Mardi 28 février 2017: Budget, « Bannonisme », Breitbart & Briefing Room

  1. Une assurance santé très complexe

    Devant l’Association des Gouverneurs réunie à la Maison Blanche, Donald Trump a reconnu l’extrême complexité de la réforme de l’Assurance Santé américaine, Obamacare et qu’il faudrait plusieurs à l’administration et la majorité républicaine plusieurs mois avant de proposer le programme de remplacement.

  2. Tout pour le militaire

    La Maison Blanche travaille sur une proposition de budget qui augmenterait les dépenses militaires de près de 54 milliards de dollars (10% de son budget actuel) pour l’année fiscale 2018 qui serait financé par une réduction de l’aide internationale et des dépenses intérieures – des agences gouvernementales.
    Les coupes budgétaires des agences fédérales sont l’une des priorités de la nouvelle administration dont le fonctionnement et l’influence devraient considérablement diminuer – Trump a nommé à la direction de ces agences des individus qui ont lutté contre les organismes qu’ils sont censées défendre. 
    Les premières ciblées devraient être le Département d’Etat et l’Agence de Protection de l’Environnement et celles épargnées concernent les forces de l’ordre (Department of Homeland Security, Justice, FBI, DEA, ICE,..).
    Les agences recevront lundi prochain les propositions de budgets qui devront être validées par le Congrès en mai prochain. 
    C’est le début du démantèlement de « l’Etat administratif » annoncé par Steve Bannon lors de la Conservative Political Action Conference.

  3. “History is seasonal, and winter is coming.”

    Il ne s’agit pas d’un dialogue de Game of Thrones mais d’une prédiction de Steve Bannon toute droite sortie d’une théorie « élégamment simple ou dangereusement simplifiée » des « cycles historiques » pensée par William Strauss et Neil Howe selon laquelle l’histoire se répète et qu’une crise est sur le point de toucher l’Amérique.
    Dans un édito publié ce weekend dans le New York Times (« What Does Steve Bannon Want? »), Christopher Caldwell, journaliste de la revue conservatrice The Weekly Standard, tente de définir « le Bannonisme » pour comprendre la direction de la nouvelle administration – et non pas Trumpisme. Steve Bannon, « considéré comme très brillant tout au long de sa carrière » est un jeune loup de la politique – il a commencé à s’y intéresser après les attentats du 11 septembre – dont les idéaux ultra-conservateurs sont encore « purs » contrairement à ses collègues qui fréquentent Washington depuis plusieurs décennies.
    Ce qui différencie Bannon des autres Républicains, c’est son amour du nationalisme qui se décline à travers les notions de « souveraineté », de « nationalisme économique », et plus pratiquement d’opposition à la mondialisation et à l’Europe ou de soutien au Brexit: Il croit en l’idée et en la « raison d’être » d’un nation américaine.
    Il rejoint l’argument du Tea Party selon lequel les Etats-Unis ont perdu leur souveraineté et les citoyens leurs prérogatives démocratiques aux dépens d’une classe dirigeante, « l’état administratif » qui « s’enrichit avec ses alliés capitalistes ».
    Mr Bannon rejette le capitalisme actuel, libéral et mondialisé, adopté par les Républicains, et affirme qu’il doit retrouver ses fondations judéo-chrétiennes face à un ennemi désigné, l’Islam.

    Mais selon Mr Coldwell, Bannon reste un intellectuel politisé excité par les grandes théories – une combinaison qui a produits des résultats imprévisibles dans le passé.

  4. « The Breitbart Embassy »

    Un journaliste de Vice témoignait récemment de sa rencontre avec Steve Bannon à Washington en 2014, à l’occasion du article pour Rolling Stone sur les médias de droite. Invité à la « Breitbart Embassy », un établissement au coeur de Capitol Hill qui sert de rédaction pour le site, de pied-à-terre luxueux pour Bannon et de lieu de socialisation, il y a croisé l’actuel ministre de la justice, Jeff Sessions, Laura Ingraham, journaliste conservatrice et Nigel Farage, l’ancien leader du parti indépendant anglais (UKIP) qui a mené et remporté la campagne du Brexit en juin dernier – tous acquis à la cause Breitbart.
    Le journaliste n’a pas cru bon les interviewer et s’est concentré sur la « vraie personnalité » de Bannon qui avait à l’époque une vision aussi sombre de l’Amérique que celle défendue par le président lors de son discours d’inauguration – qu’il a rédigé.
    « Il y avait beaucoup d’informations et peu étaient encrées dans la réalité » mais une récurrence dans ses paroles, celle de l’existence d’un électorat mondial anti-élitiste.

    En écoutant l’interview aujourd’hui, je suis étonné de m’entendre autant rire et acquiescer à ce qu’il dit. Sa volonté de faire disparaître l’establishment semblait plus cocasse que sinistre.
    Je n’ai clairement pas compris ce qu’il essayait de me dire.

  5. Breitbart promeut dans la théorie conspirationniste

    Pour les besoins du Kiosque, je suis abonnée à la newsletter de Breitbart il y a quelques mois et j’ai reçu cet email hier:

     

    Newsletter de Breitbart reçue le 27 février 2017

    « Cher lecteur, 
    Je ne veux pas vous alarmer – mais préparez vous à agir. Si vous avez de l’argent sur votre compte…, une retraite ou un compte de courtage. Si vous avez un centime dans le système financier, c’est la dernière chance de vous protéger.
    Ces dix derniers mois, un agent des renseignements Jim Rickards a traversé la planète et rassemblé des détails sur l’évènement à venir (…) Nous pourrions être les témoins d’un « gel de 326 trillions de dollars » du système financier international. 
    Ce sera volontaire. Ce sera destructeur au delà de tout ce que l’on peut imaginer.
    Quand ça arrivera. Ca peut prendre 48 heures. Ca va non seulement bouleverser la vie de millions d’Américains.
    Ca pourrait détruire la présidence de Donald Trump avant qu’elle ne commence.

    James Rickards est un avocat et analyste financier et auteur de plusieurs ouvrages sur les catastrophes financières. L’idée de ce message, c’est qu’il existe imminent de gel du système financier qui pourrait déstabiliser l’ordre mondial, ruiner les citoyens et la présidence de Trump et dont les responsables appartiennent à « L’élite ».

    Une vidéo est disponible avec les instructions à suivre pour éviter d’être touché par cette apocalypse financière.

  6. Sean Spicer a-t-il modernisé la briefing room?

    Jamais les journalistes et le public américain n’avaient été aussi passionnés par les conférences de presse quotidiennes de Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche.
    Sa relation avec les journalistes a plutôt mal commencé le samedi 21 janvier, le lendemain de l’inauguration de Donald Trump, jour de la Marche des Femmes sur Washington, deux jours avant sa première conférence officielle, lorsque le président lui a demandé d’aller convaincre quiconque que la « foule [de la veille avait] été la plus importante jamais observé lors de l’inauguration d.un président. Point barre. »

    L’épisode avait choqué l’audience et faire rire des millions d’Américains quand Melissa McCarthy a incarné, à la surprise de tous, Sean Spicer sur Saturday Night Live la semaine suivante: il est devenu un « Day Time TV Star ».

    Effectivement depuis un mois, Sean Spicer a transformé la briefing room, cette anti-chambre de la « West Wing » où il répond chaque jour aux questions des journalistes. Depuis son arrivée, il a ouvert la conférence à d’autres médias, plus à droite et accepté des journalistes en dehors de Washington (qui interviennent directement par Skype). Il a cassé la tradition qui donne la priorité aux questions des médias traditionnels (AP, les chaînes d’infos nationales, les grands quotidiens) et donné la part belle aux médias plus conciliants envers le président.

    L’Independant Journal Review a relevé toutes les questions acceptées par Sean Spicer lors de son premier mois et les résultats ne sont pas étonnants: Fox National Network arrive en tête (Fox News, Fox News Radio & Fox Business) suivi de NBC, CBS, ABC, les autres chaînes nationales. Parmi les dix médias les plus interrogés, trois sont clairement à droite, Fox News, Newsmax et OAN; Le Washington Post à eu le même nombre de questions que son petit confrère, le Washington Times (conservateur) et le New York Times n’est pas dans la liste des vingt.

  7. Bataille entre Sean Spicer et Le New York Times

    Les relations entre la « Gray Lady » et la Maison Blanche sont tellement tendues que le quotidien new yorkais a dû rectifier un article paru en ligne samedi intitulé « Trump Ruled the Tabloid Media. Washington is a Different Story » sur le lieu de naissance de Sean Spicer: « Il était né en Nouvelle Angleterre et élevé à Rhode Island; il n’est pas né en Nouvelle Angleterre. (Mr Spicer a refusé de répondre aux questions et de confirmer son lieu de naissance) »


    Mr Spicer est aujourd’hui le seul lien entre la Maison Blanche et les journalistes – étant donné le blackout médiatique sur de nombreux Départements (celui de l’Etat par exemple qui n’a pas donné de conférence de presse en un mois), les agences fédérales et la stratégie du président de s’adresser directement au public via Twitter ou en conférence de presse.
    Mr Spicer n’a pas l’air de vouloir coopérer avec la presse même sur des questions aussi simples que son lieu de naissance – Rappelez vous la polémique enclenchée par Donald Trump à l’encontre de Barack Obama qui a été obligé de publier son certificat de naissance en 2011.

    Sean Spicer est ensuite aller provoquer l’auteur de l’article, Glenn Trush du New York Times sur Twitter

    Adressé au NYTimes & Glenn Trush, « Vous êtes incapables de trouver où est ce que je suis né sans jamais avoir demandé ». Twitter
    « J’avais l’habitude de te poser des questions mais tu as arrêté de me répondre aux emails, coup de téléphone et questions ». Pourquoi?
    Stephen Becket est intervenu pour révéler le lieu de naissance de Mr Spicer, Long Island dans l’Etat de New York. Twitter

    Ca doit être énervant quand quelqu’un se trompe sur ton lieu de naissance. cc Barack Obama
  8. Dietrich, Idaho: Vers un nouveau scandale juridique

    C’est le verdict injuste capable de déclencher un scandale dans tout le pays: John R.K. Howard, un ancien joueur de football blanc de 19 ans, accusé avec deux amis d’avoir enfoncé, à coups de pied, un cintre dans l’anus d’un jeune noir handicapé qui jouait avec eux dans l’équipe de football du lycée, a été condamné à de la prison avec sursis et des travaux d’intérêt général. Ils étaient trois jeunes adultes à comparaître pour agression sexuelle sur personne handicapée, encouraient une peine prison ferme pour des actes commis en octobre 2015, quand ils étaient encore mineurs.
    Pour les amis de la victime, il s’agit « d’une réprimande envers un enfant privilégié qui s’est attaqué à son coéquipier handicapé qui vient de la seule famille noire de la ville ».
    Le juge a également conclu que l’assaut n’avait rien de raciste – contrairement à de nombreux témoignages d´étudiants.

    Les 330 habitants de la petite ville de Dietrich en Idaho sont depuis quelques mois le centre de l’attention des médias et plus particulièrement la famille McDaniels, et leurs 19 enfants adoptés, dont la moitié sont noirs, et parmi lesquels figure la victime.
    Les parents ont porté plainte contre l’école et onze de ses employés accusés d’avoir laissé faire pendant des mois les insultes et attaques racistes contre leur enfant: ils réclament dix millions de dollars de dommages et intérêts.

  9. Couverture du jour: 

    Ils ne l’ont pas loupé, Brian Cullinan, le comptable de PriceWaterHouse Cooper qui a mélangé les enveloppes hier et donné lieu au plus grand fiasco de l’histoire des Oscars.

    NY Daily News – Edition du 28 février 2017

     

« Une administration plus conservatrice que Reagan »

Le futur cabinet du président-élu, qui ravie les plus conservateurs, est en rupture avec les années Obama, marqué  des politiques et progressistes. Les Démocrates américains ont du souci à se faire. 

 

« So far so good »

« Jusqu’ici tout va bien » se réjouissait ce weekend le magazine conservateur The National Review en évoquant les choix de Trump concernant sa future administration: la plupart des nommés devraient être approuvés sans problème par le Congrès après l’investiture du président-élu le 20 janvier prochain.
« La plus grande surprise de Donald Trump depuis qu’il est président-élu, c’est son cabinet conservateur » écrivait John Fund hier, et reprenant les propos de Ed Feulner, proche conseiller de Trump, « C’est un cabinet encore plus conservateur que celui que Reagan avait assemblé en 1980 ».
Les Conservateurs, politiques et journalistes, sont plutôt satisfaits que Donald Trump ait mis de coté les « modérés » comme Chris Christie, humilié Mitt Romney, en lui faisant croire qu’il aurait le secrétariat d’Etat et placé des « non-idéologiques » de Goldman Sachs à l’économie.

Mais c’est sur les choix des plus importants départements que Donald Trump a détonné.
Comme l’a signalé Jim Manley, ancien aide de Harry Reid, le porte parole des Démocrates à la Chambre des Représentants, au Washington Post, Trump a choisi de nommer Secrétaire « des individus qui sont en désaccord avec la mission des agences qu’ils sont censés diriger ».
Scott Pruitt, un climatosceptique à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement, Betsy Devos, à la tête du Département de l’éducation soutient fermement la politique du « School Choice » contre l’école publique, Andrew Puzder au Travail et contre la hausse du salaire minimum, Tom Price, un fervent opposant de Obamacare à la Santé et Ben Carson, très critique à l’encontre des public housing (HLM) qui est nommé au département du logement et du développement urbain.
Ce matin, l’ancien gouverneur du Texas, Rick Perry, a été choisi pour diriger le département de l’Energie, la même agence dont il affirmait vouloir se débarrasser en 2011, et avait même oublié le nom.

Un cauchemar pour les Démocrates qui comprennent que Trump n’a aucune intention de collaborer avec eux, en rupture complète avec le style Obama, un président pour lequel il n’a jamais caché don dédain. 
Le président-élu est parti pour saper les programmes et initiatives progressistes et libérales défendues par son prédécesseur ces huit dernières années.
Peu de chances pour qu’il s’engage sur une politique plus modérée par rapport à son programme de campagne comme il l’a annoncé au New York Times il y a trois semaines.

Selon le journaliste John Fund, le tournant conservateur de Trump s’explique par le peu d’attache qu’il a envers le Parti Républicain et ses cadres, qui lui permet de nommer qui il veut, « des nouvelles têtes, des nouvelles idées, et des CV qui ne sont attachés à des intérêts spéciaux.

Malgré nombre de ses vulnérabilités, Trump a souvent prouvé être un agent très efficace lorsqu’il se concentre sur ce qu’il veut. C’est précisément ce qui horrifie les groupes de gauche et les Démocrates. Ils l’ont tellement sous-estimé qu’ils craignent aujourd’hui qu’il soit difficile à arrêter ou à influencer dans sa volonté de renverser leur agenda

Effectivement ils ont du souci à se faire.