31.10.17

 

 

1. « ACTE TERRORISTE » A NYC

 

  • Cet après midi, Sayfullo Saipov, un Ouzbek âgé de 29 ans, entré sur le territoire américain en 2010 et titulaire d’une carte verte, s’est engagé au volant d’un pickup sur la piste cyclable le long de l’Hudson River, renversé des dizaines de pétions et cyclistes sur plus d’un kilomètre et fini par s’encastrer dans un bus scolaire près de Battery Park: Huit personnes sont mortes, dont six sur le coup et une quinzaine ont été blessées.
    Il a réussi à s’échapper, deux armes factices à la main, en criant « Allah Akbar »
    avant d’être b
    lessé par la police et transporté à l’hôpital où il serait actuellement dans un état critique.

 

  • Selon le New York Post, les policiers auraient retrouvé dans la camionnette du suspect une note manuscrite dans laquelle il prête allégeance à l’Etat Islamique et un drapeau de l’organisation terroriste. Si les autorités n’ont encore rien confirmé, le maire de la ville, Bill de Blasio a parlé « d’acte de terrorisme » et Trump a immédiatement annoncé un renforcement du contrôle des étrangers voulant rentrer aux Etats-Unis.
    Le New York Times affirme que Saipov, un conducteur de Uber, aurait déjà été surveillé par les autorités fédérales américaines sans en préciser les raisons. 
    Parmi les victimes, cinq touristes argentins venus fêter leur fin d’études et un belge.

 

  • L’attaque a eu lieu le jour de Halloween, et a quelques pâtés de maison du World Trade Center: Il y aurait pu avoir beaucoup plus de victimes.
    La parade annuelle s’est tout de même déroulée quelques heures plus tard sous une surveillance policière renforcée mais l’ambiance était assez tendue hier soir et on a rarement vu aussi peu de gens dans les rues, un soir d’Halloween.

 

 

2. « SMASHING TRUMPKINS »

 

  • Soyons honnêtes: Oui, Robert Mueller a frappé fort avec l’inculpation de trois proches de Trump qui ont participé à la campagne électorale du candidat mais à part le « jeune volontaire nommé George [Papadopoulos] » qui a reconnu avoir menti au FBI et cherché des informations incriminant Hillary Clinton auprès d’agents proches du Kremlin, les inculpations de Manafort et Gates n’ont rien à voir avec l’ingérence russe en 2016. Le fantasme des Démocrates de voir Trump destitué pour avoir fomenté avec l’ennemi russe pourrait bien rester un fantasme …

 

  • En attendant, c’est Trump qui « a décidé d’engager son prochain scandale » en mars 2016, sachant tous les soupçons de corruption qui entouraient déjà Manafort à l’époqueBloomberg View (avril 2016)
    C’est tout le danger de cette enquête « très large » de Mueller qui pourrait menacer Trump, non pas sur des soupçons de trahison, mais sur du blanchiment d’argent et de la fraude fiscale, « et c’est ce que le président craint le plus. Une enquête sur les affaires et les finances du milliardaire et celles de certains membres de la famille comme Jared Kushner – et ses trois enfants – est potentiellement la plus dangereuse, légalement, pour lui. – Bloomberg View 

 

  • Aucune fuite n’a circulé sur l’arrestation de Papadopoulos depuis son arrestation il y a trois mois et sa coopération avec Mueller, une exception pour Washington – qui laisserait croire que le procureur a encore beaucoup d’informations à révéler. – Reliables Sources

    Selon le très connecté Washington Post, Trump a regardé avec « exaspération et dégoût » Mueller accaparer l’actualité dominée ces derniers jours par les accusations des médias conservateurs contre le clan Clinton qui a financé le rapport Steele – The Atlantic.

    Pour un président qui aime savoure le chaos qu’il provoque, il était incapable de contrôler la tempête politique de lundi – The Washington Post

     

  • A retenir:

    « Il n’y a aucun doute – et plein de nouvelles preuves – que la Russie a manipulé les élections. La prochaine phase va consister à prouver si Trump était au courant ou impliqué, où est-ce qu’il a eu un intérêt la dedans – et combien les compagnies américaines les plus puissantes [Facebook, Google et Twitter doivent témoigner aujourd’hui et demain devant des commissions du Congrès] ont permis cette manipulation de masse – Axios

 

 

3. LE MONDE PARALLELE DE MURDOCH

 

Fox News

 

  • Hier toute la journée, les médias pro-Trump – essentiellement ceux de Rupert Murdoch – ont évoqué le « vrai scandale » sur la Russie: le dossier Steele, une enquête menée par la firme Fusion GPS pour l’équipe de campagne de Clinton après que le site conservateur The Washington Free Beacon, qui l’avait originellement commandé début 2015 pour trouver des informations compromettantes contre des candidats républicains, dont Trump, ait arrêté de le financer. C’est donc Hillary Clinton qui aurait comploté avec les Russes pour essayer de discréditer son adversaire – alors que c’est le Comité National Démocrate et la messagerie de John Podesta, le président de la campagne démocrate, qui ont été piraté et les correspondances données à Wikileaks qui les a diffusé à des moments cruciaux des élections.
    Le rapport sur cette enquête a circulé à Washington fin 2016 et publié par Buzzfeed.

 

  • Ce week-end, le Wall Street Journal a publié un éditorial appelant à la démission de Robert Mueller et un autre dimanche après midi qui conseille à Trump de pardonner tous ceux qui seraient impliqués par Mueller. Même son de cloche dans un éditorial du New York Post la semaine dernière en faveur du départ de Mueller. – Politico
    C’est la couverture du New York Post ce matin avec une mention en bas de page de l’un des évènements politiques les plus significatifs depuis l’investiture de Trump.

 
 
 
 

4. LA GUERRE CIVILE DES ANTIFAS 

 

 

  • La dernière théorie fumeuse de l’alt-right: le massacre des parents blancs par les AntiFas, le groupe « terroriste » d’extrême gauche, le 4 novembre prochain. Les menaces étaient en une du blog d’extrême droite, The Gateway Pundit, toute la journée d’hier, avant d’expliquer qu’il s’agissait d’une blague de leurs adversaires.
    Selon Will Sommers, l’auteur de la newsletter spécialisée dans les médias de droite, les Antifas ont prévu depuis plusieurs semaines de défiler samedi dans certaines villes des Etats-Unis pour tenter un nouvel « Occupy Wall Street » susceptible de faire tomber le président.

    C’était sans compter la crédulité de Jordan Peltz, un supporter blanc de Trump féru d’armes et d’uniformes, qui a posté le 30 août dernier une vidéo dans laquelle il met en garde contre la « guerre civile des antifas » qui aura lieu en novembre contre les officiers de police, et tous ceux qui sont en uniforme.

 

  • Will Sommers, avait déjà évoqué le langage propre aux mouvances alt-right et illisible pour le commun des mortels. Quartz s’est penché sur la question et nous offre un lexique du dialecte des conspirationnistes, anti-féministes, nationalistes blancs, et autres supporters de Donald Trump qui consiste en des insultes politiques et/ou sexistes utilisées sur Reddit ou 4Chan. « Femoïds » qui désigne les femmes (« female ») comme des robots, pas humains; « SJW’s » pour « Social Justice Warriors » ceux qui croient en la justice sociale; « WrongThink » qui décrit une idée vraie mais discréditée par la gauche « intolérante ». « Goolag » pour caractériser le monopole de la pensée progressiste incarnée par Google qui ne respecte pas d’autres points de vue. « Chad », c’est l’homme qui plaît aux femmes et « Meeks », c’est le bad guy qui plaît aux femmes, … Instructif!
    * « The alt-right is creating its own dialect. Here’s the dictionary »Quartz

 

  • Dessin humoristique trouvé sur InfoWars avec tous les monstres démocrates et autres ennemis de Trump pour Halloween. Saurez vous reconnaître Barack Obama, Al Franken, Karl Marx, Bill & Hillary Clinton, George Soros, Harvey Weinstein, Nancy Pelosi, Georges Soros, Bob Mueller, Frederica Wilson, …
    Ben Garrison / InfoWars

     

  • C’est la photo officielle de Trump et Pence que les offices publics et administrations du pays attendaient depuis neuf mois! 

 

 

5. ON VIT UNE EPOQUE FORMIDABLE

 

  • Le Guide Michelin américain est sorti hier et grosse déception pour l’une des institutions de la capitale, Jean Georges qui vient de perdre pour la première fois depuis 2005, ses trois étoiles. San Francisco est passé devant NYC avec sept restaurants cinq étoiles contre cinq pour la City – Bloomberg Pursuits

 

  • L’autre scandale révélé par Fox News lundi c’était le burger émoji de Google qui place la tranche de fromage sur le pain en dessous le steak. Une erreur culinaire qui a fait le tour des réseaux sociaux et obligé le CEO de Google, Sundar Pichai à intervenir personnellement pour modifier leur burger. – BBC

 

 

  • Le fondateur de l’ancien site de gossip et d’actualités, Gawker, note sur Medium que les accusations de harcèlement et agressions sexuelles contre Harvey Weinstein, Terry Richardson, James Toback et Kevin Spacey sont parus il y a bien longtemps sur GawkerMedium

 

  • Comment discréditer les joueurs de NFL qui protestent un genou à terre durant l’hymne national? En montant les pauvres travailleurs blancs contre les riches athlètes afro-américains qui n’ont aucun droit de se plaindre. The Washington Post

 

 

6. A VOIR

  • Nouvelle série documentaire de CNN intitulée « Divided We Code » sur les problèmes inhérents de la Tech Industry, de « cette culture de pouvoir et d’influences toujours plus importants, de politiques et de peurs, et du sexisme dans l’une des industries les plus influentes au monde »
     

    Quand j’ai [Laurie Segall] commencé à couvrir la technologie, les questions étaient simples: D’où vient le nom Twitter? Comment est-ce que les médias sociaux démocratisent l’information? C’était à l’époque où Facebook faisait l’actualité en réunissant des familles, où les gens étaient fascinés par l’innovation de Uber plutôt que les scandales de harcèlement sexuel qui ont miné la compagnie. Projetons nous en 2017 où les problèmes de la Silicon Valley ont éclaté au grand jour. Entre les révélations de sexisme et les fermes de trolls russes qui ont cherché à influencé les élections, l’industrie Tech est critiquée de toutes parts.

 

7. COUV DU JOUR

  • Celle du New Yorker réalisé par John Cuneo pour fêter l’automne:
     

La bataille de Berkeley

 

L’université californienne de UC Berkeley est devenue depuis l’élection de Donald Trump l’un des foyers les plus actifs de résistance et d’opposition aux politiques du nouveau président mais aussi le théâtre d’affrontements violents entre groupes des deux extrêmes.
 
Des manifestations étudiantes ont dégénéré ce weekend dans le campus de la Bay Area, l’une des plus importantes universités publiques de Californie (40 000 étudiants) mais aussi l’une plus libérales et politisées du pays – Michel Foucault y donné plusieurs séminaires en 1975.
 
Ce qui fait la réputation de Berkeley, c’est la tradition du militantisme étudiant né dans les années soixante à travers le mouvement pour la liberté d’expression.
Il existe aujourd’hui une centaine d’associations et de groupes politiques estudiantins au devant des manifestations le lendemain du 8 novembre, mais ces rassemblements sont devenus le prétexte d’affrontements violents entre militants anti-fascistes et supporters al-right et néo-nazis. 
 
Début février, une conférence organisée par des étudiants conservateurs et autorisée par l’administration, censée recevoir l’ancien journaliste-provocateur de Breitbart, Milo Yiannopoulos, a dû être annulée après le débordement de manifestations orchestrées par des « militants masqués » ou « antifas » qui ont fait plusieurs blessés et causé près de 100 000 dollars de dégâts.
La plupart d’entre eux n’appartenaient pas à l’université.

 
Le président des Etats-Unis avait alors menacé de suspendre les subventions annuelles de l’Université reçoit du gouvernement fédéral soit près de 370 millions de dollars.
 

Twitter

 
De nouvelles violences ont éclaté ce weekend entre activistes d’extrême gauche et d’extrême droite relayées en direct sur les médias sociaux.
 

 
 
Il s’agissait d’un rassemblement « Patriot Day » organisé par des militants conservateurs pour défendre la liberté d’expression – l’argument traditionnellement utilisé contre les opposants de gauche qui refusent, selon eux, d’accepter sur le campus des voix différentes, polémiques, alt-right, etc…
Les affrontements, qui ont précédé la manifestation, ont éclaté entre jeunes néo-conservateurs et groupes al-right (y compris des milices antisémites, néo-nazies et para-militaires) et de l’autre côté, féministes et antifas, la plupart cagoulés.
 
Les deux camps reconnaissent s’être déplacés uniquement pour se battre.
C’est la troisième fois cette année après la venue de Milo Yiannopoulos en février et la marche des « proud boys » en mars.
Les étudiant organisateurs ont condamné ces violences, et appelé au contraire au dialogue.

 
Twitter

L’administration a elle aussi condamné les évènements et arrêté une vingtaine de personnes.
 
Comme l’explique une journaliste d’Esquire, il ne s’agit pas simplement d’affrontements entre pro et anti-Trump, comme certains médias ont pu « simplement » le décrire:
 

Les manifestants anti-fascistes habillés en noir ne sont pas venus à Berkeley pour affronter des personnes qui votent pour Trump.
Ils ont répondu à des appels à la participation de groupes spécifiques d’extrême droite et néo-nazis à la manifestation de la « Journée des Patriotes ».
La violence de l’extrême gauche et de l’extrême droite repose sur des frictions qui existaient bien avant la présidence de Trump et que l’élection du nouveau président a envenimé.

 
Certains médias ont récupéré les évènements pour condamner la partie adverse: DailyKos avance que « la violence des Déplorables était planifiée depuis longtemps », la vidéo d’une féministe antifa, frappée au visage par « nationaliste blanc » a fait le tour d’internet.
Breitbart de son côté dénonce « l’intolérance libérale » qui a essayé d’empêcher la manifestation, sans mentionner une seule fois les dérives racistes de certains supporters de Trump.
 
Hier, l’un des journalistes de la revue conservatrice, National Review, s’inquiétait des dérives et du manque de fermeté de l’administration envers les deux parties
 

Les campus et les citadins progressistes ont un choix à faire.
Est-ce que nous sommes un Etat de droit? Si oui, il faut qu’ils défendent la liberté d’expression, qu’ils punissent les émeutiers, et expulsent ceux qui dérangent l’environnement éducatif, quel que soit leur idéologie. Il ne doit y avoir aucune sympathie, ni clémence envers ceux qui ne respectent pas la loi, qu’ils soient guerriers de la justice sociale ou néo-nazis

 

Aujourd’hui, l’une des plus prestigieuses universités du pays est devenue l’otage de rivalités entre extrêmes qui empêchent un dialogue nécessaire entre les étudiants, qu’ils soient de gauche ou de droite, et qui sont utilisées par les politiques et certains médias.