Bloomberg Businessweek: Baltimore, filmée « 24/7 »

En couverture de Bloomberg BusinessWeek la semaine dernière, le programme de surveillance de la ville de Baltimore, un avion qui survole la ville équipée de caméras ultra-puissantes et censé détecter tous les crimes. Seul ombre au tableau: la population n’a jamais été mise au courant.

Bloomberg Businessweek, Aug. 29-Sept. 4, 2016.
Bloomberg Businessweek, Aug. 29-Sept. 4, 2016.

 

Depuis de l’année dernière, le Baltimore Police Department utilise l’avion pour enquêter sur toutes sortes de crimes, des cambriolages aux fusillades. Le Cessna [nom de l’avion] survole la ville jusqu’à dix heures par jour, et le public n’en n’avait pas connaissance. Une compagnie, Persistent Surveillance Systems, basé à Dayton, Ohio, a fourni ce service à la police grâce à un financement privé.
Le public n’a jamais été informé de la mise en place programme.

Baltimore est aujourd’hui l’une des villes les plus violentes des Etats-Unis et le théâtre d’émeutes l’année dernière à la suite de l’arrestation et de la mort de Freddie Gray. L’une des 700 caméras de rue qui équipent ville a filmé l’arrestation musclée du jeune afro-américain mais aucune vidéo n’a été retrouvé du trajet du fourgon de police dans lequel il est tombé coma avant de mourrir une semaine plus tard. Une bavure  des forces de police qui va entrainer des émeutes un peu partout dans ville au mois d’Avril 2015 où sera décrétée l’état d’urgence.

Le système de surveillance aérien, qui a mis une dizaine d’années avant d’être au point et fournir des images de qualité, a été testé par plusieurs des villes des Etats-Unis, dont Los Angeles and Dayton, mais rapidement abandonné devant le flot de critiques qu’il a suscité, notamment par rapport au respect de la vie privée.
La polémique suscitée par cette technologie lui a néanmoins servi de publicité à travers le pays, et le soutien d’un milliardaire texan, qui s’est proposé de financer la mise en place du système si tant est qu’une ville veuille bien l’accepter.

Capture d'écran d'une vidéo prise de l'avion Cessna qui effectue des rondes quotidiennes au dessus de la ville de Baltimore / Bloomberg BusinessWeek
Capture d’écran d’une vidéo prise de l’avion Cessna qui effectue des rondes quotidiennes au dessus de la ville de Baltimore / Bloomberg BusinessWeek

La ville de Baltimore, après l’affaire Freddy Gray, était l’endroit idéal, et l’expérience à commencé dans l’anonymat le plus total en Janvier 2016.
Ni la mairie, ni la police n’ont signé de contrat avec la compagnie, et c’est un ancien agent de police de la ville qui a été recruté pour transmettre aux autorités des informations sur des affaires en cours, qu’elles décident ou non de prendre en compte.

Tout ce qui tourne autour de ce programme est top-secret. La ville n’a pas encore officiellement reconnu son existence, et la police a refusé toute demande d’interview. Le 10 Août dernier, un rapport du Département de Justice Américain a détaillé les abus systématiques du la police de Baltimore, des arrestations illégales et l’usage excessif de la force qui ciblent de manière essentiellement les communautés pauvres et minoritaires et entrainent des altercations inutiles avec les membres de la communauté.

Persistent Surveillance continue ses rondes aériennes quotidiennes et travaille plus régulièrement avec la police de Baltimore, « qui va décider ou non de la poursuite des vols et d’un éventuel financement ».

 

 

Cour Suprême des Etats-Unis: Le coup de gueule de Sotomayor

Sonia Sotomayor

Justice Sonia Sotomayor - Supreme Court of the United States of America
Justice Sonia Sotomayor – Supreme Court of the United States of America

La Cour Suprême des Etats-Unis rendait aujourd’hui son verdict dans l’affaire Utah contre Strieff qui devait statuer de la constitutionnalité de preuves collectées sur des citoyens lors d’une fouille, justifiée ou non, de police.

En 1996, Edward Srieff avait été illégalement arrêté par la police qui avait trouvé de la drogue sur lui. Le 4ème amendement de la Constitution des Etats-Unis « Interdit les perquisitions et saisies déraisonnables et énonce les dispositions relatives aux mandats de recherche fondée sur des motifs probables » (Wikipedia). La cour de Justice de l’Utah avait alors annulé les charges contre Srieff expliquant que les preuves collectés sur l’individu étaient non recevables car l’arrestation injustifiée.

A 5 contre 3, les Justices ont donné raison à la police, les autorisant désormais à utiliser devant le juge toutes les preuves colléctées lors d’une arrestation, quelque soient les motifs de cette arrestation.
C’est un revers flagrant pour les droits civiques des américains et surtout vis-à-vis de la population afro-américaine qui fait face quotidiennement à des arrestations illégales ou tendancieuses. Les émeutes de Ferguson en 2014 après mort de Mickael Brown et celles de Baltimore en 2015 après celles de Freddie Gray sont encore dans tous les esprits, et cette décision de la Cour de la Cour de Justice ne devrait pas arranger la situation

La Justice Sonya Sotomayor (appointée par Barack Obama) a fait savoir son mécontentement dans une « plaidoirie » très critique de la société actuelle, rongée par un racisme rampant et des communautés fragilisées, que l’Instance Juridique du pays devrait protéger plutôt que de rendre encore plus vulnerables.

Surtout, et une fois n’est pas coutume, elle cite les écrits d’auteurs afro-américains qui ont marqué à l’instar de W.E.B Du Bois, James Baldwin ou encore de l’essayiste contemporain, Ta-Nehisi Coates et son excellent, Between the Wolrd and Me sorti en 2015

La cour aujourd’hui stipule que la découverte d’une contravention impayée justifie la violation par la police de vos droits liés au 4ème Amendement (…) Cette affaire autorise la police à vous arrêter dans la rue, à vous demander vos papier, à rechercher si vous avez des contraventions en cours – même si vous n’avez rien à vous reprocher. Si l’officer découvre que vous avez oublié de payer cette contravention, la cour excusera désormais cette arrestation illégale, et acceptera comme preuves tout ce qu’il pourra trouver sur vous, après vous avoir arrrêté au nom de cette contravention.


Le danger de cetté résolution est qu’elle autorise la police a arrêté les citoyens sous prétexte qu’il ont des mandats d’arrêts en cours (Outstanding Warrants). Or Sotomayor souligne que ces mandats sont « étonnamment communs » puisque 7.8 millions d’Américains seraient concernés, et pour des crimes mineurs.

De continuer:

Cette cour donne aux officiers un ensemble d’instruments pour vous fouiller et vous inspecter. Lorsque l’on laisse des officiers les utiliser sans raison valable, on les autorise à cibler n’importe quel pétion arbitrairement. On risque également de traiter certains membres de nos communautés comme des citoyens de seconde classe (…)
C’est un secret pour personne que les gens de couleur sont les principales victimes de ce type de contrôle. Depuis des générations, les parents black et brown ont cette discussion avec leurs enfants, celle de ne pas courir dans la rue, de garder ses mains à la vue de tous, de ne pas essayer de parler à un étranger, tout ça par peur qu’un officier armé ne le prenne en gripe

 

A lire aussi: L’éditorial du New York Times daté du 20 Juin 2016