Le Kiosque du 28.07.17: « The Scaramucci Show »

 

1. Obamacare reste « the law of the land »

 

 

  • Cette nuit le sénateur McCain et deux collègues républicaines, Susan Collins du Maine et Lisa Murkowski d’Alaska ont voté avec les 48 sénateurs démocrates contre le « skinny » Repeal d’Obamacare proposé par le chef de leur propre majorité, Mitch McConnell.
     

    Ce n’est pas la fin de la lutte autour de l’Affordable Care Act. C’est la fin de sept années de promesses des Républicaines qu’ils pourraient s’en débarrasser et recommencer à zéro.
    Ce n’est ni l’échec du président, ni celui de Mitch McConnell ou de Paul Ryan. C’est un échec collectif – car les Républicains ont eu sept pour décider ce qui remplacerait [Obamacare] et n’ont pas réussi à se mettre d’accord. – Axios

     

  • Vraisemblablement, Démocrates et Républicains devraient travailler ensemble pour « stabiliser les marchés de l’assurance » sans l’aide du président qui a répété cette nuit vouloir attendre que Obamacare s’effondre pour pouvoir agir.

 


2. The Anthony Scaramucci Show

 

 

Page d’accueil du Drudge Report hier après midi

 

  • Une semaine après avoir été pressenti comme directeur de la communication de la Maison Blanche, Anthony Scaramucci s’est donné comme principale mission de stopper par tous les moyens les fuites qui affaiblissent le président et son administration depuis six mois … quitte « à virer tout le monde ».
    Problème: « The Mooch » a une définition trèslarge du terme « fuite » et a accusé à tort certains membres du cabinet d’être à l’origine des révélations sur sa situation financière – information accessible à quiconque en fait l’autorisation.
    La paranoïa de Scaramucci est montée d’un cran mercredi.
  •  

  • Ce soir là, il a contacté un journaliste du New Yorker qui a révélé plus tôt qu’il avait dîné à la Maison Blanche avec le président et l’animateur de Fox News, Sean Hannity, pour savoir qui lui avait fourni l’information – ce que le reporter à bien entendu refuser de dire.
    Scaramucci a menacé de virer l’ensemble de son équipe pour tenter de soutirer l’information avant d’accuser directement le chef de cabinet, Reince Priebus, son ennemi juré, d’en être l’auteur:

    A partir de là, The Mooch est parti en vrille: Il pense Priebus était inquiet du dinner auquel il n’avait pas été invité.
    « Reince est un putain de schizophrène parano, c’est un paranoïaque,«  a affirmé Scaramucci (…)
    Scaramucci m’a aussi dit que, contrairement à d’autres membres du cabinet, il ne recherche pas l’attention des médias.
    « Je ne suis pas Steve Bannon, Je n’essaye pas de sucer ma propre bite », a-t-il dit en parlant du conseiller du président, « Je n’essaye pas de développer mon propre clan aux dépens de l’intégrité du président. Je suis ici pour servir le pays (…)
    Je dois y aller maintenant, je vais tweeter des horreurs pour essayer de le [Reince Priebus]  pousser à bout. « 

     

  • Les propos hallucinants de Scaramucci ont été défendus par … Sarah Sanders, la porte parole de la Maison Blanche, qui parlé de « langage coloré, parfois inapproprié » et Kellyanne Conway –  l’intéressé, plutôt que de s’excuser, a promis de continuer à se battre « passionnément » pour le président et a reconnu avoir « fait une erreur en faisant confiance à un journaliste ».

 

  • Pour The Daily Beast

    Le président se délecte des attaques de Scaramucci contre Priebus [qu’il accuse d’être responsable des nombreuses fuites de la Maison Blanche] – sur les chaînes de télévision, dans des tweets, dont certains ont été effacés – et est ravi de voir un membre de son cabinet s’enflammer autant contre des fuites qui l’irritent autant.



3. Les fuites vont continuer

 

  • Pour le consultant républicain Alex Conant interrogé par Politico, le langage grossier, vindicatif et menaçant de Scaramucci n’arrêtera pas les fuites:
     

    Partager illégalement d’informations en dehors d’une organisation va inévitablement la paralyser, ce qui va engendrer à davantage de dysfonctionnement et d’échecs. Le président a le droit d’être scandalisé par les fuites de la Maison Blanche.
    Mais essayer à tout prix d’identifier la taupe va créer d’autres taupes et d’autres fuites.

    La Maison Blanche ne fuit pas à cause de quelques personnes mal-intentionnées. C’est le manque d’unité au sein de l’équipe qui explique principalement les fuites. C’est d’ailleurs pourquoi les fuites concernent généralement les luttes internes à l’origine même de ces fuites.

    En affaires, les employés sont liés par l’objectif commun de maximiser les profits. Les organisations politiques n’ont pas cette finalité: les employés doivent s’unir autour d’une même vision et d’un même objectif.
    Pendant la campagne, Trump a réuni son équipe pour gagner une élection. Mais à la Maison Blanche, il n’a pas réussi à unifier cette équipe (et encore moins le peuple américain) autour d’un principe qui aille au-délà de la défense de sa seule réputation de président. Sans cet objectif commun, les clans sentent le besoin de balancer les uns sur les autres.

 


4. Dure semaine pour la communauté LGBT

 

  • Trump a voulu rassurer sa base électorale, après les critiques de nombreux médias et politiques de droite sur ses attaques contre Jeff Sessions, en utilisant la « guerre culturelle » contre à la communauté LGBT à qui il a « asséné trois coups en une seule journée »
     

    • La décision inattendue mercredi d’interdire toute activité de personnes transgenres dans l’armée américaine annoncée via Twitter a été prise, contrairement à ce qu’il a affirmé, sans consultation préalable des généraux et experts militaires – Vox
      * Les associations familiales et religieuses ont salué « la décision courageuse du président d’arrêter « d’utiliser nos militaires pour des expériences d’ingénierie sociale et au service du politiquement correct. – SPLC
      * Néanmoins, le Chef d’Etat-Major des armées, le général Joseph Dunford a affirmé hier qu’il n’appliquerait pas la mesure sans déclaration officielle du président. – Vox
    • Le département de Justice a déposé un mémo affirmant que le Civil Right Act de 1964 ne protège pas la communauté LGBT d’une discrimination à l’embauche – et pour offrir le droit aux patrons et entreprises de refuserer d’embaucher des personnes à cause de leur orientation sexuelle. – SPLC
    • Trump a annoncé mercredi qu’il nommait Sam Brownback, le gouverneur du Kansas et adversaire des droits des homosexuels, au poste d’ambassadeur de la liberté religieuse dans le monde – un département du Secrétariat d’Etat – qui vise à promouvoir la liberté religieuse comme partie de la politique étrangère – The New York Times

 

 


5. « Trump, le déloyal »

 

  • C’est l’une des contradictions du président: il exige une loyauté inconditionnelle, professionnelle et personnelle de ses proches, de sa famille, de ses associés mais lui en exempt, explique le magazine Politico:

    La vie de Donald Trump est une succession de trahisons.
    Son mentor et avocat Roy Cohn, qui a été le bras droit du sénateur [anti-communiste] McCarthy … Trump a beaucoup appris de lui, mais quand Cohn a contracté le Sida dans les années 80, Trump lui a tourné le dos, et engagé d’autres avocats. Lors de ses funérailles, Trump n’a prononcé aucun discours.
    Les ex-femmes de Trump pourraient sans doute dire la même chose si elles n’étaient pas retenues par un accord de confidentialité.
    Il a été particulièrement déloyal envers sa première femme, Ivana, la mère de Donald Jr, Ivanka et Eric. Lors de leur séparation, il a dit à un journaliste de Vanity Fair: « Quand un homme quitte sa femme, surtout quand il la quitte pour un autre coup – et un bon cul – la moitié de la population va préférer la femme délaissée.

    « Trump the Disloyalist: Why is anyone surprised by the president’s treatment of Jeff Sessions? »Politico magazine

 


6. Pourquoi les journalistes ne s’intéressent pas aux médias conservateurs?

 

L’expression de droite « Pajama Boy » vient de cette publicité sur Obamacare sortie en 2013

 

  • Poynter a interviewé Will Sommer, l’auteur de « Right Richter » la newsletter hebdomadaire consacrée aux médias conservateurs lancée il y a un peu plus d’un an pendant la campagne électorale par un féru des médias, qui travaille aujourd’hui pour le quotidien politique de Washington, The Hill, et notamment sur le manque d’intérêt des journalistes envers des médias conservateurs:
     

    Ils appellent cela la « clôture épistémique », l’idée que les médias conservateurs n’ont pas besoin de communiquer les autres médias [ils agissent en vase clos »] – ce qui est très intéressant. Par exemple, après l’agression de Greg Gianforte sur Ben Jacobs, un reporter du Montana – beaucoup de gens à la radio traitaient le reporter « « de pajama boy, Oh c’est un pajama boy! ».
    J’ai tweeté ça et je me suis rendu compte que les gens ne connaissaient pas cette expression qui caractérisent les jeunes hommes millenials et progressistes qui traînent en pijama [en référence à une publicité pour Obamacare diffusée en 2013].
    C’est un environnement culturel très marqué – et l’une des raisons pour lesquelles c’est aussi fascinant.

 

 

 


7. A regarder

  • Reportage de Vice News sur « cette femme qui paye les toxicomanes pour qu’elles n’aient pas d’enfants ».

Depuis 20 ans, Barbara Harris traverse le pays dans un camping-car pour promouvoir son association à but non lucratif auprès des alcooliques et toxicomanes.
Son organisation, Projet Prevention, paye celles et ceux qui ont des problèmes de drogue ou d’alcool $300 pour être fertilisés ou prendre des traitements contraceptifs à long terme, comme un implant ou un stérilet. Elle en a convaincu sept mille d’entre eux d’abandonner leur fertilité. Elle a créé Project Prevention après avoir adopté quatre enfants en quatre ans de la même mère toxicomane (…)
Elle reçoit jusqu’à un demi million de dollars de donations chaque année.

 

 

 

 


8. Couverture du Jour

 

  • Comment est-ce que Samsung a réussi à s’en sortir malgré le fiasco du Galaxy S7 et le scandale de corruption qui a ébranlé la compagnie en début d’année.

 

 


9. Le reste de l’actualité

 

  • La fertilité des Occidentaux n’est pas bonne: Selon une étude scientifique publiée cette semaine réalisée en Amérique du Nord, Europe, Australie et Nouvelle Zélande auprès de 43 000 individus, la concentration de sperme a baissé de 50% entre 1973 et 2011, soit 1,4% chaque année.
    Beaucoup de scientifiques réfutent les résultats de cette étude. – CNN

 

  • La MTA, Metropolitan Transport Authority, en charge du métro et bus new yorkais annoncé une série de réformes pour moderniser un système vieillissant qui prévoit davantage de wagons, l’allongement de la ligne C et le retrait de sièges dans certaines voitures pour laisser rentrer plus de monde – une aubaine pour les street dancers, de plus en plus nombreux à divertir les passagers. – New York Times

 

  • Victime de son succès: le premier épisode de la série Game of Thrones a été regardé illégalement en streaming 91 millions de fois. – Bloomberg Businessweek

 

  • Jeff Bezos, fondateur et PDG d’Amazon, est devenu le temps d’un après midi l’homme le plus riche du monde, devant Bill Gates, avec une fortune qui a atteint pendant quelques heures 92 milliards de dollars avant de redescendre – CNBC

 

  • « What Happened », c’est le titre du récit très attendu de Hillary Clinton sur la pire défaite de sa carrière, sur la pire défaite des Démocrates, sur la pire défaite de l’Amérique: La victoire de Donald Trump.
    Le livre peut être commandé en avance sur Amazon pour $24,98 – la sortie officielle est prévue le 12 septembre prochain – où un court extrait est disponible:
    Dans le passé, pour les raisons que je vais essayez d’expliquer, je me suis souvent retenue en public, comme si je marchais sur un fil sans protection. Aujourd’hui j’ai décidé de tout dire.

L’abrogation Obamacare, ce que les Américains vont perdre … et gagner

L’abrogation d’Obamacare entamée la semaine dernière par les Républicains pourrait priver d’assurance maladie vingt-cinq millions d’Américains en attendant le vote et la mise en place d’un nouveau programme encore inconnu.
Retour sur les grands points du projet historique d’Obama, les oppositions idéologiques et économiques, les difficultés de sa mise en place, et les conséquences de son démantèlement par les Républicains.

 

Comment Obamacare a révolutionné la santé aux Etats-Unis

  • Signée en 2010, Le Patient Protection And Affordable Care Act oblige depuis le 1er janvier 2014 tous les citoyens américains qui ne sont ni assurés par leur employeur, ni par le gouvernement fédéral (Medicare pour les plus de 65 ans et Medicaid pour les plus défavorisés) à souscrire une assurance maladie sous peine d’une amende de 695 dollars  (2,5%  des revenus d’un individu ou d’un ménage en 2016).
  • Le but est de permettre a 15% de la population de pouvoir souscrire une assurance grâce aux subventions de l’état et financer une partie du programme avec les contributions des jeunes en bonne santé.
    Les entreprises de plus de 50 employés seront désormais obligées de leur offrir une assurance santé
  • Quelle que soit l’assurance souscrite, Obamacare garantit aux patients, sans plafond de remboursement, les services ambulatoires, d’urgence, d’hospitalisation et de rééducation, l’accouchement, santé mentale, les prescriptions médicales, analyses en laboratoire, et enfin la prise en charge des maladies chroniques, et services pédiatriques.
  • Obamacare oblige les assurances à couvrir les enfants à la charge de leur parents jusqu’à 26 ans, garantit à tous le droit de s’assurer quels que soient ses antécédents médicaux, prend en charge les soins de prévention, leur interdit de faire payer plus cher les femmes que les hommes et sont forcées de dépenser 85% de leurs revenus dans les soins médicaux aux dépens des frais administratifs, bonus ou profits reversés aux actionnaires.
  • Selon le site Obamafacts.com, 20 millions d’Américains sont assurés par l’Affordable Care: 12,7 millions à travers une assurance contractée via les agences gouvernementales (healthcare.gov) et le reste qui inclut les extensions de Medicaid, Medicare et les enfants assurés par leurs parents.
  • Selon le Bureau du recensement des Etats-Unis, 15,7% de la population soit 48,7 millions d’Américains n’étaient pas assurés en 2009, avant la mise en place de l’ACA contre 9,2% en 2015, le taux le plus bas enregistré en cinquante ans.
  • Ce programme coûte cher au gouvernement: 3 500 dollars par an en moyenne pour un assuré qui bénéficie des subventions du gouvernement (à travers des réductions d’impôts) et 4 700 dollars par personne pour Medicaid, soit un budget de près 80 milliards de dollars par an. Il a dépassé les 110 milliards de dollars en 2016.

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Malgré les attaques répétées des Républicains

  • Comme l’a résumé Reihan Salam dans Slate

    Alors que les libéraux pensent que les soins de santé sont trop importants pour être laissés aux mains des lois du marché, les conservateurs pensent qu’un processus par tatonnements est le moyen le plus efficace d’obtenir un meilleur système de santé, moins cher et plus efficace.

  • Aucun républicain de la Chambre des Représentants, ni du Sénat n’a voté pour Obamacare en 2009 même si la réforme comporte des similarités avec le programme mis en place par Mitt Romney dans le Massachusetts en 2006.
  • Il existe un consensus entre Républicains et Democrates sur la nécessité du gouvernement fédéral d’aider les plus âgés via Medicare, mais pas sur celle d’aider les jeunes et les plus défavorisés, ce que prévoit Obamacare.
  • Selon l’opposition, Obama n’aurait pas tenu la promesse faite aux citoyens américains qu’ils pourraient garder leur ancienne assurance maladie, ce que les compagnies ont été incapables de tenir, obligées d’adapter leurs offres aux nouvelles réglementations: Dix millions d’assurés ont donc dû souscrire une nouvelle assurance, parfois plus chère que l’ancienne.
  • En juin 2012, la cour Suprême des Etats-Unis a validé Obamacare mais laissé aux Etats le choix d’étendre ou non les services de Medicaid aux plus défavorisés en échange des subventions du gouvernement fédéral.
    Dix-neuf Etats ont refusé l’offre.
  • Obamacare serait « la plus grande expansion de l’avortement depuis Roe vs Wade » car remboursées par certaines assurances, tout comme les moyens de contraception. Les Démocrates ont refusé de donner le choix aux entreprises et organisations d’exclure ces services « pour des raisons morales ».

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Et les difficultés rencontrées par le programme 

  • Dix-neuf Etats ont refusé d’étendre les services de Medicaid aux plus défavorisés, les obligeant à se rabattre sur le marché des assurances offert par Obamacare, dans lequel ils ont représenté jusqu’à 40% des assurés.
  • Les soins pour les plus défavorisés a un coût financier inattendu pour les compagnies d’assurance qui ont dû augmenter leur prix, entraînant une baisse du nombre d’inscription chez les jeunes et dans les classes moyennes, « qui ne veulent pas payer pour une couverture dont ils n’ont pas besoin ».
    Douze millions d’entre eux ont réussi à éviter de payer une amende en 2014 selon le Wall Street Journal.
  • La mutualisation des risques est le point faible de l’Affordable Care Act puisqu’il oblige les assurances à assurer les patients quel que soit leur état de santé et antécédents médicaux, et leur interdit de faire payer trop cher les personnes âgées.
    Un système impossible à tenir lorsqu’il existe « trop de gens malades » contre « trop peu de gens en bonne santé » qui refusent de payer.
  • En 2016, l’administration Obama a dû revoir à la baisse les prévisions du nombre d’inscriptions à l’Affordable Care Act qui a limité les revenus des compagnies d’assurance, qui se sont progressivement retirées du jeu.
  • En octobre dernier, les compagnies d’assurance ont annoncé une hausse de 22% des « premiums » offerts dans le cadre de l’ACA, une augmentation prévue dès le début de la loi que le gouvernement prévoyait de compenser en augmentant le montant des aides.
  • Un cinquième des individus susceptibles d’adhérer à Obamacare se retrouve aujourd’hui avec un seul et unique choix d’assurance.
    L’Obamacare fonctionne dans certains Etats comme le Massachusetts ou l’Ohio qui ont un marché compétitif de compagnies d’assurance et offrent des premiums à des prix raisonnables, 230 dollars par mois pour un jeune par exemple.
    Le programme a sombré dans d’autres Etats, à l’instar de l’Alabama qui n’offre qu’une seule compagnie d’assurance dont le forfait coûte au minimum 384 dollars par mois.

 

Obamacare va être abrogé …

Les Républicains n’ont pas la majorité absolue au Sénat (60 votes) pour abroger l’Obamacare d’un coup donc ils procèdent en deux temps: En votant la semaine dernière, au Sénat (52/49) puis à la Chambre des Représentants (227 contre 198) la « résolution sur le budget » 
C’est la première partie du processus au cours de laquelle des comités désignés des deux chambres élaborent une loi sur « la réconciliation du budget »qui devrait couper les fonds nécessaires au fonctionnement de L’affordable Care Act et à l’expansion de Medicaid et Medicare.
Un processus qui devrait prendre plusieurs semaines.

Les prochaines mesures devraient être la suppression de l’obligation pour tous les non-assurés de souscrire une assurance (« individual mandate »), la mesure la moins populaire de l’Affordable Care Act, l’extension de Medicaid, et celle obligeant les entreprises de plus de cinquante salariés à assurer leurs employés.

Toutes les mesures de protection du patient comprises dans l’Obamacare – le remboursement des coûts de la contraception, la couverture des jeunes sur l’assurance de leurs parents, l’obligation d’assurer les patients quels que soient leurs antécédents médicaux et les services inclus obligatoirement dans les forfaits d’assurance sont très populaires chez les électeurs démocrates comme républicains et il sera difficile pour le Congrès de s’en débarrasser.
Pour le moment elles devraient
 rester en place pour ceux qui pourront continuer à payer pour une assurance maladie, en attendant que le Congrès décide ou non de s’en séparer.

Enfin, ils seront amenés à proposer des solutions de remplacement, qui devraient « être plus efficaces et moins chères » selon le président-élu. 

 

… Pour être remplacé par des offres moins chères et plus diversifiées.

Selon The Urban Institutele démantèlement de l’ACA impliquerait:

  • Une augmentation de 103% du nombre de non-assurés (30 millions de personnes en deux ans), passant 28,9millions aujourd’hui à 58,7millions en 2019, dont 22 millions à cause de la suppression des subventions alloués pour souscrire à une assurance.
  • 12,9 millions de personnes ne seraient plus éligibles pour Medicaid en 2019 
  • 82% des personnes susceptibles de perdre leur assurance appartiennent aux classes moyennes, 38% ont entre 18 et 34 ans, et 56% seraient non-hispaniques blancs. Enfin 80% des adultes qui perdraient leur assurance n’aurait pas de diplômes. 
  • 27% des Américains aujourd’hui assurés pourraient perdre leur assurance si les compagnies avaient le choix de ne pas prendre en charge les clients à cause de leur état de santé. 

Trump a promis qu’une alternative serait rapidement définie, débattue et votée, « presque en même temps que l’abrogation de l’Affordable Care Act » mais c’est un processus long – l’Obamacare a été débattue pendant quatorze mois!
La majorité républicaine au Congrès aimerait prendre le temps nécessaire pour repenser le système de sécurité sociale dans son entier qu’ils entendent fonder sur un « accès universel » plus qu’une « couverture universelle »: moins de contraintes pour les compagnies d’assurance qui offriront davantage de choix pour satisfaire les besoins et les finances des consommateurs.

Le contraire de ce qu’a affirmé Donald Trump au Washington Post ce weekend: le président-élu a affirmé avoir pratiquement terminé le projet de remplacement qui vise, sans davantage de détails, à assurer « tout le monde » avec des solutions plus économiques, en forçant notamment les compagnies pharmaceutiques à négocier leurs prix directement avec le gouvernement concernant Medicaid et Medicare.
Trump est confiant qu’une fois le nouveau plan dévoilé, il obtiendra le ralliement des Démocrates et des Républicains.

 

La seule compensation pour les Démocrates, c’est de savoir que leurs collègues devront répondre des conséquences de leurs actes lors des élections de mi-mandat en 2018. Trump sait combien d’Américains, et nombre de ses électeurs, tiennent à leur assurance santé, et qu’il sera attendu au tournant de l’une de ses promesses de campagne les plus importantes. 

Le kiosque du jeudi 5 janvier 2016

Le retour en force de Bernie

https://democrats.senate.gov

La rentrée parlementaire a été marquée par l’offensive des Républicains contre Obamacare mais aussi par la détermination des Démocrates à protéger l’héritage d’Obama. Chuck Schumer, le représentant de la minorité démocrate au Sénat, a affirmé que le système de santé américain post-Obamacare « rendrait l’Amérique malade » – reprenant le célèbre slogan de la campagne de Donald Trump qui lui a valu d’être traité ce matin de « Clown en chef » par le président-élu.

Bernie Sanders a pris la parole hier au Sénat pour critiquer la loi, votée par la majorité, qui vise à abroger de l’Affordable Care Act, la structure légale d’Obamacare. Il est venu accompagné d’un poster géant sur lequel était imprimé un tweet du président-élu qui affirmait en mai 2015, alors simple candidat à la nomination républicaine, qu’il n’y aurait « aucune coupe budgétaire concernant la Sécurité Sociale, Medicare et Medicaid » – ce que prévoit justement la loi.

[Donald Trump] ne l’a pas dit au milieu de la nuit ou à l’occasion d’une interview, c’était un point central de sa campagne et ce pourquoi il a demandé à des millions de personnes âgées et aux classes ouvrières de voter pour lui. Donald Trump a conduit et remporté la présidence sur ces thèmes.

Le programme électoral de Donald Trump qu’il a twitté ces dix-huit mois et qui lui a permis de remporter la présidence, est aujourd’hui l’arme utilisée par l’opposition pour dénoncer les promesses non-tenues du président-élu.
Une stratégie qui devrait servir les Démocrates ces quatre prochaines années. 

 

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Les Républicains choisiront le neuvième juge de la Cour Suprême des Etats-Unis.

Nous le rapportions hier dans le Kiosque, Chuck Schumer a affirmé cette semaine que lui et ses quarante-sept autres confrères sénateurs bloqueraient systématiquement toute nomination du neuvième et dernier juge de la Cour Suprême, comme les Républicains l’ont fait avec Obama, à la suite de la mort brutale d’Anthony Scalia en février dernier, et quitte à laisser le siège vacant … indéfiniment.

Le représentant de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a critiqué cette décision en invoquant la « Biden Rule », mise en place en 1992, qui stipule que la nomination d’un juge de la Cour Suprême ne peut être entérinée avant une élection présidentielle, « mais qu’elle peut être votée le jour du scrutin et après »; ce qui les autorise donc aujourd’hui à nommer leur juge. 
Sauf que les Républicains n’ont jamais voulu entendre parler de la proposition d’Obama avant les élections, et que ce dernier avait décidé symboliquement d’annoncer, Merrick Garland.

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Donald Trump et Julian Assange, les nouveaux BFFs

Non content d’avoir essayé de saboter la campagne de la candidate démocrate et avec elle le pouvoir de la classe dirigeante de Washington, qui représente selon lui un danger plus important pour les Etats-Unis que la nouvelle administration Trump, Julian Assange continue d’attiser un peu plus les dissensions entre Démocrates et Républicains.

Il a affirmé cette semaine sur Fox News que le piratage de la messagerie privée de John Podesta, le directeur de la campagne d’Hillary Clinton était un jeu d’enfants, que la Russie n’y était pour rien et que les médias américains « avaient été malhonnêtes » d’accuser Poutine d’avoir voulu influencer les élections présidentielles américaines.
Du pain béni pour Donald Trump qui s’est empressé de retweeter les propos du fondateur de Wikileaks, devenu ces derniers mois le chouchou des Républicains pro-Trump.
Irait-on vers une grâce présidentielle de Julian Assange?

Après la Russie, Donald Trump prend une nouvelle la défense d’une organisation étrangère, Wikileaks, condamnée par l’Administration Obama pour avoir révélé des documents secrets sur la guerre en Irak et en Afghanistan qui auraient mis en danger « la sécurité nationale », aux dépens des agences de renseignements américaines.

Lorsque les médias dénoncent cette collusion, le président-élu se défend « d’être en accord avec Assange » et affirme « simplement déclarer ce que [Assange] a déclaré », et qu’il le fait « pour les Américains ».

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No Pants Subway Ride

Dimanche aura lieu à New York, et dans vingt-cinq autres villes du pays, la quinzième édition de la « No Pants Subway Ride« , une tradition annuelle qui consiste à porter des habits chauds sans pantalon, simplement vêtue d’une culotte ou un caleçon, dans le métro pour « faire réagir les autres passagers ». 

La première manifestation « No Pants Subway Ride » a été imaginée par Charlie Todd, le fondateur de Improv Everywhere, un collectif new yorkais « qui cause des scènes de chaos et de joie dans les lieux publics », en 2002.

Le premier trajet comprenait sept participants, tous des hommes. Un participant est entré dans la rame sans pantalon et a circulé sur sept stations consécutives. Ils prétendaient ne pas se connaître les uns les autres, et si on leur demandait ils disaient qu’ils avaient « simplement oublié » leur pantalon. Au huitième arrêt, quelqu’un est entré avec un duffle bad qui vendait des pantalons pour un dollar.

La dernière édition de 2016 (vidéo ci-dessous) a rassemblé quatre mille personnes et devrait attirer autant de monde cette année. Le dossier de presse encourage les journalistes intéressés par l’évènement à se joindre aux participants en enlevant leurs pantalons.