Vendredi 10 mars 2017: Trump 50ème Jour; semaine gagnante? Pas pour les « Greenies »; les impôts de Trump plus protégés que la CIA; le Daily News s’adoucit contre le président

 

  • Donald Trump: 50 ème jour au pouvoir.

    Mike Allen, l’un des journalistes les plus connectés de Washington, nous fait part des « knowns » et « unknowns »  du président depuis son inauguration.

    1. Trump est Trump.
    Le mec qui ne change pas est un milliardaire de 70 ans avec son nom sur des immeubles. Il y a six ans, il défendait la théorie conspirationniste du « birther » (selon laquelle Obama ne serait pas né aux Etats-Unis) et aujourd’hui il accuse l’ancien président de l’avoir mis sur écoute. 

    2. C’est un média junkie.
    Jamais un président n’a été aussi obsédé par les médias que lui, journaux (NYTimes) et chaînes d’infos (Fox News et l’émission politique « Morning Joe » sur MSNBC). Dans les années 80, c’est lui qui alimentait les rumeurs sur sa vie amoureuse dans les pages gossip du New York Post: il ne changera pas.

    3. Le Trump Show est d’abord une improvisation.
    Tout s’est bien passé lorsqu’il est resté collé à son texte lors de son discours devant le Congrès – considéré par la presse comme le meilleur discours de sa vie, et la barre n’est pas haute. A chaque fois qu’il improvise, c’est le dérapage assuré: Les mexicains qui violent, les insultes contre les femmes (Megyn Kelly et ses règles ou « nasty woman » contre Hillary Clinton), dernièrement les « évènements en Suède » ou encore « Paris n’est plus ce qu’elle était »

    4. « Le chaos n’est pas une théorie, c’est une façon de gouverner. »
    Monter les factions les unes contre les autres, répandre l’insécurité et la rivalité dans une sorte de reality show est ce à quoi nous devons nous attendre ces prochaines années.

    5. La Russie est un problème qui est parti pour rester.

    * Mike Allen’s Newsletter du 10 mars 2017Axios

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  • Une semaine victorieuse pour Trump – selon le National Review

    « Fatigué de toutes ces victoires? » nous demande Jim Gerarthy dans sa newsletter hebdomadaire du National Review, une publication conservatrice devenue pro-Trump en quelques mois, comme la plupart de la droite américaine par ailleurs.

    Part 1: « L’économie américaine a engendré 235 000 emplois en février selon le Labor Department. [Les chiffres] du chômage – auxquels ne croit pas Donald Trump – ont baissé pour atteindre 4,7% de la population active contre 10% en 2009″. Barack Obama a été le président entre 2009 et 2016 et c’est lui qu’on devrait remercier aujourd’hui.

    Part 2: Les arrestations à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis ont chuté de 44% au mois de février selon le Department of Homeland Security.
    23 500 ont été arrêtées le mois dernier contre 42 500 ce qui prouverait que l’obsession de Trump, et de ses conseillers Bannon et Miller contre l’immigration illégale porte ses fruits. Effectivement, selon le New York Times, les Mexicains sont plus réticents à s’aventurer de l’autre côté de la frontière.
    « Des immigrés qui voulaient se rendre aux Etats-Unis pour la sécurité et le travail cherchent autre part où aller, y compris le Mexique, Belize, Costa Rica, Panama ou même l’Amérique du Sud »

    Part 3: Les forces syriennes sont à « quelques semaines de Raqqa », en Irak, détenue par ISIS et bénéficient désormais du déploiement de 500 marines pour leur venir en aide. Sans le contrôle des territoires irakiens et syriens, l’idée du califat défendue par l’organisation terroriste ne tient plus et ne peut exister à travers des mouvements clandestins (comme Al Qaida).  

    Part 4: James Clapper, directeur de la National Intelligence qui supervise les agences de renseignements américaines jusqu’au 20 janvier dernier, affirme qu‘il n’existe jusqu’ici aucune preuve de collusions entre l’équipe de campagne de Trump et des agents russes; même son de cloche de la commission parlementaire en charge d’enquêter sur ces questions – même si les recherches ne sont pas terminées. Les Russes ont saboté avec succès la candidature d’Hillary Clinton mais c’est l’irresponsabilité de Donald Trump de ne pas condamner l’ingérence d’une puissance étrangère contre la démocratie américaine qui pousse désormais les Démocrates à chercher à le condamner à tout prix.

    * « Even before the Wall, Migrants find the U.S. Forbidding »The New York Times

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  • Le chef de l’EPA: Le dioxyde de carbone n’est pas la première cause

    Il fallait s’y attendre. Pour sa première télé en tant que chef de l’Agence de Protection de l’Environnement, Scott Pruitt a déclaré que le dioxyde de carbone n’est pas la cause principale du réchauffement climatique:

    Je pense que mesurer avec précision l’activité humaine sur le climat est quelque chose de très difficile à faire qu’il de nombreux désaccords sur le degré d’impact, donc je dirai que ce n’est pas le premier facteur du réchauffement climatique

    Les positions du climatosceptique diffèrent du consensus scientifique international ratifié dans le traité de Paris dans lequel 190 pays se sont engagés à baisser les émissions de CO2 qui provoquent le réchauffement de la planète.
    Selon un sondage du Pew Research Center, la majorité des Américains(48%) croient au changement climatique et 51% pensent les réductions des émissions de dioxyde de carbone sont la meilleure réponse pour limiter cette dynamique.

    Selon le Washington Post, une proposition de loi de la Maison Blanche réduirait le budget de l’Agence de la Protection de l’environnement de 24% et éliminerait 38 de ses programmes, dont celui de l’Energy Star.
    Créé en 1992, le programme gouvernemental est chargé de promouvoir les économies d’énergie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sur les appareils électroniques domestiques (réfrigérateur, chauffage, Air Conditionné). 

    Le programme, qui n’est pas obligatoire, a permis d’économiser 430 milliards aux consommateurs américains et de réduire de 2,7 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre.
    L’Administration veut s’en débarrasser.

    * « The Energy Star Progam is good for the Climate and the economy. Trump wants to kill it anyway ». Washington Post

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  • L’IRS, une forteresse plus étanche que la CIA

    Tous les documents ultra-confidentiels, même l’arsenal de cyber-attaque de la CIA contre ses citoyens, qui vient d’être diffusé par Wikileaks, sont vulnérables au piratage informatique. Mais il existe aux Etats-Unis un « saint Graal » qui résiste à toutes les attaques: les déclarations d’impôts de Donald Trump.
    Ce dernier avait promis de les diffuser en cas de victoire, ce qu’il n’a bien entendu pas tenu en expliquant que de « toutes façons tous les Américains s’en foutent » – plus particulièrement les Républicains et sa base électorale.
    L’excuse? Ses compagnies font l’objet d’un audit de l’IRS (l’agence des impôts américaines) et ne peuvent être rendues publiques – propos démenties par l’intéressée.

    Ces déclarations d’impôts sont très importantes pour l’opposition démocrate car elles sont susceptibles de révéler les conflits d’intérêts du président avec des compagnies ou puissances étrangères – Donald Trump a rejeté ces accusations.
    D’après le New York Times, il y aurait très peu de chances pour qu’un cyber espion russe, des alliés de Wikileaks ou qu’un des 80 000 agents de l’IRS se procure ces déclarations de revenus.
    Le recours légal est l’unique option aujourd’hui pour obtenir un détail des finances du président et a été déposée par une association « Citizens for Responsibility and Ethics in Washington » qui affirme que le président viole la constitution en recevant de l’argent de gouvernements étrangers à travers ses compagnies – avec lesquelles il est toujours attaché même si ce sont deux fils qui les dirigent.

    * « Will a leak Reveal Trump’s Tax Returns? Don’t Hold your Breath »New York Times

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  • Le Daily News adoucit sa ligne contre Donald Trump

    Il a été l’un des plus vifs critiques de Donald Trump, surtout en couverture, durant la campagne présidentielle, avec une mission précise: dénoncer un candidat « clown » et sa rhétorique raciste, sexiste et mensongère. Et ça a marché, pendant les 18 mois qui ont précédé les élections, aucun tabloïd n’a autant fait parler de lui sur la scène nationale que le NY Daily News, jusqu’à l’impensable victoire du 8 novembre (« The House of Horrors »).
    Et alors que la plupart des médias traditionnels bénéficient aujourd’hui du « Bump Trump » en critiquant sans arrêt le président (journaux, télés), le même tabloïd, qui a changé entre temps de rédacteur en chef, a décidé d’adoucir son approche de la nouvelle administration – pour soi-disant limiter les chutes des ventes du quotidien, notamment auprès de ses lecteurs qui soutiennent Trump (Staten Island, Queens et Brooklyn) et au grand désarroi du reste de la rédaction, qui se sentait en mission durant cette période politique si mouvementée.
    Pour le nouveau rédacteur en chef, Arthur Browne, la campagne présidentielle a été une « aventure » excitante mais en tant que président, Donald Trump doit bénéficier d’une critique plus modérée, même si l’intéressé n’a pas lui changé d’un poil avant et après les élections.

    Le summum de cette tempérance, une humiliation pour beaucoup de journalistes de la rédaction, a été atteint le jour de l’investiture de Donald Trump quand le New York Post, dont le propriétaire, Murdoch est un supporter affiché de Trump, et le Daily News, son ennemi juré, ont publié en couverture la même photo avec le même intitulé: « Don of a New Day ».

    * « An Anti-Trump tabloid pulls back » – Politico

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  • La couverture du Jour

    Bien entendu celle de Time magazine, qui impressionne ces dernières semaines avec des choix redondants mais à la fois légitimes: Donald Trump, cette fois-ci contre Washington. On notera la longue cravate rouge.
    * « Inside Donald Trump’s War against the State » Time 

Jeudi 9 mars 2017: Trump « néophyte », lâché par Breitbart; Maison Blanche furieuse contre Wikileaks; Soros et l’Europe; Une légende quitte le New Yorker

  1. Les accusations de Trump tombent à l’eau

    Les Républicains qui enquêtent sur les interférences russes dans les élections américaines ont refusé de soutenir les accusations de Donald Trump sur les écoutes téléphoniques dont il aurait fait l’objet, ordonnées par Barack Obama pendant les élections – affirmations sans preuves lancées samedi dernier par le président sur Twitter pour tenter de détourner l’attention sur les rapports conflictuels entre son administration et des officiels russes l’année dernière.

    Le président de la commission parlementaire en charge du renseignement, le Républicain Devin Nunes, a discrédité les propos du président, dont il est pourtant un fervent supporter:

     

    Le président est un néophyte de la politique, il y est entré seulement depuis un an, beaucoup de ses propos sont pris littéralement et il n’a pas 27 avocats pour vérifier tout ce qu’il dit, ce qui est rafraîchissant parfois mais ce qui peut aussi nous amener à ce genre de conférences et ce genre de questions.



    De son côté la commission sénatoriale en charge du renseignement est toujours en train d’enquêter sur ces allégations mais n’a rien trouvé de probant pour le moment.
    Quant à Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche, il a affirmé lundi en conférence de presse que le président n’avait aucune preuve tangible mais qu’il existe assez de suspicions contre le président Obama et ses agissements pendant les élections pour justifier la mise en place d’une enquête.

    Selon CNN, « partout dans le Capitol, il est impossible de trouver des avocats qui prennent sérieusement ses déclarations de samedi matin. »

  2. Breitbart se désolidarise de Trump?

    Avant d’être un supporter de Trump, Breitbart, le site d’infos alt-right est d’abord un médium anti-establishment, opposé au parti républicain et très critique contre son chef de file, Paul Ryan.
    Les élections présidentielles, et le soutien officiel de Breitbart au candidat républicain, puis la victoire de Trump en novembre ont effacé ces différents: Bannon, l’ancien président de Breitbart News, est devenu conseiller du président, offre a son ancienne rédaction un accès sans précédent à la Maison Blanche – une interview exclusive de Donald Trump il y a deux semaines – jusqu’à provoquer les fameuses accusations du chef de l’Etat contre Obama.

    Mais l’influence de Steve Bannon sur Breitbart, qui appartient désormais au mainstream media et d’une accréditation dans la « briefing room » de Sean Spicer, a montré ses limites cette semaine avec la révélation tant attendue de l’American Affordable Care Act, qui n’a satisfait personne, et surtout pas Matthew Boyle, le directeur du bureau de Washington.
    Le site alt right a qualifié le nouveau plan de « Obamacare 2.0 » et affirmé qu’il « donnait aux clandestins [sic] un accès à l’assurance maladie grâce au vol d’identité ».

    Business Insider rapporte que Mr Boyle ne veut plus mentir sur les rapports délétères entre Bannon et Reince Priebus, chef de cabinet du président, produit de l’establishment conservateur, épargné par le brûlot conservateur, tout comme Sean Spicer.

    Breitbart veut retrouver sa liberté de ton, même contre Donald Trump, et n’a jamais été plus efficace que dans l’opposition – à savoir si leurs lecteurs suivront ou non.

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  3. Les fuites de la CIA et embarras de la Maison Blanche

    Début d’année difficile pour les agences de renseignement américaines, critiquées par le président et son administration, et embarrassées cette semaine par la diffusion sur Wikileaks de milliers de documents confidentiels sur l’arsenal de cyber-espionnnage développée par la CIA et capables d’infiltrer smartphones, tablettes, ordinateurs et télés de n’importe quel citoyen.

    Comme l’a indiqué Wikileaks, les fuites ne proviennent pas d’une puissance étrangère – la Russie – mais de personnes ayant eu un contact direct avec le matériel piraté à l’intérieur de l’agence. Les responsables de l’Agence, qui n’ont toujours pas authentifié les documents, privilégient la thèse de contracteurs privées ayant eu accès à leur matériel. Plusieurs centaines de personnes doivent être interrogées dans les prochains jours.

    L’entourage de Trump qui célébrait Wikileaks il y a quelques mois pour avoir miné la campagne de sa rivale Hillary Clinton, se retrouve aujourd’hui à condamner les exactions de l’organisation de Julian Assange.

    Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche a déclaré que la diffusion de ces documents « était un scandale » mais qu’il existait « une grande, grande différence  » entre ces fuites et celles du chef de campagne d’Hillary Clinton en au mois d’octobre.

    * « CIA Scrambles to Contain Damage From Wikileaks Documents » New York Times

     

  4. Le milliardaire George Soros a mauvaise presse en Europe

    Selon Politico Europe, « le gouvernement hongrois va limiter l’influence des organisations non gouvernementales de soutien à la démocratie et à l’état de droit, revigoré par la victoire de Donald Trump aux élections et l’ascendance de l’alt right à Washington ».

    Une proposition de loi devrait être introduite pour réglementer le financement des Organisations Non Gouvernementales pour éviter l’ingérence des pays étrangers dans la politique du pays.
    La cible officieuse de cette mesure est la fondation Open Society du milliardaire américain George Soros, né en Hongrie, créée dans les années 80, durant la Guerre Froide, pour aider les dissidents à établir les fondations d’une société civile au sein des démocrates soviétiques.

    Les Etats-Unis ont traditionnellement soutenu les activités de la fondation qui défend les principes démocratiques jusqu’à aujourd’hui.

    Le site américain Breitbart, autrefois dirigé par Steve Bannon, qui travaille désormais à la Maison Blanche, est obsédé par Soros, et l’accuse de vouloir faire tomber les frontières de l’Europe, d’aggraver la crise migratoire et de financer l’opposition à Donald Trump.
    La sympathie que semble éprouver l’administration Trump pour les sentiments anti-Soros semblent avoir poussé les politiciens d’Europe centrale et orientale à intensifier leurs attaques contre les organisations soutenues par Soros

    * « Hungary vs Civil Society »Politico
    * « Breitbart vs. Soros »Breitbart

     

  5. Rough night, le Hangover féminin

    On continue dans le cycle des films comiques exclusivement féminins avec Rough Night, qui sortira cet été, une sorte de « Hangover » féminin mais à Miami avec un casting intéressant: Scarlett Johansson, Zoe Kravitz, Illana Glazer (Broad City) et Kate McKinnon (SNL) et réalisée par Lucia Aniello et dont voici la bande annonce:

  6. Une légende du New Yorker prend sa retraite

    L’une des légendes du New Yorker, Bob Mankoff, prend sa retraite à la fin du mois d’avril après quarante ans passés au New Yorker, dont vingt ans passés à dessiner et les vingt autres à sélectionner les dessins publiés dans l’illustre magazine; il sera remplacé par une autre éditrice, Emma Allen.
    Mr Mankoff va continuer à dessiner pour le New Yorker – il a déjà produit 900 dessins, publié ses mémoires, fait l’objet d’un documentaire et prépare une « Encyclopédie des dessins du New Yorker » pour 2018. 
    Interrogé sur son dessin préféré, Mankoff cite le plus connu d’entre eux – il en a même fait une marque déposée:

    All rights reserved, Bob Mankoff/The New Yorker Magazine via N.Y. Times

    * « Comic Relief » – New York Times Sunday Book Review
    * « A Last Laugh » – Washington post
    * « Very Semi-Serious: A Partially Thorough portrait of New Yorker Cartoonists » – HBO documentary

  7. Couverture

    Bloomberg businessweek
    Enquête de l’hebdomadaire économique sur le nouveau pari de Marlboro: « un futur sans cigarettes » 

 

 

 

Ingérence russe dans les présidentielles américaines: Et si c’était de l’intox?

Les sanctions très sévères prises par Barack Obama à l’encontre de la Russie, accusée d’avoir piraté le Parti Démocrate durant la campagne présidentielle pour favoriser Donald Trump aux dépens de Hillary Clinton, sans avoir offert de preuves tangibles, met aujourd’hui les médias americains dans une situation délicate.
Certains journalistes évoquent le scandale des armes de destruction massive: un mensonge orchestré par l’administration Bush, appuyé à l’époque par l’enquête d’une journaliste du New York Times, qui avait justifié l’intervention de l’armée américaine en Irak.
Parmi eux, Glenn Greenwald et Matt Taïbbi mettent aujourd’hui en garde leurs confrères contre l’éventualité d’un nouveau fiasco.

 

Le renvoi de 35 dignitiares russes liés aux services de renseignements du sol américain et la réponse stratégique de Poutine de ne pas envenimer la situation en attendant l’investiture de Donald Trump, ferait presque passer Barack Obama pour l’agresseur et son confrère russe pour une oie blanche.

La plupart des quotidiens du pays consacraient leur une hier à la décision dramatique du gouvernement américain en considérant comme acquise la culpabilité du Kremlin dans cette affaire de piratage. Rares ont été ceux à admettre qu’il n’existe pourtant aucune preuve tangible aujourd’hui que le gouvernement russe est à l’origine du « hackage » du Parti Démocrate si ce n’est le rapport de la CIA et du FBI, publié jeudi, qui reste très flou sur les méthodes employées et les acteurs engagés dans ces actes criminels.

Comme le constate Matt Taïbbi dans Rolling Stone hier, ce rapport ne livre aucune indice sur ce qui a mené les services de renseignements à déterminer que:

  • Le gouvernement russe était le commanditaire du piratage 
  • Le piratage était destiné à influencer les élections présidentielles, qui plus est, en faveur de Donald Trump.


Comme les médias conservateurs l’avancent, personne, ni Poutine, ni le parti Républicain, ni même sans doute Trump, avaient prévu la victoire de leur candidat.

Le problème avec cette histoire, c’est que comme dans la débâcle de celle des armes de destruction massive en Irak, elle s’inscrit dans un environnement extrêmement politisé dans lequel les motifs de tous les acteurs impliqués sont suspects. Rien n’est logique ici.

La seule façon d’y voir plus clair serait de fournir des preuves que l’administration Obama et les services de renseignements refusent de révéler « par peur d’exposer leurs sources et leurs méthodes » – malgré les demandes répétées des journalistes, conservateurs et libéraux depuis des semaines.

Plus inquiétant, pour certains supporters de Clinton, l’idée que « la Russie a piraté les élections » renvoie au piratage des votes le jour des élections – des suspicions levées après le recomptage des voix dans le Michigan et le Wisconsin, qui ont confirmé la victoire de Trump dans ces Etats. 
Selon le site Yougov, la moitié des électeurs démocrates pensent que le gouvernement russe aurait modifié les résultats du scrutin le 8 novembre – « un nombre aussi inquiétant que les 62% d’électeurs de Trump qui croient les propos d’Alex Jones, un présentateur télé conspirationniste, selon lesquels des millions de sans papiers auraient voté illégalement aux élections présidentielles.

Cette affaire a également des enjeux partisans, et l’intervention de Glenn Greenwald, la semaine dernière sur le plateau de Tucker Carlson, sur Fox News, pour dénoncer les accusations du gouvernement américain contre les agissements russes, a été critiquée par certains médias libéraux qui l’accusent de prendre la parti de Trump et de Poutine. 

Le fondateur de The Intercept en a conclu qu’accuser la Russie d’ingérence n’était finalement qu’un stratège politique des démocrates pour discréditer le prochain président.

Il n’existe aucune preuve tangible pour appuyer les accusations du FBI, de la CIA et du gouvernement américain, et en tout état de cause, il est impossible de tirer de conclusion définitive sur l’ingérence de Vladimir Poutine et du gouvernement russe dans les élections présidentielles américaines – une précaution que beaucoup de journalistes et de rédactions n’ont pas prise.  

Comme le rappelle Matt Taïbbi en conclusion de son article:

Nous devrions avoir appris de l’épisode Judith Miller [journaliste du New York Times qui a révélé l’existence d’armes de destruction massive en Irak avant de reconnaître que ses sources l’avaient manipulée].
Non seulement les gouvernements mentent, mais ils n’hésiteront pas à ruiner les agences de presse au passage. Ils utiliseraient n’importe quel pigeon pour arriver à leur fin.
Je n’ai aucun problème à penser que Vladimir Poutine a tenté d’influencer les élections américaines.
C’est un gangster de bas étage qui est capable de tout. Et pareil pour Donald Trump qui s’est rabaissé durant la campagne jusqu’à aller demander aux Russes de rendre publique les emails de Hillary Clinton. Donc tout est possible.
Mais on s’est déjà trompés dans des histoires similaires, qui ont eu des effets désastreux. Ce qui rend encore plus surprenant le fait qu’on n’essaye pas un peu plus d’éviter de se faire avoir à nouveau.

 

Le kiosque du samedi 10 décembre 2016

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Leçon de vulgarité à Baton Rouge

Donald Trump s’est attaqué hier à Time magazine pour avoir changé le titre de sa célèbre édition de fin d’année, dans un meeting de sa tourné USA Thank you Tour, à Baton Rouge en Louisiane sous prétexte d’être politiquement correct.
Le président-élu s’est plaint d’avoir été élu « Person of the Year » et non pas « Man of the Year » – et non parce que des femmes et même des groupes ont été récompensées.

Ca s’appelait « Homme de l’Année » et maintenant ça s’appelle « Personne de l’Année ». C’est bien, c’est politiquement correct. Ils ont été très politiquement correct.
Qui préférerait avoir « Homme de l’Année »? la foule commence à crier
Regardez toutes les femmes …

Donc pendant des années, c’était « Homme de l’Année » on est d’accord, il y a même des femmes qui ont été élu « Homme de l’Année », ce qui est un peu bizarre…
Qui préférerait avoir « Personne de l’Année »? Pas de réaction de la foule
Qui préférerait avoir « Homme de l’Année »? la foule commence crie plus fort
C’est la raison pour laquelle le business des magazines ne se porte pas bien. Pensez-y

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Obama a-t-il laissé les Russes influencer les élections présidentielles américaines?

Le Washington Post a révélé hier soir que la CIA a reconnu les ingérences de la Russie dans les élections présidentielles américaines en faveur de Donald Trump – les services secrets américains savent désormais que le Comité National Républicain a lui aussi été piraté mais le contenu n’a pas été donné à Wikileaks, comme ils l’ont fait pour le Comité National Démocrate.
La future Administration a immédiatement discrédité les conclusions de la CIA:

Ce sont les mêmes personnes qui ont dit que Sadam Hussein avait des armes de destruction massive. L’élection s’est terminée il y a longtemps avec l’une des plus importantes victoire du Collège Electorale. Il est temps d’avancer et « de rendre sa grandeur à l’Amérique. »

Le rapport « Lessons Learned » commandé par l’acutel président à la CIA pour mettre toute la lumière sur les exactions russes pendant la campagne devrait être rendu avant son départ.
Au mois de septembre dernier, des réprésentants de l’Administration Obama n’ont pas réussi à mettre en place une commission bipartisane chargée de surveiller et dénoncer la menace russe car certains Républicains doutaient de la véracité des informations collectées par les services de renseignements. Pire, Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat aurait menacé de politiser l’affaire si le rapport était rendu public – depuis, la femme de McConnell a été nommé à la tête du ministère des Transport par l’équipe de transition.
« Le refus de la Maison Blanche de répondre aux soupçons d’une interférence russe avant l’élection a agassé les Démocrates de Washington et les membres de la campagne d’Hillary Clinton » rapporte le Post.
Il fallait agir quand il était encore de temps de le faire, et quand l’Administration Obama en avait les moyens se défend aujourd’hui Adam B. Schiff, un républicain de Californie:

Le manque de réponse de l’Administration sur le piratage russe ne peut pas être atttribué au Congrès. L’administration avait tous les moyens de répondre. Ils avaient la possibilité d’imposer des sanctions, ils avaient la possibilité d’agir clandestinement. L’Administration a décidé de ne pas les utiliser pour dissuader les Russes, et c’est là le problème.

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Une purge anti-greenies

US Department of Energy

Donald Trump a bien l’intention de poursuivre son agenda pro-réchauffement climatique ces quatre prochaines années. Il a nommé cette semaine à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement, Scott Pruitt, un climatosceptique convaincu et assumé, proche des frères Koch, et fervent critique du programme environemental poursuivi par l’EPA sous Obama.
Bloomberg rapportait hier que l’équipe de transition a soumis une questionnaire au Département de l’Energie demandant entres autres une liste de tous les noms des employés et contractuels des agences fédérales ayant travaillé sur les politiques sur le changement climatique.
Les 13 000 employés du Département ont été très surpris de cette demande et beaucoup craignent aujourd’hui d’être la cible « d’une chasse aux sorcières » de la prochaine administration.

Des représentants de l’équipe de transition affirment qu’aucune purge n’est prévue mais qu’ils agissent en faveur d’un « gouvernement transparent ».

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Des manifestations anti-Trump auront-elles lieu à Washington?

En marge de la cérémonie d’investiture de Donald Trump qui aura lieu le 21 janvier, plusieurs manifestations ont été prévues avant, pendant et après les festivités et parmi elles, la Women’s March on Washington, People’s Action et Answer Coalition.
Les rassemblements ont généralement lieu sur les pelouses du Lincoln Mémorial et de la grande obélisque, le Washington Monument, gérées par le National Service Park, qui délivre les permis. Le service, qui dépend du gouvernement fédéral donne tous les quatre ans la priorité au Présidential Inaugural Committee pour organiser les évènements consacrés au nouveau président, et donne les emplacements qui restent aux différentes groupes qui invoquent leur « First Amendment Permit ».

Le Comité en charge de l’inauguration ne s’est pas encore décidé et certains s’inquiètent qu’il décide de monopoliser tout le centre de Washington pour empêcher la tenue de contre-manifestations qui devraient ramener beaucoup de monde.

Le sapin de Montreal

Certains Montréalais de New York étaient furieux hier que leur ville soit devenue en une semaine la risée du monde: une première fois lundi avec carambolage « au ralenti » impliquant deux bus et plusieurs voitures à cause d’une pente verglacée.
Hier rebelote, mais à cause d’un immense sapin installé dans un quartier « arty » de la ville et qui suscite beaucoup de commentaires et de moqueries de la part des médias, télés et même du maire de Québec, Regis Labeaume.
La raison? Sa forme, il est moche, tout en longueur, un feuillage pas très feuillu, il est de travers et il a une tête carrée.

 

 

 

Le Kiosque du mardi 29 novembre 2016

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TRUMPLANDIA

Deux poids deux mesures
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Time magazine – Edition du 26 novembre 2012

Dans le monde merveilleux de Donald Trump, les femmes sont menacées d’emprisonnement pour avoir « mal géré » des documents confidentiels – Hillary Clinton et sa fameuse messagerie privée, le cheval de bataille des Républicains pendant la campagne présidentielle – mais un général de l’armée américaine qui a reconnu avoir volontairement donné à sa maîtresse des informations secret-défense, pourrait obtenir l’un des postes les plus convoités de la futur administration, celui de Secrétaire d’Etat.
David Petraeus, un ancien général de l’armée américaine, avait défrayé la chronique en 2012, après avoir été accusé par le FBI d’avoir eu une affaire avec sa biographe, Paula Broadwell, à qui il a fourni des informations confidentielles pour l’écriture de son ouvrage. Petreaus, alors directeur de la CIA avait démissionner de son poste.
L’intéressé a rencontré le futur président hier pendant une heure, et il pourrait bien décrocher une position à responsabilité, même s’il ne s’agit pas des Affaires Etrangères. Une démarche qui confirme encore une fois, la tactique trompeuse utilisée par Trump durant les élections à l’encontre de sa rivale, à qui il avait promis la prison.
Un thème très populaire auprès de ses militants.

Des créateurs de fake news dans l’entourage de Trump
LifeZette
LifeZette

Le site The Intercept affirme que des proches de Trump seraient à l’origine des fake news répandues pendant toute la campagne par des sites d’infos bidons, à l’instar de Laura Ingraham, qui serait pressentie pour devenir l’attaché de presse de la Maison Blanche dans la future administration.
Cette commentatrice politique conservatrice, l’une de seules que Donald Trump suit sur Twitter, a diffusé cet été via l’un de ses sites, LifeZette, une vidéo, « Clinton Body Count » accusant Hillary Clinton d’avoir une responsabilité dans le crash d’avion de JFK Jr en 1999 et dans la mort de certains démocrates. Vidéo qui a été partagée 400 000 fois et obtenu 14 millions de vues.
Un autre article publié la semaine précédent les élections, affirme que le directeur de campagne de Clinton, John Podesta, dont la messagerie a été piratée et les emails diffusés par Wikileaks, aurait participé à des rites occultes. Laura Ingraham a personnellement repris l’info, ainsi que The Drudge Report et Sean Hannity, présentateur zélé de Fox News.
The Intercept
mentionne également Floyd Brown, un consultant de l’entourage de Trump et « ami’ de sa manager de campagne, Kellyanne Conway, le créateur de différents sites d’infos pro-Trump, Western Journalism et Conservative Tribune, respectivement 13 et 19 millions de visiteurs mensuels, qui figurent dans la liste des 100 sites d’infos les plus lus aux Etats-Unis.

Alt-Right ou White Nationalism?

Depuis l’élection de Donald Trump et la nomination de Steve Bannon comme son bras droit à la Maison Blanche, et l’influence grandissante du site d’infos Breitbart News, dont il était le rédacteur-en-chef, l’influence du mouvement alt-right est bel et bien au coeur de la prochaine administration – Bannon s’est défendu à plusieurs reprises d’être un « nationaliste blanc » mais partisan d’un « nationalisme économique ».
Les médias qui se réfèrent à Bannon et ses acolytes comme des partisans de « l’alt-right » sont accusés par de nombreux lecteurs, internautes et partisans de gauche de vouloir « légitimer l’idéologie du racisme, de l’anti-sémitisme, de l’islamophobie et de la suprématie blanche » rapporte le New York Times ce matin.

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Mercredi dernier, le Washington Post a diffusé un guide d’utilisation de différentes terminologies qui définit l’alt-right comme « un mouvement d’extrême droite qui vise l’établissement d’un état blanc dont les adhérents sont connus pour épouser des points de vue racistes, antisémites, et sexistes ».
Hier Associated Press a demandé à ses journalistes de définir le terme « alt-right » avant de l’utiliser pour mettre en garde les lecteurs qu’il a été inventé comme un outil de relations publiques « pour brouiller les croyances de ses supporters et atteindre une audience plus large ».
Enfin, un publicitaire new yorkais a créé une extension sur Google Chrome appelé « “Stop Normalizing The Alt Right” remplace automatiquement toutes les mentions « alt-right » par « white supremacy »