Le Kiosque du samedi 31 décembre 2016

Pour ce dernier Kiosque de l’année, on vous une excellente lecture et une très bonne année 2017

  • Premier profile de Barack dans le New York Times

    Voici le premier profil de Barack Obama lorsqu’il a été élu à la tête de la Harvard Law Review, « considérée comme la plus prestigieuse du pays », le « premier président noir en 104 ans d’histoire » à atteindre « la position la plus importante pour un étudiant de l’Ecole de Droit de Harvard ».

    The New York Times – Edition du 6 février 1990

    Interrogé sur cette promotion, le jeune Barack, déjà très philosophe, affirmait alors:

    « Le fait d’avoir élu est une preuve de progrès (…) C’est encourageant (…) Mais il est important de rappeler que des histoires comme la mienne ne doivent pas être utilisées pour dire que tout est OK pour les noirs. Il faut se rappeler que pour chaque cas comme le mien, il existe des centaines de milliers d’étudiants noirs avec au moins autant d’aptitudes qui n’ont pas eu la même chance. »

  • Le Michigan interdit d’interdire les sacs plastiques

    Une loi a été votée cette semaine dans le Michigan par Brian Calley, le suppléant du gouverneur Rick Snyder, parti en vacances, qui « interdit les gouvernements locaux d’interdire, de réguler, ou d’imposer des frais sur l’utilisation de sacs plastiques et autres containers ».
    Les villes et municipalités n’auront par exemple plus le droit d’interdire la distribution gratuite de sacs plastiques en caisse, comme c’est le cas à Paris ou à San Francisco, ou de taxer commerçants et consommateurs quand ils achètent des bouteilles en plastiques à l’instar de New York, où la « bottle bill », en vigueur depuis 1983, impose une taxe de 5 cents à tous containers en plastique, en papier, verre, aluminium et métal de moins d’un gallon (3,75 litres).

    Une mesure à contre-courant de ce qui se fait dans de nombreuses villes du pays (San Francisco, Austin, Chicago) et du reste du monde pour lutter contre la pollution.
    Une victoire pour les commerçants mais un échec pour les défenseurs de l’environnement qui pourront se réconforter avec leurs confrères d’Idaho, d’Arizona et du Missouri qui ont signé des lois similaires.

     

  • Amy Schumer flingue les « guns » 

    La comédienne Amy Schumer, fervente défenseuse du contrôle des armes avec son oncle, Chuck Schumer, qui a remplacé en novembre Harry Reid comme représentant de la minorité démocrate au Sénat, a frappé fort dans le dernier épisode de son émission de Comedy Central, Inside Amy Schumer.
    Elle incarne dans un sketch une présentatrice de TéléShopping qui vend des revolvers, une idée cadeau « qui coule de source » car « ce qu’il y a de génial avec les armes, c’est que presque tout le monde peut l’acheter. »

    Amy Schumer de rappeler que même les citoyens qui ont un casier judiciaire peuvent en acheter librement sur internet ou dans des foires aux armes, et ajoute même avec humour qu’ils ont la taille parfaite pour remplir les chaussettes de noël des enfants.
    La comédienne finit son sketch en expliquant aux téléspectateurs qu’après la pub, « [elle vendra] les noms des sénateurs et membres du Congrès dont l’influence peut-être achetée pour bien moins chère qu’on ne le pense », une référence aux parlementaires qui reçoivent de l’argent du lobby des armes comme Ted Cruz, Marco Rubio ou encore Paul Ryan, dont les noms sont alors affichés sur l’écran.
    Comme le note le site Upworthy, le sketch hilarant, terrifiant, et bien trop réel »

     

     

  • Pas gentils les parisiens

    Un joli conte de fin d’année dans le Daily News qui nous régale avec le témoignage de l’une de ses journalistes sur la rudesse des Français.
    Jeanette Settembre racontre être « allée à Paris » mais a [fini par manger] comme un New Yorkais » car sa « première expérience dans la ville lumière a été surtout marquée par un flot d’impolitesse – particulièrement dans les restaurants. » Mais promis, elle est arrivée dans la capitale « bien décidée à ne pas croire tous les stéréotypes selon lesquels les Français sont froids ».
    Qu’est ce qui a donc poussé cette jeune touriste américaine – qui ne connaît que « Bonjour », « Merci » et « Au revoir » – à cran? L’incapacité des serveurs à parler anglais, et de ne pas faire l’effort d’essayer ou encore d’avoir attendue vingt minutes pour que sa commande soit prise.

    Dans un bistrot français, nous sommes arrivés dix minutes en avance pour notre réservation et on a refusé de nous asseoir même s’il y avait des tables de libre. Alors nous sommes partis et avons décidé d’aller dans un restaurant italien à côté. Heureusement, j’ai réussi à trouver endroits plus chaleureux et délicieux – dont la plupart n’étaient pas français – durant ma semaine de séjour.

 

 

L’annulation du procès Walter Scott

Lundi, un jury de Caroline du Sud n’a pas réussi à s’entendre sur le sort de Michael Slager, un officier blanc de 34 ans, qui a tué en avril 2015 Walter Scott, un Afro-américain de cinquante ans, à la suite d’un banal contrôle de police. Malgré un témoin et une vidéo explicite du meurtre, le juge a été obligé d’annuler le procès, faute de verdict.

Walter Scott shooting from The Post and Courier on Vimeo.

Les faits

Dans la matinée du samedi 4 avril 2015, Walter Scott circule en Mercedes dans le nord de Charleston lorsqu’il est sommé de s’arrêter par une patrouille de police, l’un de ses feux arrière ne marche pas. L’homme de cinquante ans s’exécute.
Walter Scott a un casier judiciaire et une dizaine d’arrestations à son actif, l’une remonte à une vingtaine d’année pour coups et blessures et la dernière pour le non-paiement de la pension alimentaire.

The Post and Courier – Edition du 8 avril 2015

Sa famille pense que c’est ce qui l’aurait poussé à s’enfuir en courant, avant d’être rattrapé par l’officier de police.
S’ensuit une altercation entre les deux hommes et l’utilisation d’un taser pour tenter de stopper Mr Scott.

Au même moment, un témoin, Feidin Santana filme la scène, ni vu ni connu: On y voit Michael Slager attraper son revolver et vider son chargeur sur le fugitif. Huit balles sont tirées en quelques secondes, cinq vont atteindre Walter Scott qui s’effondre sur le ventre, inerte. Il n’est pas armé.

Les mensonges du policier

Slager prévient alors ses collègues: « des coups ont été tirés, un homme à terre, il a essayé de prendre mon taser » et s’empare du taser qu’il avait laissé tomber et dispose à côté du corps de Scott pour corroborer sa version des évènements.
Ni Slager, ni les policiers qui arrivent sur la scène ne savent qu’un témoin a tout enregistré, « une opportunité unique d’observer comment un officier de police cherche à éviter d’être responsable de ses actions » commente à l’époque le site Thinkprogress .

L’officier explique dans sa déposition que Scott a essayé de s’emparer de son taser et que lui n’a fait qu’agir en légitime défense – des propos repris dans les déclarations faites le soir-même par le Département de police de la ville.
Le quotidien local The Post and Courier note que « cette mort survient en plein d’un regain d’attention sur la façon dont les départements de police approchent les Afro-Américains et s’ils n’ont pas tendance à utiliser la force trop rapidement. »
Le lundi suivant, Slager persiste et signe sur sa version des faits dans une déclaration faite par son avocat dans le même quotidien, selon laquelle il aurait suivi toutes les procédures et politiques avant d’utiliser son arme.

 

The New York Times – edition du 8 avril 2015


La vidéo du meurtre

C’est en entendant la version de la police de Charleston à la télévision que Feidin Santana, l’auteur de la vidéo – qu’il a voulu effacer à plusieurs craignant des représailles – décide d’intervenir: « Je voulais dire aux gens que le policier [avait] menti dans cette affaire (…) J’ai été temoin d’une injustice, d’une cruelle injustice. Ce n’est pas juste qu’un être humain soit traité de cette manière, surtout quand tu ne représentes aucun danger ou menace pour cette personne, et que tu essayes juste de t’en sortir » a-t-il affirmé au Daily Mail.

Il rentre en contact avec la famille du défunt et lui remet la vidéo qui est ensuite donnée aux médias et diffusée sur internet.

La révélation de cette vidéo bouleverse l’enquête. Elle prouve que l’officier a menti, il a tiré sur un individu qui s’enfuyait, de dos donc inoffensif. On le voit s’approcher de la victime pour le menotter alors qu’il gît à terre, grièvement blessé et tarde à lui donner les premiers secours.

Mardi 8 Avril, quatre jours après la mort de Walter Scott, Michael Slager est renvoyé, inculpé de meurtre, et détenu sans possibilité d’être libéré sous caution.
Dans cette affaire, la mairie de Charleston a été exemplaire dans sa gestion du scandale rapportait le New York Times l’année dernière:

 

Les représentants du nord de Charleston ont cherché à calmer les tensions, offert leurs condoléances à la famille de la victime, n’ont jamais essayé de défendre publiquement l’officier; et ont transféré l’affaire à l’Etat, sans y être obligés, pour qu’il puisse poursuivre une enquête impartiale et indépendante

 

L’acquittement

Comment, avec la vidéo du meurtre, le témoignage de Santana, les mensonges du policier, l’absence d’arme chez la victime, un jury a-t-il été incapable de s’entendre sur un verdict?
L’avocat de Slager a joué la carte de la « peur » et de la « légitime défense » comme l’aurait fait n’importe quel professionnel dans une affaire comme celle-ci

Dans une lettre envoyée vendredi au juge, un juré anonyme affirmait « être incapable en son âme et conscience de le considérer coupable » et « qu’il ne changerait pas d’avis » mais selon le porte-parole des douze jurés, composé de onze blancs et un seul noir, la moitié d’entre eux étaient indécis quant à la culpabilité et la condamnation de Slanger dans la mort de Scott – qui a mené à l’annulation du procès lundi, après 20 heures de délibérations.

Le juge a annoncé qu’un nouveau procès aurait lieu l’année prochaine et Michael Slager fait face un autre procès pour la violation de la législation fédérale sur les droits civils.

Le bénéfice du doute pour les policiers?

Réagissant sur ce verdict dans The Atlantic, Conor Friedersdorf 

Je pense que les officiers de police devraient être traités comme n’importe quelle autre personne accusée d’un crime. Dans le débat sur les forces de l’ordre, les défenseurs du statu quo explique souvent, et à raison, que patroullier les rues des Etats-Unis est un travail très difficile – qui met tous ceux qui l’exercent au contact de dangereux criminels, qui sont susceptibles d’être blessés ou de mourir en assurant la protection publique. Leur point de vue est que les risques encourus, l’exigence d’un travail aussi difficile et l’importance de leur tache envers la société devraient leur donner systématiquement le bénéfice du doute.
L’inévitable conséquence, dont personne ne parle, c’est que les citoyens qui sont en contact avec les flics, souvent des hispaniques ou des Afro-Américains, sont donc présumés coupables.

 

Et même lorsque les preuves pointent vers un seul verdict possible, comme dans le meurtre de Samuel DuBose, qualifié par le juge en charge du procès « d’acte le plus stupide jamais vu chez un policier », Ray Tensing, l’officier de police blanc de l’université de Cincinnati a bénéficié comme pour Michael Slager d’un désaccord du jury.

Dans son blog simplejustice, l’avocat Scott H. Greenfield, explique

Personne n’a été condamné dans ce procès, soit parce que Walter Scott était noir ou parce que Michael Slager un policier. Mais ce qui est clair c’est que tout autre résultat que la culpabilité dans cette affaire est une preuve de l’échec du système, et qu’au bout du compte on se retrouve avec nos propres moyens pour survivre.

1 146 personnes ont été tuées par la police en 2015 aux Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

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