Le Kiosque du 24.07.17

 

1. Les Démocrates ont enfin un programme: Redevenir populaires

 

  • Mieux vaut tard que jamais: Neuf mois après la cuisante défaite aux élections présidentielles américaines, les Démocrates ont dévoilé leur programme censé les aider à regagner une majorité à la Chambre des Représentants ou au Sénat aux élections de mi-mandat l’année prochaine: intitulé « A Better Deal » en référence au fameux « New Deal » de Franklyn Roosevelt, base idéologique du parti démocrate moderne, il redéfinit les priorités « populaires » du parti: Plus d’emplois et une augmentation des salaires, un système de santé plus abordable et limiter les abus de Wall Street.

 

  • Pour Chuck Schumer, chef des Démocrates au Parlement, il s’agit
     

    D’abord d’augmenter le salaire des Américains. Et réduire les dépenses quotidiennes, Enfin, fournir aux travailleurs les outils nécessaires pour l’économie du 21 ème siècle (…) Dans les mois qui arrivent, nous offrirons les idées pour reconstruire l’Amérique des campagnes, pour changer fondamentalement la régulation des activités commerciales pour qu’elles profitent aux travailleurs et non pas aux multinationales.

     

  • Tout en intégrant les erreurs du passé:
     

    Lors des deux dernières élections, les Démocrates, y compris au Sénat, n’ont pas réussi à formuler un programme économique solide et audacieux, favorable aux classes moyennes et ceux qui travaillent dur pour y arriver. Nous n’avons pas assez défendu nos valeurs et montrer que nous étions du côté du peuple, et non pas des groupes d’intérêts. Nous ne referons pas la même erreur. 

     

  • Vox vous explique tout en détail ici

2. L’horreur de l’immigration clandestine

 

  • Le scénario est digne d’un épisode de American Crime ou Bloodline: La police de San Antonio a découvert dimanche matin une quarantaine de personnes cachées dans une semi-remorque garée depuis la veille au soir sur le parking d’une grande surface. Huit d’entre eux étaient morts de déshydratation et une vingtaine a été transportée en urgence à l’hôpital dans un état très critique – deux sont décédés depuis.
    Les passagers sont restés des heures enfermés dans un camion sans air conditionné avec des températures extérieures avoisinant les 40 degrés. 
  •  

  • Pour les autorités, « cet exemple de trafic d’êtres humains qui a mal tourné » n’est pas un phénomène isolé.  – AP
     

    Un récent rapport suggère que la ligne dure sur le contrôle des frontières de l’administration Trump a poussé les immigrés à accepter davantage de risques dans des conditions de passage de la frontière de plus en plus dangereuses (…)
    L’objectif des immigrés qui réussissent à traverser la frontière est de s’en éloigner le plus possible. La plupart espère rejoindre les grandes villes américaines comme Chicago ou New York, où ils ont du travail et de la famille qui les attends. C’est là où les camions entrent en scène. Les passeurs savent qu’il existe des centaines voire des milliers d’immigrés qui essayent désespérément de quitter la zone frontalière. Ils savent combien ils peuvent gagner.
    Plus ils transportent de monde plus les profits seront importants.

     

San Antonio Express-News – Une du lundi 24 juillet 2017

 


3. Recherche Attention Désespérement

 

  • La surmédiatisation de la présidence de Trump a affaibli la visibilité des dirigeants, PDG et autres acteurs de la vie politique et économique américaine et les obligé leur stratégie de communication:
     

    Quand les Américains ont élu Donald Trump en novembre, ils ont provoqué la pénurie d’une denrée mondiale rare: l’attention [des gens].
    L’attention que Trump suscite – sur Twitter, à la télévision, dans la culture et l’imaginaire des citoyens américains, celui des alliés et ennemis du pays – balaye tout sur son passage: du lancement d’une nouvelle application aux nouveaux mouvements sociaux. L’attention est le moyen utilisé par tous ceux qui recherchent de la visibilité, des Kardashians à Amazon, mais aussi les génies qui en ont fait leur spécialité ces dix dernières années: des groupes terroristes comme Daech aux critiques de l’ordre social d’après guerre comme Julian Assange. 
    (…)
    « C’est difficile pour la plupart des produits et des gens de se faire entendre aujourd’hui » explique l’ancien attaché de presse de Mike Bloomberg, « les histoires un peu légères n’ont plus leur place dans l’environnement actuel.

     

  • La seule façon de se faire entendre aujourd’hui, surtout aux Etats-Unis, c’est parler plus fort, d’être plus vulgaire ou de répondre aux propos et provocations du président.
    Pour l’
    ancien directeur de la communication de Obama:

    Trump domine la conversation, ce qui est devenu en soi-même une sorte de prophétie auto-réalisatrice puisque tout le monde pense le seul moyen d’attirer l’attention, c’est de parler de Trump, donc ils parlent de Trump.

    ;
     
    * « How to break through in the Trump Era » – Buzzfeed News

 


4. The Atlantic, plus important que jamais

 

  • The Atlantic, magazine culturel américain fondé en 1857 aurait pû sombrer il y a dix ans, lorsque que 85% de ses profits, générés par la publicité et la vente, ont commencé à chuter, comme l’ensemble de la presse du pays.
    Au contraire, grâce à une entrée précoce dans le numérique [70% de ses revenus publicitaires en ligne sont aujourd’hui du « native advertising »], à l’organisation d’évènements et même du consulting, The Atlantic a augmenté ses profits, continue de se développer, d’embaucher et d’attirer toujours plus de lecteurs sur son site.

     

    Et puis il y a le journalisme. The Atlantic à bousculer l’idée que les internautes ne cherchaient que des sujets courts et tape-à-l’oeil – avec le mot Trump dedans.
    Il y a quelques semaines, le magazine a publié un article de 8 300 mots, qui est devenu viral, « My Family’s Slave » , a attiré plus de 12 millions de visiteurs, et déclenché débats et discussions à travers l’ensemble du pays.
    Un genre de buzz qui a des précédents avec d’autres « cover stories » ambitieuses comme celle de Jeffrey Goldberg, « The Obama Doctrine », sur la politique étrangère du 44ème président; celle désormais classique de Ta-Nehisi Coates, « The Case for Reparations », ou encore celle de Graeme Wood, « What ISIS really Wants »
    « The Atlantic est encore plus vital quand l’Amérique est divisée » explique Jeffrey Goldberg, le rédacteur en chef. Et effectivement dans cette période historique, il est nécessaire. 

     

  • « The Atlantic is ‘most vital when America is most fractured’ Good thing it soars today »Washington Post

 


5. La couverture du jour: « Joe & Mika »

 

  • La cover story du New York magazine est consacrée au power couple de Washington, Joe Scarborough et Mika Brzezinzki: lui est ancien Représentant républicain de Floride, devenu Indépendant le mois dernier, et elle, démocrate, est la fille de Zbigniew Brzezinski, directeur de la sécurité nationale de Jimmy Carter, et tous les deux présentent depuis près de dix ans l’émission « préférée de l’élite politique », « Morning Joe » de 6 à 9 le matin sur MSNBC.

 

  • Pendant la campagne présidentielle, Mika et Joe étaient proches du candidat républicain Donald Trump qui intervenait fréquemment dans leur émission – provoquant l’exaspération de leurs confrères – jusqu’à ce qu’il refuse de condamner l’été dernier le soutien de David Duke, ancien « wizard » du Ku Klux Klan.
    Dès lors, Trump n’a cessé de critiquer les deux présentateurs via Twitter qui lui rendent la pareille chaque matin, en questionnant souvent la santé mentale du président.
     

    Les cyniques avancent que l’opportunisme de Joe et Mika sur Donald Trump est une preuve d’intelligence et qu’ils savent précisément quand soutenir et lâcher une personnalité politique. Mais ils ont l’air vraiment sincères lorsqu’ils parlent de lui à l’antenne, avec des avis opposés: Scarborough reste confiant dans le système américain qui va survivre et défaire la menace que représente Trump, alors que Brzezinski, une démocrate, qualifie régulièrement le comportement de Trump de « dégoutant » et s’inquiète que la République disparaisse avec sa présidence.

    * « Donald Trump is not invited to the wedding »  – New York magazine

 

 


6. Le reste de l’actualité

 

  • Depuis la mise en place d’Obamacare en 2010, le total des revenus des PDGs de soixante dix compagnies d’assurance s’élève à près de 10 milliards de dollars – Axios  

 

  • « Désactive tes notifications » – Wired

    Ces dernières années, de plus en plus gens demandent à ce que la relation entre humains et smartphones soit réévaluée. Si les téléphones nous apportent énormément, la prise qu’il a sur notre attention, notre écoute et notre vie en général est problématique (…) Les smartphones ne sont pas le problème, c’est le bip, la sonnerie, qui nous ramène sans cesse vers lui. (…)
    Il existe une solution: Désactiver ses notifications. Toutes. Vous vous rendrez compte que les petits messages qui remplacent votre écran ne vous servent finalement à rien.

 

  • Le San Diego Union-Tribune revient sur le meurtre de Gianni Versace en 1997:

    La folie meurtrière de cet originaire de San Diego durant le printemps et l’été 1997 s’est soldée par l’assassinat de Gianni Versace sur le perron de sa villa de Miami Beach. Cunanan, 27 ans, est rapidement devenu une sorte de légende criminelle, un caméléon gay et insaisissable qui a suscité la peur et la fascination du public et entretenu une folie médiatique naissante nourrie de sexe, de célébrité et de meurtre.

     

  • Jared brise le silence
    Le fils prodige de la Maison Blanche a donné sa deuxième déclaration officielle et en public cet après midi après avoir été interrogé ce matin par la Commission du Renseignement du Sénat: Une intervention dans laquelle il a déclaré n’avoir eu « aucune collusion » avec les Russes pendant la campagne, ni lui, ni aucun membre de l’équipe du candidat. 

    Mais la démarche de lundi n’est pas sans risque. Il n’a pas témoigné sous serment quand il s’est adressé à la Commission du Sénat, mais mentir devant le Congrès est un crime fédéral. Sa déclaration est univoque, et ne lui laisse aucune marge de manoeuvre si de nouvelles preuves émergent pour contredire ses propos. – The New York Times

 


 

Le Kiosque du 22.06.17: Dem:0-Rep:4 – Le Guardian US mal en point – Uber – Michael Moore & John Oliver

 

1. Démocrates 0 – Républicains 4

  • La défaite des Démocrates dans le 6ème disctrict de Géorgie et en Caroline du Nord mardi soir est le signe que les Républicains, malgré les déboires des premiers mois de présidence de Trump, ont toutes les chances de remporter les élections de mi-mandat en 2018 et pourquoi pas la réélection de Donald Trump en 2020 a affirmé Michael Bloomberg cette semaine sur CNN.
  •  

  • Le milliardaire a prévenu les Démocrates: « Tout l’argent du monde ne peut acheter une élection » et si l’ancien maire de New York refuse de considérer cette élection comme un référendum sur la jeune présidence de Trump – les élections parlementaires comme celles-ci se jouent davantage sur des enjeux locaux – il leur conseille de se concentrer sur une victoire en 2020 plutôt qu’une résistance systématique de l’administration actuelle.
  •  

  • Comme l’affirmait Michael Moore sur Twitter hier
     

     Celui qui pense que le parti qui a gagné le vote [populaire] dans six des sept dernières élections [présidentielles], qui ne dispose d’aucun pouvoir et qui a perdu quatre élections en 2017 va gagner l’année prochaine, n’a rien compris.
    Le Comité National Démocrate n’a aucune idée de comment gagner parce qu’ils n’ont aucun message, aucune stratégie, aucun leader, ne se battent pas et n’aiment pas la résistance.

  •  

  • Les Démocrates  n’ont rien appris de leur défaite aux élections présidentielles de 2016, continuent à faire les mêmes erreurs en attendant des résultats différents, et le bouc émissaire est Nancy Pelosi, la porte parole de la minorité démocrate à la Chambre des Représentants.

 

 


2. Travis Kalanick, les dessous d’une disgrâce

 

The NEw York Times – Credit Chris Koehler

 

  • Comment une poignée d’actionnaires a réussi à se débarrasser du fondateur et directeur de la start-up la plus chère au monde:
     

    La décision de Travis Kalanick de démissionner de son poste de directeur général de Uber Technologies a choqué ses 12 000 employés et le reste de la Silicon Valley, mais c’est la culmination de semaine de machinations de la part des plus gros investisseurs pour virer le co-fondateur d’une compagnie évaluée à 70 milliards de dollars

     

  • Un véritable putsch de la société californienne Benchmark, l’un des plus gros investisseurs de Uber, qui a envoyé deux représentants surprendre Kalanick mardi à Chicago, en lui présentant une série d’exigences dont celle de sa démission immédiate, imposée par cinq grands actionnaires de la compagnie, et que le jeune entrepreneur de 40 ans a finalement accepté après un coup de fil passé à Arianna Huffington, l’une des membres du conseil d’administration, et des heures de négociations – il garde un siège au conseil des directeurs.

 

  • Ce sont les scandales (harcèlement sexuel, discrimination, vol de brevet, utilisation frauduleuse de software), l’incapacité de Kalanick à redresser l’image de la compagnie, et la difficulté de trouver un Directeur d’exploitation (COO) à cause la présence même de Kalanick dans l’entreprise qui a poussé les investisseurs à organiser ce coup.

    Le drame qui s’est déroulé dans l’hôtel n’avait rien de soudain. C’est le résultat de plusieurs au cours desquels à peu près tous les soutiens de Mr Kalanick se sont retournés contre lui. Un par un, les dirigeants, membres du conseil, investisseurs et même les amis proches ont pris leurs distances  devant la série de scandales éthiques et légales auxquels Uber a du faire face.

  • Les successeur potentiels de Uber dans Axios
  •  

  • « How Uber Backers orchestrated Kalanick’s Ouster as CEO » – The Wall Street Journal
    « Inside Travis Kalanick Resignation as Uber’s CEO » – The NEw YOrk Times

 

 


3. John Oliver et HBO poursuivis

 

Youtube / Coal: Last Week Tonight with John Oliver (HBO)

 

  • Le présentateur de « Last Week Tonight » sur HBO a consacré sa dernière émission à l’industrie minière aux Etats-Unis, un thème de prédilection du président qu’il s’est promis de ressusciter en dépit de tout logique historique, économique et même sanitaire: Le secteur ne compte plus que 50 000 mineurs, est en déclin depuis des décennies à cause d’une baisse structurelle de la consommation au profit des énergies renouvelables et d’une robotisation de son exploitation, sans compter les problèmes de santé et de sécurité rencontrés par les mineurs.
  •  

  • L’une des compagnies ciblées dans l’émission, Murray Energy Corporation, a prévenu à l’avance HBO que toute tentative de diffamation, et de harcèlement contre elle ou son dirigeant, Mr Murray, ferait l’objet d’une plainte a expliqué John Oliver dimanche soir.
  •  

  • Ce qui a motivé John Oliver pour attaquer Mr Murray, « vieux Dr Evil », qu’il a accusé de maltraiter ses employés, de les mettre en danger et de dénoncer les plaintes systématiques de la compagnie contre les médias.
    Une plainte en diffamation a été déposée cette semaine contre HBO en Virginie Occidentale.
  •  

  • « John Oliver, a giant squirrel and a defamation lawsuit by coal industry titan »Washington Post

 


4. Glow, le dernier programme glam rock 100% féminin de Netflix

 

 

  • La nouvelle « dramedie » en dix épisodes suit le parcours de jeunes actrices en difficulté qui acceptent de participer à des programmes de catch et s’inspire directement d’une émission populaire éponyme des années 80, G.L.O.W., pour the Georgeous Ladies of Wrestling.
  • Le programme hebdomadaire, diffusé le dimanche entre 1986 et 1990, « reste un phénomène extraordinaire à beaucoup d’égards en dépit de ses préjugés, de ses conditions de travail bizarres et ses risques d’accident »: les membres étaient aussi de jeunes actrices en difficulté, jolies, à qui des producteurs ont demandé de se battre sur un ring après leur avoir donné des noms loufoques comme MTV, Jailbait, Little Egypt, Babe the Farmer’s Daughter ou Ninotchka.      .
  • GLOW a eu beaucoup de succès auprès des enfants et adolescents (les « fratboys » américains) car si les actrices suivaient un scénario, les luttes étaient bien réelles et souvent improvisées: « esthétiquement aussi féministe que Charlie Angels mais bien plus valorisant » explique le New Yorker
  • Vous pouvez regarder le documentaire consacré au programme original “G.L.O.W.: The Story of the Gorgeous Ladies of Wrestling.” et disponible demain sur le Netflix américain.

 

 


5. Le Guardian US en eaux troubles

 

Campagne de publicité du Guardian US en 2013

 

  • Le Kiosque en parlait fin mars: L’édition américaine du Guardian est fragilisée comme le décrit cette semaine Buzzfeed News dans une longue enquête:
     

    La rédaction du Guardian US n’est pas devenue la voix de la gauche de Bernie pendant les élections. Elle n’a pas réussi à sortir des scoops importants durant la campagne. Des années après avoir gagné un Pulitzer pour l’histoire de Edward Snowden, le Guardian US a dû réduire ses coûts, laissant des employés inquiets concernant les problèmes de gestion, les lutte internes, l’accusation de harcèlement sexuel et des perspectives financières impossibles à atteindre. 

     

  • Le Guardian US est né en 2011 de la branche américaine du quotidien, Guardian America, qui rapportait déjà beaucoup de trafic, et a voulu atteindre public américain en adoptant un ton différent de celui des autres grands quotidiens du pays.
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  • L’affaire Snowden en 2013 qui lui a offert le Pulitzer en 2014 a imposé The Guardian US dans le champ médiatique, qui a triplé de volume et élargit sa ligne éditoriale avec l’apport de financements mais une pression supplémentaire pour rapporter plus de trafic et culminé à 42 millions de visiteurs mensuels en juin 2016. 
  •  

  • Une restructuration de la compagnie mère et une baisse des revenus publicitaires en ligne en ont décidé autrement et la rédaction est passée en quelques mois de 140 à 80 employés avec des objectifs désormais inatteignables (32 millions de dollars de revenus pour 2016-17 soit deux fois plus que l’année précédente).
  •  

  • Le Guardian n’a pas réussi à concurrencer le New York Times et le Washington Post qui enchaîne les scoops depuis des mois – une remarque qui s’applique d’ailleurs à tous les autres quotidiens et magazines américains – ni à utiliser la campagne électorale pour représenter et défendre la gauche progressiste américaine incarnée par Bernie Sanders, assez critiqué par le Times et le Post qui eux ont choisi Clinton. 
    Un constat un peu injuste puisque le Guardian été l’un des seuls grands médias à soutenir et couvrir la campagne du sénateur du Vermont, jusqu’à sa défaite en juin de l’année dernière
  •  

  • « How the Guardian lost America » – Buzzfeed News

 


6. Couverture du jour

  • Le Time s’intéresse au procureur Robert Mueller qui a repris l’enquête du FBI sur les soupçons de collusions entre la Russie et l’équipe de Trump durant les élections présidentielles américaines, qu’il aurait élargi pour inclure d’éventuelles tentatives d’entrave à la justice du président – pour avoir viré James Comey.
     

    Mueller doit être prudent, mesuré, honnête et ouvert. S’il trouve des infractions, il doit les expliquer clairement. S’il n’en trouve aucune, il doit l’affirmer avec autant de transparence et de conviction. L’Amérique a besoin de leaders qui soient justes: Mueller peut aider en étant un exemple.

Jon Ossoff à quelques voix près.

Jon Ossoff, le jeune démocrate de Géorgie n’a récolté que 48,1% des voix au premier tour des élections très médiatisées du sixième district de Géorgie.
Match retour le 20 juin prochain.

 

Ce sera lui contre tous les Républicains et Donald Trump ou comme le président l’affirme ce matin sur Twitter: « Hollywood contre la Géorgie ».

Jon Ossoff, la sensation démocrate qui donne du fil à retordre aux Républicains dans leur propre fief de la banlieue chic d’Atlanta a raté l’opportunité hier de remporter du premier coup un siège de Représentant au Congrès américain.
 
 

Comme l’ont résumé Anna Palmer et Jake Sherman hier sur Politico:

 

« Soyons honnêtes: quoi qu’il se passe ce soir dans la course pour remplacer le siège du nouveau Secrétaire d’Etat à la Santé Tom Price dans la banlieue d’Atlanta, Washington va transformer l’évènement en quelque chose de bien plus important qu’il n’est.
Si les républicains réussissent à maintenir Jon Ossoff en dessous de 50% et obligent un second tour, le GOP [le parti républicain] dira qu’ils ont réussi à arrêter un nouveau candidat avec beaucoup d’argent dans un environnement politique difficile et se seront certains d’une victoire en juin prochain.
Les Démocrates diront eux qu’il a eu de très bons résultats dans un district républicain – et c’est vrai. »

 
 
Exactement ce qu’il se passe ce matin, à l’exception de l’intervention du président Trump, avec élégance comme d’habitude: Il « est content d’avoir aidé » à la « grande victoire » des Républicains même si la candidate Karen Handel a récolté moins de 20% des votes.
 
Il a retrouvé sa verve de candidat en insistant sur « l’échec » des Démocrates, malgré l’aide des « fake media » et « beaucoup d’argent » – l’ancien attaché parlementaire a récolté plus huit millions de dollars pour sa campagne, quatre fois plus que sa rivale républicaine.

 

 
 

C’était le grand test pour les Démocrates et les Républicains, six mois après la victoire de Trump et trois mois après son investiture.
Un espoir déçu pour Jon Ossoff mais une mise en garde pour le parti de la majorité qui aurait pu recevoir une première défaite humiliante dans un district qui vote républicain depuis les années 80.
 
 
 
Il faut pourtant rester prudent sur les implications de ces élections déclarait la semaine dernière The New Republic :
 
Aussi excitante que serait la victoire d’Ossoff pour les démocrates si tôt dans cette présidence de Trump – et pour les médias nationaux dans cette année sans élection – il existe beaucoup de raisons de douter que cette campagne soit le signe du succès ou de l’échec du parti, qui ne fait que transformer un sentiment anti-Trump en victoire électorale.
Que les démocrates du pays investissent tant d’argent et d’énergie dans Ossoff en dit plus sur le parti que sur cette élection. (…)
Le danger pour les démocrates, c’est qu’une défaite soit interprétée comme le signe d’une résistance plus fragile envers Trump.

 

Le second tour opposera Jon Ossoff et Karen Handel.
La mobilisation devrait aussi importante que celle d’hier qui a réuni hier près de 200 000 électeurs, la moitié des inscrits du district.
 
 
 
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Mercredi 1er mars 2017: « Trump triomphe grâce au téléprompteur » et ne tweet plus le matin; Obama + Jon Stewart + le « Shadow Cabinet »

  1. « Trump triomphe grâce au téléprompteur »

    * La « Joint Address ». Techniquement, il ne s’agit pas du discours sur l’Etat de l’Union donné chaque année au mois de janvier par le président puisqu’il vient juste d’assumer ses fonctions. Il s’agit néanmoins d’une tradition initiée par Ronald Reagan en 1981 au cours de laquelle le président entrant adresse les grandes lignes politique de son administration devant le Congrès. Trump a été officiellement invité hier soir par Paul Ryan, porte parole de la majorité républicaine à la Chambre des Représentants. 
    * Les enjeux: C’est le discours le plus important de Donald Trump après celui donné lors de l’inauguration.
    La Maison Blanche a affirmé que discours « [offrirait] une vision optimiste pour tous les Américains » et un « renouveau de l’esprit américain » – tout le contraire de la vision cauchemardesque d’un « pays en crise » décrite le 20 janvier dernier.

    Le verdict:
    Le discours du président, qu’il a lu à la lettre sans improvisations vengeresques, était le plus normal et traditionnel qu’on ait entendu.
    Aucune positions extrémistes comme qu’il a pu tenir il y a moins d’une semaine lors de la CPAC, ni notion de « conservatisme économique », de « destruction de l’Etat administratif » – directement soufflées par Steve Bannon ou Stephen Miller.

    Donald Trump a donné hier le discours que des millions d’Américains auraient voulu entendre le jour de son inauguration, comme des nombreux journalistes l’avançaient, il est devenu le président des Etats Unis d’Amérique
    Mais est-il capable de se comporter de cette manière tous les jours?

    * Son programme: Remplacer Obamacare tout en gardant certains acquies de l’Affordable Care Act, Appliquer à la lettre les lois sur l’immigration (pour protéger les frontières et les Américains) et revitaliser l’économie (plus d’opportunité et d’emplois) et reconstruire les infrastructures du pays.
    * Sur la Russie: « Les Etats-Unis sont amis avec les anciens ennemis » mais aucune mention des polémiques qui ont entaché son premier mois à Washington.
    * Travel Ban: La Maison Blanche l’avait annoncé plus tôt dans la journée, sa position s’est considérablement assouplie par rapport au premier décret présidentiel un cauchemar de communication finalement suspendu par la cour d’appel fédérale.
    Le président a annoncé qu’il y aurait une opportunité pour les immigrés en situation irrégulière basée sur le mérite et la situation financière sans jamais mentionner la régularisation
    * Sur l’opération au Yemen: La veuve du Navy SEAL, Ryan Owens, tué lors de l’opération catastrophique au Yemen a été ovationnée pendant plusieurs minutes pour balayer les polémiques entourant une opération catastrophique qui pourrait bien devenir le Benghazi de Trump.
    * Les invités de Donald Trump: Maureen McCarthy Scalia, deux veuves d’officiers de police et le père d’un lycéen tués par des immigrés en situation irrégulière.
    * Les Démocrates n’ont pas participé, à quelques exceptions près, aux trentaines de standing ovations initiées par les Républicains et sont partis rapidement à la fin du discours.

      De nombreuses élues démocrates étaient habillées en blanc hier soir dans la Chambre des Représentants en hommage aux Suffragettes et par « solidarité avec les femmes du pays ». L’initiative à été lancée par la Democratic Women’s Working Group et sa présidente, la Réprésentante démocrate de Floride, Loïs Frankel

     

  2. Trump ne tweet quasiment plus le matin?

    Trump a retenu ses ardeurs sur Twitter ces derniers jours pour se concentrer sur le discours d’hier soir en arrêtant de regarder son émission politique préférée, Morning Joe – qu’on aime beaucoup ici aussi – diffusée le matin entre 6 et 9; la tranche horaire durant laquelle il tweet le plus.
    C’est Associated Press qui rapporte l’info d’un conseiller surtout ces dernières semaines devant les critiques répétées des deux présentateurs, Joe Scarborough (un républicain) et Mia Brzezinski (plutôt démocrate) – qui connaissent Mr Trump depuis des années.

    Récemment Mr Scarborough déclarait à Stephen Colbert:

    « Même quand il dit qu’il ne regarde pas le show et envoie des tweets désagréables dessus, on regarde la caméra: Donald, on sait que tu ne regardes pas l’émission mais comment vas tu? »

    Après le succès de son discours d’hier, il a remercié l’Amérique:

  3. Premier interview présidentiel pour Breitbart

    Le site d’infos ultra-conservateur a décroché une interview avec le président lundi soir et répondait aux questions du rédacteur en chef de Breitbart, Matthew Boyle.

    A retenir de l’interview:
    * L’ennemi du peuple américain sont les « fake medias » à ne pas confondre avec tous les médias (pas ceux de droite comme National Review, Breitbart ou The Drudge Report). Les « fake media » ont, selon le président, de mauvaises intentions à son encontre: « Si tu lis le New York Times, l’intention est tellement mauvaise et nocive, les histoires sont fausses la plupart du temps. »
    * Le président n’a pas voulu se prononcer sur un possible démantèlement « des oligopoles médiatiques » américains – Six compagnies (les « Bix Six ») contrôlent 90% des médias (General Electric, NewsCorp, Disney, Viacom, Time Warner et CBS) – qu’il avait suggéré pendant la campagne, ni sur l’éventuelle opposition à la fusion du géant des télécommunications AT&T avec Time Warner à cause du « mauvais comportement » de sa filiale, CNN.

  4. Le « Shadow Cabinet » sur Twitter

    Un « Shadow Cabinet » (« cabinet de l’ombre ») s’est créé sur Twitter pour critiquer les déclarations, actions et tweets de l’administration en temps réel.
    Le cabinet comprend une quinzaine de professionnels réputés et progressifs – universitaires (Laurence Tribe, professeur de droit à Harvard), activistes (Deray McKesson, co-fondateur de Black Lives Matter), anciens membres du gouvernement (Colin Kahl, ancien conseiller à la Sécurité nationale du vice président Joe Biden) et journalistes – chacun spécialisés dans les principales agences du gouvernement: les transports, l’énergie, la santé, immigration, justice …

    Le compte Twitter, qui rassemble déjà 39 000 abonnés, a été créé en six semaines par Mark Green, ancien avocat général et élu démocrate de New York City. 

  5. Obama est-il responsable des fuites dont est l’objet la Maison Blanche

    Dans une interview accordée à Fox News lundi soir, le président a affirmé que les proches du président Obama, ceux qui travaillent toujours à Washington, seraient responsables de fuites qui inondent la Maison Blanche et font les unes des médias.
    « Je pense que Président Obama est derrière parce que ses proches sont certainement responsables (…) C’est la politique et ça devrait continuer. »
    Il a également affirmé que l’ancien président était derrière les manifestations des citoyens dans les conseils municipaux du pays (« Town Hall ») contre la réforme d’Obamacare – aucune preuve de ces affirmations n’a été apportée.

  6. Jon Stewart veut revenir à la Télévision

    C’est la seconde fois en deux semaines que Jon Stewart s’invite sur le plateau de son ancien acolyte, Stephen Colbert, sur CBS pour faire ce que tous les shows satiriques et politiques télévisés font déjà: critiquer Donald Trump.
    L’ancien présentateur du Daily Show l’a avoué, la télévision lui manque surtout dans cette période politique exceptionnellement mouvementée où un président déclare la guerre aux « fake médias » (ou les médias traditionnels).
    Il a én et très à l’aise à l’écran – aussi efficace que John Oliver et Samantha Bee, les deux comédiens les plus critiques et créatifs quand il s’agit du Commander-in-Chief:

    « Salut les médias. J’ai appris que Donald Trump avait cassé avec vous. Désolé. Vous pensiez avoir trouvé un partenaire parfait – une pipelette aussi susceptible et narcissique que vous.
    Maintenant c’est fini. Bon débarras! Jète le à la rue!
    Il est temps de retrouver ses esprits parce que vous vous êtes laissés aller ces dernières années, en étant obsédé 24 heures sur 24, sept jours sur sept par ce mec … »

  7. Les mémoires les plus chères de l’histoire

    La surenchère des maisons d’éditions pour s’arracher les droits des mémoires de Michelle et Barack Obama aurait atteint les 60 millions de dollars (selon le Financial Times) et c’est Penguin Random House, qui a déjà publié deux ouvrages best sellers de l’ancien président (« Dreams From My Father » en 1995, « The Audacity of Hope » en 2006) qui a remporté la mise devant HarperCollins, Simon & Schuster (qui a déjà signé Hillary Clinton) et Macmillan.
    C’est la plus importante somme payée pour les mémoires d’un président après celui de Bill Clinton (15 millions de dollars payés par Knopf pour « My Life » en 2004) et George W Bush (qui a touché 10 millions de dollars en 2010 de Crown Publishers).
    Les enchères avaient commencé à vingt millions de dollars pour obtenir les droits et ventes mondiales des deux ouvrages à paraître en 2018.
    Les Obama se sont engagés à reverser une partie des bénéfices à des oeuvres de charité, y compris la fondation Obama.

  8. Couverture du jour:

    Businessweek nous a habitués à de très belles couvertures depuis son rachat par Bloomberg en 2009, et cette semaine, il nous régale avec un travail aussi critique qu’esthétique: cette première page consacrée à Stephen Miller, 31 ans, l’un des plus proches conseillers de Donald Trump réputé pour ses positions ultra-conservatrices, voire extrémistes, notamment en matière d’immigration.

« Obama va créer un gouvernement en exil »

« David Horowitz, l’un des penseurs conservateurs les plus importants du pays et mentor de nombreux conseillers de Trump, affirme que la guerre entre le président et la gauche progressive vient juste de commencer »

Cet e-mail reçu ce matin du site d’infos alt-right, Breitbart, dont l’ancien président exécutif de la compagnie mère, Breitbart News LLC, Steve Bannon, est aujourd’hui le stratège en chef du président américain, en dit long sur l’état d’esprit de la Maison Blanche envers l’opposition.

David Horowitz, ancien militant de gauche dans les années soixante dix, est président et fondateur du think tank Horowitz Freedom Center, administrateur du site internet Discover the Networks, qui recense tout ce qui est « de gauche » aux Etats-Unis (individus, groupes, politiciens, chercheurs, médias, livres, artistes,…) et de la publication conservatrice Frontpage magazine. Il a également fondé en 2003 le mouvement Students for Academic Freedom qui prône la liberté académique et « défend le droit de ne pas être endoctriné par ses professeurs » d’universités.
Horowitz n’est pas seulement un ultra-conservateur, c’est un anti-progressiste qui s’est donné pour mission d’effrayer le pays sur les dangers des idées libérales.
Son expression favorite?

« Derrière chaque progressiste se cache un hurlement totalitaire »

Horowitz est un auteur à succès (« The Black Book of the American Left« , « Radical Son« , « Hating Whitey and other Progressive Causes« , « the Professors« , « Progressive Racism« , …) et un excellent analyste puisqu’il avait prévu la victoire de Trump dès le mois de juillet dernier, dans un article publié sur Breitbart, « Pourquoi est-ce que Trump gagnera en novembre ».

Il revient aujourd’hui auréolé de cette victoire et prévoit dans son dernier ouvrage, « Big Agenda: President Trump’s Plan to Save America«  que les Démocrates n’accepteront jamais la défaite du 8 novembre et Barack Obama essaiera de créer un « gouvernement en exil » pour arrêter Trump.

Le dossier de presse est plutôt explicite:

Ils vont mentir, ils vont tricher et voler pour essayer de fragiliser la présidence de Trump. Ils ont déjà commencé!
Et ils ont les grands médias derrière eux.
Les démocrates, ces mauvais perdants, c’est la guerre totale! (…)
Dans « Big Agenda », Horowitz explique comment Trump va battre le programme destructeur de la gauche et se débarrasser des politiques cauchemardesques d’Obamacare, des importantes régulations d’Obama – et même sa guerre contre Dieu!
Dans « Big Agenda », Horowitz préconise d’enlever les gants. C’est le moment d’attaquer directement la jugulaire. C’est le moment de mettre les démocrates K.O. pour de bon.
Dans « Big Agenda », Horowitz dévoile la vraie nature de la gauche, leurs méthodes et motivations cachées, les coups bas qu’ils utilisent pour promouvoir leurs idées qui visent à avoir un total contrôle sur nos vies.

Contrôler les vies renvoie aux prérogatives du gouvernement fédéral américain dans la vie des citoyens, comme Obamacare par exemple qui oblige les citoyens à se doter d’une assurance maladie, aux subventions en matière de santé, de chômage qui aide les plus défavorisés, … 

L’idée d’avancer un programme qui inclut et/ou respecte l’opposition est inenvisageable pour la nouvelle majorité, et contrairement à ce que Obama avait tenté de faire au début de son premier mandat avec les Républicains.
L’objectif est de détruire le programme démocrate qui a récolté soixante-cinq millions d’électeurs et gagné le vote populaire donc la position de Horowitz et de l’administration avec un programme aussi ambitieux que celui de Trump ne tient qu’à travers un rapport de force.

Quelle idée plus dangereuse que celle d’une dissidence de l’ancien président contre son successeur pour remobiliser les troupes et justifier une attitude encore plus agressive.
La rhétorique est violente et menaçante à l’image de la nouvelle administration avec laquelle l’opposition va devoir travailler ces quatre prochaines années.

 

Le kiosque du mardi 10 janvier 2017

Axios, un nouveau groupe de presse

Mike Allen, journaliste politique et co-fondateur de Politico, a quitté le webzine après la victoire de Donald Turmp pour créer son propre groupe de presse, Axios.
Allen explique dans le manifeste que les médias actuels sont cassés – et trop souvent « une arnaque », avec des histoires « trop longues » ou « trop ennuyeuses » sur des sites qui sont devenus des labyrinthes d’informations « à rendre fou les lecteurs ».
La raison? « Les lecteurs et les annonceurs sont trop souvent délaissés. » Ils se « laissent avoir par des gros titres qui n’offrent rien » et sont harcelés par des pop-ups ou clics inutiles, tout cela pour faire de l’argent « en vendant des fausses controverses, et même de la désinformation ».

On se demande à quels sites d’informations se réfère Mike Allen en s’adressant aux anciens lecteurs de Politico. Peut-être souhaite-t-il élargir son public et convertir ceux friands de fakes news et de sites bidons?

Bref la nouvelle formule consiste à mettre le lecteur en avant, avec un « contenu sérieux » et « sans parti-pris », « de l’information résumée » pour ceux qui n’ont pas le temps et la version longue pour les plus curieux.

La grande nouveauté c’est l’absence de pub, pour être « reader-friendly » (les bannières et click-based pages) qui sera remplacée par du « native advertising », sorte de micro-publireportage qui s’assume en plein milieu d’un article ou sous la forme d’un article à part entière. 

Axios compte pour le moment cinquante journalistes avec des bureaux à Washington D.C., San Francisco, Chicago, Boston, ouvrir ses porte le 18 janvier prochain, en attendant vous pouvez adhérer à ses newsletters.

 

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Pour Bernie, la priorité, c’est sauver le système de santé

Bernie Sanders, redevenu indépendant après sa défaite aux Primaires démocrates, a fait de la protection du système de sécurité sociale américain le défi de ce début d’année menacé d’extinction par Les Républicains qui veulent se débarrasser d’Obamacare, et réduire dramatiquement les programmes de Medicare (pour les plus de 65 ans) et Medicaid (pour les plus défavorisés).

Après une première intervention remarquée au Sénat la semaine dernière, il a appelé « les membres démocrates du Congrès, les syndicats, les défenseurs du système de santé qui croient en la justice économique et sociale » à se réunir le 15 janvier pour prévenir les « Républicains qu’ils n’allaient pas s’en sortir aussi facilement. »

Il a tout prévu sur son site pour mener le combat et encourager les Millenials à y participer, avec des slogans (#OurFirstStand) à partager sur les réseaux sociaux, les listes des meetings et rallies auxquels assister, etc.
Selon Sanders, Trente millions d’Américains seraient amenés à perdre leur assurance maladie si Obamacare est révoqué, et pourrait engendre la mort de 36 000 Américains chaque année. 

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C’est le rush pour confirmer de l’administration Trump

Durant les huit ans de présidence de Barack Obama, les Républicains ont trouvé tous les moyens d’ennuyer, d’empêcher et même bloquer la bonne marche de l’administration et du pays par principe d’opposition, et une haine farouche du président. Un manuel de cynisme dont les Démocrates vont s’inspirer ces quatre prochaines années pour faire entendre leur voix, en commençant par Chuck Schumer, le leader de la minorité démocrate au Sénat.

Le Sénat doit confirmer aujourd’hui la nomination de l’administration Trump avant même que les résultats des contrôles de la part du FBI, du comité d’éthique, et autres interviews des choix du président-élu ait été rendus. La demande a été faite par Schumer hier qui n’a eu qu’à changer les noms et dates de la même requête qui avait été faite par Mitch McConnell en 2009, et qui est aujourd’hui le leader de la majorité républicaine au Sénat.

Les Républicains n’ont pas attendu que ces vérifications soient terminées, volontairement, étant donné les conflits d’intérêt de certains futurs Secrétaire d’Etat. Les Démocrates auraient pu utiliser l’obstruction parlementaire (qui oblige une majorité absolue de 60 voix sur 100) pour bloquer le processus mais ils l’ont interdite, sous Obama, concernant les nominations faites par le président, y compris celles de son cabinet. Avec une majorité de 52 sénateurs, les Républicains n’auront aucun mal à confirmer la nouvelle administration du pays.

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The Obama Media Empire Strikes Back

Barack Obama prononcera ce soir son discours d’adieux depuis Chicago, accompagné par sa femme et le vice-président et ami Joe Biden, qui met fin à sa carrière politique mais il compte bien continuer à exercer une influence sur la vie politique du pays grâce à une solide côte de popularité auprès des Démocrates et d’une grande partie de la population.
Selon Politico, le futur ancien président utilisera sa fondation et son organisation « Organizing for Actions » (OFA) pour « protéger son bilan et reconstruire le parti démocrate ».
OFA a été formée à partir de la structure de son ancienne campagne et sera dévouée à « entraîner les activistes » et « le recrutement de candidats » en rapport à la nouvelle administration et fort des leçons apprises de la défaite de Clinton. Les thèmes défendus sur le site sont le changement climatique, la réforme de l’immigration, les opportunités économiques, l’égalité, la prévention contre la violence des armes à feu, le système de santé et les femmes.

Comment le clan Clinton a réussi à discréditer Wikileaks

Les fakes news, Trump en bien profité durant cette campagne électorale extraordinaire jusqu’à être élu président des Etats-Unis d’Amérique – mais le clan Clinton et certains médias « libéraux » aurait également eu recours à la désinformation pour tenter de discréditer Wikileaks selon The Intercept.

 

Twitter / Wikipedia

Au mois d’octobre dernier, dans la dernière ligne droite avant un scrutin électoral qui s’annonce comme un slam dunk pour Hillary Clinton, Wikileaks annonce la diffusion quotidienne de milliers de emails piratés dans la messagerie son directeur de campagne, John Podesta.


C’est la seconde fois en quelques mois que l’organisation de Julian Assange, qui n’a jamais caché son inimitié pour Clinton, met les Démocrates dans l’embarras.

Au mois de juillet, Wikileaks avait diffusé la veille de l’ouverture de la Convention Démocrate, les emails piratés du Comité Démocrate qui confirmait les soupçons de favoritisme des dirigeants du parti envers Hillary Clinton durant les Primaires.
Dans les deux cas, pas de révélations incroyables ou de scandales capable d’envoyer Clinton en prison, mais des révélations peu flatteuses sur l’organisation de la campagne, les phrases toutes préparées de la candidate, les attaques contre Sanders, les éventuels conflits d’intérêts de la Fondation Clinton ou encore les luttes internes autour du couple Clinton et de leur fille Chelsea.
Des informations qui n’ont fait que renforcer les doutes des électeurs américains sur l’honnêteté d’Hillary Clinton – une tactique déjà employée par les Républicains qui n’ont cessé durant les dix-huit mois de campagne de dénoncer le scandale de sa messagerie privée et de la Fondation Clinton – qui s’est révélée payante.

 

L’un des grands succès de Wikileaks, les emails piratés du DNC au mois de juillet

 

Pour tenter de limiter les dégâts occasionnés par la diffusion quotidienne des emails de John Podesta, les Démocrates ont déclaré qu’ils étaient « fabriqués » et « bricolés » et ne devaient pas être pris en compte. Des affirmations qui n’ont jamais été prouvées mais qui ont été relayés par de nombreux médias « libéraux » qui soutenaient Clinton.
L’idée était d’accuser Wikileaks d’être le pion de Poutine qui cherchait à influencer les élections américaines et ses résultats – confirmée par la CIA vendredi dernier – pour faire élire Donald Trump.

Donc toute promotion de ces emails, à la télé, dans les journaux et sur internet revenait, selon les Démocrates, à faire le jeu des Russes et aider Trump.
A l’époque Politifact avait affirmé que « si la plupart des emails n’ont pas été modifiés, [les experts] pensent qu’il y a une chance que quelques-uns aient été trafiqués » – Des propos partagés dans cette analyse par des spécialistes de la cybersécurité et une ancienne avocate de la NSA.

Pourtant la campagne de Clinton n’a pas été capable de fournir une preuve que certains des derniers emails piratés [ceux de Podesta] était frauduleux. Nous avons demandé à la campagne et ils nous ont redirigés vers le piratage du Comité National Démocrate, les inquiétudes du gouvernement sur les fausses preuves de fraude électorale, et faux sites d’infos qui diffusent de fake news sur les emails de Wikileaks.
(…)

Pourquoi est-ce que les proches de Clinton ne fournissent pas de preuves que les emails ont été trafiqués, en publiant par exemple les originaux?
Les experts pensent à un calcul politique.

En affirmant que les emails peuvent être faux, ils n’ont pas à répondre des faits énoncés dans ces emails.

Pour Glenn Greenwald, le fondateur de The Intercept, la désinformation du camp Clinton qui a été relayé par le mainstream media et les réseaux sociaux, est aussi dangereuse que celles produite par les sites alt-right pour favoriser Donald Trump

Affirmer que les emails diffusés par Wikileaks étaient falsifiés ou faux – et doivent dès lors ne pas être pris en compte – constitue de la désinformation diffusée non par des adolescents de Macédoine ou le Kremlin mais par des médias établis comme MSNBC, The Atlantic ou Newsweek. Et cette désinformation s’est répandue comme une traînée de poudre sur internet, a été lue et partagée des dizaines de milliers de fois par des gens déterminer à y croire. Le résultat de cette campagne délibérée de désinformation, c’est que quiconque s’est intéressé à ces emails s’est vu dire qu’ils étaient faux.

Des journalistes sérieux ont relayé des fake news uniquement par ce qu’elles servaient leur candidat et ont volontairement tenté de discréditer Wikileaks sans jamais s’être rétractés depuis – même après les aveux d’un supporter pro-Clinton recueillis dans le Daily Beast au mois de novembre.

Le problème ici va bien au delà de l’hypocrisie. Les plaintes à propos des fakes news sont typiquement accompagnés d’appels à des solutions qui impliquent la censure ou la suppression, que ce soit du gouvernement ou des géants de la technologie comme Facebook. Mais en attendant de s’entendre sur une définition précise des fake news et en attendant qu’on reconnaisse qu’elles ont été diffusés par ceux-là mêmes qui les dénoncent le plus, les dangers posées par ces solutions sont toutes aussi importantes que le problème en lui-même.

Le kiosque du samedi 10 décembre 2016

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Leçon de vulgarité à Baton Rouge

Donald Trump s’est attaqué hier à Time magazine pour avoir changé le titre de sa célèbre édition de fin d’année, dans un meeting de sa tourné USA Thank you Tour, à Baton Rouge en Louisiane sous prétexte d’être politiquement correct.
Le président-élu s’est plaint d’avoir été élu « Person of the Year » et non pas « Man of the Year » – et non parce que des femmes et même des groupes ont été récompensées.

Ca s’appelait « Homme de l’Année » et maintenant ça s’appelle « Personne de l’Année ». C’est bien, c’est politiquement correct. Ils ont été très politiquement correct.
Qui préférerait avoir « Homme de l’Année »? la foule commence à crier
Regardez toutes les femmes …

Donc pendant des années, c’était « Homme de l’Année » on est d’accord, il y a même des femmes qui ont été élu « Homme de l’Année », ce qui est un peu bizarre…
Qui préférerait avoir « Personne de l’Année »? Pas de réaction de la foule
Qui préférerait avoir « Homme de l’Année »? la foule commence crie plus fort
C’est la raison pour laquelle le business des magazines ne se porte pas bien. Pensez-y

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Obama a-t-il laissé les Russes influencer les élections présidentielles américaines?

Le Washington Post a révélé hier soir que la CIA a reconnu les ingérences de la Russie dans les élections présidentielles américaines en faveur de Donald Trump – les services secrets américains savent désormais que le Comité National Républicain a lui aussi été piraté mais le contenu n’a pas été donné à Wikileaks, comme ils l’ont fait pour le Comité National Démocrate.
La future Administration a immédiatement discrédité les conclusions de la CIA:

Ce sont les mêmes personnes qui ont dit que Sadam Hussein avait des armes de destruction massive. L’élection s’est terminée il y a longtemps avec l’une des plus importantes victoire du Collège Electorale. Il est temps d’avancer et « de rendre sa grandeur à l’Amérique. »

Le rapport « Lessons Learned » commandé par l’acutel président à la CIA pour mettre toute la lumière sur les exactions russes pendant la campagne devrait être rendu avant son départ.
Au mois de septembre dernier, des réprésentants de l’Administration Obama n’ont pas réussi à mettre en place une commission bipartisane chargée de surveiller et dénoncer la menace russe car certains Républicains doutaient de la véracité des informations collectées par les services de renseignements. Pire, Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat aurait menacé de politiser l’affaire si le rapport était rendu public – depuis, la femme de McConnell a été nommé à la tête du ministère des Transport par l’équipe de transition.
« Le refus de la Maison Blanche de répondre aux soupçons d’une interférence russe avant l’élection a agassé les Démocrates de Washington et les membres de la campagne d’Hillary Clinton » rapporte le Post.
Il fallait agir quand il était encore de temps de le faire, et quand l’Administration Obama en avait les moyens se défend aujourd’hui Adam B. Schiff, un républicain de Californie:

Le manque de réponse de l’Administration sur le piratage russe ne peut pas être atttribué au Congrès. L’administration avait tous les moyens de répondre. Ils avaient la possibilité d’imposer des sanctions, ils avaient la possibilité d’agir clandestinement. L’Administration a décidé de ne pas les utiliser pour dissuader les Russes, et c’est là le problème.

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Une purge anti-greenies

US Department of Energy

Donald Trump a bien l’intention de poursuivre son agenda pro-réchauffement climatique ces quatre prochaines années. Il a nommé cette semaine à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement, Scott Pruitt, un climatosceptique convaincu et assumé, proche des frères Koch, et fervent critique du programme environemental poursuivi par l’EPA sous Obama.
Bloomberg rapportait hier que l’équipe de transition a soumis une questionnaire au Département de l’Energie demandant entres autres une liste de tous les noms des employés et contractuels des agences fédérales ayant travaillé sur les politiques sur le changement climatique.
Les 13 000 employés du Département ont été très surpris de cette demande et beaucoup craignent aujourd’hui d’être la cible « d’une chasse aux sorcières » de la prochaine administration.

Des représentants de l’équipe de transition affirment qu’aucune purge n’est prévue mais qu’ils agissent en faveur d’un « gouvernement transparent ».

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Des manifestations anti-Trump auront-elles lieu à Washington?

En marge de la cérémonie d’investiture de Donald Trump qui aura lieu le 21 janvier, plusieurs manifestations ont été prévues avant, pendant et après les festivités et parmi elles, la Women’s March on Washington, People’s Action et Answer Coalition.
Les rassemblements ont généralement lieu sur les pelouses du Lincoln Mémorial et de la grande obélisque, le Washington Monument, gérées par le National Service Park, qui délivre les permis. Le service, qui dépend du gouvernement fédéral donne tous les quatre ans la priorité au Présidential Inaugural Committee pour organiser les évènements consacrés au nouveau président, et donne les emplacements qui restent aux différentes groupes qui invoquent leur « First Amendment Permit ».

Le Comité en charge de l’inauguration ne s’est pas encore décidé et certains s’inquiètent qu’il décide de monopoliser tout le centre de Washington pour empêcher la tenue de contre-manifestations qui devraient ramener beaucoup de monde.

Le sapin de Montreal

Certains Montréalais de New York étaient furieux hier que leur ville soit devenue en une semaine la risée du monde: une première fois lundi avec carambolage « au ralenti » impliquant deux bus et plusieurs voitures à cause d’une pente verglacée.
Hier rebelote, mais à cause d’un immense sapin installé dans un quartier « arty » de la ville et qui suscite beaucoup de commentaires et de moqueries de la part des médias, télés et même du maire de Québec, Regis Labeaume.
La raison? Sa forme, il est moche, tout en longueur, un feuillage pas très feuillu, il est de travers et il a une tête carrée.

 

 

 

Etats-Unis: Le parti démocrate doit-il dépasser le « libéralisme identitaire »?

La stratégie du parti démocrate qui repose traditionnellement sur la défense et la mobilisation des identités (de race, de genre ou de sexe) serait responsable, selon certaines critiques, de la défaite d’Hillary Clinton aux élections présidentielles américaines.
Un appel à dépasser ce « libéralisme identitaire » oppose une fois de plus les Démocrates et les Républicains, alors que Bernie Sanders, qui a fait campagne sur les difficultés économiques du pays des classes moyennes, pourrait bien incarner une nouvelle voie.

Dimanche dernier, Mark Lilla, professeur d’Humanités à Columbia University, a publié une tribune dans le New York Times, intitulée « The End of Identity Liberalism » dans lequel il explique que la politique identitaire (Identity Politics) qui a eu une influence majeure sur les liberals et progressistes américains depuis les années 70, les aurait empêchés de « devenir une force fédératrice capable de gouverner ».

Un thème postélectoral récurrent nous rappelle Matthew Yglesias dans Vox:

Quand le parti démocrate remporte des élections, l’opposition dénonce la « politique identitaire » comme une forme de totalitarisme, tandis que quand ce même parti perd les élections, l’opposition avance que les arguments fondés sur l’identité sont responsables de leur perte.

Les démocrates considèrent depuis des décennies la promotion et la défense des minorités comme un enjeu électoral majeur qui a leur permis de s’attirer la plupart des votes afro-américains,  latinos, LGBT, et féminins lors des dernières élections. « Des principes pédagogiques très louables moralement » selon Lilla qui ont permis aux minorités de s’émanciper mais qui peuvent se révéler « désastreux au fondement des politiques démocratiques actuelles ».

La critique de Clinton a été exploitée par l'équipe de Trump
La critique de Clinton a été exploitée par l’équipe de Trump

L’erreur de Clinton a été de ne pas inclure les classes ouvrières blanches et les groupes religieux comme des minorités à part-entières, qu’elle a contraire stigmatisé en les traitant de « déplorables » – et qui ont répondu en soutenant majoritairement son adversaire.

Mais pour le professeur de Columbia, il ne s’agit pas seulement de la faillite d’une tactique électorale mais d’une vision plus générale de la société, de la tension entre identité individuelle et collective au sein d’une démocratie aussi diversifiée que celle des Etats-Unis.

Mais la fixation sur la diversité dans nos écoles et dans la presse a produit une génération de libéraux et de progressistes narcissiques, inconscients de ce qui se passe en dehors de leur groupe prédéfini et indifférent à la nécessité d’essayer comprendre l’ensemble des Américains quelque soit leur style de vie.

Plutôt que d’intégrer dès le plus jeune âge, à travers l’enseignement et l’éducation, les « concepts de classes, de guerre, d’économie et du bien commun », on apprend « aux enfants à parler de leur identité individuelle avant même d’avoir construit la leur » et quand ils arrivent à l’université, « beaucoup d’entre eux pensent que le discours sur la diversité est plus important que le discours politique ».
Et l’auteur de noter combien cet intérêt pour la diversité dans les campus a déteint sur les médias « libéraux » et sur leur façon d’analyser la société et de réaliser « comment le prisme de l’identité a transformé le traitement de l’information ».

Ce qui nous amène à la politique et à l’échec que vient d’essuyer le « libéralisme identitaire » après la défaite de Hillary Clinton. « Les politiques nationales dans les périodes pérennes ne s’appuient pas sur les différences entre les individus mais sur leurs points communs » et sur l’idée de programmes qui bénéficient à tous, comme l’a défendu avec succès Bill Clinton dans les années 90 et Ronald Reagan, dix ans plus tôt, à l’origine du slogan « Make American Great Again ».

Depuis leur défaite, les démocrates ne cessent de stigmatiser les « angry white male » en accusant Donald Trump d’avoir transformé « des désavantages économiques » en « colère raciste » – la thèse dite du whitelash.
Cette interprétation des résultats électoraux à travers le concept identitaire atteint ici ses limites, et comprendre le malaise d’une frange de la société en utilisant le concept économique et sociologique de classes pourrait être bien plus constructif.

Le professeur appelle donc à un post-identity liberalism qui

  • Se concentre sur « l’élargissement de la base électorale en attirant les Américains en tant qu’Américains et s’intéressant aux problèmes qui affectent la majorité d’entre eux »
  • Consiste à former des citoyens « au courant de leur système de gouvernement et des forces et évènements majeurs de leur histoire ».
  • Défend l’idée d’une démocratie qui offre des droits mais qui a aussi des devoirs de rester informé et de voter
  • Une presse libérale post-identitaire qui commencerait à se renseigner sur les parties du pays qui ont été ignorées, et d’essayer d’éduquer les Américains sur les forces majeures qui influencent les monde politique, surtout dans leur dimension historique

Un programme qui ressemble assez à ce que la France enseigne à ses élèves, collégiens et lycéens, et ce qu’une presse, même aujourd’hui limitée, continue d’essayer d’offrir à ses lecteurs – mais l’histoire politique, économique et sociale de la France est très différente de celle des Etats-Unis, et la composition démographique de l’Hexagone encore plus éloignée.

La réponse de Matthew Yglesias aux arguments de Mark Lilla:

La réalité, pourtant, est celle que la politique n’est pas et ne sera jamais un séminaire sur les politiques publiques. Les gens ont des identités, et les gens se mobilisent politiquement autour de ces identités. Il n’y a pas d’autre moyen de faire de la politique que de faire de la politique identitaire

Et par politique identitaire, il entend « atteindre les groupes non-blancs et rien d’autre » et que l’histoire politique et électorale des Etats-Unis a été façonnée par cet appartenance identitaire. Il va plus loin en reprenant les propos de Christopher Achen et Larry Bartels dans leur récent ouvrage Democracy for Realists qui affirment que l’identité est le facteur décisif sur lequel un électeur américain va choisir son candidat, bien avant son charisme, son programme ou son appartenance politique.

Alors que la revue conservatrice The National Review défend le point de vue de Mark Lilla, elle défend également « une voix de la raison » initiée par Bernie Sanders, qui affirmait récemment dans une critique à peine cachée contre le parti démocrate, qu’il fallait aller « au delà de la politique identitaire »:

Ce n’est pas convaincant que quelqu’un dise « je suis une femme, donc votez pour moi ». Non, ce n’est pas assez. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une femme qui a les tripes d’affronter Wall Street, les compagnies d’assurances, les compgnies pharmaceutiques, et l’industrie de l’énergie fossile ».

Selon l’ancien prétendant à la candidature démocrate, il faut équilibrer les arguments économiques et identitaires pour convaincre le maximum d’électeurs et gagner les élections – et notant au passage que le parti démocrate a perdu son aura auprès des classes moyennes et ouvrières qui ont donné la victoire à Trump.

Ce sera le grand enjeu du parti démocrate ces prochaines années.

***

Pour continuer la lecture, d’autres articles pour vous éclairer

 

« Voter Suppression »: les stratégies de démobilisation des électeurs américains

Dans une campagne ou toutes les règles du jeu politique ont été bafouées les unes après les autres, des supporters de Trump et membres de son staff ont décidé de s’attaquer aux électeurs de Clinton en les empêchant par tous les moyens de voter le 8 novembre.
Un travail de « démobilisation électorale », appelé « voter suppression » qui a été entrepris depuis des années par les Républicains, à l’encontre des minorités.

Les règles de vote différentes selon chaque état

Les Etats-Unis d’Amérique ont des règles électorales différentes selon les états, et contrairement à la France, aucun d’entre eux n’offre de carte d’électeur. La principale pièce d’identification est le permis de conduire qui garantit de fait l’inscription à un registre de vote, si l’individu est un citoyen américain de plus de 18 ans, alors que d’autres états autorisent l’inscription le jour même de l’élection, dans le bureau de vote.

L’inscription électorale peut s’accompagner d’une affiliation à un parti politique (démocrates, indépendant, républicains) ou non (non-affilié) dans une trentaine états qui permettent aux électeurs de voter lors des Primaires qui précèdent la campagne présidentielle. L’affiliation à un parti politique n’implique pas nécessairement le vote pour ce même parti le jour des élections, et un individu a le droit de voter le parti adverse.

ballotpedia.org
ballotpedia.org

34 états obligent ses citoyens à apporter une pièce d’identité le jour des élections pour pouvoir voter, certains avec une photo (driver licence, carte d’identité émise par l’état, passeports), d’autres sans (facture de téléphone, relevé de banque) tandis que 18 autres états ne demandent aucun document prouvant l’identité de l’électeur. Le contrôle s’effectue avec une signature, ou des informations personnelles, comme leur nom et adresse, qui doivent être inscrites sur le registre de vote.

La politisation des Voter ID Laws

Aux Etats-Unis, les conditions d’identification des électeurs, propres à chaque états, se sont renforcées et politisées ces dernières années. En 2000, la majorité des états ne demandait aucun document d’identification aux électeurs, et 16 ans plus tard, la tendance s’est inversée, et une majorité des états requiert une forme d’identification à ses citoyens pour pouvoir exercer leur droit de vote.

Le renforcement de la législation dite des voter ID laws a été présenté comme un effort de « lutte contre la fraude électorale et [la protection de] l’intégrité de l’élection » par la grande majorité des républicains qui les ont mis en place – les démocrates y voient un moyen d’empêcher les plus vulnérables de pouvoir voter:

Les experts électoraux affirment que les minorités, les pauvres et les étudiants qui ont tendance à voter démocratique, sont parmi ceux qui sont le moins susceptibles d’avoir un permis de conduire valide, la pièce d’identité la plus couramment demandée. Les personnes âgées, un autre groupe qui a moins de chances d’avoir un permis, figurent parmi les « électeurs pivots », ceux susceptibles de changer d’avis

Ces mêmes républicains auraient ces deux dernières années, dans treize différents états, réduit la durée des votes anticipés et provoqué des attentes interminables dans les bureaux de vote cette semaine. Ils ont également rendu plus difficile les modalités d’inscription aux registres électoraux

Le programme Interstate Crosscheck

« Ce qui risque de miner la démocratie en novembre, c’est la culmination d’une décennie d’efforts des Républicains de supprimer le droit de vote sous l’apparence de lutter contre la fraude électorale » explique le magazine Rolling Stone cet été qui prend l’exemple de Intersate CrossCheck: un programme mis en place en 2005 dans le Kansas censé vérifier qu’un électeur n’est enregistré que dans un état du pays pour éviter qu’il puisse voter à deux reprises.
Le programme, aujourd’hui partagé par 28 états, a recensé près de 7 millions de personnes soupçonnées d’être enregistrées dans deux états différents alors que seulement 4 personnes ont été depuis reconnus coupables de ce genre de fraude électorale grâce à CrossCheck

Alors que les noms, prénoms, deuxième prénoms, date de naissance et les quatre derniers du numéro de sécurité sociale doivent correspondre d’un état à un autre pour être considéré un double enregistrement, les analyses des données de Crosscheck par Rolling Stone montrent que de nombreuses comparaisons n’incluent ni deuxième prénom, ni date de naissance, ni numéro de sécurité sociale.
les premières victimes de cette « méthodologie enfantine » selon un expert seraient des individus aux noms afro-américains, latinos et asiatiques.

Chaque électeur que l’état liste comme ayant un double enregistrement reçoit une carte anonyme écrite en minuscule. L’électeur doit vérifier son adresse et renvoyer au secrétariat de l’état. Si la carte n’est pas renvoyée, le processus qui consiste à supprimer votre nom du registre de vote commence.

Il est impossible de savoir le nombre d’électeurs qui ont été victimes de cette « purge électorale » mais elle contribue à diminuer « la mobilisation des électeurs, [qui] favorise traditionnellement le GOP ».

La « voter suppression » façon Trump

Dans l’une des enquêtes les plus intéressantes de cette campagne électorale, Bloomberg Businessweek a eu accès à la stratégie mise en place ces dernières semaines par les plus proches conseillers de Trump, Jared Kushner, son gendre, Steve Bannon son directeur de directeur et Brad Pascale.

« Ni la campagne de Trump, ni la Convention Nationale Républicaine ne s’est concentrée sur la mobilisation de 47 millions d’électeurs blancs sans diplôme qui représente la source la plus accessible de nouveaux votes (…) Au contraire, la campagne de Trump a conçu une autre stratégie, par la négative. Au lieu d’élargir l’électorat, Bannon et son équipe essayent de le rétrécir. « On a trois opérations en cours qui visent à limiter l’électorat (…) Trois groupes dont Clinton a besoin si elle veut gagner les élections: Les libéraux blancs idéalistes, les jeunes femmes, les afro-américains »

Pour ceux qui ont suivi le dernier débat présidentiel, Trump y a évoqué les emails de Wikileaks et le Traité Trans-pacifique (destinés aux libéraux blancs idéalistes), les accusations des femmes à l’encontre de Bill Clinton (destinés aux jeunes femmes) et les « super prédateurs » (destinés aux Afro-Américains).
Les proches du candidat républicain ont choisi de cibler leurs attaques sur ces trois groupes en utilisant spots télés, radios et médias sociaux pour véhiculer des messages anti-Clinton et qui sont prêts à utiliser la désinformation pour démoraliser l’électorat susceptible de voter Clinton.

Internet et les fausses informations

Les américains les appellent les « trolls », ce sont des internautes qui lancent des rumeurs, campagnes de dénigrement et toutes formes cyberbullying sur internet et les réseaux sociaux.
Beaucoup se réclament du mouvement alt-right, proche de Breitbart News et Drudge Report, ces médias trash-conservateurs qui ont atteint le grand public durant cette campagne présidentielle.

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Depuis plusieurs jours ces derniers postent de fausses informations, sous forme de publicité utilisant notamment le logo de Hillary Clinton, pour tenter de garder les électeurs de Clinton en dehors des bureaux de vote le 8 novembre.
Comme exemple de désinformation: la possibilité de voter par texto, ou l’extension du vote jusqu’au 9 novembre, la nécessité d’apporter un acte de naissance pour pouvoir voter.

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Exemple de désinformation sur Twitter appelant à apporter toutes sortes de pièces d’identification pour pouvoir voter

De nombreux utilisateurs ont dénoncé ces messages, et les posts incriminés ont été supprimés des réseaux sociaux et le compte de leur auteur annulé.

Intimidation dans les bureaux de vote

Depuis que le candidat républicain affirme que les élections sont truqués, certains de ses supporters se sont regroupés pour aller « surveiller » les bureaux de vote le jour J et veiller a « prévenir toute fraude électorale » – ceux que les démocrates ont interprété comme des tentatives d’intimidation des électeurs: aller les interroger sur le choix de leur candidat, les photographier dans les bureaux de vote, ou même leur bloquer l’entrée.

Dans le swing state d’Ohio, le juge fédéral a d’abord donné raison aux démocrates en pénalisant toute tentatives d’harcèlement de ces poll watchers avant que la cour d’appel de cet état annule la décision.

Les démocrates ont déposé plainte contre le comité national républicain dans cinq autres états contre ces tactiques visant à empêcher certaines minorités ou populations de voter, mais aucune n’a réussi à passer. Les Républicains ont nié ces accusations en faisant valoir le manque de preuve tangibles

 

Il faut attendre demain soir pour évaluer l’efficacité des stratégies de démobilisations, législatives, physiques et numériques mises en place par les républicains, conservateurs et supporteurs de Trump qui ont marqué cette campagne presque autant que les stratégies de mobilisation défendues par les Démocrates.