Bientôt la mort du football américain?

Dessin de Andrew Degraff paru dans Sports illustrated
Dessin de Andrew Degraff paru dans Sports illustrated

A l’occasion de la reprise de la saison de football aux Etats-Unis, Sports Illustrated évoque les controverses qui entourent le sport préféré des américains, et qui pourrait signer le début de sa déchéance.

Depuis quelques années, le championnat de NFL qui s’écoule sur cinq mois (16 matches à jouer pour chaque équipe des deux conférences nationale et américaine avant le play-off, phases éliminatoires et le Super Bowl) offre autant d’adrénaline sur le terrain qu’il accumule scandales et polémiques en dehors.

Parmi les problèmes les plus récurrents évoqués dans la presse: la violence d’un sport dont on a reconnu les effets catastrophiques à long terme sur la santé des joueurs, et la violence des joueurs souvent impliqués dans des actes violences (domestiques, règlements de compte, meurtre)


« Ne laissez pas vos enfants jouer au football »

Le président Barack Obama l’a déclaré au New Yorker en 2014, il n’aurait jamais laissé son fils devenir professionnel de football ni encouragé ses enfants à pratiquer ce sport.
On connait aujourd’hui les dangers de ce sport violent, notamment les commotions cérébrales qui peuvent être subies dès le plus jeune âge sur le terrain et qui provoquent à long terme des maladies neurodégénératives, généralement diagnostiquées post-mortem.

D’où le cri d’alarme lancé dans le New York Times l’année dernière par Bennet Omalu, à l’origine de la découverte de l’Encéphalopathie Traumatique Chronique, dont souffrirait 80% des joueurs de NFL:
« Depuis deux décennies, il a été reconnu que les coups répétés à la tête dans les sports de contact comme le football, le hockey sur glace, les arts martiaux et la boxe exposent les athlètes à des risques de dommages permanents au cerveau (…) Pourquoi continuer à exposer nos enfants à ce genre de risques? »

Le Center for Disease Control, « la même agence fédérale chargée d’évaluer les dangers du virus Ebola et Zika » a annoncé le lancement de recherches visant à évaluer « rigoureusement les risques de plaquage dans le football chez les enfants »

Les campagnes de sensibilisation des proches des victimes, dont certaines n’étaient âgées que d’une vingtaine d’années et les circonstances souvent dramatiques de leur disparition (Suicide, accidents) ont convaincu de nombreux parents de ne plus laisser leurs enfants jouer au football.
Mais cette tendance est encore limitée et le football reste le sport préféré des Américains, avec un million de joueurs chez les lycéens, 70 000 dans les collèges américains, et le favori des téléspectateurs (112 millions d’entre eux ont regardé le Super Bowl en 2016)

Schéma récapitulant les commotions reçues par les joueurs de NFL entre 2012 et 2016, principalement à la tête. Source: NFL
Schéma récapitulant les commotions reçues par les joueurs de NFL entre 2012 et 2016, principalement à la tête. Source: NFL


La NFL à la traîne 

Quant à la très puissante Ligue Nationale de Football (NFL), elle a traîné pour reconnaître les risques que peuvent poser la pratique du football sur la santé de ses joueurs ce, malgré une class action de quatre mille anciens athlètes de la Ligue, pour laquelle elle a été condamnée à payer un milliard de dommages et intérêts sur les soixante-cinq prochaines années.

Roger Goodell, le commissaire de la NFL a changé certaines règles du jeu pour éviter les chocs les plus violents entre joueurs, mais les résultats sont en dents de scie puisque le nombre de commotions cérébrales (261) recensées lors de la saison 2015-16 a augmenté de 32%.

Si des joueurs professionnels ont décidé de mettre un terme à leur carrière pour prendre soin de leur santé, ils restent une minorité en NFL car la grande majorité préfère, soit ne pas évoquer les risques, soit les prendre et poursuivre leur carrière quite à en payer le prix des années plus tard.

La mauvaise réputation des joueurs de Football
Les problèmes de violence impliquant des joueurs de football, en ligues professionnelle et universitaire et même parfois au lycée, n’ont jamais été aussi importants et ont considérablement terni l’image de ce sport dans les foyers américains.
La NFL a rendu public une banque de données qui recense toutes les infractions commises par ses joueurs professionnels, plus de 800 enregistrées par la police depuis les années 2000, qui vont du meurtre (Ray Lewis), aux consommations de drogues, conduites en état d’ivresse et violences domestiques (plus de 80 cas répertoriés).

Couverture du Daily News du 9 Septembre 2014: Le scandale de Ray Rice, enregistré dans un ascenseur en train de frapper sa femme, et couvert par la NFL jusqu'à la diffusion de la vidéo par TMZ en 2014/15.
Couverture du Daily News du 9 Septembre 2014: Le scandale de Ray Rice, enregistré dans un ascenseur en train de frapper sa femme, et couvert par la NFL jusqu’à la diffusion de la vidéo par TMZ en 2014/15.

Chaque saison apporte son lot de scandales (Johnny Manziel en 2016), de vidéos, photos de compagnes frappées par leur conjoints, ou rapports de police rapportant les abus.
Là encore, les mesures prises par la NFL pour contenir ces violences ont été critiquées pour leur inefficacité, et les joueurs sont rarement sanctionnés.

La possibilité de voir le football américain disparaître est encore lointaine mais sa popularité continuera à décliner devant les risques sanitaires que pose ce sport, et la violence qu’il expose en dehors du terrain – à moins que le Ligue décide de changer vraiment les choses.

La campagne du New York Times sur les dangers des sports violents

Capture d'écran du site internet du NYTimes mercredi 23 juin 2016
Capture d’écran du site internet du NYTimes mercredi 23 juin 2016

Peu de médias ont autant couvert les dangers des traumatismes craniens occasionnés dans certains sports, parmi les préférés des américains, le Hockey sur glace et le Football.

Le New York Times continue son travail de sensibilisation aux conséquences parfois dramatiques, et de plus en plus nombreuses, de ces « concussions » qui répétés tout au long d’une carrière peuvent entraîner une dégénérescence des capacités physiques et cognitives: Le CTE ou Encéphalopathie Traumatique Chronique.
Découvert il y a une dizaine d’années par Bennet Omalu, un chercheur de l’université de Pittsburgh, qui a autopsié les cerveaux de nombreux footballeur américains, cette maladie ne peut être détectée qu’après la mort du patient. Les coups répétés provoqueraient chez certaines athlètes une condition de démence – similaire à celle observée chez les boxeurs.
Les travaux du docteur Omalu, d’abord raillés ont progressivement été reconnus par le corps médical, et commence seulement à avoir des supporteurs au sein de la puissante National Football League.

Ce récit est d’autant troublant qu’il décrit le suicide d’un jeune athlète de 22ans qui s’avère avoir souffert lui aussi d’Encéphalopathie Traumatique Chronique. Le jeune pratiquait la lutte et le football américain depuis années et les coups répétés l’ont rendu malade.

Pour mieux comprendre cette maladie et les dangers qu’elle pose aujourd’hui sur le sport professionel et universitaire américain, ce superbe reportage multimédia du New York Times paru en 2011, « Punched out, The life and Death of a Hockey Enforcer » et le très bon documentaire de Frontline, A League of Denial