés issus des minorités de militer pour davantage de diversité. Ce sont les employés « blancs », quelles que soient leur position au sein de l’entreprise, qui ont la responsabilité de créer un lieu de travail où il y ait davantage de diversité au sein du personnel et des opinions, et prouver les bénéfices que pourraient en tirer l’entreprise.

    « My Life Lessons in Rust Belt Racism » – Kim Kingsley / Medium

 


5. Les editions dominicales

 

  • « Wrong Way » – Enquête du Tampa Bay Times à St Petersburg en Floride, où Isaiah Battle comptabilise à 15 ans le plus grand nombre de vols de voiture du comté de Pinellas.

    [Le journal] a identifié 14 enfants arrêtés pour avoir volé au moins cinq voitures entre janvier 2015 et juin 2016 (…) Tous ces délinquants sont males. Douze sont noirs, un est asiatique et un est blanc (…) La majorité à été évincé au moins une fois; quelques familles comme celle d’Isaiah, ont été expulsés à trois reprises.Tous viennent de familles brisées. Les parents ont porté plainte les uns contre les autres sur des tests de paternité et la pension alimentaire. Certains sont partis vivre en foyer. L’un a fugué. Onze ont vécu la violence domestique, leur mère battues par leur petits-amis, parfois devant eux. Six ont été victimes d’abus ou de négligence (…) Neuf étaient suspectés dans des rapports de police avant leur quatorzième anniversaire.

 

  • L’édito de l’Indianapolis Star, « Let’s Stand Against Hate. Together », en première page est un appel de plus cette semaine de la part de nombreux médias après les évènements de Charlottesville:

    Dans un moment aussi difficile, il est tentant de passer à autre chose – laisse le temps et le renouvellement de l’information nous distraire d’une réalité difficile qui est ressortie ces derniers jours. Mais il est nécessaire de faire face aux profondes divisions sur la race, la religion et l’ethnicité. Il est nécessaire de commencer un travail de fond pour renverser ces divisions.

Le kiosque du weekend: 12-13.08.17

 

 

1. Débat de la semaine: Google est-il intolérant?

 

Le profil Twitter de James Demore

 

  • Mauvaise semaine pour Google qui a mal géré la polémique provoquée par l’un de ses employés, un ingénieur de 28 ans à l’origine d’un memo dénonçant la politique de diversité en entreprise de Google qui favoriserait les femmes et les minorités aux dépens des employés blancs. Selon lui, l’absence des femmes à des positions de pouvoir dans les industries de haute technologie  est une affaire de différences biologiques avec les hommes.
    Un discours qui va à l’encontre des efforts mis en place par Google pour essayer de diversifier son personnel et qui n’arrange pas les affaires de la Silicon Valley accusée ces derniers mois d’entretenir une culture sexiste hostile à la gent féminine – voir Uber.
  • James Demore: « Martyr de la liberté d’expression ou bro tech sexiste? »
    Après la publication de son mémo incendiaire (« Google’s Ideological Echo Chamber ») sur Motherboard ce week-end, James Demore, diplômé de Harvard a été viré lundi pour « violation du code de conduite de l’entreprise » et pour « perpétuer des stéréotypes sur le genre susceptible de blesser ».
    Le jeune ingénieur de 28 ans s’y présentait comme le porte parole d’autres employés restés silencieux, soit par manque de courage ( et à cause de la « culture de la honte ») soit parce qu’ils « ont peur d’être virés ».

    Quand on parle de diversité et d’intégration, la parti-pris progressiste de Google a créé une monoculture qui se maintient en essayant de réduire au silence ses opposants (…) Je veux juste dire que les différences biologiques entre hommes et femmes leur attribuent différentes qualités et capacités et ces différences peuvent expliquer pourquoi les femmes sont sous-représentées dans les positions de pouvoir de l’industrie de haute technologie.

    On dirait plus un manifeste de droite pour la liberté d’expression d’une culture masculine, blanche et sexiste que d’une véritable étude socio-économique des différences hommes-femmes et surtout une critique à peine caché de la politique de diversité en entreprise de Google.

 

  • La « guerre culturelle » , l’un des thèmes de prédilection de la droite américaine, qu’elle a efficacement implanté dans le discours politique fait son chemin dans les entreprises de la Silicon Valley, traditionnellement à gauche et désormais accusée d’être intolérante au pluralisme idéologique et à la liberté d’expression.

    L’industrie des Hautes Technologies a toujours soutenu les thèmes de l’immigration et de la diversité en entreprise, même quand la majorité de leur personnel reste essentiellement blanc et masculin. Mais l’élection de M. Trump l’année dernière – et ses positions contre le politiquement correct, son langage grossier à l’encontre des femmes, ses actions contre l’immigration ou la protection de l’environnement – semblent fragiliser ces idéaux.
    De l’autre côté, les propos de Trump ont conforté ceux qui pensent autrement dans l’industrie de Haute Technologie et les ont poussé à exprimer tout haut ce qu’ils pensaient tout bas (…)
    Le mémo de M. Damore et son renvoi en ont fait un héros des sites de droite comme Breitbart qui critiquent depuis les sensibilités politiques de la Silicon Valley

  • « How James Demore went to Google employee to Right Wing hero »The Washington Post

 


2. Une communauté invisible

 

  • La communauté américaine d’origine asiatique est l’une des plus importantes des Etats-Unis mais contrairement aux latino et Afro-américains, l’une des moins représentées sur la scène médiatique, culturelle et politique malgré la discrimination et la violence dont elle a été victime dans les années 80 et 90.

    La discrimination est ce qui rapproche les Américains d’origine asiatique.
    Les premiers chercheurs des études américano-asiatiques appartenaient au « Third World Liberation Front » [une coalition d’associations de minorités étudiantes très actives] à la fin des années soixante contre la perspective trop européenne de l’enseignement.
    Quand les programmes d’études américano-asiatiques se sont développés en Californie au début des années soixante-dix, les cours reposaient surtout des expériences personnelles d’oppression et de solidarité forgées à travers l’expression d’une épreuve commune (…)
    Le projet de définition d’une identité américano-asiatique était limité aux universités de la Ivy League [sur la Côte Est] et celles de la Côte Ouest, jusqu’en 1982, date à laquelle, Vincent Chin, un ingénieur d’une usine automobile de Détroit, a été battu à mort par des assaillants qui accusaient la concurrence japonaise d’être responsable de la dépression du marché automobile américain. Quand les assassins de Chin ont été condamnés à de la prison avec sursis et une amende de trois mille dollars, des manifestations ont éclaté dans tout le pays et permis l’émergence d’une unité pan-asiatique consciente que si Chin, un fils d’immigrés chinois, pouvait être tué à cause des importations automobiles japonaises, le concept d’une identité américano-asiatique pouvait les aider.

 

  • Michael Cheng, fils d’immigrés chinois né dans le Bronx, est mort en décembre 2013 lors d’un séjour d’intégration organisé par la fraternité américano-asiatique Pi Delta Psi du Baruch College de New York qu’il venait d’intégrer. Un rite d’initiation censé sensibiliser et rapprocher les étudiants de cette « communauté invisible » s’est transformé en bizutage fatal pour le jeune étudiant de 19 ans.

    En pleine cérémonie, le bizut doit penser à ses parents et aux sacrifices qu’ils ont fait en tant qu’immigrés, les humiliations qu’ils ont subi et l’invisibilité oppressante d’être Asiatique aux Etats-Unis. Les bousculades, les coups et insultes racistes [de la cérémonie] sont censées être l’expression physique de la lutte [de leurs parents].
    Cette dernière marche au cours de laquelle il est guidé par les autres membres de la fraternité vers son parrain doit lui apprendre que la solidarité avec ses frères asiatiques est le seul moyen de réussir dans un monde de blancs.

    Michael s’est effondré au milieu de cette étape dite du « Glass Ceiling » qui consiste à parcourir un terrain gelé dans le nuit, avec un sac à dos de quinze kilos sur les épaules, les yeux bandés tout en évitant les coups de ses camarades. Inconscient. Ses camarades ont tardé à appeler les secours puis ont essayé de maquiller l’accident. Quatre d’entre eux ont plaidé coupable de meurtre sans préméditation et 37 autres personnes ont été inculpés.

  • « What a Fraternity Hazing Death Revealed About the Painful Search for an Asian-American Identity »The New York Times magazine

 


 

3. After the Shooting

 

  • C’est la cover story du California Sunday magazine intitulée « After theShooting »: La journaliste Jeaeh Lee a suivi pendant une année Gwen Woods, la mère de Mario Woods, 26 ans, tué par la police de San Francisco en décembre 2015 après avoir agressé un piéton avec un couteau sous de stupéfiants. La vidéo de sa mort a fait le tour des réseaux sociaux et provoqué une vive polémique sur la violence de la police: 

    Le corps de Mario a été tellement endommagé par les impacts de balles [une vingtaine au total] que le médecin légiste a suggéré que son cercueil soit protégé par une paroi en verre pour empêcher qu’un de ses membres se détache au moindre contact. Mais Gwen l’a laissé ouvert. Elle s’est penchée sur le cercueil et a effleuré le visage de Mario. Son visage était maquillé, son corps recouvert d’un costume noir et d’une cravate rouge, rembourrés pour qu’il ait l’air moins abîmé. “Ils ont aussi rembourré la tête” continue Gwen. “C’était impossible de l’embrasser tellement il était fragile”. Elle a noté une cicatrice sur sa joue droite et s’est demandé si une balle l’avait traversée à cet endroit.

    Un samedi après midi, deux mois après la mort de Mario, Gwen est entrée dans l’Eglise épiscopale méthodiste africaine de Oakland (…) Elle s’est assise près de l’autel, dans une section réservée aux “mères” – ces femmes qui, comme elle, ont perdu un enfant tué par la police. Samaria Rice, la mère de Tamir Rice; Valerie Bell, mère de Sean Bell; Geneva Reed-Veal, mère de Sandra Bland; Gwendolyn Carr, mère d’Eric Garner; Lezley McSpadden, mère de Michael Brown. « Le club auquel personne ne souhaite appartenir » a pensé Gwen – elle en était la dernière membre.

    Elle a vite compris que ce monde des « mères en deuil » était compliqué: Le deuil n’était pas le leur mais quelque chose que d’autres s’appropriaient. Chaque jour, il fallait rétablir un semblant de vérité, protéger l’image de Mario, pas seulement de la police mais aussi de ceux qui voulaient en faire un symbole. C’était facile de perdre le Mario qu’elle chérissait – aimant, drôle, intelligent, agaçant et confus.

    (…) Dans les mois qui ont suivi “l’exécution de Mario”, Gwen se rappelle avoir participé autant que possible à de réunions, à des marches, rassemblements. Les manifestants demandaient à ce que le chef de la police [de SF] démissionne et s’excuse publiquement et que les officiers qui ont tire sur Mario soit arrêtés et jugés. « Je pense qu’ils se sont tous dits, Nous sommes tous Mario Woods. Mario est notre fils, notre frère:. Felicia Jones, un membre de la communauté proche de Gwen m’a dit qu’ils le prenaient « très personnellement ».

  • « After the Shooting, A year in the life of Gwen Woods »California Sunday Magazine

 


4. Les Américains

 

  • C’est aussi une cover story, celle de l’édition de septembre de The Atlantic, un extrait de l’ouvrage de Kurt Andersen, « Fantasyland: How America Went Haywire – A 500 year History » à paraître à la rentrée (aux Etats-Unis) aux éditions Random House. La théorie est la suivante: Donald Trump n’est pas une exception mais une continuité de l’esprit américain.

    Pourquoi agissons nous de la sorte?
    Parce que nous sommes Américains – Parce qu’être Américain, ça signifie qu’on peut croire en tout ce qu’on veut; que nos croyances sont les mêmes, ou supérieures à celles des autres, experts ou non. A partir du moment où les gens adhèrent à cette vision, le monde tourne à l’envers, et la relation de cause à effet n’existe plus. Ce qui est vrai devient incroyable et ce qui est incroyable devient vrai.
    (…)
    Ce n’est pas seulement les Américains qui prennent des idées absurdes au sérieux. Mais l’Amérique en est le foyer et l’épicentre mondial (…) A l’exception des pays pauvres, il n’existe aucun autre endroit où les croyances surnaturelles et folkloriques ont autant d’importance dans l’identité des gens. C’est l’exceptionnalisme américain du XXIème siècle. Le pays a toujours été unique. Mais aujourd’hui cette singularité est différente.
    Nous sommes toujours riches et libres, toujours aussi influents et puissants que n’importe quelle autre nation – le synonyme d’un pays développé. Mais cette tendance à la crédulité, à faire les choses à notre manière, à démentir les faits, et n’avoir aucune certitude sur la réalité, a fini par gommer les caractères exceptionnels de notre pays et l’a transformé en un pays “moins développé”

    Certains considèrent la présidence de Trump – une ère de post-vérité et de faits alternatifs comme impensable – comme le dernier phénomène américain, inexplicable et insensé. Mais c’est juste l’expression d’un état d’esprit qui a rendu l’Amérique si unique depuis ses débuts. Un mélange extraordinaire d’individualisme et de zèle religieux, un mélange de show business et de n’importe quoi, qui fermente pendant des siècles, puis qui passe par les années soixante puis l’ère internet. On obtient l’Amérique d’aujourd’hui, celle où la réalité et le fantasme se mélangent dangereusement.

    (…)

    Donald Trump est un escroc qui vous une haine contre l’establishment. Il n’aime pas les experts, parce qu’ils s’opposent à son droit, en tant qu’Américain, de croire ou prétendre que les mensonges sont des faits, qu’ils ont l’odeur de la vérité. Il voit des complots partout. Il exploite le mythe du martyr blanc. Il représente ce que j’appelle syndrome Kids R Us – gâtés, impulsifs, bougons, un sale gosse de 71 ans.

     

Le kiosque du 08.08.17

 

1. 200

  • Hier, le président a fêté ses deux cent premiers jours à la Maison Blanche résumés par le Washington Post
     

    • Décrets présidentiels signés: 42
    • Projets de loi signés: 43
    • Propositions de lois visant l’abrogation d’Obamacare devant le Sénat: 3
    • Lois d’Obamacare abrogées: 0
    • Le mur; 0
    • Pays visités: 8 et les territoires occupés
    • Jours passés dans les propriétés Trump: 64
    • Parties de golf effectuées: Au moins 35
    • Jours passés à Mar-a-Lago: 25
    • Argent dépensé par le contribuable pour protéger Mar-a-Lago: 6,6 millions de dollars
    • Directeurs du FBI & directeurs de la communication, directeurs de cabinet: 2
    • Opinions favorables: Entre 36% et 39%

 


2. La Résistance latino au Texas

  • Depuis que le gouverneur du Texas, Greg Abott, a signé la loi dite SB4, qui rentrera en vigueur en septembre et autorise les forces de l’ordre à demander aux suspects, témoins et victimes de crimes leurs papiers d’identité et punit les villes sanctuaires qui protègent les sans papiers – en accord avec la politique anti-immigration de l’administration Trump – la résistance s’organise dans le « Lone Star » State notamment au sein de la communauté latino (10,8 millions)
    Mother Jones est allée enquêter sur Jolt, une « association qui cherche à mobiliser les jeunes latinos texans contre les lois anti-immigration ».
     

    Certains des étudiants qui se sont inscrits au programme [de formation] de Jolt, sont sans papiers, d’autres viennent de familles installées au Texas depuis des générations. Mais tous ont adhéré au militantisme politique après le virage à droite qu’ont pris l’Etat et le pays.(…)
    Les membres recrutent des électeurs, organisent des manifestations mais ont réussi à attirer l’attention lors d’évènements plus médiatisés. En juin dernier, les militants de Jolt ont manifesté à l’intérieur du Capitole et perturbé la dernière journée de session parlementaire – les manifestations ont tellement énervé un Représentant républicain qu’il a fini par prévenir l’ICE (l’Immigration and Customs Enforcement).(…)

    Dans un Etat encore dominé par un gouvernement républicain presque entièrement blanc, les militants pensent que SB4 est une opportunité unique pour mobiliser des communautés désengagées.

    * « Will Texas’ Immigration Crackdown Spark the Latino Uprising Democrats Have Been Waiting For? »Mother Jones

 


3. Dure Conversation

 

  • Tommy Curry est un docteur en droit afro-américain dont « la philosophie vise à poser les questions qui fâchent sans peur ou préjugés » notamment sur le racisme et « la tyrannie culturelle blanche ».
    Son embauche au Département de philosophie de l’université du Texas devait apporter davantage de mixité dans un établissement essentiellement blanc (3% d’étudiants noirs seulement) et un secteur où les afro-américains sous représentés (1% du personnel).
    Pendant plusieurs années, la côte du professeur est montée en flèche chez ses étudiants jusqu’à sa titularisation en mai dernier, malgré les critiques de certains collègues sur ses propos jugés controversés voire incendiaires.

     
  • C’est à cette époque qu’un extrait d’une interview de Curry sur le tabou autour des afro-américains propriétaires d’armes à feu, interprété comme « un appel au meurtre des blancs » a fait le tour des réseaux d’extrême droite provoquant une levée de boucliers de professeurs, d’étudiants et donateurs de l’université du Texas qui a fini par suspendre le professeur.
  •  

  • Extrait:
     

    Les professeurs sont regardés, suivis et confrontés. On leur demande des comptes sur ce qu’ils ont dit et ce qu’on leur prête. La technologie moderne a transformé ces campus en cirque, et le public vient admirer les bêtes: les professeurs qui pensent que les statues en marbre blanc sont racistes, ceux qui appellent au génocide blanc à Noël, ceux qui veulent voir le président Trump pendu. Des élites présentées comme des brutes sauvages.
    Tommy Curry était le noir enragé qui voulait voir les blancs mourir.
    C’est la caricature qu’on en fait mais l’histoire est plus compliquée.
    Le drame qui s’est déroulé à Texas A&M, c’est l’histoire d’un chercheur qui a été accueilli dans une université publique grâce à une façon de pensée inhabituelle et puis mis au banc pour la même raison. C’est l’histoire de ce qu’une université valorise, de la façon dont elle exprime ces valeurs sous la pression, et comment cette pression fonctionne.
    C’est la liberté et le contrôle, la raison et la peur, la bonne foi et la mauvaise.

    * « Who’s left to Defend Tommy Collin? » – San Francisco Chronicle 


4. Patagonia: le business de la résistance

 

  • Patagonia, la marque de vêtements pionnière dans la lutte pour la protection de l’environnement, est « la conscience de l’industrie de l’outdoor, prête à abandonner des profits importants pour remplir sa mission.
    La compagnie est en guerre contre l’administration Trump qui veut privatiser des espaces naturels appartenant au domaine public, voudrait devenir un acteur politique influent à Washington.
  •  

  • Aussi emblématique que la marque est son fondateur, Yvon Chouinard, 78 ans, partisan d’une croissance modérée de ses activités et surtout intéressé par la dimension environnementale et sociale de son entreprise (« sauver la planète »), dont les profits ont quadruplé ces sept dernières années et qui possède aujourd’hui.
     

    Bien entendu, une telle ambition nécessite d’immenses ressources. Dans le schéma global des choses, Patagonia qui approche le milliard de dollars de bénéfices, passe de poids plume à poids léger. Dans un avenir proche, la compagnie ne peut pas concurrencer l’influence politique de l’industrie pétrolière et gazière, un adversaire important des espaces naturels appartenant à l’Etat. Mais une croissance rapide et continue pourrait éventuellement changer le rapport de force (…)
    Pour le moment pourtant, le pouvoir de Patagonia repose essentiellement dans sa capacité a révolutionner l’industrie de l’outdoor – en plein essor, estimée à un billion de dollars – qui a l’argent et les clients pour influencer les politiques à l’échelle nationale. Encore faut-il que les autres compagnies de l’industrie s’engagent à soutenir un pareil activisme et soient enclins à suivre un homme qui les traite de « faibles ».

    * « Patagonia big business of #Resist » – Outside

 


« Le jour ou le feu s’est déclaré »

 

  • C’est la cover story de Texas Monthy cet été: « The Day the Fire Came ».
    L’après midi du 6 mars 2016, trois feux se sont déclarés autour de la ville d’Amarillo dans le Panhandle texan – la région la plus au nord de l’Etat – répandus par des vents violents et une importante sécheresse.
    Sur place, Cody Crockett, un jeune cowboy qui travaillait dans un ranch de la région, accompagné par sa petite amie, Sydney Wallace, venue le rendre visite pour le week-end et Sloan Everett, un cowman, « ont fait ce qu’ils ont toujours appris: Retourner dans la praire pour sauver le bétail ».
    Le corps de Sydney a été retrouvée sans vie quelques heures plus tard. Cody et Sloane étaient brûlés, asphyxiés mais conscients lorsque les urgences sont arrivées pour les transporter à l’hôpital où tous les deux sont morts de leurs blessures.

    Incroyablement, à l’exception de trois veaux, [tous les animaux ont échappé au feu]. Contre toute attente, Cody, Sydney et Sloan avaient sauvé le bétail.

    (…)
    Cet après midi là, au moins 32 départs de feu ont été recensés dans le Sud des Grandes Plaines, et brûlé près de 500 000 hectares de champs, « le plus incendie de plaines de l’histoire moderne » selon le National Weather Service. Le total des dégâts a été évalué à dix millions de dollars, deux mille vaches sont mortes. D’autres vaches et veaux étaient tellement brûlés qu’ils ont été abattues, transportés par des bulldozers vers des larges fosses pour être enterrées.

    * « The Day The Fire Came » – Texas Monthly

 

 

 

 

 

Le Kiosque du weekend: 05-06.08.17

 

 

 

1. Le Département efficace

 

  • Critiqué et humilié par le président pour s’être récusé de toute enquête sur les élections de 2016, Jeff Sessions reste pourtant l’un des hommes forts de cette administration en défenseur invétéré du programme « America First » qui lui vaut d’être soutenu par les électeurs de Trump, de nombreux conservateurs et médias de droite.

    M. Sessions met en place le programme conservateur du président très rapidement, balayant les critiques de la gauche et qui laisse certains fonctionnaires perplexes sur cette transformation.
    « Sessions comme ministre de la Justice est tout ce dont rêvent les Conservateurs et tout ce qui effraye les progressistes » explique Erwin Chemerinsky, président l’Ecole de Droit de UCLA-Berkeley. (…)

    Ces six derniers mois, le ministre de la Justice a annulé les réformes de Obama sur les droits des homosexuels, le droit de vote, le système judiciaire et la réforme de la police tout en défendant son propre programme contre les drogues, gangs et le crime organisé … M. Sessions a demandé à ce que les juges condamnent le plus fermement possible tous les crimes, notamment ceux liés à la drogue qui incluent des peines minimum. Il a donné davantage de pouvoir à la police pour confisquer les biens des individus, qu’ils aient été condamné ou juste arrêtés. Il soutient la ligne dure de l’immigration, a déployé davantage de procureurs fédéraux aux frontières pour traiter des affaires d’immigration, et a exigé que les villes et Etats se soumettent aux autorités fédérales de l’immigration sous peine d’être privée de subventions du gouvernement.


    * « Justice Dept. Under Siege From Trump Ahead With His Agenda » – The New York Times 

 

 


2. Une administration dévouée à la cause blanche

 

  • Trump a gagné les élections présidentielles grâce à l’électorat blanc, rural et ouvrier américain, qui reste aujourd’hui son principal soutien.

    Après les élections de 2012, les leaders du Parti Républicain ont compris que pour remporter à nouveau la Maison Blanche dans un pays toujours plus diversifié, ils devaient trouver un moyen d’atteindre les électeurs appartenant à des minorités. Puis Donald Trump est arrivé, et a fait tout le contraire. Plutôt que d’essayer de convaincre les minorités, il a mené une campagne nationaliste blanche en jouant sur les ressentiments racistes. A la surprise de beaucoup, ça a marché. Et maintenant Trump veut leur montrer qu’il pense à eux.

  • Pour justifier son programme: Faire passer la population blanche pour la victime d’un système qui ne profite qu’aux minorités:

    Ca renvoie à ce projet républicain très ambitieux et en partie réussi, qui consiste à faire croire aux électeurs blancs que les minorités en général, et les Afro-américains en particulier, bénéficient d’aides sociales du gouvernement qui rend leur vie confortable et facile.
    C’est un mensonge mais qui a fait son chemin.

  • * « The Trump administration takes up the cause of oppressed white people »The Washington Post

 

 


3. Une génération perdue?

 

  • C’est l’article dont toute la presse parle cette semaine: un essai inquiétant sur la « iGen », la nouvelle génération, post-millenial, qui n’a connu qu’internet, les réseaux sociaux et les smartphones:

    Je l’ai appelé iGen.
    Nés entre 1995 et 2012, les membres de cette génération grandissent avec des smartphones, ont un compte Instagram avant d’entrer au lycée et n’ont aucune idée d’un monde qui fonctionne sans internet.
    Les Millenials ont grandi avec internet, mais ça n’a pas tout le temps fait partie de leur vie, ou été à portée de main tout le temps, jour et nuit. Les vétérans de la iGen étaient adolescents quand le iphone a été introduit en 2007, et au lycée quand le ipad a été introduit en 2010.
    Une enquête réalisée en 2017 sur plus de cinq mille adolescents américains montre que les trois quarts possèdent un iphone.

    (…)
    Mais l’impact de ces appareils n’a pas jamais vraiment été évalué et va bien plus loin que les problèmes d’inattention. L’arrivée des smartphones a radicalement changé tous les aspects de la vie des adolescents, de la nature de leurs interactions sociales à leur santé mentale. Ces changements ont affecté les jeunes partout dans le pays, dans tous les foyers. La tendance est partout, les riches, les pauvres, toutes les origines ethniques, dans les villes, les banlieues, les communes. Partout où il y a des antennes cellulaires, les adolescents passent leur vie sur leur smartphone.
    (…)
    Mais psychologiquement, ils sont plus vulnérables que les Millenials: Les taux de dépression et de suicide ont explosé depuis 2011. Il n’est pas exagéré de décrire la « iGen » comme une génération au bord de la pire crise de santé mentale depuis des décennies. Cette détérioration est en partie causée par les smartphones. Il existe des preuves indéniables que les appareils qu’ont a placé dans les mains des adolescents ont des effets catastrophiques sur leur vie – et les rend sérieusement malheureux.

    * « Have Smartphones destroyed a Generation? »The Atlantic

 


4. La droite YouTube

 

  • La nouvelle extrême droite américaine a trouvé en YouTube l’un des supports les plus efficaces de défense de « la contre culture » en se présentant comme la « majorité silencieuse » que les médias mainstream essayer d’étouffer:

    Comme les immenses plateformes Twitter et Facebook, YouTube est une énorme boite de production culturelle qui accueille des communautés très différentes. Mais comme le plus petit Tumblr (qui a longtemps été dominé par une gauche vivante et militante) ou 4chan (sorte d’usine à mèmes d’extrême droite agressive et efficace) YouTube accueille une communauté politique dominante: « la droite YouTube ».
    Cette communauté est constituée d’un groupe de chaînes et de personnalités, connectées par les mêmes sensibilités politiques et esthétiques.
    Ils sont monologuistes, essayistes, performeurs, vloggers qui publient régulièrement des vidéos depuis leur salon, leur studio, contre la gauche, contre les médias traditionnels, contre les « guerriers de la justice sociale » qui selon eux ruinent la culture populaire, agissent contre le peuple et fragilisent l’Occident.

    Ils sont obsédés par l’immigration, l’Islam et le politiquement correct.
    Ils semblent parfois plus excités par les adversaires du président que par le président lui-même, avec qui ils partagent les mêmes priorités, si ce n’est le style. Les personnalités les plus connues sont rattachées à des médias plus larges comme Alex Jones d’InfoWars ou Ezra Levant de Rebel Media. Les autres sont des opérateurs indépendants qui ont trouvé leur voie dans le médium.

    * « For The New Far Right, YouTube has become the New Talk Radio »The New York Times magazine

 


5. Un scandale Essure ? 

 

  • Le Washington Post magazine y a consacré sa cover story: Essure, une méthode de contraception définitive pour les femmes, qui consiste à insérer deux micro-implants dans les trompes de Fallope par les voies naturelles: révolutionnaire pour les unes, elle s’est transformé en un appareil médical dangereux pour les autres.
    Depuis son introduction sur le marché en 2002 par le groupe Bayer, 750 000 appareils ont été vendus mondialement et les ventes continues d’augmenter. La Food and Drug Administration a recensé près de 16 000 cas d’effets secondaires indésirables dont 9 000 retrait de l’appareil à travers une hystérectomie.

Après le choc, Keisha est allée en ligne et a trouvé une groupe Facebook appelé « Les problèmes de Essure » et lu des dizaines de post laissés par les quelques 16 000 membres (chiffre qui a doublé aujourd’hui).
Il y a ces femmes qui ont écrit sur la perte de sang, la fatigue, chute de cheveux, ou le pourrissement des dents que Keisha a expérimenté et qui sont des réactions allergiques ou inflammatoires à des matériaux, surtout le nickel, qui sont à l’intérieur de l’appareil.

Certaines femmes rapportent que leur appareil s’est déplacé des trompes et a atterri dans l’uterus ou a percé d’autres organes. D’autres femmes ont décidé de retirer le stérilet et ont eu des complications lors de l’opération, et souvent des hystérectomies.
Il existe même un groupe de femmes qui a posté des images de leur « E-babies » [alors qu’elles sont censées être stérilisées].
En lisant les posts, Keisha a réalisé que ces « petites choses » qui se passaient dans son corps pouvaient être une réaction à l’appareil qu’elle avait choisi comme moyen de contraception (…)
Elle était dévastée, effrayée et en colère. Pourquoi est ce que le docteur lui a suggéré? Pourquoi elle ne s’est pas renseigné plus tôt?

 

 


6. La performance a un prix

 

  • La question est simple: « Pourquoi les riches aiment-ils les sports d’endurance? »

    Le vélo, la course, les courses d’obstacles sont dominés par les travailleurs en col blanc. Si avoir les moyens permet d’y participer, les chercheurs commencent à comprendre l’attrait psychologique qui pousse ces gens vers ces compétitions masochistes. Il existe plusieurs raisons pour lesquelles la plupart des athlètes travaillent, sont diplômés et ont de l’argent (…)
    Qu’en est-il de la souffrance qu’ils aiment s’infliger en pratiquant ces sports? 

    La recherche des résultats (« courir plus vite, courir plus longtemps, poursuivre un objectif précis ») mais aussi la recherche de la douleur: « Les triathlètes que j’ai interviewé pour ma recherche ont reconnu que la douleur éprouvée lors de l’entraînement et de la course était l’une des raisons pour lesquelles ils le faisaient (…)
    Surmonter cette douleur et franchir la ligne d’arrivée est une forme d’accomplissement et une manière de discipliner son corps. 
    La grande ironie, c’est que l’une des raisons pour lesquelles les gens étudient, font des économies, et ont un emploi stable, c’est justement pour créer un confort de vie. Mais pour certains, ça devient trop facile. L’endurance sportive est une sorte d’échappatoire nécessaire, qui offre des mesures concrètes d’un travail bien fait et d’une souffrance physique – dans un environnement qu’ils ont choisi.

    * « Why do Rich People Love Endurance sports? »Outside

 


7. Les Editions du dimanche

 

  • « What’s Driving us to all this Road Rage? How a traffic dispute can turn violent »Miami Herald

    Les accidents liés à la « rage au volant », en anglais « road rage », sont plus nombreux à Miami et à travers le pays, affirme la police locale, alors que les encombrements et distractions rendent les conducteurs fous (…) La conduite agressive est devenue un donnant-donnant … C’est tellement une culture ici que les gens ne se rendent même plus compte qu’ils sont malpolis

 

  • « Hundred of officers fired for misconduct returned to policing »The Washington Post

    Depuis 2006, les plus grands départements de police du pays ont viré 1 881 officiers pour faute grave, de mentir sur ses heures supplémentaires à des excès de violence. Mais le Washington Post a découvert que ces départements ont été obligés de réengager plus de 450 d’entre eux après que les syndicats aient fait appel

 

  • « Small Town, Big Controversies » The Sunday Free Press

    Dans une petite ville du Nord Est du Michigan, les efforts sont de plus importants pour se débarrasser du président. Pas de Donald Trump. Il a gagné avec 69% des votes ici. L’effort vise le président du Kalkaska, Jeff Sieting, un supporter de Trump qui créé la polémique à l’échelle nationale après avoir posté des commentaires anti-Musulmans sur sa page Facebook

 

 

Le kiosque du 03.08 17

 

1. Le coup de gueule du Jour

 

 

 


2. L’administration s’attaque à l’immigration

 

  • Pour résumer – Axios:

    Le président Trump a soutenu la proposition de loi des Sénateurs républicains Tom Cotton et David Perdue qui réduire le taux d’immigration de moitié ces dix prochaines années en donnant la priorité aux employés qualifiés, et réduisant les visas offerts par la loterie et l’accueil des réfugiés.

    L’idée est d’aider les travailleurs américains à trouver du travail sans la concurrence étrangère: une rupture de la politique d’immigration traditionnelle des Etats-Unis et qui créé la polémique même chez les Républicains.

    En 2013, la réforme de l’immigration du Sénat, dite « Gang of Eight » – proposée par les Républicains John McCain, Lindsey Graham, Marco Rubio et Jeff Blake – qui avait échoué à la Chambre des Représentants, est l’antithèse de celle proposée par le président cette semaine.

     

 

 

  • Pour d’autres, cette proposition est nécessaire:

    Des politiciens de tout bord ont accusé la proposition d’être anti-démocratique, anti-américaine et économiquement mauvaise. Beaucoup affirment qu’il est mieux d’avoir plus d’immigrés que pas assez. Ces conclusions hâtives sont exagérées et sans fondement. La politique d’immigration a besoin d’être réformée, et si l’on étudie bien la proposition de loi, ça ne peut qu’être bénéfique pour l’économie du pays à long terme, et ça élimine des éléments qui sont difficiles à défendre.

    Le système actuel laisse accueille légalement un million d’immigrés chaque année, dont les deux tiers appartiennent à la famille de résidents déjà installés, et seulement 15% sont des employés qualifiés et/ou diplômés
    La nouvelle loi réduira le nombre annuel d’immigrés et définit quelle immigration le pays privilégie, celle qui accueille des individus susceptible d’apporter une valeur ajoutée au pays plutôt que le regroupement familial. 

    * « Why Trump’s New Immigration Bill Make Sense » – Politico

 


3. Trop drogués pour travailler

 

  • L’épidémie d’héroïne et d’opioïdes qui a causé la mort de plus de cinquante mille personnes en 2016, ravage zones pauvres et rurales du pays affaiblissent également l’économie puisque dans certaines régions, notamment industrielles, où les usines et entreprises ne trouvent pas d’employés qualifiés parce qu’ils sont malades ou toxicomanes.

    L’enquête [du New York Times] souligne le cercle vicieux de la crise dans la Rust Belt américaine: la perte des emplois et la stagnation des salaires a entraîné une importante dépression, une aliénation et la consommation de drogues. L’abus des drogues entraîne à son tour chômage, désespoir et aliénation. – Axios

     

  • La Gray Lady est parti enquêter à Youngstown dans l’Ohio:

    Le problème n’est pas les travailleurs locaux sont sous qualifiés pour ce genre de métiers [offertes par les entreprises et usines de la région]: la plupart ne nécessite même pas le baccalauréat, sont rémunérés entre 15 et 25 dollars de l’heure et offrent tous les avantages sociaux. Le problème, c’est que trop de candidats, près de la moitié dans certains cas – échouent au test de dépistage de drogue [obligatoire dans de nombreuses compagnies américaines].Ce ne sont pas seulement les travailleurs et leur famille proche qui sont touchés.
    Chaque trimestre, Columbiana Boiler, une entreprise locale, refuse 200 000 dollars de commandes pour ses récipients en fer et bouilloires à cause de la pénurie de main d’oeuvre, qui sont récupérées par des entreprises étrangères.

 

  • Le président a diplomatiquement affirmé hier qu’il avait remporté l’Etat du New Hampshire aux élections présidentielles parce que c’est un « repère de drogués » provoquant bien entendu la colère de ses habitants et de son gouverneur. 

    * « Economy Need Workers, but Drugs Test Take a Toll » – The New York Times

 

 


4. Affirmative Action à l’envers

 

  • C’est la dernière attaque de l’administration Trump contre l’Affirmative Action, cette loi de « discrimination positive » instaurée dans les années 60 qui encourage les universités à intégrer davantage d’étudiants issus de minorités ethniques ou de milieux défavorisés. 

    Le gouvernement veut utiliser les ressources de la « Civil Rights Division » [une institution dépendante] du Département de Justice [censée lutter contre la discrimination raciale, sexuelle, religieuse et nationale] pour punir les universités dont les politiques d’admissions sont défavorables aux « blancs » selon le New York Times (…)
    Le document n’identifie pas explicitement qui le Département de Justice pense être victime de discrimination à cause de la politique d’admission liée à la discrimination positive.
    Mais l’utilisation du terme « discrimination basée sur la race » s’oppose à l’objectif même de ce programme censé accueillir davantage d’étudiants issus des minorités [surtout afro-américaines, latino et amérindiennes] dans les campus américains.

    * « Justice Dept. to Take On Affirmative Action in College Admissions » – The New York Times

 

  • Les opposants à la discrimination positive ont trouvé un nouvel allié dans l’administration mais aussi chez les Américains d’origine asiatique: Une organisation conservatrice basée en Virginie a porté plainte contre la prestigieuse université de Harvard accusée de ne pas accepter assez d’Asio-Américains par rapport aux autres minorités.

    La plainte veut s’attaquer à un système que Harvard défend avec fierté. L’université a été pionnière dans son soutien à l’Affirmative Action (…) et a très tôt accepté gratuitement des étudiants aux origines modestes.
    Harvard s’est défendue de fixer des quotas de « noirs, de musiciens, de joueurs de football, de physiciens ou de Californiens » (…) mais affirme qu’abandonner les admissions basées sur la race, pourrait diminuer l’excellence de l’enseignement.
    La promotion de 2021 – celle acceptée cette année est à 14,6% afro-américaine, 22,2% Asio-Américaine, 11,6% Hispanique et 2,5% Améridienne (…)
    Des experts suggèrent que si Harvard abandonnait la race comme critère d’admission, l’admission des Asio-Américains augmenterait et le pourcentage de blancs, noirs et hispaniques diminuerait.

    * « Affirmative Action Battle Has a New Focus: Asian Americans » – The New York Times

 


 

5. « Pack and Ship »

 

  • Amazon, le géant de la distribution en ligne a organisé mercredi un immense foire aux emplois dans une dizaine de ses entrepôts, reçu près de vingt mille candidatures, a employé des milliers d’individus sur place et devrait continuer à recruter ces prochaines semaines. 

    Si les salaires offerts ne sont pas très élevés, la plupart des candidats sont intéressés par l’obtention d’une assurance maladie et autres avantages sociaux et des possibilités d’évolution.
    Amazon recrute généralement en août en prévision de la période des fêtes, mais l’importance de cette série d’embauches souligne l’excellente forme de la compagnie contrairement aux chaînes de distribution traditionnelles qui continuent de fermer leurs magasins – et accusent Amazon d’être responsable de cette transition vers le commerce en ligne.

    (…)
    La plupart des emplois sont a plein temps et consistent à emballer, trier et envoyer [la marchandise] et font partie de l’objectif d’Amazon de recruter 100 000 employés en plus d’ici le milieu de l’année prochaine. La mauvaise nouvelle c’est que davantage d’employés vont perdre leur emploi dans les magasins qu’être engagés dans des entrepôts [d’Amazon], explique Anthony Carnevale, directeur du centre d’Enseignement et de main d’oeuvre de Georgetown University.

    * « Thousand show up for jobs at Amazon warehouses in US cities » – AP

 


6. Le reste de l’actualité

 

  • Michelle Carter, l’adolescente reconnue coupable d’homicide involontaire après avoir poussé son petit-ami de 18 ans au suicide en 2014 – elle en 17 ans – a été condamnée à quinze mois de prison ferme dans un centre de détention pour mineurs. Une condamnation « juste » censée réhabiliter plus que condamner la jeune femme qui souffre de dépression. Elle a fait appel de la décision.  – The Washington Post

 

  • La Vallée de la Mort vient de passer le mois le plus chaud jamais enregistré aux Etats-Unis avec des températures moyennes de 107.4 degrés Fahrenheit, soit 42 degrés Celsius.
    Les températures ne sont pas descendues en dessous de 32 degrés Celsius durant le mois de juillet et la plus chaude a été de 52 degrés Celsius – The Washington Post

 

  • Selon un sondage de Quinnipiac University, 80% des Américains critiquent la gestion de la réforme de l’assurance santé par les Républicains, et ils sont 60% chez les électeurs républicains. 64% des électeurs toutes tendances confondues désapprouvent le projet républicains de remplacer Obamacare et 25% seulement y sont favorables. – Politico

 

  • Adidas cartonne aux USA: Depuis le début de l’année, l’équipementier allemand a vendu plus que Nike et Under Armour, ses deux principaux concurrents, en ligne et en magasins. Des ventes qui ont augmenté de 30% par rapport à l’année dernière aux Etats-Unis – The Street

 

 


7. La couverture du Jour

 

  • Celle de Sports Illustrated avec Neymar en couverture, LA star brésilienne du football, considérée comme l’un des meilleurs joueurs du monde après Messi et Ronaldo, qui tentera de remporter la coupe du monde pour son pays l’année prochaine en Russie, et qui vient de signer cinq ans au Paris Saint Germain.

Le Kiosque du 02.08.17

 

 

1. « Les survivantes »

 

    • « A la Maison Blanche, ce sont les femmes qui survivent » notait Politico hier matin: « Un président très critiqué pour ses propos contre les femmes s’est entouré de plus solides » que les conseillers et autres porte-paroles qui ont démissionné (Michael Flynn, Sean Spicer, Michael Dubke), se sont fait virés (Reince Priebus, Anthony Scaramucci) ou ont publiquement été humiliés (Steve Bannon, Jeff Sessions) par Trump ces six derniers mois.

 

  • Kellyanne Conway, n’est pas la seule à avoir évité les pièges. Les survivants de cette Maison Blanche « extra-ordinaire » sont presque toutes des femmes qui servent dans son administration: « L’intouchable » Hope Hicks (conseillère en communication), Dina Powell (conseillère adjointe à la Sécurité Nationale), Nikky Haley (Ambassadrice à l’ONU), Sarah Huckabee Sanders (nouvelle porte parole de la Maison Blanche), Omarosa Manigault, qui s’est attirée les faveurs de Trump en jouant la méchante dans The Apprentice, et enfin la plus importante, Ivanka, sa fille.

    Ca semble ironique pour une administration dirigée par un misogyne prêt à dégainer tout ce qui bouge, de la présentatrice du « Morning Joe », Mika Brzezinski, à son ancienne rivale, Hillary Clinton – et qui a été accusé par plus d’une dizaine de femmes d’attouchements inappropriés. Mais la gente féminine de la Maison Blanche a été jusqu’ici la plus épargnée (…) On ne sait pas trop comment dans un environnement aussi hostile aux politiques pro-femmes, favorable à la suspension des financements de Planned Parenthood ou l’abrogation des régulations concernant l’égalité des salaires.

    * « In Trump’s White House, the Women are the Survivors »Politico

 

 


2. Présumée coupable

 

 

  • En 2009, Noura, a été condamnée à vingt ans de prison pour le meurtre de sa mère qu’elle a toujours nié, malgré l’absence de son ADN sur les lieux du crime et grâce au zèle d’une procureure sans scrupules, Weirich, prête à tout pour gagner, qui a dissimulé des preuves susceptibles de l’innocenter.

    Noura a appris que la Cour Suprême du Tennessee avait cassé le verdict un soir d’août 2014, depuis sa cellule.
    Elle y était enfermée depuis neuf ans et avait abandonné l’idée d’un éventuel appel. Depuis l’instauration de la loi Brady [en 1963 qui oblige le procureur à présenter toutes les preuves d’une enquête même si elles sont favorables à la défense], la Cour Suprême du Tennessee n’a cassé qu’un seul verdict à cause de la faute d’un procureur qui a oublié de présenter toutes les preuves [lors d’un de ses procès].
    Et là, devant la télévision sans son, Noura pouvait voir son nom défiler à l’écran.

 

  • Une « épidémie » d’erreurs?
    Selon un rapport du « National Registry of Exonerations » publié en mars dernier, 70 des 166 révisions de procès impliquent la responsabilité du gouvernement, et sont le plus souvent liées à la dissimulation de preuves – on compte 2 000 révisions de procès depuis 1989.

    Pour de nombreux procureurs, mentir est inacceptable, et des procureurs oublient parfois sans le vouloir de présenter des preuves, ou ne les ont tout simplement pas reçues de la police. Mais l’un des aspects les plus troublants de ce système, c’est qu’on ne pourra jamais savoir le nombre d’affaires où des preuves ont été dissimulées. « Le problème de [la loi Brady] c’est que tu dois prouver qu’ils cachent quelque chose pour déposer une plainte, et combien en a-t-on laissé passer?

     

    * « She was Convicted of Killing her Mother. Prosecutors Withheld the Evidence that could have freed her »The New York Times magazine

 


3. Le fabuleux destin des frères Collison

 

  • Comment deux frères originaires d’Irlande ont révolutionné le payement en ligne

    Chaque année, les Américains dépensent 1,2 milliards de dollars d’achats en ligne, un chiffre qui a doublé ces cinq dernières années, et qui devrait doubler les cinq prochaines si internet continue à dévorer le commerce traditionnel. C’est donc surprenant que l’infrastructure financière de la toile soit aussi vieille et lente.

    Pendant des années, l’explosion du e-commerce a devancé la technologie sur laquelle il s’appuyait  (…) En 2010, Patrick et John Collison, des frères de la campagne irlandaise, modernisent ce système. Leur compagnie, Stripe Inc., met en place un logiciel qui connecte directement les entreprises via leur site internet et applications à des institutions bancaires, et leur permet de recevoir des payements, sans intermédiaires. Leur produit cartonne auprès des start-ups de la Silicon Valley.

    Des entreprises comme Lyft, Facebook, DoorDash, et des milliers qui leur ressemblent utilisent Stripe pour la plupart de leurs opérations financières. La compagnie gère aujourd’hui des dizaines de milliards de transactions sur internet chaque année. La moitié des Américains qui ont acheté en ligne, sont passés sans la savoir par Stripe

    Leur dernier client? Le géant Amazon, et bientôt les géants de la grande distribution américaine.


    .* « How the Two Brothers Turned Seven Lines of Code into a $9,2 billion startup » – Bloomberg Businessweek

 

 


4. « The i-word »

 

    • Le Département de Justice américain utilise à nouveau dans ses déclarations officielles le terme d’immigrés clandestins, « illegal alien » en anglais, pour qualifier ceux rentrés illégalement sur le territoire – une expression qui avait disparu du langage officiel depuis 2009 remplacé par un terme plus politiquement correct de « étranger en situation irrégulière » ou « sans papiers » (« undocumented » en anglais) – Devant l’aggravation de la situation en 2014, ils ont commencé à différencier « demandeurs d’asile », « migrants » ou encore « mineurs non accompagnés ».

 

  • C’est Jeff Sessions, l’Attorney General, partisan d’un durcissement de la politique d’immigration qui a montré l’exemple en adoptant ce nouveau langage, notamment pour évoquer la répression (« crackdown’) contre les « cités sanctuaires »:

    « [Jeff Sessions] veut donner l’impression que tous les étrangers présents aux Etats-Unis sans autorisation sont des criminels (…) Les étrangers ont des droits, et même lorsqu’ils sont arrêtés, ont droit à un procès. Les lois sur l’immigration ne font qu’accélérer les procédures d’expulsion » explique le professeur Michael LeRoy »

     

  • Par ailleurs, les « Immigration and Nationality Acts » (INA) précisent que toute présence illégale sur le territoire américain est une violation du code civil mais certainement pas un crime, comme le sous-entend le terme d’immigré clandestin.
    De nombreuses associations de défense des libertés condamnent l’utilisation du « i-word », en référence au « n-word » et ont même réalisé des campagnes de sensibilisation sur le sujet

    * « Loaded ‘illegal alien’ phrase introduced in sanctuary cities crackdown » – Chicago Tribune

 


5. Kalanick prépare déjà son retour

  • « Ennemi public numéro un » de la Silicon Valley, Travis Kalanick, fondateur de Uber, viré de son poste de président le mois dernier par ses propres actionnaires serait déjà en train de fomenter son retour, par la force si nécessaire, dans sa compagnie.

    Puis il y a le coup de force dans où le conseil d’administration réussit à se débarrasser du PDG et en installe un nouveau. C’est arrivé dans les années 80 à Steve Jobs avec Apple, en 2008 à Jack Dorsey avec Twitter, et le mois dernier à Travis Kalanick avec Uber. Et bien entendu, le twist dans ce genre de situation, c’est que le PDG est souvent le fondateur de la compagnie, dont la réussite lui est vitale. C’est le genre de personnalités qui ne se déclarent jamais vaincues.
    Au contraire, elles vont faire tout ce qui est en leur pouvoir, et contre toute attente, pour préparer leur retour triomphant dans l’entreprise.
    Souvent ça marche [à l’instar de Jack Dorsey]

     

  • Selon ses proches, Kalanick préparerait un retour dans Uber « à la Steve Jobs », c’est-à-dire « épique ». Sauf que …

    Dorsey est retourné à Twitter après des années passées à réhabiliter son image dans la presse et à réussir [une nouvelle aventure] avec Square, sa compagnie de payement via mobile.
    Kalanick, de l’autre côté, n’a pas eu le temps de décompresser. Et surtout, il n’est pas aimé. Il est même détesté par certains médias, le gouvernement, les syndicats de taxi, et ces derniers mois, par certains employés les plus proches de Uber.
    « Pour Dorsey, c’était différent » affirme un proche de Kalanick, « ce n’était pas un lunatique qui insultait publiquement les gens. Il n’était pas l’ennemi public numéro un. »

    * « Inside Travis Kalanick’s fight to retake Uber »Vanity Fair

 


6. Le reste de l’actualité

 

  • True Crime
    Ils se sont faits passés pour les victimes d’une photographe sans scrupules qui refusait de leur donner les photos de leur mariage à cause d’un supplément impayé de 150 dollars. L’affaire a fait grand bruit à l’époque: Le couple est passé à la télé et la photographe a perdu son business. Sauf que de cela était vrai, et le jeune couple a tout inventé et se retrouve aujourd’hui condamné à 1 million de dollars de dommages et intérêts par un tribunal de Dallas. – The Washington Post

 


7. La couverture du Jour

 

  • Variety consacre sa une au dernier opus de la réalisatrice Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty), « Detroit » sur les émeutes de la ville au cours de l’été 1967 qui ont fait 43 morts, un millier de blessés, 7 000 arrestations

Le Kiosque du 01.08.17

 

1. Trumplandia: « He talked too Mooch »

 

 

  • L’arrivée du nouveau Chef de Cabinet, John Kelly, six mois comme Secrétaire de la Sécurité Intérieure, et quarante ans de carrière dans l’armée américaine a logiquement été marquée par le renvoi du directeur de la communication, Anthony Scaramucci, débarqué dix jours plutôt, et dont le bref passage à la Maison Blanche a provoqué la démission de Sean Spicer, de l’ancien directeur de cabinet, Reince Priebus, et offert l’une des interviews les plus extraordinaires qu’aucun représentant du gouvernement n’ai jamais donné.
     

    [Lundi après midi] Kelly a réuni ses conseillers dans son bureau et annoncé les nouvelles règles: Plus de transparence dans le travail. Un accès plus limité dans le bureau oval. Plus d’organisation. Davantage de briefings et d’informations donnés au président.
    Enfin que tous les membres de la Maison Blanche s’adressent directement à Kelly. – Politico

  •  

  • Les défis de John Kelly ces prochaines semaines:
    • Remettre de l’ordre à la Maison Blanche, attirer de nouveau talents, limiter les fuites de documents confidentiels, calmer les tensions entre différents clans et détourner l’attention des scandales impliquant la Russie, sur les réalisations et projets du gouvernement, et enfin, réussir à appliquer le programme du président
    • Pousser les membres de la famille Trump, Jared Kushner et Ivanka Trump en dehors du cabinet.
    • Calmer autant que possible les ardeurs du président, notamment sur Twitter – The Wall Street Journal

      Bottom Line: John Kelly n’a aucun intérêt à rester à ce poste si le président et ses conseillers ne suivent pas ses règles à la lettre – Si le président tweet et contredit son chef de cabinet, une autre crise est à prévoir à la Maison Blanche.

 

  • L’édito du jour:
    C’était « The Talk of Town » de la capitale hier: l’ouvrage du sénateur républicain d’Arizona, Jeff Flake, intitulé « La conscience d’un conservateur », dans lequel il dénonce l’attitude de son parti face à Donald Trump ».

    J’ai d’abord compris cette tendance au déni, comme la volonté de ne pas admettre que les dysfonctionnements du gouvernement des Etats-Unis aux plus hautes sphères du pouvoir, de la part de son propre parti.
    Michael Gerson, ancien conseiller de George W. Bush, écrit après quatre mois de présidence: « La pensée conservatrice, dans certains cas, est devenue malade » et les institutions conservatrices « avec la bénédiction du président ont abandonné les contraintes normales de la raison et de la compassion.
    Pour un conservateur, c’est difficile à avaler. – Politico

 

  • La révélation du jour –
    Selon le Washington Post, Donald Trump aurait lui-même rédigé la déclaration de son fils, à bord de Air Force One lors de son retour du G20 de Hambourg, face aux révélations de la rencontre entre Trump Jr et une avocate russe dans la Trump Tower en juin 2016: C’est le président qui a eu l’idée de dire qu’il s’agissait d’une réunion sur la politique d’adoption entre les Etats-Unis et la Russie – Explications démenties par Donald Jr qui a admis avoir accepté le meeting pour recevoir des informations compromettantes sur Hillary Clinton.Washington Post

 

  • Les remaniements au sein de la Maison Blanche ces 194 derniers jours

 

 


2. La Maison Blanche derrière la théorie conspirationniste 

 

  • Dernier rebondissement dans la mort tragique de Seth Rich, cet employé du parti démocrate assassiné à Washington l’été dernier, transformé par des trolls de l’alt right en théorie du complot: M. Rich aurait été tué après avoir volé des documents confidentiels du Comité National Démocrate qu’il a fourni à Wikileaks en pleine campagne présidentielle.
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  • Fox News et son animateur star, Sean Hannity ont relancé la polémique au mois de mai, provoquant l’indignation des parents de Seth Rich qui ont appelé dans le Washington Post à ce que cesse toute récupération politique de la mort de leur enfant.
    Fox a retiré l’histoire de son site une semaine plus tard. 
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  • Selon une plainte déposée par un ancien commentateur de Fox News, Rod Wheeler, contre la chaîne d’infos, récupérée par NPR et résumée par Axios:
     

    Fox News et Ed Butowsky , un généreux donateur du Parti Républicain, auraient fabriqué de toutes pièces une histoire selon laquelle le FBI avait la preuve que Seth Rich avait fourni des documents à Wikileaks (…)
    Le plaignant affirme que Donald Trump a lu plusieurs l’histoire avant qu’elle ne soit publiée sur Fox News -et que Sean Spicer aurait eu un meeting sur la question un mois avant à la Maison Blanche.

    * « Behind Fox News’ Baseless Seth Rich Story: The Untold Tale »NPR

 

 


3. Les crimes contre la nature de Scott Pruitt

 

  • Rolling Stone revient sur Scott Pruitt, le directeur de l’Agence de Protection de l’Environnement, qu’il est en train détruire au service de l’industrie des énergies fossiles
     

    Il y a beaucoup d’autres raisons d’être effrayé par Pruitt.
    Il détruit la mission de l’EPA. Il soutient des politiques qui vont appauvrir les pauvres et enrichir les riches. Il place sa carrière politique au dessus de la santé de dizaines de milliers d’individus. Même si la qualité de l’air s’est améliorée dans beaucoup d’endroits dans le pays, la pollution provoque encore la mort prématurée de 200 000 personnes chaque année; une augmentation même minime de la pollution va entraîner plus de morts.
    « Il sacrifie la santé et le bien-être des enfants pour donner à l’industrie quelques années de plus sans régulations (…) Il est peut-être du mauvais côté de la science et de l’histoire mais étant donné la trajectoire post-factuelle de la politique américaine en ce moment, ca ne signifie qu’il n’aura pas de carrière [après l’EPA, il vise le poste de gouverneur d’Oklahoma]

    * « Scott Pruitt’s Crimes Against Nature » – Rolling Stone

 

 


4. Merci Hulk Hogan

 

  • Après avoir regardé l’excellent documentaire de Netflix, « Nobody Speaks », sur la bataille juridique entre Hulk Hogan et Peter Thiel et Gawker, on comprend la réticence de nombreux médias aujourd’hui à s’attaquer à la vie privée des stars, aussi « newsworthy » soit-elle. Margaret Sullivan nous explique le dernier exemple en date: Le chanteur R.Kelly, dont la carrière est jalonnée de scandales sexuels impliquant de jeunes mineures:
     

    Appelons ça l’effet Gawker.
    Après des mois sur cette histoire hallucinante de domination sexuelle et psychologique exercée par le chanteur de R&B R.Kelly sur des jeunes femmes, Jim DeRogatis, un vétéran de la critique rock de Chicago, a décidé qu’il était temps de la publier.
    Trois différents médias qui étaient intéressés se sont rétractés à la dernière minute. Après des mois d’enquête, ils ont tous tourné le dos à une histoire qui contenait pourtant le nom des sources et des documents qui décrivent comment des femmes étaient retenues dans une sorte de culte, à côté de Chicago et d’Atlanta, d’après les témoignages des parents et d’autres témoins.
    « Gawker est revenu dans beaucoup de conversations » affirme DeRogatis, en référence au site Gawker, provocateur et souvent déplacé, qui a du fermer ses portes à la suite du procès intenté par Terry Bollea, aussi connu sous le nom de Hulk Hogan. Le procès pour violation de la vie privée a été financée par Peter Thiel, un proche de Trump.

    * « That R.Kelly ‘cult’ story almost never ran. Thank Hulk Hogan for that »Washington Post

 


5. Manuels scolaires: Les parents s’en mêlent

 

  • Floride: Une nouvelle loi, « développée et défendue par Florida Citizens’ Alliance, un groupe conservateur qui a essayé en vain d’empêcher la Floride d’adhérer à un programme commun d’enseignement, autorise désormais « les parents, et tous les résidents, à questionner l’utilisation de manuels scolaires et matériel d’enseignement qu’ils considèrent comme inappropriés.
     

    Keith Flaugh [l’un des fondateurs de Florida Citizens’ Alliance], cadre de IBM à la retraite qui vit à Naples, en Floride, a une mission: « persuader le conseil des écoles de reconnaître … les ordures enseignées dans nos manuels scolaires (…)
    Flaugh a beaucoup d’objections concernant les livres utilisées par les étudiants de Floride. 
    l y a deux ans, les membres de l’alliance ont fait un « plongeon » dans une soixante de manuels scolaires.
    « Ils sont remplis d’endoctrinement politique, religieux, de révisionnisme historique, de distortions de nos valeurs et principes fondateurs, même une quantité importante de pornographie [« les cendres d’Angela » de Frank McCourt ou les écrits de l’écrivain Toni Morrisson]
    (…)
    Il pense que beaucoup de manuels sous estiment l’importance des libertés individuelles et soutiennent une dependance envers l’autorité fédérale, qu’il appelle « a nanny state mentality »

    * « New Florida Law Lets Residents Challenge School Textbooks » – NPR

 


6. Qu’est ce qui pourrait arrêter le New York Times et le Washington Post?

 

  • La campagne présidentielle et l’élection de Trump ont donné au New York Times et au Washington Post un rôle indispensable de défenseur la démocratie et de la liberté d’expression, et un contre pouvoir nécessaire face à une administration qui n’obéit à aucune règles, à aucun fait, et qui utilise le mensonge, la manipulation et la division comme mode de gouvernement. 
  •  

  • Mais le travail de sape du président, qui qualifie tout ceux qui osent le critiquer de fake news, et du mouvement alt-right qui a réussi à profondément diviser Démocrates et Républicains sur le rôle de la presse: Ils étaient respectivement 74% et 77% à la soutenir début 2016, aujourd’hui cette tendance s’est renforcée chez les Démocrates (89%) mais s’effondrée chez les Républicains (seulement 42%). 
     

    Le mal est fait. Quand le Times publie une page entière sur les « mensonges de Trump » – le résultat d’une recherche méticuleuse – on s’attend à ce que les opinions changent. Pas du tout. Trump obtient le même pourcentage d’opinion favorable, 38 % chez ses supporters. La question la plus inquiétante est de savoir si le Times ou le Post – où n’importe quel journal – vont pouvoir continuer à fonctionner avec ce niveau de qualité sachant que Trump et ses acolytes ont réussi à affaiblir les notions fondamentales du fait et de l’autorité qui fait que la vérité n’a plus d’importance. 

    * « Is the New York Times vs. the Washington post vs. Trump the last great newspaper war » – Vanity Fair

 


7. La couverture du jour

 

  • Jamais le métro new yorkais n’avait causé de problèmes à ses passagers et jamais le métro new yorkais n’avait été aussi cher. Ici l’illustration « Hell Train » de Bob Staake.