Houston Chronicle: « Serial Indifference »

 

Cette semaine, une enquête passionnante du Houston Chronicle sur la faillite du système judiciaire texan incapable de protéger la population d’un violeur en série, Keith Edward Hendricks, qui a sévi dans les rues de Houston pendant plus de dix ans.


Il a violé neuf femmes, toutes sans abris et vulnérables, certaines prostituées, d’autres droguées: des laissés pour compte que ni la police, ni la justice n’ont réussi à défendre.

 

Houston Chronicle

Une impunité difficile à comprendre pour Pedro Moreno, un vétéran des moeurs, qui a arrêté à quatre reprises Hendricks après avoir identifié par ses victimes, toujours pour le même crime.
Pour chaque affaire, il a essayé de s’assurer que le procureur ait assez d’éléments à charge pour inculper Hendricks, en vain.
Le profil des victimes, leurs antécédents judiciaires, la toxicomanie, la vie dans la rue, les a desservies et seulement abouti à deux procès, dont l’un s’est soldé par l’acquittement de Hendricks qui est ressorti le jour même.
Il a fait plusieurs séjours en prison mais a toujours fini par être relâché: manque de preuves, lenteur des procédures – un prélèvement sur une des femmes agressées a mis sept ans à être analysé pur permettre une inculpation, des peines négociées par des procureurs peu convaincus – certains sans même rencontrer leur victime.

Une justice qui néglige et qui punit les plus vulnérables.

Dans un des dossiers, Hendricks s’en est sorti avec deux ans de prison (au lieu de vingt) pour un « viol » requalifié, à sa demande, d’agression sexuelle – la même peine reçue par sa victime pour possession illégale d’une pilule de méthadone.
Au Texas, une femme a plus de chances d’aller en prison pour consommation de drogue qu’un homme pour viol.

 

En 2013, Nicholas Socias [assistant du procureur, âgé de 27 ans] s’est penché sur les différents rapports de police et procès de Hendricks [arrêté une nouvelle pour le viol d’une jeune fille bipolaire de 22 ans, Jenny] et a été outré ce que les dossiers révélaient: Un homme incroyablement violent avec plusieurs accusations de viols qui n’ont eu aucune répercussion sur lui.
« C’était impossible d’avoir arrêté cet homme autant de fois et de l’avoir relâché et qu’il viole à nouveau. »

 

Pour s’assurer que cette jeune femme, atteinte de troubles bipolaire, puisse témoigner au procès, Mr Socias a demandé à ce qu’elle soit prise en charge par le bureau du procureur – pensant qu’elle se serait soignée dans un hôpital. Elle a terminé en prison pendant 27 jours.
Finalement le travail périlleux du jeune procureur paiera, Jenny a réussi à convaincre le jury qui a condamné Hendricks à la prison à vie. Jenny elle a porté plainte contre la ville de Houston pour la violation de ses droits et une incarcération illégale.

 

* « Serial indifference » in 4 chapters de Anita Hassan – Houston Chronicle

Le Kiosque du samedi 17 décembre 2016

Un boycott qui tombe à l’eau

Star Tribune – Edition du vendredi 16 décembre 2016

L’équipe de football (américain) de l’université du Minnesota a menacé de boycotter cette semaine le dernier match de l’année, le « Holiday Bowl », pour protester contre la suspension de dix de ses joueurs accusés d’agressions sexuelles – une sorte de tradition désormais dans ce sport, et à tous les niveaux, du lycée en passant par l’université jusqu’à la NFL.

Les joueurs-étudiants exigeaient la réintégration immédiate de leurs collègues, des excuses du président de l’Université et de celui du département d’Athletics et qu’ils « soient tenus responsables de leurs actions ».
L’affaire fait écho à des dizaines d’autres cas d’agressions sexuelles commis par des joueurs de football et autres athlètes dans les campus américains cette année.
Aucun des dix joueurs n’a été inculpé mais « la loi fédérale oblige les universités à enquêter sur des allégations d’agression sexuelle » et l’établissement est resté sur sa position, en expliquant à ses athlètes qu’elle ne changera « ni ses valeurs, ni son code de conduite » pour « le bien d’un match de football ».

Devant ce refus catégorique, le reste de l’équipe a décidé de mettre fin ce matin au boycott et a repris l’entrainement pour participer le 27 décembre au HolidayBowl à San Diego.
Dans une déclaration commune, elle a condamné toute forme de violence à l’égard des femmes, souhaité un bon rétablissement à la victime et expliqué que leur intention était avant tout de défendre leurs copains et de s’assurer qu’ils soient traités justement ».

Une femme affirme avoir été agressée sexuellement au début du mois de septembre par plusieurs « Golden Gophers » de l’équipe de football.
« Elle a dit que les contacts sexuels qu’elle a eu avec deux joueurs étaient consensuels mais pas avec quatre » affirme le rapport de police. Selon le Star Tribune, « plusieurs joueurs ont dit aux autorités que c’était consensuel, et selon un enquêteur qui a regardé la vidéo qu'[un des joueurs] a pris de l’incident, elle n’a pas l’air d’être de refuser le rapport sexuel et rien n’indique qu’elle veut arrêter, et tout ce la apparaît bien consensuel ».

L’entraineur de l’équipe, qui avait pris fait et cause pour ses joueurs, déclarait dans un tweet jeudi soir « respecter leurs droits et supporter leurs efforts pour rendre le monde meilleur [sic]. »

 

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Arrêtée pour vol à 86 ans

The Life and Crimes of Doris Payne

Doris Payne, 86 ans a été arrêtée par la police de Dunwoody, une riche banlieue d’Atlanta, après avoir essayé de voler un diamant d’une valeur de deux mille dollars.
Rien d’exceptionnel si ce n’est l’âge avancé de l’accusée.
Mais lorsque les autorités se sont renseignées sur d’éventuels antécédents, elles n’ont pas été déçues puisque Mme Payne est une « légende internationale » dans le milieu du crime et a même fait l’objet d’un documentaire, « The Life and Crimes of Doris Payne » réalisé en 2013.

Sa spécialité? Les vols de bijoux.
Et partout dans le monde: Los Angeles, Miami, New York, Paris, Monaco, Tokyo. « Il n’y a pas un jour où [elle n’a] pas réussi [à] voler ce [qu’elle veux] » a-t-elle affirmé pour un butin total estimé à 2 millions de dollars sur une carrière de plus de soixante-dix ans.

Elle a régulièrement été arrêtée, a passé plusieurs années en prison, sortie prématurement pour bonne conduite, avant de retourner vers son hobby. Même si elle est toujours fichée par la Jewelers Security Alliance, une association américaine qui travaille l’industrie de la joaillerie en les aidant à coincer les criminels, elle n’a jamais eu de mal à continuer à voler.
Elle sera présentée devant le juge lundi.

 

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Les enfants de la crise des opiacés

The Star Ledger – Edition du jeudi 15 décembre 2016

Le Star Ledger, premier quotidien du New Jersey consacrait sa couverture cette semaine à la crise des opiacés qui en train de ravager le pays et d’entraîner une recrudescence d’overdoses. Dans cet Etat, on a recensé 1,587 overdoses en 2015 (21% de plus qu’en 2014) dont 918 causées par l’héroïne – le chiffre le plus élevé jamais enregistré – et 417 liées à l’usage de fentanyl, une drogue encore plus puissante.
C’est sans compter le recours à Narcan, ce produit importé d’Irlande, qui agit comme une antidote instannée à l’overdose, qui a été utilisé plus 18 000 fois par les secours ces deux dernières années.

Le Wall Street Journal a publié une longue enquête sur ces milliers enfants en bas âge qui ont perdu leurs parents et se retrouvent placés soit dans la famille proche soit dans des familles d’accueil.
Dans le Vermont, le nombre d’enfants placés sous le système de protection de l’enfance a augmenté de 40% entre 2013 et 2016; le nombre d’enfants qui grandissent dans des foyers a augmenté de 24% entre 2012 et 2016 en Virgine Occidentale.
Une grande partie de ces enfants souffriront toute leur vie des traumatismes causés par la mort de leur parents, l’addiction et les abus dont ils ont été témoins et parfois victimes.

 

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Les abonnements de Vanity Fair qui s’envolent

Le magazine a publié une très mauvaise critique du Trump Grill, le steak house à l’intérieur de la Trump Tower et poussé l’insulte jusqu’à le qualifier d’un « des pires restaurants des Etats-Unis » provoquant l’ire de son propriétaire, le président-élu.
Comme d’habitude, ce dernier est allé sur Twitter pour insulter le rédacteur en chef du magazine Graydon Carter et critiques les « mauvais chiffres » du magazine, qui aurait « des gros problèmes » et serait proche de la « mort ».

Non seulement, Donald Trump a fait de la pub à Vanity Fair, mais il a rapporté beaucoup d’argent à Condé Nast, la compagnie propriétaire du magazine qui annoncé 13 000 nouveaux abonnés en vingt-quatre heures, « le plus important nombre d’abonnements jamais vendu en une journée ».
Selon Poynter, la critique gastronomique a été lue par plus d’un million d’internautes. 
Le New York Times a également vu ses abonnements augmenter après les élections et les attaques répétés de Trump.

Le Kiosque dominical du 23 octobre 2016

A retenir des éditions dominicales:

The Dallas Morning News - Edition du 23 octobre 2016
The Dallas Morning News – Edition du 23 octobre 2016
  • Tomi Lahren en une du Dallas Morning News
    On en avait parlé il y a quelques semaines dans le Kiosque, qualifiée »d’enfant soldat » par le présentateur du Daily Show, cette jeune diplômée de l’Université de Las Vegas de 23ans fait sensation sur The Blaze, le réseau d’infos de l’ancien étendard du Tea Party, Glenn Beck, avec une émission dans laquelle elle exprime ses idées d’extrême droite à la sauce Millenials.
    Elle n’hésite pas à descendre Obama, Clinton et même parfois Trump avec la même verve et assurance qu’un journaliste en fin de carrière – ce qu’elle n’est pas.
    Tami Lahren est une « sensation internet », une « commentatrice » qui parle avec son coeur et beaucoup d’émotions.
  • Tampa Bay times - Edition du 23 octobre 2016
    Tampa Bay times – Edition du 23 octobre 2016

    « Hillary Clinton’s Florida foundation » dans le Tampa Bay Times
    sur la relation de trente ans qu’entretient la candidate démocrate avec le Sunshine State marqueé par « la loyauté, la longévité et Bill »: Depuis la défense des travailleurs immigrés floridiens lorsqu’elle était étudiante à Yale jusqu’à la candidate démocrate qui discute avec les élites du monde entrepreneurial autour à 50 000 dollars l’entrée pour discuter avec elle. Des années d’activisme du couple Clinton dans l’état le plus important à gagner le 8 novembre prochain pour chacun des candidats et qui avait été le cauchemar des démocrates lors des élections de 2000

  • « Trumpism is not going away » affirme le Washington Post.
    The Washington Post - Edition du 23 octobre 2016
    The Washington Post – Edition du 23 octobre 2016

    Un constat partagé par beaucoup de journalistes et commentateurs: « Qu’il perde ou qu’il gagne, l’effet Trump sera ressenti bien après les élections (…) Trump et ses supporteurs symbolisent le refus des élites qu’ils considèrent comme les garants de la culture populaire. Les gens qui se sentent délaissées ont désormais un champion même s’il est l’un des pouvoirs médiatiques de l’establishment new yorkais » explique David Nevins, président de la chaîne câblée Showtime.
    Des rumeurs persistantes relayées dans les quotidiens les plus sérieux annoncent que Trump aurait déjà prévu de capitaliser ces dizaines de millions d’électeurs qu’il a su convaincre ces derniers mois, et les fidéliser grâce à la mise en place d’un nouveau réseau d’information Trump News, qui servirait de contre-pouvoir de Fox News et du parti Républicain et à une éventuelle présidence démocrate.

  • « US Citizens being recruited by Cartels in Bars, Schools » dans le Arizona Daily Star sur la « démocratisation du trafic de drogue ».
    Arizona Daily Star - Edition du 23 octobre 2016
    Arizona Daily Star – Edition du 23 octobre 2016

    Selon les statistiques de la Protection des Frontières et des Douanes Américaines, le trafic de produits stupéfiants entre le Mexique et les Etats-Unis par la frontière arizonienne serait le travail de citoyens américains dans le besoin et de ceux en attente d’une autorisation de résidence permanente.
    Ils représentent 80% des arrestations le long de la frontière mexicaine et cachent les produits illicites sous le siège de leur voiture, sur leur corps pour les substances les plus dangereuses (cocaïne, héroïne) et sont souvent recrutés dans les bars ou même aux abords des lycées et universités publiques – des individus souvent démunis qui cherchent des moyens de combler les fins de mois.

  • Star Tribune - Edition du 23 octobre 2016
    Star Tribune – Edition du 23 octobre 2016

    « When a Rapist went Free » dans le Star Tribune.
    Le destin presque banal d’une victime de viol dans une université américaine, ici celle du Minnesota qui a recensé 1000 cas d’agressions sexuelles depuis 2010 selon le département de prévention des viols de l’établissement et sans qu’un seul agresseur n’ait été jugé ni condamné. Après son agression, Abby Honold a suivi toutes les démarches nécessaires pour aider la police à arrêter son agresseur qui lui a signifié qu’aucune charges ne pourraient être déposées. L’agression a eu lieu en 2014 en pleine journée dans l’appartement de Daniel Drill-Mellum, un jeune étudiant de 22ans, qui a plus tard affirmé que leur rapport sexuel était consensuel pour écoper d’une suspension de l’université pour une période de dix ans.
    Après s’être rendu compte que l’étudiant avait agressé d’autres filles les années précédentes et grâce à la ténacité d’un officier de la police universitaire, le violeur à été condamné à six ans de prison.

 

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Saturday Night Live et le troisième débat

On ne s’en lasse pas. Avec Alec Baldwin, Tom Hanks et Kate McKinnon

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Le New Yorker soutient Hillary

Le énième soutien officiel d’un média prestigieux pour Hillary Clinton, ici le New Yorker, qui souhaite son élection pour son « importance historique » et qu’il accueillera avec « un soulagement indescriptible »

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Les démocrates en danger

Matt Yglesias nous explique dans une vidéo pourquoi le parti démocrate est dans une situation périlleuse même si Clinton venait à remporter les élections présidentielles – et même si le parti républicain est apparu très divisé durant cette campagne.
Après l’élection de Barack Obama en 2008, le parti démocrate avait la majorité législative dans 20 états qui sont tombés à douze en 2014, dont quatre sont gouvernés par des Républicains. Le camp adverse contrôle 23 états a mis en place ces dernières années, toute sortes de restrictions sur les libertés telles que l’avortement, les droits des syndicats ou la redéfinition des districts électoraux qui rendent plus difficile l’accès au vote de certaines minorités.
Sous Obama, les démocrates ont perdu 68 sièges à la Chambre des Représentants (sur les 435 comporte), 11 au sénat (sur les 100 qu’elle comporte), 10 gouverneurs et 15 majorités législatives au niveau des Etats: Un phénomène qui arrive généralement à chaque changement de président, tous les huit ans, appelé « The Wave Elections » et qui permet au parti perdant de se reconstruire pour reprendre ensuite la majorité.
Sauf que si ces élections consacrent Hillary Clinton, le parti démocrate pourrait encore perdre de l’influence, surtout avec des dissensions de plus en plus importantes à gauche avec Bernie Sanders notamment.

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Trump y croit toujours, ses hôtels … moins

Pour rassurer ses supporteurs qui le soutiennent avec toujours plus de vigueur, Trump utilise l’exemple du Brexit, donné perdant le matin des élections du 23 juin dernier et qui l’a remporté contre toute attente, pour entretenir la flamme avec l’aide de son principal architecte, Nigel Farage.
Compte tenu de l’avance de Clinton dans les sondages à un peu plus de deux semaines des élections ($8% pour les démocrates contrre 42% pour les Républicains) et une marge d’erreur de +/- 4%, Clinton si elle continue à ce rythme, devrait « normalement » remporter les élections.

La campagne Trump est en difficulté et il semblerait que la marque souffre aussi des dernières polémiques du candidat, dont la fréquentation des établissements est semble-t-il à la baisse, à l’instar du nouveau Trump international Hotel de Washington D.C, le seul hôtel de la capitale à ne pas être complet lors de la dernière conférence du FMI il y a deux semaines.
Selon Hipmunk, la fréquentation des établissements Trump aurait baissé de 59% lors du premier semestre 2016, et 17% selon Foursquare – des chiffres contestés par la direction qui parle d’un « business plus solide que jamais ». C’est sans doute pour cette raison que la compagnie a décidé de se doter une nouvelle chaîne d’hôtels appelée Scion.

 

Trump et les crimes sexuels des Clinton

Grâce à une stratégie toujours plus sophistiquée du directeur de campagne de Trump, Steve Bannon, ancien rédacteur-en-chef de Breitbart News, le torchon conservateur, les infidélités de Bill Clinton sont revenues sur le devant de la scène politique et médiatique, tout comme l’affaire Kathy Shelton avec pour unique but: Discréditer et affaiblir Hillary

Le revirement de Trump sur Clinton et ses victimes

Donald Trump avait réuni dimanche avant le débat présidentiel trois femmes qui ont accusé dans le passé Bill Clinton de harcèlement et d’agressions sexuelles lors d’une conférence de presse plus que bizarre: Paula Jones, Juanita Broaddrick, Kathleen Willey

Les « victimes » n’ont pas abordé les faits reprochés à l’ancien président mais se sont plutôt attachées à encenser le candidat républicain et minimiser les conséquences de la vidéo dans laquelle il aborde les femmes dans propos orduriers.

Aucun inculpation n’a jamais été retenu contre Bill Clinton: L’affaire Paula Jones (harcèlement sexuel en 1991) a mené à la procédure d’Impeachment du président en 1998 et s’est soldée par le versement de 850 000 dollars à la plaignante;  L’affaire Kathleen Willey (harcèlement sexuel en 1991) et enfin celle de Juanita Broaddrick qui a accusé en 1999 Bill Clinton de l’avoir violé 11 ans plus tôt, lorsqu’elle était volontaire dans la campagne du sénateur de l’Arkansas.

Le problème c’est que Trump a pris plusieurs fois la défense de Bill Clinton dans les années 90 et 2000 et attaqué celles qui lui en voulaient, notamment Paula Jones, une loser selon ses termes (ci-dessous).


Dans une autre interview avec Neil Cavuto de Fox News, il affirme à propos de l’ancien président, « ses victimes sont affreuses. il est lui-même une victime (…) Tout ce groupe, Monica Lewinsky, Paula Jones – C’est un groupe vraiment pas du tout attractif. Et je ne parle pas seulement de leur physique ».
Ce à quoi le journaliste répond: « Est-ce que ça aurait été différent si elles avaient été plus jolies? »
« Je pense que ça aurait plus agréable à regarder »

Il prend aussi la défense d’Hillary Clinton, qui « en aurait bavé plus que n’importe quelle autre femme » (ci-dessous)

 

Hillary Rodham et l’affaire Kathy Shelton

Plus intéressant est l’accusation de la quatrième femme, Kathy Shelton qui accuse la candidate d’avoir ruiné sa vie lorsqu’elle était adolescente dans une affaire de viol dont elle a été victime: « Elle m’a fait vivre une expérience qu’une jeune fille de douze ans n’aurait jamais dû traverser. Alors qu’elle dit qu’elle est pour les femmes et les enfants ».

L’histoire remonte à 1975 en Arkansas où la dénommée Hillary Rodham, avocate fraîchement diplômée, s’est vu assignée par la cour la défense d’un homme de 41 ans accusé du viol d’une jeune fille de douze ans, Kathy Shelton.
Ce dernier avait insisté pour être défendu par une femme et
Clinton n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la décision du juge à l’époque, ce que ce dernier a d’ailleurs confirmé.

Dans une stratégie de défense « agressive », Clinton aurait demandé l’évaluation psychiatrique de la jeune fille qui lui a été refusé, et a réussi grâce à la perte de certaines preuves, à des suspicions sur le caractère de la victime, à la condamnation à seulement 10 mois de prison de l’agresseur, qui avait pourtant reconnu les faits.

Interrogé en 2007 par un journaliste de Newsday sur l’affaire, Kathy Shelton n’avait pas de rancunes contre Clinton, en reconnaissant qu’elle avait juste « fait son travail » en « représentant l’accusé ».

En 2014, c’est au tour du Washington Free Beacon, un site internet conservateur, de publier la demande d’examen psychologique faite par Clinton à l’époque, dont la victime n’avait jamais été mise au courant, et une interview enregistrée de Clinton discutant de l’affaire dans les années 80.

Trump a accusé dimanche soir Hillary Clinton d’avoir ri lors de cet interview, « ri du viol d’une jeune fille de douze ans » ce que Politifact a démenti en expliquant qu’elle moque la responsabilité du laboratoire d’analyse dans la destruction de preuves qui auraient du mener à la condamnation de l’agresseur et qui lui a offert en échange un accord favorable.

Le Daily Mail est revenu à la charge cet été avec une interview exclusive de
Kathy Shelton dans laquelle elle dévoile pour la première fois son identité, et essaye de jeter le discrédit sur le travail effectué par Clinton auprès des femmes et des enfants pendant des années.

Trump a utilisé « ces crimes sexuels » avec passion dimanche soir, et même encore une fois les accusations sont fausses ou infondées, il n’hésitera pas à s’en resservir avant la fin de la campagne.

« Audrie and Daisy »: Viols et cyberbullying dans les lycées américains

Netflix a mis en ligne cette semaine un documentaire de sensibilisation au « cyberbullying » dans les cas d’agressions sexuelles chez les lycéens américains.
Un phénomène qui a fait la une de l’actualité ces dernières années à cause de ses conséquences dramatiques qu’il a provoqué et de la gestion très critiquée de la justice, de la police et de la communauté vis-à-vis des agresseurs et des victimes.

audrie-daisy-poster-405x600Témoignage des agresseurs et agressées
« Audrie & Daisy » sont deux lycéennes, violées par des camarades de classe ou du même établissement scolaire et dont les agressions ont été diffusés sur internet et les médias sociaux provoquant injures, moqueries et mises à l’écat des victimes.
Audrie s’est suicidée dans sa chambre en 2012. Daisy a survécu à plusieurs tentatives et a été poussée par sa propre communauté à quitter la ville.

Les témoignages des parents, des familles des victimes et des victimes elles-mêmes est très dur, mais celui des agresseurs et des autorités vis-à-vis de ce genre d’affaire est encore plus difficile à entendre.

La force de ce documentaire tient à la participation des « agresseurs » ordonné par le juge en échanges de peines de quelques mois de prison. Ces adolescents, qui apparaissent sous forme d’animation, répondent de manière laconique sans réaliser la gravité et les conséquences de leurs actes, des faits d’agressions sexuelles auxquels ils ont participé.
Les deux réalisateurs, Bonni Cohen and Jon Shenk, se sont également appuyés sur les vidéos des dépositions des adolescents.

Leur défense? Ces adolescents n’avaient aucune idée que prendre des photos d’une mineur nue et les partager sur internet constituait un crime, « juste une blague pour s’amuser entre potes [de l’équipe de football] » quand d’autres vont affirmer que la jeune fille inconsciente était consentante.

Ces adolescents n’ont sans doute pas voulu provoquer la mort de leur amie ou consciemment pensé qu’ils violaient une adolescente, mais un crime de cette nature doit de toutes façons faire l’objet d’une enquête et d’une condamnation si les faits sont circonstanciés.
C’est là que le bas blesse.

Loi du silence,  et responsabilité des autorités
Dans le cas de Daisy Coleman qui a été violée à l’âge de 14 ans, inconsciente sous les effets de l’alcool, par la star de l’équipe de football, Matt Barnett, 17 ans à l’époque, le sheriff explique très sérieusement:

« Il ne faut sous-estimer le besoin d’attention de certaines personnes, notamment des jeunes filles. Il y a beaucoup de pressions sur les jeunes filles dans notre société pour être belles, pour être appréciées et populaires. Ce n’est pas juste mais c’est la façon dont fonctionne notre société (…) Cette affaire est devenue hors de contrôle parce que tout le monde a utilisé le mot « viol », c’est très populaire. Le viol. Le Viol de Maryville. Le viol Coleman. Rien de ce qui s’est passé cette nuit-là qui rassemble de loin ou de près à un viol. Qu’on soit d’accord ou non, des jeunes de cet âge peuvent avoir des relations sexuelles consenties dans l’état du Missouri

Quelques mois après l’agression, le procureur a abandonné toutes les charges contre Mr Barnett et l’ami de celui-ci qui avait filmé la scène. « Une décision politique » pour la mère de la victime: l’agresseur appartient à une puissante famille du Missouri et « dans ces petites villes du fin fond de l’Amérique, il est plus important de protéger les garçons plutôt que de rendre justice aux filles (…) ils représentent la communauté et on ne veut pas les contrarier, ce sont des héros.

Une décision qui a choqué le pays et provoqué un intérêt médiatique sans précédent sur la communauté de Maryville, et certainement pas pour les bonnes raisons.

A la suite de la dénonciation de son agresseur, toute la petite communauté de Maryville a tourné le dos à la famille Coleman et aux quatre enfants scolarisés, la jeune Daisy a été harcelée sur les médias sociaux, la mère a perdu son travail de vétérinaire, leur maison a été incendiée, les obligéant a quitté la ville définitivement.

Le jeune Barnett a finalement été condamné à deux ans de prison avec sursis pour mis-en-danger d’une mineur.
Aucune accusation d’agression sexuelle n’a été retenue.

Time magazine - Edition du 26 mai 2014
Time magazine – Edition du 26 mai 2014


Prise de conscience collective dans les universités du pays 

L’année dernière, plusieurs affaires de viol ont poussé les médias à dénoncer ce « phénomène national » dans les campus américains de Baylor University (Texas), Vanderbilt (Tennessee), Columbia, et récemment celle de Stanford.

Selon une étude réalisée sur neuf campus du pays, une « undergraduate » sur cinq aurait subie une agression sexuelle, dont seulement 37% seraient reportées à la police du campus, par peur de représailles, d’exclusion, ou de mises à l’écart par d’autres étudiants.
Les problèmes auxquels font face les victimes tiennent aussi au manque de témoins, au rôle de l’alcool, et enfin aux condamnations très légères  qu’obtiennent les agresseurs.

Le documentaire de Netflix, « émotionnellement difficile à regarder », voudrait provoquer le même électrochoc chez les lycéens et les adultes pour alerter et prévenir ce genre de comportements.

Il y a deux semaines, le Washington Post publiait le témoignage d’une mère intitulé « Mes deux adolescents sont aveugles à la culture du viol » qui explique:

Je n’ai jamais imaginé que j’élèverai des garçons qui deviendraient des hommes comme ça. Des hommes qui pensent que la culture du viol n’existe pas ou qui ne comprennent pas le sexisme. Des hommes qui me disent que je suis trop sensible et ou que je ne comprends pas comment fonctionnent les adolescents.
On parle jamais de ce genre de choses maman, m’ont-ils dit avec agacement.
C’est la façon dont tous les jeunes se comportent

White Privilege: Trois mois en prison pour agression sexuelle

Mugshot de Brock Turner après son arrestation en Janvier 2015
Mugshot de Brock Turner après son arrestation en Janvier 2015

L’annonce vendredi matin de la libération conditionnelle de Brock Turner, un étudiant californien de 20 ans, condamné pour agressions sexuelles sur une femme inconsciente, a suscité l’indignation sur l’ensemble des médias sociaux – trois mois seulement après le même tollé qu’avait suscité la sentence de six mois décidé par le juge.

L’affaire a éclaté au mois de Juin dernier quand un juge du comté de Santa Clara en Californie, Aaron Persky, a offert à Brock Turner, ancien élève de l’université de Stanford, la peine minimale de six mois de prison pour trois condamnations passibles de 14 ans de prison, et contre l’avis du procureur qui avait requis six ans.
Son argument? une peine plus longue aurait « un sévère impact » sur l’étudiant, un nageur destiné un jour à participer aux Jeux Olympiques.

Le Guardian a bien résumé la polémique de l’époque en qualifiant l’affaire de « Un gâteau de privilège blanc entouré de glaçage à la vanille »

La photo de classe de Brock Turner à Stanford, un étudiant modèle destiné à une carrière olympique en natation
La photo de classe de Brock Turner à Stanford, un étudiant modèle destiné à une carrière olympique en natation

Le jeune homme a été reconnu coupable d’avoir agressé en Janvier 2015, à la sortie d’une fête universitaire, une étudiante inconsciente sous l’effet de l’alcool. Deux étudiants suédois avaient surpris le jeune homme caché derrière une poubelle en train d’agresser la jeune fille à moitié nue et avaient réussi à le rattraper alors qu’il tentait de s’enfuir.

L’affaire a marqué les esprits grâce au témoignage poignant de la victime, une longue lettre lue à la fin du procès dans laquelle elle décrit les circonstances, la découverte les traumatismes liées à cette agression et les répercussions qu’elle a eu sur elle et sa famille
Publiée sur Buzzfeed, la lettre a fait le tour du monde et dénoncé les ravages de « culture du viol » dans les campus américains et l’impunité dont bénéficient encore trop souvent les agresseurs.

Le juge Aaron Persky, lui aussi étudiant de Stanford, qui a condamné Turner a seulement 6 mois de prison, et qui a fait l'objet d'une pétition signée par 1,3 d'individus appelant à sa démission
Le juge Aaron Persky, lui aussi étudiant de Stanford, qui a condamné Turner a seulement 6 mois de prison, et qui a fait l’objet d’une pétition signée par 1,3 d’individus appelant à sa démission

Brock Turner aura effectué la moitié de sa peine pour « bonne conduite » dans une prison du comté de Santa Clara. Il reste en liberté conditionnelle pendant trois ans mais restera fiché comme délinquant sexuel toute sa vie.

Pour éviter de nouveaux scandales sexuels, l’université de Stanford a décidé de bannir l’alcool fort sur son campus et mis en garde les femmes sur ses abus d’alcool. Le juge Aaron Persky a cessé de traiter les affaires criminelles devant le succès d’une pétition signée par 1,3 millions d’individus qui demandait sa démission.

Pour éviter qu’un étudiant puisse violer une fille et s’en sortir avec trois mois sous les barreaux, l’état de Californie vient de voter une loi qui retire aux juges la possibilité de condamner à de la liberté conditionnelle les agresseurs dans les cas où la victime est inconsciente.
Une telle mesure aurait condamné automatiquement Brock Turner à trois ans de prison.

A lire, ce très bon résumé de Liz Plank sur Vox