Mardi 7 mars: « Viral Deception » x « Silent Coup »; Echapper à la bulle Facebook; Planned Parenthood résiste + Retour sur Andrew Breitbart

 

1. »Viral Deception »

Pour essayer de détourner l’attention des relations entretenues par certains membres de son cabinet avec des officiels russes, le président des Etats-Unis a utilisé la théorie conspirationniste d’un avocat, animateur radio et auteur conservateur Mark Levin, reprise dans Breitbart vendredi dernier, et accusé publiquement l’ancien président de l’avoir illégalement mis sur écoute pendant la campagne présidentielle – encore une fois sans aucune preuve à l’appui.
Sa « tweetstorm » de samedi matin a eu l’effet escompté: Tous les médias des Etats-Unis et du monde entier ont repris les accusations sans fondement de Donald Trump – la plupart pour les critiquer – mais pendant un weekend, l’attention s’est effectivement détournée des problèmes de la nouvelle administration.
Comme le résume le général Michael Hayden, ancien chef de la CIA, hier dans l’émission politique Morning Joe:

« Donald Trump essaye de couper court à un cycle d’informations embarrassant pour son administration – ses liens avec la Russie – en remettant en question sa réputation, la réputation de son prédécesseur et en mettant en danger la nation. »

 

Le chef du FBI, James Comey a officiellement demandé au Département de Justice, sous lequel il officie, de dénoncer les accusations du président contre son prédécesseur – en vain.
Ni Donald Trump, ni le Département  de Justice sont aujourd’hui prêts à revenir sur les propos de ce weekend qui discréditent l’intégrité du Federal Bureau of Investigation.

Dans les semaines à venir, les agences de renseignements devraient tout faire pour défendre leur institution et contredire les propos du président – sans doute à travers la diffusion de nouvelles fuites et scandales.

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2. Brian Stelter vs Mark Levin

Mark Levin, l’animateur radio conservateur, dont l’opinion a été relayée dans un article de Breitbart provoquant la colère du président vendredi, est un fervent supporter du « Silent Coup » – cette théorie conspirationniste qui a fait l’objet d’un livre éponyme « Silent Coup: The Removal of a President » écrit par Len Colodny et Reobert Gettlin en 1992 qui affirme que le scandale du Watergate en 1972 aurait été organisé par un conseiller de Nixon avec l’aide du « parti de la sécurité nationale » opposé à sa politique étrangère.
Mark Levin a utilisé la théorie du « Silent Coup » pour dénoncer les exactions d’Obama, en 2015, en l’accusant d’avoir imposé la loi martiale dans le pays à travers l’immigration, les sois de santé et le maintien de l’ordre.

Rebelote jeudi dernier quand il a accusé le Département de Justice de Barack Obama d’avoir mené illégalement des écoutes sur les proches de Trump lorsqu’il enquêtait sur l’ingérence russe dans les élections.

Breitbart a ensuite grossit les accusations de Mark Levin en parlant de la « police d’Etat » de l’ancien président et en appelant à la mise en place d’une enquête parlementaire.

Ce dernier a publié une tribune hier dans Breitbart en expliquant qu’il n’avait affirmé que Obama était à l’origine des écoutes du président « mais ça ne veut pas dire qu’il n’était pas au courant des activités de surveillance de ses départements », notamment le Département de Justice et le FBI qui sont présents lors de ses briefings quotidiens.

* « Mark Levin: Open Letter to CNN’s Brian Stelter »Breitbart
* « Mark Levin has warned beofre of Obama’s Silent Coup » Washington Post

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3. « Comment échapper à la bulle Facebook »

C’est un thème récurrent depuis les élections présidentielles américaines, et la victoire surprise de Donald Trump: La tendance des médias sociaux à nourrir les internautes d’informations et posts qui renforcent leurs croyances, leur style de vie en évitant soigneusement tout ce qui contrarier leur façon de voir le monde – et dont l’une des conséquences à été d’entretenir les fantasmes politiques de 65 millions d’Américains qui s’attendaient à une première femme présidente des Etats-Unis.
Des outils numériques ont été pensés ces derniers mois pour aider les internautes à rester ouvert d’esprit et à sortir de leur « bulle partisane » (« filter bubble »)?
La dernière invention vient de Google, c’est une extension du serveur internet Chrome appelé PolitEcho qui effectue un diagnostic de votre « partisan » de votre profil et celui de vos amis par rapport a ce qu’ils aiment (New York Times tendance libérale et Breitbart sera plutôt conservateur)

Les tendances politiques de mes amis sur Facebook
Ma bulle politique est complètement bleu – ce qui n’est pas un bon exemple

PBS offre un quiz « Do you live in a bubble? » préparé par le libertarien Charles Murray qui vous dira si vous êtes « complètement déconnecté de l’Américain blanc moyen et la culture américaine en général ».
Il existe également FlipFeed sur Twitter, l’application « Read Accross the Aisle » sur Iphone, Buzzfeed a récemment poussé ses lecteurs à regarder ce qu’il se passait ailleurs grâce à « Outside your Bubble« .

Une newsletter « Right Richter » consacrée aux « perspectives de droite » destiné à un public plutôt de gauche et Slate offre une quotidienne, « Today on Conservative Media » 

* « How to escape your political bubble for a clearer view » New York Times

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4. Khirz Khan assigné à résidence

Khirz Khan, le père du soldat mort en Irak, qui avait critiqué Donald Trump lors de la convention nationale démocrate, n’a pas été autorisé à voyager au Canada cette semaine parce que l’immigration était en train de « revoir » les « privilèges » de son statut.
Mr Khan est citoyen américain depuis trente ans, son fils, Humayun, un capitaine de l’armée américaine, musulman, né aux Etats-Unis, est décédé en 2004 en Irak et récompensé comme le veut la tradition par la Bronze Star et le Purple Heart.

*« Khirz Khan claims travel privileges under review »Politico

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5. Tous les décrets présidentiels signés par le président

Depuis son investiture, Donald Trump a essayé de tenir ses promesses de campagne en signant 16 décrets présidentiels:
Trois sur l’immigration dont la Travel Ban #1 (suspendue) et la « Travel Ban Lite » (#2) signé hier et une sur « la sécurité aux frontières » (la fameuse construction du mur). Une sur l’assurance maladie (contre Obamacare signée le jour de l’investiture), deux contre l’environnement, et le reste concerne essentiellement la sécurité et des régulations financières.

Sources: Federal Register – White House

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6. Planned parenthood persiste et signe

Planned Parenthood, le planning familial américain qui offre chaque année à des millions de femmes un accès aux soins de la santé, à la contraception, à la prévention contre le cancer et contre les maladies sexuellement transmissibles, reçoit chaque année 500 millions de dollars du gouvernement fédéral. 
C’est aussi l’une des cibles traditionnelles des Républicains qui l’accusent de promouvoir et de financer l’avortement: Planned Parenthood est effectivement « pro choice » mais affirme qu’aucune des subventions reçues par l’Etat fédéral n’est utilisé pour financer les interruptions volontaires de grossesse – des dons privés financeraient, selon la direction, ces opérations qui représentent seulement 2% de ses activités.
Il n’empêche: la Maison Blanche a proposé à l’organisation de continuer de les financer si elle arrêtait définitivement d’offrir l’avortement parmi ses services.
Ce que Planned Parenthood a refusé expliquant:

« Soyons clair: les subventions fédérales ne financent pas les avortements. Offrir de l’argent à Planned Parenthood pour abandonner nos patientes et nos valeurs est un contrat que nous n’accepterons jamais. Fournir des soins médicaux nécessaires à des millions d’Américaines n’est pas négociable.

C’est un sujet sensible pour la base conservatrice du président, clairement opposée à l’avortement, et généralement défavorables à la subvention d’une organisation comme celle-ci qui s’oppose à la vision plus progressive d’Ivanka Trump, qui a fait de la défense des femmes, son cheval de bataille.

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7. En souvenir de Andrew Breitbart

Peu d’Américains le savent mais le site alt-right Breitbart a été fondé par Andrew Breitbart, un journaliste, éditeur, présentateur télé et radio, provocateur et conservateur, décédé brutalement d’une crise cardiaque il y a cinq ans, à l’âge de 43 ans. Fervent admirateur du Drudge Report – l’un des premiers sites conservateurs créé en 1995 – il a aidé à la création du Huffington Post quand Ariana Huffington était encore à droite, avant de lancer le site d’infos Breitbart News en 2007.
Larry Solov, l’un de ses business partners se souvient:

Une nuit à Jerusalem, nous allions dîner quand Andrew s’est tourné vers moi et m’a demandé si je voulais quitter le cabinet d’avocats de 800 personnes dans lequel je travaillais pour devenir son business partner. Il a dit qu’il avait besoin de moi pour créer une groupe de presse. Il avait besoin de moi pour changer le monde

Selon le journaliste de Fox News, Greg Gutfeld, « Andrew était le coeur et l’âme du Tea Party (…) C’était un homme qui pouvait rassembler des milliers de personnes et introduire l’Américain moyen à une nouvelle forme d’activisme politique ».
L’un des faits d’armes d’Andrew Breitbart est d’avoir révélé en 2011 le premier des trois scandales de sextos impliquant Anthony Weiner – ce parlementaire démocrate de New York, partenaire de Uma Abedin, conseillère de Hillary Clinton – et d’avoir crashé l’une de ses conférences de presse.

* « Breitbart News Network: Born in the USA, conceived in Israel »Breitbart
* « Greg Gutfeld: Remembering Andrew Breitbart » Fox News

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8. Couverture du jour

The New Yorker – « Opening Night » de Carter Goodrich 

« J’ai dessiné cela après être rentrée d’une galerie » explique l’artiste, qui a voulu dépeindre une scène « curieuse et familière » pour tous ceux qui vont à Chelsea le jeudi soir: les invités qui sont davantage intéressés par les uns et autres que par l’art. Une comédie qui se répète, encore et toujours ».

Breitbart News, le bras armé de Trump

Le site d’infos politico-trash conservateur, autrefois marginalisé, est devenu en quelques mois le bras armé de Donald Trump qui a officialisé cette alliance en nommant son ancien directeur en chef à la tête de sa campagne.

Steve Bannon, « l’agent le plus dangereux du pays »

Anti Establishment
L’annonce de la promotion de Steve Bannon
, « le trublion » médiatique de la droite dure, ce mois-ci, à la tête de la campagne de Donald Trump, résonne comme un pied de nez aux tentatives des Républicains de remettre le candidat dans le droit chemin.
L’homme est connu pour ses attaques contre l’establishment républicain, au premier rang duquel figure, Paul Ryan, président de la Chambre des Représentants des États-Unis.
Il travaillera de pair avec une autre figure de la droite conservatrice, lui aussi très critique vis-à-vis de Washington, Roger Ailes, l’ancien patron du New York Post, viré cet été pour une histoire de harcèlement sexuel.
Une réorganisation politique qui vise non seulement à renforcer les « grassroots » de l’électorat de Trump mais aussi et surtout à affaiblir la candidate démocrate, qui n’aurait pas pu craindre pires adversaires.

 

Bloomberg BusinessWeek d'Octobre 2015 sur Steve Bannon et "la vaste conspiration de droite"
Bloomberg BusinessWeek d’Octobre 2015 sur Steve Bannon et « la vaste conspiration de droite »

 

Anti Clinton
Dans un portrait publié en Octobre dernier dans Bloomberg Businessweek, l’homme était déjà présenté comme « l’agent le plus dangereux de pays » à la « tête de la nouvelle conspiration de droite » qui « tente d’évincer Hillary Clinton et Jeb Bush ».
A l’époque, Bannon est à la tête de Breibart News depuis 2012, « le site populiste » qui sert de défouloir à « ceux qui pensent que Fox News est trop poli et modéré ».
Sorte de « Dr Jekyll et Mr Hyde » de la droite, il exerce son influence à travers un journalisme agressif et décomplexé et un activisme plus « sophistiqué » grâce au think tank Government Accountability Institute (GAI) qui révèle et diffuse toutes sortes de dossiers à charge contre les politiques de tout bord.
L’ouvrage du GAI paru en Mai 2015 sur L’Argent des Clintons « a eu plus d’influence sur la perception d’Hillary Clinton que n’importe quel autre détracteur républicain », pareil pour son e-book au vitriol contre Les Dollars de Bush paru pendant les Primaires Républicaines.
Bannon, détracteur-en-chef du couple Clinton, est aujourd’hui l’un des plus expérimenté pour combattre Hillary Clinton à travers sa fondation, ses emails, son mandat de Secrétaire d’Etat et tout ce qu’il pourra trouver et utiliser contre elle jusqu’au 08 novembre

 

Clinton Cash: The Untold Story of How and Why Foreign Governments and Businesses Helped Make Bill and Hillary Rich - By Peter Schweizer published by HarperCollins. Un adaptation cinématographique et Bande dessinée a été réalisé cette année.
Clinton Cash: The Untold Story of How and Why Foreign Governments and Businesses Helped Make Bill and Hillary Rich – By Peter Schweizer published by HarperCollins.
Un adaptation cinématographique et Bande dessinée a été réalisé cette année.


Dire que Steve Bannon a mauvaise presse est un euphémisme.
Depuis sa promotion la semaine dernière, des affaires de violences domestiques et des suspicions de fraude électorale (il serait enregistré à une fausse addresse en Floride, un « swing state » clé dans le décompte électoral) sont relayées dans tous les médias, même les plus conservateurs.
Plus grave, cet ancien banquier de Goldman Sachs, est régulièrement accusée de lancer de fausses allégations sur ses ennemis.
C’est également ce patron de presse qui a engagé Milo Yiannopolous, ce jeune journaliste anglais à l’origine des attaques racistes et mysogines contre l’actrice Leslie Jones cet été, et qui a été suspendu à vie de Twitter.

Les affinités de certaines journalistes de Breitbart avec le mouvement Alt-Right, en périphérie du conservatisme traditionnel américain, décrit comme raciste et antisémite est devenu le cheval de bataille de Clinton pour convaincre les républicains de la rejoindre.

PHOTO ILLUSTRATION BY EMIL LENDOF/THE DAILY BEAST
PHOTO ILLUSTRATION BY EMIL LENDOF/THE DAILY BEAST

 


BreitBart + Trump = Trumpbart, nouvelle plateforme politico-médiatique?

Donner à Steve Bannon la responsabilité de la campagne de Donald Trump, c’est aussi récompenser le site BreitBart News en lui offrant une plateforme politico-médiatique sans précédent.

Depuis sa création en 2007 par Andrew Breitbart, ancien éditeur du Drudge Report et mort d’une crise cardiaque en 2012, le site d’infos en ligne, originellement destiné à devenir le « Huffington Post de la droite » s’est plutôt distingué dans l’info trash anti-libéral, anti-gouvernement, anti-journalistes et anti-politiciens.

Une recette qui marche puisque il a cumulé en juin presque 14 millions de visiteurs uniques sur son site et 150 millions de pages vues.

Breibart News n’aurait pas pu trouver de candidat plus controversé, conflictuel et politiquement incorrect que Donal Trump et a d’ailleurs rapidement choisi de le soutenir.
Le milliardaire new yorkais confirme avec la promotion de Steve Bannon, le rôle désormais majeur  que joue le site dans ces élections présidentielles, rebaptisé « Trumpbart » par certains médias.
Notons au passage la perte d’influence de Fox News, bastion conservateur et outil de propagande privilégié des candidats républicains aux présidentielles depuis 2000.

Dans un essai publié ce mois-ci dans Vanity Fair, le journaliste Ken Stern explique comment est-ce que « Bannon et Breitbart Media ont été Trump avant Trump, en créant la philosophie politique et l’armée politique qui a été le moteur de l’avènement spectaculaire du candidat dans la politique américaine ».

Au delà de ses titres et thèmes provocateurs, « c’est la première organisation à articuler et représenter, à une échelle globale, une nouvelle philosophie du nationalisme et du populisme qui a trouvé un soutien important dans la société américaine ».
Cette émergence d’un nouveau pouvoir politico-médiatique, dont certains pensent qu’il serait le nouveau projet de Trump en cas de défaite, pourrait bien être l’évènement majeur à retenir de cette campagne présidentielle 2016.