Barack Obama: Les couvertures de huit ans de présidence

 

Il donnera son discours d’adieu ce soir depuis Chicago laissant les Etats-Unis dans l’inquiétude et le doute avec l’arrivée de Donald Trump.

Pourtant il y a huit ans, il avait apporté un vent d’espoir dans le pays, et même si son bilan est aujourd’hui critiqué et remise en question par la prochaine administration, il aura inspiré une génération d’Américains et de citoyens partout dans le monde, y compris ici au Kiosque.

On lui rend hommage, en sélectionnant les plus belles couvertures qui ont marqué les différents moments de sa présidence

Rolling Stone – Edition du 20 mars 2008

En pleines Primaires démocrates, le magazine Rolling Stone choisit de soutenir Barack Obama plutôt que Hillary Clinton. La couverture a fait polémique car la couleur de peau de Barack Obama aurait, selon certains journalistes, été « blanchie »

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Time magazine – avril 2008

L’hebdomadaire consacre sa couverture à la relation entre la mère de Barack et son fils.
Docteur en anthropologie, Stanley Ann Dunham n’est restée mariée que quelques mois avec le père de Barack qui meurt en 1982 d’un accident de voiture.
Elle se remariera avant de mourir en 1995 d’un cancer de l’utérus.

 

 

Time magazine – avril 2018

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The New Yorker – Edition du 21 juillet 2008

Elle reste l’une des couvertures les plus controversées jamais parues dans le New Yorker de l’incontournable Barry Blitt. Dans une campagne présidentielle très violente, Barack Obama est accusé d’être musulman par les Républicains, et sa femme, Michelle, liée à des groupes d’extrême gauche. Le dessinateur américain met les pieds dans le plat avec cette couverture intitulée « The Politics of Fear » qui résume parfaitement les polémiques qui entourent le couple Obama, et aurait provoque la colère de l’intéressé et d’autres associations.

 

The NEw York – Edition du 21 juillet 2008 by Barry Blitt

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Mad Magazine – Septembre 2008

Le magazine satirique reprend le slogan d’Obama à la négative. C’est simple et ça marche.

Mad Magazine – septembre 2008

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Chicago Tribune – 5 novembre 2008

Le premier quotidien de Chicago, ville d’adoption d’Obama, fête comme il se doit la victoire de l’ancien sénateur de l’Illinois.

Chicago Tribune – Edition du 5 novembre 2008

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The Eugene Weekly – 20 janvier 2009

Il faut toujours un peu d’humour pour faire une belle une et celle du Eugene Weekly, un hebdomadaire indépendant de l’Oregon, la semaine de l’investiture du président Obama qui a lieu le 20 janvier 2009, colle parfaitement.

Eugene Weekly – Edition du 15 janvier 2009

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The New Yorker – Edition du 26 janvier 2009

Intitulé « The First », cette couverture dessinée par Drew Friedman est tout aussi polémique puisqu’elle présente le nouveau président sous les traits de George Washington.

The New Yorker – Edition du 26 janvier 2009.
“The First,” by Drew Friedman.

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The National Review – Juillet 2009

La priorité de Barack Obama en arrivant à la présidence des Etats-Unis est de mettre en place son Affordable Care Act, véritable cauchemar des Républicains comme en témoigne cette couverture du National Review.

The National Review – Juillet 2009

 

Time magazine – février 2010

Un an après son investiture, Barack Obama qui pensait travailler conjointement avec les Républicains n’a pas été capable de mettre en place son programme et Obamacare est en suspend. Difficile constat pour le président.

Time magazine – dition du 1er février 2010

 

Newsweek – Mai 2012

Jamais un président n’avait autant défendu la cause LGBT dans la société et la constitution avec la loi fédérale qui autorise le mariage pour tous aux Etats-Unis.

Newsweek – mai 2012

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The Atlantic – Septembre 2012

La campagne de réélection du président sortant est plus compliquée que prévue et Mitt Romeny sait rendre les coups, notamment dans le domaine délicat de l’économie. Obama doit défendre les debuts difficiles d’Obamacare et parer aux assauts répétés des Républicains sur l’attaque de Benghazi en Lybie au mois de septembre qui a fait quatre morts parmi les Américains, dont l’ambassadeur Chris Stevens.

The Atlantic – Septembre 2012

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The National Review – Ocotbre 2012

Barack Obama échoue lors du premier débat présidentiel devant un Mitt Romney sympathique et confiant. Coup dur pour les démocrates qui commencent à douter d’une réélection de leur candidat avant que Barack Obama remporte haut la main les deux autres débats, et que Joe Biden ridiculise Paul Ryan.

The National Review – Octobre 2012

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Bloomberg Businessweek – novembre 2012

La réélection de Barack Obama est sans équivoque mais le deuxième mandat s’annonce plus difficile sans une majorité démocrate à la Chambre des Représentants.

Bloomberg Businessweek – November 2012

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The Economist – Novembre 2012

L’hebdomadaire anglais se moque de l’une des photos les plus célèbres de cette campagne 2012 en demandant à Obama d’aller maintenant faire un câlin aux Républicains.

The Economist – Edition de novembre 2012

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Bloomberg Businessweek – Octobre 2013

Presque un an après son second mandat, « Barack Obama a promis d’utiliser la technologie pour pousser les Américains à croire en le gouvernement. L’échec du site healthcare.gov pourrait provoque le contraire » affirme Ezra Klein.

Bloomberg Businessweek – Octobre 2013

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New york magazine – Octobre 2016

Sur l’héritage d’Obama et les évènements qui ont marqué ses huit ans de présidence.

New York magazine – octobre 2016

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The Washington Post magazine – janvier 2017

Sur les portraits d’une présidence.

The Washington post magazine – Edition du 5 janvier 2017

 

« Le monde a peur de l’Amérique de Trump. C’est une bonne chose! »

L’élection de Donald Trump est considérée par beaucoup de Républicains comme un désaveu criant des Américains contre la politique étrangère de Barack Obama qui aurait affaibli et discrédité les Etats-Unis sur la scène internationale.

Dans une tribune publiée début décembre dans le New York Times, Mark Moyar, un historien de la guerre du Vietnam et directeur d’un think tank conservateur, The Foreign Policy Initiative se félicite de voir le monde trembler à nouveau devant l’Amérique de Donald Trump.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les relations internationales seraient dictées par la peur ou l’indifférence que suscite les Etats-Unis dans le monde et envers les autres pays. A chaque fois que l’Amérique est apparue inoffensive ou conciliante, elle l’a payé par un revers diplomatique ou l’agression d’une de ses zones d’influence.
L’historien donne plusieurs exemples:

  • En 1950, la Corée du Nord a envahi la Corée du Sud après que le président Truman (1945-53) ait décidé de retirer la Corée du Sud de son périmêtre de défense.
  • Lyndon B. Johnson (1963-69) a tenté d’éviter un guerre au Vietnam en attendant la même réaction du Nord-Vietnam qui a répondu en agressant le Sud du pays
  • La « timidité » du président Jimmy Carter (1977-81) aurait « précipité des nations dans le communisme » et la prise d’otage de l’ambassade américaine en Iran
  • « La passivité d’Obama devant les provocations et son incapacité à faire respecter « la ligne rouge » avec la Syrie [qui visait à prévenir l’utilisation d’armes chimiques sur les populations civiles et dont Assad s’est finalement servi pour tuer 1 500 personnes] ont mené la Russie, la Chine et d’autres adversaires à gagner du terrain aux dépens des Etats-Unis »

Au contraire, la « théorie du fou » développé par Nixon dans les années soixante-dix qui laissait croire aux chefs d’Etats étrangers qu’il était irrationnel et incontrôlable pour les dissuader de toute action contraire aux intérêts américains, a été efficace jusqu’au scanadale du Watergate.

« En 1980, comme en 2016, les Américains ont élu quelqu’un qui a été clair sur ses intentions d’effrayer les nations ennemies. Aujourd’hui même les Démocrates libéraux applaudissent Reagan pour avoir mis l’Union Soviétique à ses pieds [sic]. Pourtant, en 1980, les positions dures et nationalistes de Reagan sur la politique étrangère provoquait les mêmes condamnations de « belligérance » qui émanent des critiques éclairés un peu partout dans le monde à l’encontre de Trump.

Cette approche réaliste des relations internationales est partagée par de nombreux conservateurs, qui ont vivement critiqué ces dernières années l’attentisme, voire le désintérêt de l’Administration dans l’évolution géopolitique mondiale, et incapable de s’affirmer devant les « tough guys », Vladimir Poutine, Erdogan, ou récemment Duterte.

Pour ses défenseurs, Obama a réussi à faire économiser des milliards de dollars au Trésor américain et épargner les vies de milliers de soldats en refusant de s’engager dans des conflits majeurs à l’étranger; il a également redoré le blason des Etats-Unis sur la scène internationale, terni par huit ans de Bush Jr et ses slogans néo-conservateurs de « choc des civilisations » ou « d’axe du mal ». 

Pour Moyar, l’amour vache doit à l’avenir guider les Etats-Unis dans sa gestion des relations internationales et de l’ordre mondial:

En tant que pays le plus puissant au monde, et le seul dont le leadership peut sauver l’ordre mondial, les Etats-Unis doivent se soucier davantage du respect international qu’il inspire plutôt que de l’affection qu’il suscite auprès des élites  internationales. La future administration est obligée de retourner vers ce précepte après huit de sécheresse. Les Américains et leurs alliés devraient être soulagés. Les ennemis de l’Amérique ont le droit d’avoir peur.

Internationaliser la technique de bullying masteurisé par Donald Trump contre tous ses détracteurs ou critiques durant la campagne, et l’appliquer cette fois-ci à l’encontre des pays étranger et de leurs leaders, les effrayer pour mieux les contrôler, c’est une autre façon pour les Conservateurs américains « de redonner sa grandeur à l’Amérique ».

 

« Une administration plus conservatrice que Reagan »

Le futur cabinet du président-élu, qui ravie les plus conservateurs, est en rupture avec les années Obama, marqué  des politiques et progressistes. Les Démocrates américains ont du souci à se faire. 

 

« So far so good »

« Jusqu’ici tout va bien » se réjouissait ce weekend le magazine conservateur The National Review en évoquant les choix de Trump concernant sa future administration: la plupart des nommés devraient être approuvés sans problème par le Congrès après l’investiture du président-élu le 20 janvier prochain.
« La plus grande surprise de Donald Trump depuis qu’il est président-élu, c’est son cabinet conservateur » écrivait John Fund hier, et reprenant les propos de Ed Feulner, proche conseiller de Trump, « C’est un cabinet encore plus conservateur que celui que Reagan avait assemblé en 1980 ».
Les Conservateurs, politiques et journalistes, sont plutôt satisfaits que Donald Trump ait mis de coté les « modérés » comme Chris Christie, humilié Mitt Romney, en lui faisant croire qu’il aurait le secrétariat d’Etat et placé des « non-idéologiques » de Goldman Sachs à l’économie.

Mais c’est sur les choix des plus importants départements que Donald Trump a détonné.
Comme l’a signalé Jim Manley, ancien aide de Harry Reid, le porte parole des Démocrates à la Chambre des Représentants, au Washington Post, Trump a choisi de nommer Secrétaire « des individus qui sont en désaccord avec la mission des agences qu’ils sont censés diriger ».
Scott Pruitt, un climatosceptique à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement, Betsy Devos, à la tête du Département de l’éducation soutient fermement la politique du « School Choice » contre l’école publique, Andrew Puzder au Travail et contre la hausse du salaire minimum, Tom Price, un fervent opposant de Obamacare à la Santé et Ben Carson, très critique à l’encontre des public housing (HLM) qui est nommé au département du logement et du développement urbain.
Ce matin, l’ancien gouverneur du Texas, Rick Perry, a été choisi pour diriger le département de l’Energie, la même agence dont il affirmait vouloir se débarrasser en 2011, et avait même oublié le nom.

Un cauchemar pour les Démocrates qui comprennent que Trump n’a aucune intention de collaborer avec eux, en rupture complète avec le style Obama, un président pour lequel il n’a jamais caché don dédain. 
Le président-élu est parti pour saper les programmes et initiatives progressistes et libérales défendues par son prédécesseur ces huit dernières années.
Peu de chances pour qu’il s’engage sur une politique plus modérée par rapport à son programme de campagne comme il l’a annoncé au New York Times il y a trois semaines.

Selon le journaliste John Fund, le tournant conservateur de Trump s’explique par le peu d’attache qu’il a envers le Parti Républicain et ses cadres, qui lui permet de nommer qui il veut, « des nouvelles têtes, des nouvelles idées, et des CV qui ne sont attachés à des intérêts spéciaux.

Malgré nombre de ses vulnérabilités, Trump a souvent prouvé être un agent très efficace lorsqu’il se concentre sur ce qu’il veut. C’est précisément ce qui horrifie les groupes de gauche et les Démocrates. Ils l’ont tellement sous-estimé qu’ils craignent aujourd’hui qu’il soit difficile à arrêter ou à influencer dans sa volonté de renverser leur agenda

Effectivement ils ont du souci à se faire.

 

Quand Teen Vogue fait de la résistance

Update – 25 décembre 2016

Cette semaine, la journaliste Lauren Luca était l’invitée de Tucker Carlson, un journaliste de Fox News pour discuter d’Ivanka Trump qu’elle a critiqué à plusieurs reprises.
L’échange a été violent et il a fallu tout le sang froid et l’intelligence de Luca pour remettre à sa place le présentateur et lui signaler « son manque de professionnalisme ».
Il faut le voir pour le croire.

 


Ca décoiffe! Et pour les bonnes raisons.

Il y a deux semaines, l’une des journalistes du mensuel pour ados a publié une tribune très critique à l’encontre de Donald Trump et appelé ses lectrices à la vigilance et à l’action ces quatre prochaines années.

 

Comment sensibiliser des adolescentes à la menace qui pèse sur leur pays, sur leurs droits et leur liberté quand elles n’ont connu que la sagesse, la modération et la « coolitude » de Barack Obama? 

Pour expliquer la situation actuelle, Lauren Luca s’inspire d’une pièce de théâtre de Patrick Hamilton, « Gas Light », écrite en 1938 et adaptée au cinéma en 1944 dans le film éponyme de George Cukor avec Ingrid Bergman.
L’histoire d’une femme abusée par un mari qui la manipule jusqu’à lui faire croire qu’elle devient folle, c’est celle dont est victime le pays depuis plus d’un an et qui a directement mené à la victoire de Donald Trump: « Manipuler psychologiquement une personne jusqu’à ce qu’elle remette en cause sa propre raison, c’est précisément ce que Donald Trump est en train de faire à ce pays ».

Après une campagne électorale au cours duquel « il a encouragé la haine » et « normaliser la tromperie », il poursuit aujourd’hui une « stratégie terrifiante » qui vise à « affaiblir et rendre aveugle l’électorat américain ».

Il a pris de l’ampleur dans ces élections en condamnant les mensonges des politiciens, tout en se contredisant, sans souvent prendre la peine de masquer ses propres contradictions. Ils n’a cessé de nous mentir, de récupérer les accusations de mensonges et les transformer en preuve de parti pris.
Dans les mains de Trump, les faits sont devenus interchangeables avec les opinions, et nous aveuglent jusque dans nos propres discussions, comme si notre propre réalité était remise en question.

La journaliste est incapable d’énumérer tous les mensonges de Trump car « l’ensemble de la stratégie vise à boucher la canalisation avec une masse indéchiffrable de déchets toxiques ».
Le « gas lighting » se met en marche quand les fictions sont critiquées par les médias, que Trump réaffirme ces mêmes mensonges avant de se faire passer pour la victime d’un traitement injuste »

teenvogue.com

L’article appelle ses lecteurs mais aussi « nous », c’est-à-dire « les progressistes radicaux, les fervents républicains et le cousin bizarre de Jill Stein » à être vigilants à l’encontre de tout ce qui sort de la bouche de Donald Trump.
Le meilleur moyen de se protéger, c’est d’être vigilant vis-à-vis de l’information, surtout lorsqu’il s’agit d’une déclaration ou d’un tweet de Donald Trump, de systématiquement vérifier les faits, de « s’informer sur les médias sérieux et ceux qui ne le sont pas », « de refuser d’accepter l’information juste parce qu’elle est accessible, et ne pas avoir peur de poser des questions »

C’est la base requise pour tous les Américains. Si les faits deviennent un point du débat, la définition même de la liberté sera remise en question. (…)
Quand on défend chaque identité par peur d’être marginalisé, on doit se rappeler de la chose qui repousse cette hydre à têtes de cochon. Quand on transforme cette nouvelle rage en action, il est impératif de se rappeler, quelque soit notre identité et notre bord politique, en tant que pays et en tant qu’individus, que nous ne sommes rien sans la vérité

Les réactions devant ce brûlot anti-Trump destinés aux adolescents ont été plutôt positives, notamment sur les réseaux sociaux.

Contrairement aux autres magazines pour adolescents, Teen Vogue a suivi de près les élections, envoyé une vidéo au président-élu dans laquelle de jeunes activistes expriment leurs craintes et leurs espoirs pour les quatre ans à venir remarquait The Guardian ce weekend, même plus que la version adulte, Vogue US.

Une nouvelle rédactrice en chef de 29 ans, la plus jeune et la seconde Afro-Américaine à occupé un tel poste dans le groupe Condé Nast, Elaine Welteroth, a succédé en mai 2016 à Amy Astley qui avait fondé cette publication en 2004.
Entre temps Teen Vogue avait déjà décidé de se concentrer autant sur les questions politiques et de société que sur la mode ou le maquillage.

Selon Jezebel, depuis sa création, l’équipe et les auteurs de Teen Vogue n’a cessé de glisser des idées féministes derrière des reportages sur les adolescents « socialites » ou les nouvelles tendances mode ». La présidence de Trump devrait un peu plus impliqué le magazine dans les affaires du pays, notamment à travers son site internet puisque la publication deviendra trimestrielle à partir de janvier 2017.

 

 

 

 

 

L’appel de Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrivaine féministe d’origine nigériane installée depuis vingt ans aux Etats-Unis, Chimamanda Ngozi Adichie a publié sur le site du New Yorker un très bel essai critique sur les dernières élections et la nécessité d’agir, de penser et de se rassembler ces quatre prochaines années.
Voici les principaux extraits.
« Now it’s time to talk about what we are actually talking about »

 

Il est temps de préserver à la lettre la définition de ce qui semble vrai et juste. Il est temps de s’exprimer et d’être fier de refuser l’intolérance. Il est temps de s’attaquer au point faible de cette Amérique accro à l’optimisme qui laisse peu de place à la résilience et trop à la fragilité.
L’idée de « panser les plaies » ou celle « de ne pas devenir ce qu’on déteste » sont dangereuses parce qu’elles ne font que nous rassurer.
(…)
L’Amérique aime ceux qui gagnent, mais la victoire n’absout rien. Une victoire, surtout lorsqu’elle obtenue grâce à quelques dizaines de milliers de votes, n’impressionne guère. Celui qui arrive à se hisser à la tête du pays ne force pas nécessairement le respect. Les journalistes savent trop bien cela lorsqu’il s’agit des leaders étrangers – leur traitement des Africains, par exemple, a parfois du mal à cacher leur dédain.
Le président Obama a été méprisé de toutes parts. La pire insulte à laquelle il a dû faire face, c’est le mouvement raciste gentiment appelé « birtherism » dont Trump a été le champion.

C’est le moment d’avoir la mémoire vive. Appelons les choses par leur nom: A chaque fois qu’on a utilisé le mot « impasse » sous Obama, il s’agissait en fait du refus systématique du Congrès républicain de travailler avec lui. C’est le moment aujourd’hui d’appeler les choses par leur nom, parce que le langage dévoile la vérité aussi bien qu’il la cache.
Il est temps aujourd’hui de forger des mots nouveaux. Alt-right est bien trop doux: « la droite suprémaciste blanche » est plus précise.
(…)
Il est temps d’arrêter ces précautions qui ressemblent trop à une manque de conviction.
L’élection n’est pas une « simple histoire du racisme » parce qu’aucune histoire de racisme n’est aussi simple que des méchants habillés en blancs qui brûlent des  croix dans leur jardin. L’histoire du racisme est compliquée, mais ça reste une histoire du racisme, et c’est pour cela l’étymologie est importante. On ne peut pas se permettre de tourner autour de références historiques. Rappelez le nazisme n’est pas extrême, c’est une réponse intelligente de ceux qui savent que l’histoire offre un contexte et des signes.

Il est temps aujourd’hui de mettre à plat les préjugés du discours politique américain.
La politique identitaire n’est pas la chasse gardée des minorités. Cette élection est un rappel que la politique identitaire aux Etats-Unis est une invention « blanche » à la base de la ségrégation.
Le refus d’accorder des droits civils aux Afro-Américains reposait sur l’idée qu’un Afro-Américain ne devait pas voter parce qu’il n’était pas blanc. La question réccurente, avant l’élection d’Obama, de savoir si oui ou non l’Amérique était prête à un président noir est une réaction à la politique identitaire « blanche ».
Et maintenant « la politique identitaire » est de fait associée aux minorités, souvent avec un ton condescendant, comme si on se referait aux gens qui ne sont pas blancs comme s’ils obéissaient à un instinct grégaire irrationnel. Les Américains blancs utilisent la politique identitaire depuis la naissance de l’Amérique, mais aujourd’hui elle est mise à nue et impossible à échapper.

Il est temps aujourd’hui que les médias, de gauche et de droite, éduquent et informent, qu’ils soient vifs et vigilants, perspicaces et sceptiques, actifs plus que réactifs. Et qu’il fassent des choses qui comptent vraiment.

Il est temps aujourd’hui de mettre de côté la « bulle libérale ».
La réalité du communautarisme américain, c’est que tous les différents groupes vivent dans leur propre bulle.
Il est temps de reconnaître la façon dont les Démocrates ont méprisé les classes ouvrières blanches – et reconnaître comment Trump a renchérit la dessus en leur vendant du rêve.
C’est le moment de se rappeler qu’il existe des classes ouvrières qui ne sont pas blanches et qui ont souffert des mêmes privations et susceptibles d’attirer l’attention des médias – et que les « femmes » ne signifient pas les « femmes blanches » mais les « femmes » signifient toutes les femmes.

Il est temps aujourd’hui d’élever l’art du raisonnement.
Est-ce que le seul ressentiment des blancs est celui qui compte aux Etats-Unis? Si on accepte l’idée que la peur du déclassement peut pousser à prendre des décisions discutables, est-ce que cela s’applique à tous les groupes?
Qui est l’élite exactement?

C’est le moment de formuler les questions autrement.
Si toutes choses égales par ailleurs et que Clinton avait été un homme, est-ce qu’elle aurait provoqué autant d’hostilité passionnée et disproportionnée?
Est-ce qu’une femme qui se comporte comme exactement comme Trump aurait été élue?
Il est temps aujourd’hui d’arrêter de dire que le sexisme n’a pas influencé les élections parce que les femmes blanches n’ont pas majoritairement voté pour Clinton.
La misogynie n’est pas l’apanage de l’homme.

La cause des femmes n’est pas qu’elles sont naturellement meilleures ou plus morales. C’est qu’elles représentent la moitié de l’humanité et devraient avoir les mêmes opportunités – et devraient être jugées selon les mêmes standards – que l’autre moitié. On attendait de Clinton qu’elle soit parfaite, selon des standards contradictoires, dans une élection qui est devenue une référendum sur son amabilité.
(…)
Il est temps aujourd’hui de se souvenir que devant la vague inquiétante de populisme qui est en train de balayer l’Occident, il existe d’autres alternatives.
Le message de Bernie Sanders n’a pas rejeté la faute sur ceux qui sont vulnérables. Avant son élection, Obama a mené une campagne populiste marquée par l’intégration de la population.
Il est temps aujourd’hui de dénoncer inlassablement chaque mensonge avec des faits, tout en défendant les vérités qui importent le plus: une même humanité, une même décence et une même compassion.
Chaque idéal doit-être réitéré, chaque évidence doit être affirmée parce qu’une idée qui n’est pas critiquée commence à déteindre sur la réalité.
Cela ne doit pas se passer comme ça.

Etats-Unis: Le parti démocrate doit-il dépasser le « libéralisme identitaire »?

La stratégie du parti démocrate qui repose traditionnellement sur la défense et la mobilisation des identités (de race, de genre ou de sexe) serait responsable, selon certaines critiques, de la défaite d’Hillary Clinton aux élections présidentielles américaines.
Un appel à dépasser ce « libéralisme identitaire » oppose une fois de plus les Démocrates et les Républicains, alors que Bernie Sanders, qui a fait campagne sur les difficultés économiques du pays des classes moyennes, pourrait bien incarner une nouvelle voie.

Dimanche dernier, Mark Lilla, professeur d’Humanités à Columbia University, a publié une tribune dans le New York Times, intitulée « The End of Identity Liberalism » dans lequel il explique que la politique identitaire (Identity Politics) qui a eu une influence majeure sur les liberals et progressistes américains depuis les années 70, les aurait empêchés de « devenir une force fédératrice capable de gouverner ».

Un thème postélectoral récurrent nous rappelle Matthew Yglesias dans Vox:

Quand le parti démocrate remporte des élections, l’opposition dénonce la « politique identitaire » comme une forme de totalitarisme, tandis que quand ce même parti perd les élections, l’opposition avance que les arguments fondés sur l’identité sont responsables de leur perte.

Les démocrates considèrent depuis des décennies la promotion et la défense des minorités comme un enjeu électoral majeur qui a leur permis de s’attirer la plupart des votes afro-américains,  latinos, LGBT, et féminins lors des dernières élections. « Des principes pédagogiques très louables moralement » selon Lilla qui ont permis aux minorités de s’émanciper mais qui peuvent se révéler « désastreux au fondement des politiques démocratiques actuelles ».

La critique de Clinton a été exploitée par l'équipe de Trump
La critique de Clinton a été exploitée par l’équipe de Trump

L’erreur de Clinton a été de ne pas inclure les classes ouvrières blanches et les groupes religieux comme des minorités à part-entières, qu’elle a contraire stigmatisé en les traitant de « déplorables » – et qui ont répondu en soutenant majoritairement son adversaire.

Mais pour le professeur de Columbia, il ne s’agit pas seulement de la faillite d’une tactique électorale mais d’une vision plus générale de la société, de la tension entre identité individuelle et collective au sein d’une démocratie aussi diversifiée que celle des Etats-Unis.

Mais la fixation sur la diversité dans nos écoles et dans la presse a produit une génération de libéraux et de progressistes narcissiques, inconscients de ce qui se passe en dehors de leur groupe prédéfini et indifférent à la nécessité d’essayer comprendre l’ensemble des Américains quelque soit leur style de vie.

Plutôt que d’intégrer dès le plus jeune âge, à travers l’enseignement et l’éducation, les « concepts de classes, de guerre, d’économie et du bien commun », on apprend « aux enfants à parler de leur identité individuelle avant même d’avoir construit la leur » et quand ils arrivent à l’université, « beaucoup d’entre eux pensent que le discours sur la diversité est plus important que le discours politique ».
Et l’auteur de noter combien cet intérêt pour la diversité dans les campus a déteint sur les médias « libéraux » et sur leur façon d’analyser la société et de réaliser « comment le prisme de l’identité a transformé le traitement de l’information ».

Ce qui nous amène à la politique et à l’échec que vient d’essuyer le « libéralisme identitaire » après la défaite de Hillary Clinton. « Les politiques nationales dans les périodes pérennes ne s’appuient pas sur les différences entre les individus mais sur leurs points communs » et sur l’idée de programmes qui bénéficient à tous, comme l’a défendu avec succès Bill Clinton dans les années 90 et Ronald Reagan, dix ans plus tôt, à l’origine du slogan « Make American Great Again ».

Depuis leur défaite, les démocrates ne cessent de stigmatiser les « angry white male » en accusant Donald Trump d’avoir transformé « des désavantages économiques » en « colère raciste » – la thèse dite du whitelash.
Cette interprétation des résultats électoraux à travers le concept identitaire atteint ici ses limites, et comprendre le malaise d’une frange de la société en utilisant le concept économique et sociologique de classes pourrait être bien plus constructif.

Le professeur appelle donc à un post-identity liberalism qui

  • Se concentre sur « l’élargissement de la base électorale en attirant les Américains en tant qu’Américains et s’intéressant aux problèmes qui affectent la majorité d’entre eux »
  • Consiste à former des citoyens « au courant de leur système de gouvernement et des forces et évènements majeurs de leur histoire ».
  • Défend l’idée d’une démocratie qui offre des droits mais qui a aussi des devoirs de rester informé et de voter
  • Une presse libérale post-identitaire qui commencerait à se renseigner sur les parties du pays qui ont été ignorées, et d’essayer d’éduquer les Américains sur les forces majeures qui influencent les monde politique, surtout dans leur dimension historique

Un programme qui ressemble assez à ce que la France enseigne à ses élèves, collégiens et lycéens, et ce qu’une presse, même aujourd’hui limitée, continue d’essayer d’offrir à ses lecteurs – mais l’histoire politique, économique et sociale de la France est très différente de celle des Etats-Unis, et la composition démographique de l’Hexagone encore plus éloignée.

La réponse de Matthew Yglesias aux arguments de Mark Lilla:

La réalité, pourtant, est celle que la politique n’est pas et ne sera jamais un séminaire sur les politiques publiques. Les gens ont des identités, et les gens se mobilisent politiquement autour de ces identités. Il n’y a pas d’autre moyen de faire de la politique que de faire de la politique identitaire

Et par politique identitaire, il entend « atteindre les groupes non-blancs et rien d’autre » et que l’histoire politique et électorale des Etats-Unis a été façonnée par cet appartenance identitaire. Il va plus loin en reprenant les propos de Christopher Achen et Larry Bartels dans leur récent ouvrage Democracy for Realists qui affirment que l’identité est le facteur décisif sur lequel un électeur américain va choisir son candidat, bien avant son charisme, son programme ou son appartenance politique.

Alors que la revue conservatrice The National Review défend le point de vue de Mark Lilla, elle défend également « une voix de la raison » initiée par Bernie Sanders, qui affirmait récemment dans une critique à peine cachée contre le parti démocrate, qu’il fallait aller « au delà de la politique identitaire »:

Ce n’est pas convaincant que quelqu’un dise « je suis une femme, donc votez pour moi ». Non, ce n’est pas assez. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une femme qui a les tripes d’affronter Wall Street, les compagnies d’assurances, les compgnies pharmaceutiques, et l’industrie de l’énergie fossile ».

Selon l’ancien prétendant à la candidature démocrate, il faut équilibrer les arguments économiques et identitaires pour convaincre le maximum d’électeurs et gagner les élections – et notant au passage que le parti démocrate a perdu son aura auprès des classes moyennes et ouvrières qui ont donné la victoire à Trump.

Ce sera le grand enjeu du parti démocrate ces prochaines années.

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Les « Yellow Journalists », ces nouveaux vendeurs de Fake News

C’est l’un des reportages les plus choquants consacrés au désormais très controversé débat sur les fake news, ces fausses infos qui auraient aidé à élire le candidat républicain il y a deux semaines.
Le Washington Post publiait dimanche le portrait de deux millenials, Ben Goldman et Paris Wade, originaires de Long Beach en Californie, qui ont publié depuis juin dernier quelques 500 articles pro-Trump qui leur aurait rapporté des dizaines de milliers de dollars et des centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux en quelques mois.
Le titre est tellement important pour attirer le lecteur qu’il ne correspond pas forcément au contenu même de l’article qui n’excède souvent pas les 200 mots.

The Star Ledger - Edition du 22 novembre 2016
The Star Ledger – Edition du 22 novembre 2016

« Des opportunistes du monde digital moderne »

Ces deux serveurs au chômage ont surfé sur la vague pro-Trump au début de l’été dernier conscient de la capacité des rumeurs, gros titres et fausses infos à attirer de l’audience, de la publicité et de l’argent.
Chaque opportunité trouvée dans les recoins des sites alt-right et d’extrême droite est l’occasion d’une histoire, d’une opinion, d’insinuations capable de rapporter des milliers de clics et des bucks – si les algorithmes de Facebook décident de ne pas le censurer.
Plus les titres sont tapageurs et agressifs, voire scandaleux, écrits en lettres capitales avec points d’exclamation et onomatopées, plus les internautes iront cliquer sur la page et renflouer les poches de ces deux anciens étudiants.

Le site s’appelle LibertyWritersNews et compte aujourd’hui plus de 800 000 abonnés sur Facebook et 40 000 sur Twitter. Tous les articles accrocheurs présents sur la page d’accueil contiennent des « Whoa! », « Nasty », « Whew », « Breaking » ou encore « OMG » sur des sujets quasi-instantannés, prêts à être perimés le lendemain, souvent dirigés contre le maintream media, Démocrates et Libéraux que leurs lecteurs adorent détester.

 

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Page d’accueil de LIbertyWritersNews.com le mardi 22 novembre 2016

Dans une période de débat constant sur le rôle que les sites internet ultra-partisans, fausses informations et les médias sociaux jouent dans l’Amérique divisé de 2016, LibertyNewsWriters illustre comment les sites internet utilisent Facebook pour puiser dans une idéologie montante, qui part de rien pour influencer des millions de personnes et faire en même temps des profits. Il y a six mois, Wade et son business partner, Ben Goldman, étaient au chômage. Aujourd’hui ils sont à la tête d’un site internet qui a rapporté 300 000 abonnés au mois d’octobre seulement et ils feraient tellement d’argnet qu’il se sentent gênés d’en parler de peur qu’on demande de leur en prêter

Aucun intérêt pour le contenu ni ses conséquences

Ces deux dîplomés de l’université du Tennessee, élevés dans des familles libérales, décus par Obama pour qui ils ont voté en 2008 et 2012, ont été recrutés il y a plus d’un an pour écrire sur des sites alt-right, où ils ont appris le peu d’intérêt accordé à la véracité des faits rapportés et ont compris qu’il était rentable de satisfaire les attentes des internautes plutôt que les faire réfléchir.

Leur source d’inspiration? Alex Jones, ce présentateur radio – télé – internet, conspirationniste, connu pour ses coups de colère et ses insultes qui a fondé le site infowars.com et que le président Trump à d’ailleurs remercié personnellement de son soutien la semaine dernière.

Il arrive que Wade se demande ce que c’est d’écrire un article auquel il croit. « Dans un monde parfait », dit-il, je devrais nuancer et équilibrer mes propos, faire de longs paragraphes qui prennent plus de dix minutes à écrire. Ca fait réfléchir les gens. Mais il n’en écrit jamais, dit-il, parce que personne ne cliquerait dessus, donc à quoi ça sert?

Ces deux jeunes hommes nourrissent de mensonges une foule d’internautes violents, parfois extrémistes sans vraiment penser aux conséquences de leurs écrits, puisque ces lecteurs sont censés savoir »qu’il ne faut pas prendre au sérieux leurs hyperboles et leurs enjolivements » et lorsque certains commentaires affirment le contraire, ils préfèrent changer de sujet.
Ils ont décidé de prendre fait et cause pour l’Amérique de Trump et comptent bien de le rentabiliser.

Twitter, du réseau social au réseau de surveillance?

Les 500 millions de tweets postés chaque jour sur le réseau social qualifié de firehose, « tuyau d’incendie », représente une banque d’informations immense pour les compagnies et un outil de surveillance efficace pour les agences de renseignement et force de police et gouvernement étrangers.
Retour sur un business en pleine expansion qui met en danger la liberté d’expression d’une communauté numérique mondiale que Twitter a pourtant contribué à construire.

Le Firehose de 500 millions de Tweets quotidiens

L’enquête proposée cette semaine par Ben Elgin dans Bloomberg Businessweek s’intéresse à cet immense de contenu et d’information qui est diffusé et enregistré par Twitter pour être ensuite à des sociétés qui iront y trouver les renseignements nécessaires pour figurer ou anticiper les nouvelles tendances et comportements des consommateurs.

Des entreprises achètent ce firehose pour le contenu des tweets qu’ils vont analyser avec des logiciels mais aussi pour les données empiriques que chacun d’entre eux offrent: la marque du téléphone ou de l’ordinateur utilisé pour envoyer le tweet, le nom, l’adresse email, la location, la ville d’origine et tout ce que l’utilisateur aura bien voulu dévoiler sur son compte Twitter.

Illustration: 731 for Bloomberg Businessweek
Illustration: 731 for Bloomberg Businessweek

Ces agences spécialisées dans la gestion et le contrôle des contenus diffusés sur Twitter vont pour classifier et revendre ces données à d’autres entreprises, dont certaines travaillent pour des gouvernements, services de renseignements qui les utilisent de plus en plus pour la surveillance des utilisateurs.

Le journaliste cite l’entreprise Geofeedia qui se présente comme « une plate forme analytique basée sur la location qui permet à des centaines d’organisations à travers le monde de prédire, d’analyser et d’agir en se basant en temps réel sur les signaux des médias sociaux ».

En septembre dernier, l’American Civil Liberties Union de Californie a révélé que les agences de police s’étaient dotées un peu partout dans l’état de logiciels capables d’espionner les médias sociaux pour essayer de se débarrasser de certains les activistes grâce un réseau de surveillance numérique – en utilisant par exemple les hashtags #Blacklivesmatter, #Don’tShoot, #I’munarmed, lorsqu’une manifestation contre les brutalités policières ou à l’initiative de Black Lives Matter est organisée.

Sur les 63 départements de police, sheriffs et procureurs dont les archives ont été obtenues, 40% avaient recours à des outils de surveillance utilisant les médias sociaux – sans même que leur utilisation soit légale.
Il n’existe aucune loi pour protéger les droits et les libertés civiles dans ce domaine.

Des sociétés de surveillance

Les révélations faites par l’ACLU ont également montré que des compagnies comme Geofeedia essayent de promouvoir leur service en « qualifiant les syndicats et groupes militants de menaces et en suggérant que leur produit peut être utilisé pour cibler les militants de couleur« .

geofeedia.com
geofeedia.com

Après les réactions de nombreux médias sur le rapport diffusé par l’ACLU, Twitter a cessé de travailler avec Geofeedia.
Mais selon le journaliste de Bloomberg Businessweek, « ces dernières années, au moins 17 entreprises ont proposé des produits de surveillance qui utilisaient les données de Twitter pour servir les forces de police »

Les entreprises qui offrent de la surveillance numérique opèrent également à l’étranger, à l’instar de Snaptrend, basée à Austin au Texas, qui a vanté ses services à des gouvernements étrangers tels que l’Azerbaïdjan, le Bahrein, la Malaisie, l’Arabie Saoudite, la Turquie, notamment en période d’agitation sociale.

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Là aussi, la compagnie à sa manière de présenter son activité:

« Le logiciel snaptrends renforce les organisations en visualisant les conversations sociales et en analysant le contenu des médias sociaux dans n’importe quel lieu géographique spécifique et qui vous aide à mettre en valeur votre marque, vos services, vos produits ou organisation plus facilement »

Une source de revenue pour Twitter

Il est toujours possible aujourd’hui pour un utilisateur de Twitter de rentrer des mots dans le moteur de recherche et de trouver les tweets qui y sont liés, seulement les résultats obtenus sont bien moindres que ceux mis à disposition des entreprises qui payent pour ce service.

Les prix restent confidentiels, mais selon Ben Elgin, les tarifs diffèrent selon les capacités d’accès au flux de tweet et aux archives: le plus cher et le plus complet, celui qui offre le trillion de tweets postés depuis la création de Twitter en 2006 couterait 1 million de dollars, ou 900 000 euros l’année.

La compagnie a engrangé 67 millions de dollars au second trimestre de 2016 grâce à la vente de cette banque de données, un chiffre encore très bas par rapport aux revenus publicitaires qui représentent 90% durant la même période.
Mais compte tenu d’une croissance limitée de la publicité sur ce réseau social, les profits vont reposer de plus en plus sur ces services.

Une tendance qui pourrait éloigner les utilisateurs de Twitter sachant que leur statuts, réflexions et commentaires peuvent être désormais utilisés à leur encontre. Une autre dérive des médias sociaux qui inclut également Facebook, Instagram et même Snapchat.

 

La croisade de Brigitte Gabriel contre l’islam

Dans un article publié sur Buzzfeed News, en septembre dernier, le journaliste David Noriega s’intéresse à Brigitte Gabriel, « la leader la plus influente du lobby américain contre l’islam » qui « vous charmera » dit-il « avant de vous effrayer ».

Cette journaliste, auteur, conférencière, activiste d’extrême droite et islamophobe est née dans une communauté maronite du Liban au milieu des années soixante avant de connaître adolescente la guerre civile libanaise au cours de laquelle des militants islamiques l’auraient obligées, elle et sa famille, à se réfugier en Israël en 1978 pour émigrer aux Etats-Unis en 1989.

J’ai perdu le Liban, mon pays d’origine, à cause de l’Islamisme radical. Je ne veux pas perdre mon pays d’adoption, l’Amérique.

La rhétorique islamophobe de Brigitte Gabriel n’est pas nouvelle comme en témoigne cet afa-logo-150article du New York Times daté de 2011 qui mentionne ses prises de parole devant des supporters du Tea Party: « l’Amérique a été infiltrée à tous les niveaux par des radicaux qui veulent frapper l’Amérique » qui « se sont radicalisés dans des mosquées radicales des villes et des communautés de notre pays ».

Déjà, à l’époque et à travers son association ACT! for America, elle est devenue l’une des voix les plus influentes « sur le circuit des détecteurs auto-proclamés du terrorisme qui affirment que les musulmans posent un immense danger » aux Etats-Unis.
Ce qui la singularise dans le champ de la lutte contre l’Islam, c’est une audience bien plus conséquente que ses confrères. ACT! for America créée en 2007 pour « promouvoir la sécurité nationale et enrayer le terrorisme » revendique 300 000 membres répartis en 1000 conseils à travers le pays.

 

La nomination de Donald Trump comme candidat républicain et sa rhétorique islamophobe, son refus du politiquement correct, ont donné davantage de légitimité aux propos de Brigitte Gabriel et de son association dans le paysage politique même si elle est considérée comme un hate group par des organisations de surveillance de l’extrême droite américaine.

L’un des membres du comité de direction de l’association, un vétéran de l’armée américaine, Michael Flynn, a d’ailleurs rejoint les rangs du candidat républicain au poste de conseillers en sécurité nationale.
Selon le Dallas Morning News, « le général favori de Donald Trump » affirme dans son dernier ouvrage, un New York Times best-seller, que l’islam est une idéologie politique cachée derrière une religion » et l’a même comparé à « un cancer ».

Les deux ouvrages à succès publiés par Mme Gabriel, Parce qu’ils haïssent et On doit les arrêter laissent peu de place au doute sur sa vision des musulmans dans la société: elle considère tous comme des radicaux.
Il n’y a pas de majorité de musulmans inoffensifs qui n’ont rien à voir avec l’Islam radical et des extrêmistes influencés par des organisations étrangères comme ISIS ou al Qaïda, les « musulmans ordinaires qui vivent parmi eux représentent une menace dissimulée » explique David Noriega.

Nos ennemis sont les voisins d’à côté, les médecins qui pratiquent dans nos hôpitaux, et les employés qui partagent notre déjeuner

L’organisation s’est récemment vantée d’être « la NRA de la sécurité nationale » et critique tous ceux qui l’a qualifient d’extrêmiste de « politiquement correct »: Elle et son organisation « ne sont pas contre l’islam. Nous sommes contre l’islam radical et l’idéologie politique derrière le terrorisme ».

Elle a qualifié l’intervention de Khizr Khan, le père de ce soldat américain musulman mort en Irak en 2004, qui a ouvertement critiqué Donald Trump durant la convention nationale démocrate au mois de juillet d’hypocrite: « Brandir la constitution est une fausse représentation puisque sa religion lui enseigne que les lois humaines doivent être supprimées et remplacées par celles du Coran ».

Une sombre affaire de viol sur une fille handicapée de 5 ans, vraisemblablement par trois mineurs réfugiés à Twin Falls dans l’Idaho a déclenché une hystérie collective entretenue par les rumeurs de nombreux sites d’infos conservateurs et orchestrée notamment par Act! for America, Brigitte Gabriel. De nombreux habitants ont dénoncé l’arrivée de ces réfugiés musulmans au sein de leur communauté, affirmé que « ISIS était présent » ainsi que « les frères musulmans ».

Jusqu’ici l’état avait eu peu de problèmes avec les immigrés, compte aussi d’un chômage très faible qui les a communautés réfugies à s’intégrer plus facilement. La fais divers et le passage Trump ont clairement changé la donne.

 

Fast Company: « Chipotle Eats itself »

Chipotle Mexican Grill, le géant du fast food version mexicaine a construit son succès en Amérique du nord et en Angleterre grâce à des produits frais, sans OGM, préparés sur place dans ses restaurants.
Une qualité qui pose des risques puisque la compagnie vient de faire face à une crise sanitaire nationale sans précédent, provoquant la déchéance de l’enseigne et la désertion de ses consommateurs

L’immense succès d’une « nourriture responsable »

Austin Carr, journaliste à Fast Company est allé enquêter pendant sept mois sur une entreprise en pleine crise et nous explique comment Chipotle a vu se briser en quelques mois le rêve d’une industrie du fast food basée sur une « nourriture responsable » ?

L’idée remonte à 1993 lorsque Steve Ells, un chef diplômé du Culinary institute of America, ouvre le premier Chipotle dans sa ville natale de Boulder dans le Colorado.
Le restaurant offre une restauration rapide faite de menus frais de qualité à un prix plus élevé que McDonalds ou Burger King – une recette auxquels beaucoup n’ont pas cru à l’époque et qui s’est révélée être un immense succès.

En 2005, grâce à l’apport d’argent du géant McDonalds, Chipotle agrandit son enseigne jusqu’à 500 restaurants sur le territoire américain et s’impose comme l’une des chaînes de fast-food les plus dynamiques.
En 2006, il s’implante au Canada puis à Londres en 2010 et Paris en 2012.
Aujourd’hui, la compagnie possède plus de 2 000 restaurants non-franchisés qui rémunèrent à bas salaires (10 dollars ou 9 Euros par heure) quelques  60 000 employés. Avant la crise, elle servait chaque jour 1.5 millions de repas, l’équivalent de la population de Philadelphie.

Jusqu’à l’année dernière, Chipotle remportait les suffrages des consommateurs, des investisseurs, des actionnaires en ayant « révolutionné l’industrie du fast food américain ».
Grâce à l’omniprésence de son fondateur et CEO, Steve Ells, la nourriture a toujours été la priorité des restaurants qui ont refusé à la demande de McDonalds notamment, de diversifier leur offre – le cafe et les cookies par exemple, à forte valeur ajoutée – et ne se concentrer que ce pour quoi « ils étaient les meilleurs ».
Le géant américain a d’ailleurs vendu ses parts en  2006.

Un article de Fast Company sur Chipotle daté de mars 2014 conclut:

Ce que Chipotle a appris, c’est ce que ses consommateurs sentent la différence de goût entre la viande naturelle et les légumes frais cultivés « avec intégrité », comme le précise la chaîne, et c’est pourquoi ils sont prêts à payer extra.

La débâcle de « l’anti-Macdo »

C’était sans compter le cauchemar des centaines d’intoxications alimentaires, parfois très graves, qui ont été recensées dans tout le pays à partir de la fin 2015 jusqu’au milieu de l’année 2016 dans les restaurants Chipotle.

Un empire qui a mis vingt-trois ans à se construire s’est effondré en quelques mois seulement.
En mai dernier, ses deux CEOs, Steve Ells et Monty Moran ont annoncé une perte de 26,4 millions de dollars pour le premier quart de l’année, la première depuis son Offre Publique d’Achat en 2006.
Plus inquiétant encore, les restaurants ont « perdu un tiers de leurs chiffres d’affaires et l’action a baissé de 30% – une dévaluation estimée à 10 milliards de dollars.

Bloomberg BusinessWeek - 28/12/15 issue : "est ce que Chipotle peut survivre aux intoxications alimentaires?"
Bloomberg BusinessWeek – 28/12/15 issue : « est ce que Chipotle peut survivre aux intoxications alimentaires? »

Tout commence en octobre 2015 quand un étudiant de Seattle se plaint de violents maux de ventre après avoir diné à Chipotle. Des examens supplémentaires signale la présence d’E.Coli, un germe alimentaire potentiellement très dangereux, qui sont également signalés chez d’autres individus dans l’état de Washington et son voisin, l’Oregon.

Ce qui a contribué au succès de Chipotle, la préparation d’une nourriture fraîche dans les cuisines des restaurants, semble avoir contribué à sa misère: la contamination croisée entre différents ingrédients qu’aucun test n’a réussi à isoler jusqu’ici avec certitude – vraisemblablement les oignons, la coriandre et le boeuf importé d’Australie.

« Ca ne veut pas dire que Chipotle aurait pu se permettre d’attendre et de traiter l’épidémie comme un cas isolé. Sans coupable, c’est toute la chaîne de préparation de la nourriture qui a été remise en question.

 

Une gestion bancale de la crise

Aucun employé n’a contracté de virus, ce qui a poussé certains a crié au complot, notamment contre Monsanto, le géant des OGM, ennemi juré de Chipotle, mais une rotation quasi-annuelle de l’ensemble du personnel de chaque restaurant, peu formé et expérimenté ainsi qu’un contrôle très limité des produits – quatre personnes sur l’ensemble du territoire américain – pourraient être responsable de ces problèmes sanitaires.

Tous ces moyens de contrôle d’éventuels crises sanitaires n’ont pas suivi l’expansion rapide de la compagnie qui « ouvrait 200 restaurants par an », et « engageait parfois jusqu’à 4 000 employés par jour. »

Chipotle - Campagne "Food with integrity" - 2015
Chipotle – Campagne « Food with integrity » – 2015

Les nouvelles mesures de prévention mises en place par les deux CEOs sont allés de la centralisation du lavage et du découpage des légumes, aux tests systématiques des viandes, à des mesures d’hygiène bien plus strictes pour les employés et un contrôle plus important encore pour les responsables d’établissements.

Malgré ces mesures, une autre épidémie, cette fois de norovirus, a éclaté dans le Massachusetts en décembre 2015, discréditant pour de bon l’enseigne où l’on évite désormais d’aller pour ne pas tomber malade.
Steve Ells a acheté 62 pages entières de quotidiens à travers le pays pour s’excuser et tenter de rassurer ses clients.

Lettre du fondateur de Chipotle, Steve Ells, dans la Boston Globe le 16 décembre 2016
Lettre du fondateur de Chipotle, Steve Ells, dans le Boston Globe le 16 décembre 2016

Pour assurer une nourriture sans danger, tous les produits frais, légumes et viandes sont depuis préparés et cuits dans des cuisines centrales puis livrés individuellement aux restaurants. La sécurité de la nourriture l’emporte aujourd’hui certainement sur l’impératif de qualité et la « fraicheur » des aliments, arguments majeurs de Chipotle qui le différencie d’autres concurrents comme Taco Bell par exemple.
L’entreprise a envoyé des menus gratuits à vingt millions de foyers aux Etats-Unis pour les encourager à retourner manger dans leur enseigne.

Mais un autre cas de norovirus s’est déclaré chez les employés d’un restaurant de Billerica dans le Massachusetts début mars 2016 qui a éliminé tous les efforts entrepris les derniers mois pour revaloriser les restaurants et la marque Chipotle.

On comprend l’amertume de certains employés de Chipotle devant le traitement parfois injuste dont la compagnie a fait l’objet – par les contrôles d’hygiène, les médias, et ses propres clients.
Pourtant, Chipotle n’a eu d’autres choix que de maîtriser une situation dans laquelle elle a perdu son prestige. Et il n’y pas de solution miracle aujourd’hui pour tenter de le retrouver.