29.09.17

 

1. Bannon part en guerre

 

  • La personnalité qui a dominé la vie politique américaine cette semaine est l’un de ses plus fervents et bruyants « disrupters »: Steve Bannon qui fait à nouveau la couverture de Businessweek, deux ans après une première cover story qui l’avait qualifié « d’agent le plus dangereux de Washington ».
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  • Il compte utiliser la victoire de son candidat, Roy Moore, dans les partielles républicaines d’Alabama mardi, contre celui du parti soutenu par Trump, pour punir ses adversaires politiques, l’establishment du parti républicain (Paul Ryan et Mitch McConnell) tout en restant fidèle au président, qui reste le meilleur ambassadeur de sa doctrine populiste. 
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  • Steve Bannon veut développer et consolider l’aile populiste du GOP en recrutant des candidats « insurgés » pour affronter sur leurs terres les candidats républicains sortants (Mississippi, Tennessee, Arizona, Nevada, Michigan et du Maine) et essayer d’y décrocher les mêmes victoires que celle d’Alabama.
    Et il le crie haut et fort à qui veut bien l’entendre: « On part en guerre (…) Et ce n’est pas une bataille d’oreillers, c’est une vraie guerre. »
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  • Pour ce faire, il peut compter sur la fortune de la famille Mercer, qui a investi dans Breitbart en 2012, dans la campagne de Trump en 2016 et qui figurent aujourd’hui parmi les plus importants donateurs conservateurs. * « Alabama Victory Provides Blueprint for New Bannon Alliance »New York Times

 


2. Vers un troisième bloc parlementaire?

 

  • Contrairement au « Freedom Caucus », le groupe parlementaire ultra-conservateur, directement inspiré du mouvement du Tea Party, les futurs « insurgés » n’ont « aucune vision idéologique cohérente » si ce n’est une haine de la classe dirigeante, et de son leader, Mitch McConnell:
     

    Bannon: On va rendre Mitch McConnell tellement toxique. On va tout simplement dire aux gens: Si McConnell vous soutient, vous êtes fini … Ca va foutre les jetons à tout le monde.

 

  • Politico appelle cela « le scénario cauchemardesque des Démocrates et des Républicains« : la formation d’un « bloc Trump » au Sénat aux élections de mi-mandat en 2018 qui provoque un dysfonctionnement total du Congrès américain.
     

    Mais certains analystes politiques commencent à s’interroger sur les conséquences pour le « Disrupter-in-Chief », qui est à la fois un symptôme, l’instigateur et la victime du dysfonctionnement de Washington. Les Républicains qui ont affronté Trump lors des primaires du parti affirment que les forces qu’il réussit à déchaîner peuvent lui échapper et l’empêcher d’achever son programme au Congrès américain et ternir son héritage politique. 

    * « Steve Bannon is looking for retribution after Alabama win. And he’s recruiting »CNN Politics
    * « Moore’s win conjures 2018 nightmare – for both parties »Politico

 


3. Washington Jet Set

 

  • Tom Price, le ministre de la santé de Trump, a dépensé un million de dollars en frais des transports lors de ses différents déplacements à l’étranger ces six derniers mois. Des dépenses importantes qui contredisent l’une des missions que s’est donnée la nouvelle administration et son président: « vider le marécage » (« Drain the Swamp ») de Washington.
    Même si Price s’est engagé à rembourser ces frais, il est sur la sellette et Trump devrait se prononcer sur son sort aujourd’hui.

 

  • L’analyse qu’en donne le National Review est juste et devrait être prise en compte par les Républicains et les Démocrates.
     

    Au delà du « parfait scandale populiste », on sent bien que ce qui bloque les Américains, ce ne sont pas forcément les divergences de point de vue politiques (…) mais le ressentiment envers cette arrogance et ce bon-droit d’un groupe que les Américains pensaient pendant longtemps ne pas avoir: La classe dirigeante.
    Ils ne vivent pas comme nous. De temps en temps, l’un d’entre eux les embarrasse tellement qu’il est jeté aux loups – feu Anthony Weiner – mais les habitants des quartiers dorés de Washington et New York retombent toujours sur leurs pieds. Si vous échouez misérablement à Washington, vous finirez … autre part à Washington, à faire de l’argent comme lobbyiste ou consultant. Au pire vous terminerez à enseigner un séminaire à la Kennedy School et vous profiterez des plaisirs que la vie à Harvard a à offrir.

    * « Washington Jet Set »National Review

 

 


4. Immigration: Où sont les bad hombres?

 

  • L’immigration, c’est le thème numéro un de l’administration Trump, qui lui a permis de remporter les suffrages de l’électorat blanc et rural inquiet des bouleversements démographiques du pays: En attendant l’éventuelle construction d’un mur, le président a renforcé les moyens et les effectifs des « border patrols », des agents de l’Immigration & Customs Enforcement (ICE) afin qu’ils puissent arrêter et expulser les « trois millions de trafiquants de drogues, criminels qui vivaient illégalement sur le territoire américain ». 
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  • Mais les derniers chiffres de l’ICE sont loin des résultats espérés par l’administration: 211 000 immigrés ont été expulsés entre octobre 2016 et novembre 2017 contre 240 000 l’année précédente, même si les arrestations ont augmenté de 43% depuis l’investiture de Trump. C’est son prédécesseur, Barack Obama qui garde le statut de « Deporter-In-Chief ».
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  • Les raisons:
    • La force de persuasion de Trump qui a fait dramatiquement baissé le nombre d’étrangers prêts à entrer illégalement aux Etats-Unis
    • La réaction des associations de défense d’immigrés, soutenues par les aides financières et techniques de professionnels et capables de venir rapidement en aides aux prisonniers et détenus.
    • Le flot d’arrestations s’accumulent dans les cours fédérales avec près 600 000 cas en attente et « ça pourrait prendre des années avant que des migrants arrêtées sous Trump soient physiquement expulsés »

      * « Deportations slow under Trump despite increase in arrests by ICE »The Washington Post

5. Le business de la mort

 

  • La Virginie Occidentale, l’Etat le plus touché par la crise des opiacés, responsable de la mort 62 000 personnes aux Etats-Unis l’année dernière, a déboursé entre octobre 2016 et novembre 2017, presque 900 000 dollars à des entreprises privées pour le transport de ses cadavres.
     

    Plus de 880 personnes sont décédées d’une overdose de drogues en Virginie Occidentale l’année dernière – un nombre record. L’Etat à le pire taux de morts par overdose dans le pays. Chaque overdose demande au minimum deux transports, du lieu du décès à la morgue, puis de la morgue aux pompes funèbres. Chaque corps doit être autopsié et un rapport toxicologique doit être effectué pour déterminer les drogues qui ont causé la mort.

     

  • Pire, une société qui détient le monopole de cette activité au niveau de l’Etat, aurait surchargé ses honoraires, multiplié les erreurs de facturation pour un montant total de 140 000 dollars entre 2010 et 2014 sur plus de trois millions de dollars engrangés depuis 2003.* « Opioid Crisis Drives A Grim Business in West Virginia: Body Transport »Huffington Post

 

 

 


6. Merkel trollée

 

 

  • Comment la firme américaine, Harris Media, qui a organisé les campagnes agressives de Donald Trump, Sarah Palin et Mitch McConnell a aidé le parti raciste allemand à récolter près six millions de voix 
     

    Ces sites, et les publicités en ligne qui en font la promotion sont monnaie courante dans la politique américaine: A tous les niveaux, présidentiel, du Congrès et même local, des experts en stratégie numérique construisent des sites internet d’opposition pour aider leurs clients à affaiblir leurs adversaires. Mais en Allemagne, où les campagnes négatives ressemblent davantage à un désaccord politique, c’était sans précédent. 

     

  • Ce genre de campagnes a eu des effets dévastateurs aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, l’Allemagne vient d’être touchée et la France sera sans doute la prochaine: les partis traditionnels vont devoir s’adapter à ces rhétoriques racistes et violentes et trouver la réponse adéquate sans tomber dans le même piège.* « Germany’s Right-Wing Populists Are Importing U.S.-Style Campaign Tactics »The Atlantic 

 


7. A écouter: « The Disappearance of Maura Murray »

 

 

  • Le dernière séri-docu de Oxygen sur la disparition de Maura Murray par la journaliste Maggie Freleng: En février 2004, l’étudiante de 21 ans prévient ses professeurs qu’elle doit s’absenter quelques jours à la suite d’un décès familial qui n’a jamais eu lieu. Elle vide sa chambre, retire tout l’argent qu’elle possède et quitte la ville. Quatre heures plus tard, elle est victime d’un accident de voiture et sans attendre l’arrivée rapide de la police, réussit à se volatiliser sans laisser de traces, ni de message…
  • L’article du Amherst Bulletin sur la série.

 


8 .Couverture du Jour

 

 

  • Impossible de passer à côté du dernier numéro de The Economist, le magazine anglais qui a annoncé pendant des années la banqueroute française, et qui depuis le traumatisme du Brexit, a trouvé en Emmanuel Macron, le sauveur de l’Europe.
     

    Qui dirige l’Europe? Au début, la réponse était évidente. Angela Merkel est destinée à remporter une quatrième victoire aux élections, la Grande Bretagne hors-jeu, l’Italie à plat et la France paralysée par la perspective que Marine Le Pen devienne le Donald Trump français. Cette semaine, tout a changé. Mme Merkel a remporté les élections avec une marge tellement réduite qu’elle apparait diminuée (…) De l’autre côté du Rhin, avec un parlement dominé par un nouveau parti qui lui est dévoué, le président français Emmanuel Macron regorge d’ambitions (…)Un leader s’impose qui semble courageux, discipliné et réfléchi. Courageux à cause de la réforme du travail mets du temps à créer de l’emploi et qui récompense les successeurs politiques de ceux qui font le sale boulot.

    * « The Spotlight shifts from Germany to France » – The Economist

En diplomatie, « Trump agit comme un touriste bourré »

 

Les Médias américains étaient unanimes durant ce week-end: Le voyage à l’étranger de Trump à été une catastrophe pour les relations entre les Etats-Unis et l’Europe. 

 

  • « Une catastrophe » politique:
    • Il a été extrêmement conciliant avec l’Arabie Saoudite à qui il a réitéré un soutien sans précédent et promis de « ne pas donner de leçon » alors que le pays soutient depuis des décennies une vision intolérante de l’islam et offre un soutien financier et logistique clandestin à Daech et d’autres groupes sunnites radicaux de la région. La défaite de Daech est l’une des promesses de campagne du président.
    • Il a été volontairement défiant envers les membres de l’OTAN en refusant de réaffirmer l’article 5 qui garantit la défense mutuelle contre toute attaque extérieure même si le chef de la sécurité nationale, H.R.McMaster affirme le contraire.
      Il les a également critiqué « pour ne pas payer ce qu’ils devraient payer ».
    • Il a refusé de réitérer son engagement envers l’Accord de Paris sur le climat contrairement aux six autres pays du G7 qu’il a visiblement irrité.

 

  • Les conséquences
    • Angela Merkel l’a bien compris hier en affirmant que « l’Europe devait prendre en main son destin » et pourraient signaler un « changement potentiellement sismique dans les relations trans-atlantiques » selon le New York Times.
      Jamais les relations entre l’Allemagne et les Etats n’avaient été au plus bas.
    • Emmanuel Macron a affirmé que la fameuse poignée de main n’était pas anodine et qu‘il n’avait aucune intention de se laisser intimider par le président américain.
      Par ailleurs il a symboliquement rappelé son soutien à Angela Merkel, en l’embrassant avant de serrer la main Trump à Bruxelles le 25 mai dernier.
    • Pour Ivo H. Daaler, ancien ambassadeur américain de l’OTAN: « C’est la fin d’une époque, celle où laquelle les Etats-Unis dirigeait et l’Europe suivait. »
    • Le président Trump a voulu satisfaire son électorat américain plus que les chefs d’Etat alliés et a suivi les propos tenus en campagne.

 

  • « PR Nightmare »: Trump a aussi enchaîné les gaffes
    • La vidéo de Trump qui bouscule le Premier Ministre du Montenegro.
    • Le « bras de main » perdu contre Emmanuel Macron.
    • La réprimande publique contre les membres de l’OTAN qui ne payent pas leur dû – Dixit un chantre de la gruge fiscale.
    • Le statu quo concernant l’accord de Paris sur le climat, pimenté par tweet digne de The Apprentice, son ancienne émission de télé-réalité: « J’annoncerai ma décision cette semaine ».

 

  • Des médias américains dépités et enjoués.
    • Ceux qui soutiennent le président pensent qu’il a fait un travail formidable à l’instar du New York Post, qui salue une performance « claire, concise et disciplinée » et un « succès remarquable » à l’étranger.
    • Breitbart était satisfait de voir Merkel furieuse mais aimerait que Trump retire pour de bon les Etats-Unis de l’accord de Paris, comme il l’a promis lors de la campagne.
    • Joe Scarborough, conservateur et présentateur de l’émission politique quotidienne, « Morning Joe » sur MSNBC:

      Le voyage de Donald Trump a été le pire pour les intérêts américains depuis le désastreux sommet de Vienne entre JFK et Khrouchtchev en 1962

    • Ce matin, Joan Walsh, correspondante à The Nation:

      [Donald Trump] a battu celle qui aurait dû être la première femme présidente [des Etats-Unis] mais il a propulsé une femme à la tête du monde libre.
      Parce que c’est Angela Merkel désormais. Il a abdiqué.

    • Un représentant du Département d’Etat a déclaré sous couvert d’anonymat au Daily Beast :

      Quand il s’agit de diplomatie, Trump se comporte comme un touriste bourré. Beauf et bruyant, qui prend toute la place sur la piste de danse et qui marche sur les pieds des autres sans s’en rendre compte. Complètement inefficace.

The Economist: Cette Révolution Française qui va bouleverser l’Europe

Une fois n’est pas coutume, The Economist, la revue économique anglaise montre de l’intérêt pour la France et pour de bonnes raisons: Les élections présidentielles 2017, « les plus excitantes de ces dernières décennies », devraient « enfin » bouleverser le pays, mais l’Europe tout entière!

Comme en Angleterre et aux Etats-Unis, la traditionnelle division droite-gauche est remis en question pour la première fois depuis 1958 par deux « insurgés », Marine Le Pen à l’extrême-droite et Emmanuel Macron au centre gauche. Mais surtout « le réalignement qui en résultera aura des répercussions bien au delà de la France. Il pourrait revitaliser l’Union européenne, ou la détruire ».

L’hebdomadaire l’admet, aucun des deux candidats n’est vraiment un outsider de la scène politique française, Marine Le Pen ayant fait sa carrière au FN et Macron, ses armes en tant que ministre de l’économie de François Hollande, et les deux savent « profiter de la frustration des Français » et « représentent une répudiation du statu quo » avec des programmes radicalement différents. 

The Economist ne soutient aucun candidat même si sa ligne éditoriale est plus proche de celle de Emmanuel Macron, « dont la victoire serait la preuve que le libéralisme attire encore les Européens.
Après les retournements politiques du Brexit et des Etats-Unis, à la France de montrer qu’elle n’est pas tombée elle aussi sur la tête.

Un petit rappel des gentillesses de The Economist envers notre beau pays!