Il y a 5 ans, Occupy Wall Street

Poster Original du rassemblement à  Zuccotti Park le 17 septembre 2011
Poster Original du rassemblement à Zuccotti Park le 17 septembre 2011

Il y a cinq ans, l’un des mouvements de contestation les plus importants que le pays ait connu s’installait à Zuccotti Park, dans le très symbolique Financial District de Manhattan, pendant près deux mois: Au slogan de « We are the 99% », Occupy Wall Street est une critique globale des dérives du système financier, qui s’était effondré trois ans plus tôt, et des inégalités sociales et économique qu’elles ont continué à engendré.

Le Kiosque, qui en était à l’époque à ses balbutiements, s’était rendu sur place et avait publié une analyse du mouvement au début du mois de novembre, une semaine avant l’intervention des forces de police, sous l’autorité du maire de l’époque Michael Bloomberg, qui avait évacué les manifestants.

Les médias américains ont largement relayé le mouvement Occupy Wall Street qui a commencé à New York au milieu du mois de septembre dernier. Parti d’un sitting réunissant principalement des étudiants en colère contre les abus de la machine financière mondiale, principale cause selon eux du marasme économique ambiant, le mouvement réunit chaque jour quelques milliers de manifestants, jeunes et moins jeunes d’origine sociales confondues et veut s’inspirer des vagues d’indignation qui ont touché l’Espagne, la Grèce, l’Egypte plus tôt cette année.
(…)
L’enjeu est de savoir si ce mouvement va s’éteindre aussi vite qu’il est apparu ou est-ce qu’il va pouvoir se transformer en force politique, à la manière des Tea Parties, à un an de l’élection présidentielle.
pour le journaliste du Wall Street Journal, Dunstan PrialOccupy Wall Street se rapproche du mouvement populaire né il y a presque trois ans à la suite de l’élection du président Obama: les racines de la protestation, c’est la faillite des banques américaines et leur renflouement par le gouvernement américain via l’argent du contribuable, un ras-le-bol général contre la solidarité des forces dirigeantes, Washington et Wall Street, au détriment du peuple.
Ces rassemblements populaires sont symptomatiques d’une méfiance à l’égard des élites économiques et politiques et du dysfonctionnement d’un système de représentation dans lequel l’électeur ne trouve aucun relais à ses revendications.
Occupy Wall Street, comme les Tea Parties ne sont attachés à aucun des deux grands partis du pays, et sont nés d’initiatives spontanées, à la base de l’électorat américain.
(…)
Il est encore trop tôt pour pour prédire à OWS le même avenir que les Tea Parties d’autant que ce mouvement se veut d’un nouvel ordre, sans leader, sans hiérarchie, au contraire de l’évolution structurée et organisée que les mouvements populaires de droite.

Pour la journaliste du New York Times, Kate Zernike, si les deux mouvements dénoncent les mêmes injustices économiques et blocages politiques, ils diffèrent sur les causes de ces problèmes.
“ Alors que OWS blame les banques et les “supers riches”, le Tea Party accuse le gouvernement d’être responsable de la crise économique initiée par la crise des emprunts, et considère les riches comme des créateurs d’emploi qui vont aider à la relève du pays. Pour eux, la solution réside dans une moindre régulation des banques”.

Depuis la mi-septembre, le mouvement a fait de nombreux avatars partout dans le pays (Los Angeles, San Francisco, Chicago and Boston), attirant chaque jour davantage de soutien, notamment à travers les réseaux sociaux qui ont largement contribué à la diffusion de leurs dénonciations et revendications:

“Un mouvement de résistance sans leader constitué par des gens de couleur, de genres, d’obédiences politiques différentes dont le point commun est que nous sommes les 99% qui n’acceptent plus l’avidité et la corruption du dernier pourcent.”

Sidney Tarrow, du Foreign Affairs, propose lui une autre analyse du phénomene OWS comme “un mouvement d’un type complètment nouveau”.
Dans un article publié le en Octobre dernier intitulé “Why Occupy Wall Street is Not the Tea Party of the Left”, ce professeur de Cornell y décrit
un mouvement qui cherche avant tout à être reconnu, à la manière des mouvements féministes des années 70. Il n’y a pas de programme politique précis, ni de leader mais la reconnaissance d’une réalité socio-économique inégalitaire qui serait le point de départ d’un nouveau système de relations entre le gouvernement, le peuple et les entreprises. Tarrow redéfinit OWS comme un “We are here” movement, un mouvement qui à un moment donné regroupe toutes sortes de catégories socio-économiques dans une protestation commune, mais sans but explicite.

Pourtant sans buts définis, c’est l’avenir même du mouvement qui parait incertain. Depuis le début, les acteurs d’OWS refusent de se désigner un leader, ou de mettre en place une organisation, un fonctionnement qui lui donnerait davantage d’efficacité. Mais ses acteurs refusent d’évoluer comme l’ont fait les Tea Party, ni ne veulent pas être récupérés par les démocrates qui sont restés, par ailleurs, assez discrets à leur égard.

L’hiver arrive sur New York et l’occupation de Zuccotti Park va être de plus en plus difficile, notamment après la confiscation des générateurs et du fuel par la police qui permettaient aux manifestants de rester au chaud. Ce matin, le New York Times se faisait l’écho d’un éventuel retrait du mouvement après avoir tenu pendant sept semaines le haut de l’affiche, recueillant quelques 500 000 dollars de donations, la solidarité des syndicats et d’élus, et attirant chaque de nombreux supporters et badauds, venus de New York et de toute l’Amérique et même du monde entier.

Pour des lectures supplémentaires de l’époque

New Yorker
Occupational Hazards   publie le 07 novembre 2011

New York Times:
Occupy Wall Street Protest reaches a Crossroads
  publié le 04 Novembre 2011
Wall St. Protest isn’t like ours Tea Party says
  publié le 21 Octobre 2011
Times Topics: Occupy Wall Street

Fox News
Occupy Wall Street, Tea Party Movements Both Born of Bank Bailouts
  publié le 20 Octobre 2011

Foreign Affairs
Why Occupy Wall Street is not the Tea Party of the Left
  publié le 10 Octobre 2011
The Fight for Real Democracy at The Heart of Occupy Wall Street
   publié le 11 Octobre 2011

Opinion: Et si le Brexit permettait (enfin) à l’Europe de se réaliser?

La grande majorité des médias américains – et libéraux – se sont prononcés en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’union Europe, qui garantirait selon eux la – moyenne – santé du projet politique, économique et monétaire. Et si c’était tout le contraire?
Pour Camille Pecastaing, le rêve européen ne pourrait que se consolider avec le départ du Royaume-Uni: le pays n’a jamais fait preuve de grande volonté à participer au project européen, en sécurisant une position d’exception cumulant les avantages pour peu de rétributions politiques et économiques.

« Le bon côté [du brexit] c’est l’opportunité de finalement réaliser le rêve européen d’union politique qui excederait bien au delà les brèves répercussions d’une sécession britannique »