Le kiosque du mardi 21 mars 2017: Un nuage noir sur la Maison Blanche – Ivanka débarque – Thinx mal en point – Morning Joe – Tomi « pro Choice »

 

 

  • « The Presidency under a cloud »

    L’audition du chef du FBI, James Comey, et de la NSA, Mike Rogers, hier par une commission parlementaire pour répondre aux allégations lancées par le président sur Twitter il y a deux semaines, s’est finalement retourné contre lui: Non seulement la Bureau n’a trouvé aucune preuve que l’ancien président aurait mis sur écoute le candidat républicain en 2016 (« Aucun président n’a le droit de faire cela ») mais les deux hommes ont confirmé l‘existence d’une enquête sur les relations entre la Russie et les aides de Trump pendant la campagne présidentielle.

    De Richard Nixon à Bill Clinton, l’histoire suggère que ça n’est jamais une bonne chose pour un président d’avoir le FBI, et ses ressources illimitées et larges pouvoirs d’investigations, derrière lui.

    Dans une tribune intitulée « All the President Lies » publiée dans le New York Times, David Leonhardt dénonce les mensonges du président, « the L-Word » que le Wall Street Journal refuse toujours aujourd’hui d’utiliser pour laisser au lecteur le choix de croire ce qu’il veut.

    La neuvième semaine du président a débuté par le FBI qui vient de le traiter de menteur.
    J’ai déclaré auparavant que tout ce qui n’est pas vrai ne devrait pas être interprété comme le « L-Word », parce que ça connote une intention et quelqu’un peut déclarer quelque chose de faux sans le faire volontairement. (…)
    Mais l’actuel président des Etats-Unis ment.
    Il ment comme jamais aucun autre politicien américain ne l’a fait avant lui (…) Il dit tellement de contre-vérités qu’il est inutile d’essayer de savoir lesquelles doivent être débattues ou non – tout autant que cette idée selon laquelle la plupart des supporters de Trump aiment le voir mentir.
    Trump trompe volontairement les gens. Comme il l’a dit il joue avec leurs fantasmes.

     

    Nous y reviendrons aujourd’hui dans « A la une des quotidiens »

    * « How the FBI tailing Trump could dog his presidency »Politico
    *
    « All The President Lies »New York Times 

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  • Mais qui est Roger Stone?

    Roger Stone, un confident de Donald Trump depuis des années (voir l’excellent documentaire de Frontline, « The Choice ») s’est targué pendant la campagne présidentielle d’être en relation avec Julian Assange, le fondateur de Wikileaks: il a annoncé dès le mois d’août dernier que John Podesta serait sa prochaine cible de l’organisation, et mi-septembre qu’elle diffuserait très bientôt de nouveaux documents accablants contre Hillary Clinton.

    Wikileaks a révélé quotidiennement durant le dernier mois de campagne les emails de Mr Podesta.
    Il a également affirmé avoir été en communication avec le hacker Guccifer 2.0 qui se serait procuré ces documents avant de les offrir à Wikileaks.

    L’intéressé a nié depuis tout contact avec l’organisation, et l’organisation nié tout contact avec Stone.

    Mais les différentes déclarations de Stone ont alimenté les suspicions selon lesquelles des individus dans l’orbite de Trump ont joué un rôle dans la diffusion des emails piratés du Comité National Démocrate et du président de la campagne d’Hillary Clinton, John Podesta.

    Aujourd’hui, c’est le FBI qui s’intéresse à cette personne excentrique qui vient d’ailleurs de sortir un ouvrage sur la victoire de Trump le 8 novembre dernier. 

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  • Ivanka Trump rentre à la Maison Blanche

    On la savait influente, elle aura désormais son bureau dans la West Wing de la Maison Blanche aux côtés de celui de Dina Powell, récemment promue conseiller adjoint à la sécurité nationale, pour promouvoir les initiatives qu’elle défend depuis plusieurs … mois: La législation sur les congés parentaux et d’autres problèmes qui affectent l’équilibre des femmes entre leur travail et la maison.

    Elle n’a pas de titre officiel mais disposera d’un office, de matériels de communication fournis par le gouvernement et d’un accès à des informations confidentielles.

    Ivanka Trump gérait jusqu’ici sa marque de vêtements et lifestyle, Ivanka Trump, dont elle s’est retirée après l’élection de son père et pour laquelle elle possède toujours intérêts financiers.

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  • « Touches pas à mes flingues et touches à mon corps non plus »

    Tomi Fahren

    La jeune commentatrice de 24 ans, star des réseaux sociaux vient d’être suspendue une semaine du site d’infos conservateur The Blaze, créé en 2011 par Glenn Beck, dans laquelle elle présente une émission pour avoir affirmée être … « pro-choice » dans un programme de grande écoute sur une chaîne concurrente la semaine dernière – une position contraire à la grande majorité des conservateurs qu’elle a qualifiés au passage d’hypocrites.

     

    Je suis une « constitutionnelle », quelqu’un qui aime la Constitution. Je suis pour un gouvernement limité. Donc je ne peux pas être assise avec vous aujourd’hui et être une hypocrite et dire que je soutiens un gouvernement limité et que je pense que ce gouvernement devrait décider ce que les femmes font de leur corps.
    Je suis assise avec vous, et je vous dis qu’en tant que Républicaine, je suis pour un gouvernement limité, touches pas mes flingues et touche pas non plus a mon corps.

     

    Glenn Beck, le fondateur de The Blaze, qui a engagé Lahren il y a deux ans, a affirmé qu’elle souffrait « d’honnêteté intellectuelle ».
    Effectivement, il y a trois mois, Tomi Lahren déclarait que les avortements étaient des meurtres, et celles qui les subissaient, des tueurs d’enfants – en s’en prenant au passage à Lena « Freakin' » Dunham.

    * « Glenn Beck publicly battles Tomi Lahren, his most Famous Employee » – The Daily Beast

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  • Morning Joe vs Trump: La guerre est déclarée

     

    NEW YORK, NY – December 12, 2016: Co-hosts Mika Brzezinski and Joe Scarborough of MSNBC’s « Morning Joe » in the studio in New York on December 12, 2016.

    Le magazine Variety diffuse aujourd’hui une interview du power couple des  journalistes télé, Joe Scarborough and Mika Brzezinski (plutôt libérale) du Morning Joe (conservateur assumé), qui fut ces dernières années, l’émission préférée de Donald Trump et bénéficié d’un accès privilégié dans la Trump Tower.

    Mais depuis l’investiture du 20 janvier, et les débuts catastrophiques de Trump à la Maison Blanche, l’entente cordiale, parfois critiquée et enviée par d’autres journalistes, a tourné au vinaigre.

    Le président ne suit plus Mr Scarborough sur Twitter (« ce qui est plus saint ») et Morning Joe n’a pas loupé le président sur chacun de ses dérapages; Ils ont effectivement les critiques les plus dures envers le nouveau président et son dministration – notamment Steve Bannon et Stephen Miller.

    La journaliste Mika Brzezinski a d’ailleurs été la première a annoncé, il y a un mois ne plus vouloir recevoir Kellyanne Conway dans l’émission et depuis la conseillère s’est fait plus rare sur les plateaux télés

    * « MSNBC’s Joe Scarborough, Mika Brzezinski on Trump and why ‘everyone sjould ban Kellyanne Conway from TV’  » – Variety

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  • Thinx dans la tourmente.

    New York magazine

    On a eu droit à une campagne de pub assez agressive dans la station de métro de Bedford à Williamsburg et le sud de Manhattan l’année dernière pour le lancement très politisé de Thinx, ce sous-vêtement féminin utilisée pendant les règles qui permet se débarrasser des tampons et serviettes hygiéniques, pour « casser les tabous du corps féminin ». Le produit a fait le tour des magazines féminins tout comme sa co-fondatrice, la très engagée, Miki Agrawal, accusée aujourd’hui … de harcèlement sexuel contre ses employées.

    Selon New York magazine, qui l’a interviewée l’année dernière, l’une des activités préférées de Mme Agrawal, c’est de briser les tabous, de « parler de choses dont elle n’est pas supposée parler ».

    Selon une plainte déposé par une ancienne employée, ces discussions se seraient orientées vers la taille de sa poitrine la boss, ses piercings sur les seins, ses exploits sexuels, aurait fait des avances à ses employés, verbales et physiques, et se serait exposées à plusieurs reprises, nues, devant eux.

    Non seulement la plupart des employées étaient mal payées (10 sur les 35 que compte la compagnie sont parties depuis janvier selon Racked) mais les deux seuls avoir réussi à négocier leur salaire à la hausse auraient deux hommes.

    Mme Agrawal a quitté son poste de CEO la semaine dernière tout en affirmant qu’elle restait la « She-eo » et publié un droit de réponse sur les récentes allégations de Jezebel qui décrivaient les conditions très difficiles de travailler avec elle, intitulé « My Think Ride » dans lequel elle admet avoir faits « des tonnes d’erreurs » mais à la fois réussi à « bâtir une entreprise qui aide aujourd’hui des millions de femmes. »

    * « Sexual Harrassment Claims against She.E.O » – New York magazine

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  • Un Iphone Rouge

    Apple lance aujourd’hui le iphone 7 rouge en collabration avec RED pour collecter des fonds au profit de la recherche contre le Sida, à laquelle est associée la compagnie californienne depuis plusieurs années, mais c’est la première fois qu’un iphone est complètement recouvert de rouge.

    Il sera disponible chez Apple à partir du vendredi 24 mars pour 750 dollars.

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  • Couverture du Jour

    Très belle couverture de New Yorker dans une étagère de l’artiste, « Shelf Life » de Lucy Giuterriez

Le Kiosque du 30 décembre 2016

Une sélection de ce qui s’est passé depuis notre dernière revue de presse, la semaine dernière.

 

Alliance des extrêmes contre le « Trumpism »

Samantha Bee, la comédienne qui présente une émission hebdomadaire satirique sur PBS a reçu la semaine dernière Glenn Beck, ancien chouchou du Tea Party, l’un des présentateurs télé ultra-conservateurs les plus virulents et polémiques de l’ère Obama.
Pourtant, depuis le début de l’année, cet ancien de Fox News, désormais à la tête de son propre réseau d’information, The Blaze, a adopté un ton bien plus modéré. Surtout, il a été l’un des rares conservateurs à oser critiquer Donald Trump allant même jusqu’à souhaiter l’élection de sa rivale, Hillary Clinton, provoquant la fureur et les critiques de ses confrères.
Il s’est aussi excusé d’avoir insulté Barack Obama et les Démocrates et a même publié une tribune dans le New York Times pour défendre Black Lives Matter mais paye le prix fort pour cette rédemption: Non seulement il est haï par ses anciens confrères, il risque de perdre l’empire que son zèle ultra-conservateur avait aidé à construire.

Lors de sa rencontre avec Samantha Bee, ce dernier a réitéré la nécessité de rester uni pour efficace contre Donald Trump et insisté sur les dangers d’une trop grande polarisation de la population et des médias autour de Trump – y compris les propos de Full Frontal à ce sujet:

Je ne pense pas que tu aies l’intention de faire du mal. J’ai déjà causé du mal et je n’ai aucune intention de recommencer. Je sais ce que j’ai fait. J’ai aidé à diviser la population. Et s’il te plaît, ne fais pas les mêmes erreurs que j’ai faites.

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Quel avenir pour « Pantsuit Nation »?

Le mouvement pro-Hillary créé par Libby Chamberlain sur Facebook au mois d’octobre a rassemblé plus de quatre millions d’abonnés qui ont pu partager pendant des semaines et en « privé » leur enthousiasme et leurs espoirs en attendant la victoire de leur candidate et jusqu’à son improbable défaite.
En l’espace d’une journée, la page est devenue le refuge de tous les déceptions, les craintes et les peurs de cette « nation de tailleur pantalons » avant de se transformer en plate forme de protestation et de solidarité.

Mais l’avenir de cette communauté est remis en cause depuis que sa fondatrice a annoncé sur le réseau social qu’elle publierait en mai 2017 une sélection des meilleurs commentaires:

Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, je crois que « Pantsuit Nation » est devenu plus important le matin du 9 novembre qu’il ne l’était le matin du 8 novembre. Notre prochaine mission vise à changer le cours de l’histoire. Nous le ferons à travers vos histoires.

Un choix peu apprécié par les centaines de milliers de membres du groupe qui n’avaient pas prévu que leur commentaires soient publiés, sans leur consentement, pour un projet auquel elles n’ont jamais adhéré – d’autant que le groupe Facebook était privé et accessible uniquement sur invitation. Chamberlain a depuis promis qu’elle demanderait à chacun des commentaires sélectionnés, l’accord de leur auteure.

 

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Milo Yiannopoulos sort un bouquin

The Hollywood Reporter a annoncé cet après midi que le « hater » en chef, et accessoirement, l’un des rédacteurs du site alt-right Breibart, avait signé un contrat avec la maison d’éditions Simon & Schuster pour la sortie en 2017 d’un ouvrage autobiographique intitulé « Dangerous » pour lequel il aurait reçu une avance de 250 000 dollars.

L’annonce a propulsé le journaliste britannique en tête des tendances sur Twitter cet hier après midi, alors même qu’il a été interdit à vie de s’y exprimer cet été à la suite d’une campagne raciste et misogyne lancé à l’encontre de l’actrice afro-américaine Leslie Jones.
Milo a expliqué à l’hebdo cinéma qu’il « pouvait dominer Twitter sans même y avoir un compte » et que plutôt que de saper sa carrière, la mesure drastique prise par Jack Dorsey lui a donné d’autant plus d’exposition médiatique:

« Est-ce Madonna a souffert d’être bannie de MTV dans les années 90?
Est-ce que toute la presse négative autour de Trump l’a empêchée d’être élu? (…)
Tous les angles d’attaques que les forces du « politiquement correct » ont initié contre moi ont lamentablement échoué. Je suis plus puissant, plus influent, et plus fabuleux que jamais et ce livre est le moment pour Milo de devenir mainstream.
Les guerriers de la justice sociale devraient avoir peur, très peur »

Le livre est déjà disponible en pré-vente sur Amazon, sans savoir quel sera son contenu.

Le Chicago Review of Book a annoncé dans la foulée qu’il ne publierait aucune critique des ouvrages de la maison d’édition en 2017, « en réponse à cette validation de haine » – une position immédiatement dénoncée par Breitbart comme « une guerre des discours ».

 

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The Intercept accuse le Guardian et le Washington Post de propager des fake news

Ces derniers jours, dans un article publié sur son site, The Intercept et une interview dans l’émission du très conservateur Tucker Carlson sur Fox News, le journaliste-militant, Glenn Greenwald a affirmé que le Washington Post et le Guardian propageaient des fake news. Une accusation lourde pour un personnage respecté dans le monde des médias malgré ses positions anti-gouvernementales et pro-lanceurs d’alerte.

La semaine dernière, Glenn Greenwald s’est attaqué au Washington Post sur Fox News. Le quotidien a révélé début décembre que le FBI et la CIA avaient conclu que les piratages russes du Comité National Démocrate et de John Podesta – et leur diffusion par Wikileaks – visaient non seulement à déstabiliser la campagne présidentielle mais l’influencer en faveur de Trump.

Greenwald a affirmé qu’il fallait prendre ces accusations avec beaucoup de précautions étant donné le manque de preuve – si elles existent, elles n’ont pas été rendues publiques par les agences de renseignement par « peur d’exposer leurs sources et leurs méthodes ». Dès lors, accuser la Russie n’est qu’un stratège politique des démocrates pour discréditer le prochain président – des propos que Tucker Carlson a accepté avec un grand sourire.

Dans article publié hier matin, il a accusé The Guardian d’avoir menti sur des propos qu’aurait tenu Julian Assange et a souligné comment « ces fausses déclarations – des fabrications – se sont propagées un peu partout sur internet par des journalistes, qui ont poussé des centaines de milliers de gens (voire des millions) à consommer de l’intox »

Capture d’écran de l’article de Julian Assange dans le Guardian, le 24 décembre 2016

. Une dénonciation qui visa à « souligner, une fois de plus, que ceux qui dénoncent avec véhémence les fausses informations, et veulent que Facebook et d’autres géants de la technologie suppriment du contenu pour mieux les combattre, sont souvent les auteurs les plus agressifs et intéressés ».

L’article du Guardian reprend l’interview qu’a eu une journaliste italienne de La Reppublia avec Assange. Ce dernier y affirme que « l’élection de Clinton aurait été une consolidation du pouvoir en place pour la classe existante aux Etats-Unis » tandis que la « nouvelle structure » plus « fragile » qui déstabilise les réseaux de pouvoir existants, est :susceptible d’apporter de nouvelles opportunités de changement aux Etats-Unis », pour le meilleur ou pour le pire. 

Ce que le journaliste du Guardian a interprété comme une éloge d’Assange et une attaque contre Clinton.

Une fraude journalistique pour Glenn Greenwald, reprise par le site pro-russe RT et Breitbart, le site alt-right dont il a par ailleurs salué « l’intégrité » car il a « donné la voix aux gens qui en sont normalement démunis » et qui a eu « plus de succès que les médias libéraux à trouver de nouveaux moyens de défier l’establishment ».

 

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Comment aider Planned Parenthood avec humour?

En achetant ce tote disponible sur le site Power and Light Press pour la modique somme de quinze dollars et dont les recettes seront reversées à Planned Parenthood, directement menacé par la prochaine administration Trump.
Le sac en toile a le mérite de rappeler les différents services gratuites offerts par l’association un peu partout à travers le pays, avec les hashtags #standwithplannedparenthood et #wewontgoback:

« mammograme, frottis, examen gynécologique, test et traitement de maladies sexuellement transmissibles. Information et conseil sur la santé sexuelle et reproductive, test de dépistage du cancer, test de grossesse. Services prénatales, et accès abordable aux moyens de contraception. »

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Mort du père de la « Red Solo Cup »

Solocup.com

La « red Solo Cup » est aux Américains ce que le ballon (de rouge) est aux Français, un large gobelet en plastique qui a accompagné les fêtes arrosés de millions d’adolescents et d’étudiants.

Le créateur de ce verre jetable, Robert Leo Hulseman, est mort la semaine dernière à 84 ans, près de quarante ans après la mise sur le marché de ce qui deviendra le produit phare de The Solo Cup Company, une entreprise familiale créée par son père en 1936.

Son succès? Il est large, résistant (en polystyrène) et pas cher – disponible dans tous les délis et « 99 cents » store des Etats-Unis, et « bien sûr, sa couleur rouge, qui cache ce que l’on boit vraiment » – Boire dans la rue, parcs et plages est interdit aux Etats-Unis.
La compagnie est spécialisé dans tous les containers à emporter (plastique et papier) mais la red cup reste le best-seller incontesté et a même fait l’objet d’une chanson.

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La rédemption de Glenn Beck

Glenn Beck a construit son succès grâce à la victoire d’Obama en 2008 qui avait provoqué un vent de révolte populaire un peu partout dans le pays à son encontre, avec la mobilisation du Tea Party qui en a fait leur héros.
Huit ans plus tard, en dénonçant les propos du candidat républicain tout au long de sa campagne, Beck s’est imposé comme « l’une des voix les plus raisonnables des médias conservateurs » mais s’est aliéné une bonne partie des Républicains, de son audience, et pourrait voir son empire s’effondrer après l’élection de Trump.
Dans cette rédemption, il a pourtant gagné le respect de ses anciens adversaires, les libéraux et progressistes.

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nyt-mag-glenn-beck

C’était l’un des commentateurs ultra-conservateurs les plus détestés de l’ère Obama, mais aussi l’un des plus populaires qui a fasciné les médias grâce à sa rhétorique chrétienne, anti-libérale et anti-gouvernement.

Durant l’été 2010, il a organisé un rassemblement au Lincoln Memorial de Washington, intitulé “Restoring Honor”, censé lever des fonds pour les enfants de soldats américains blessés ou tués en mission – à l’époque déployés en Irak et en Afghanistan – qui avait rassemblé des dizaines de milliers d’Américains, essentiellement blancs et chrétiens, très anxieux vis-à-vis de la tournure progressive que prenait le pays.
Ce fut le tournant de sa carrière, ce qui l’a fait passer d’animateur télé à véritable star, jouissant d’une immense popularité, qui lui a d’ailleurs offert la couverture du New York Times magazine.

Présentateur d’un show quotidien sur la chaine conservatrice Fox News depuis janvier 2009, date de l’investiture de Barack Obama, Glenn Beck est aussi animateur radio, écrivain à succès, éditeur et vend ses propres produits dérivés sur son site internet.
Ancien alcoolique reconverti mormon, Jon Stewart, alors présentateur du Daily Show, disait de lui qu’il exprimait ce que « les gens qui ne pensent pas pensent ». Grâce une sensibilité à la limite de la mièvrerie, il a su convaincre ses auditeurs que ce qu’il disait n’était pas forcément voulu, qu’il n’était pas infaillible et parfois irresponsable devant certaines prises de positions: Comparer les progressistes aux nazis, Obama et la haine des blancs, la Maison Blanche prise d’assaut par les Communistes ou avoir envie de tuer Michael Moore à coups de pelle.

Time Magazine - Edition du 28 septembre 2016
Time Magazine – Edition du 28 septembre 2016

Glenn Beck a quitté Fox News en 2011, poussé à la porte par Roger Ailes selon certains, il a créé peu après son propre site d’informations sur internet, The Blaze, et a continué son émission de radio, l’écriture de bouquins jusqu’à ces élections présidentielles.

Durant les primaires républicaines, il a défendu Ted Cruz, le candidat malheureux des conservateurs qui s’est très vite retiré de la campagne … mais il aussi violemment critiqué Donald Trump qu’il a comparé à Mussolini et Hitler et ses supporters aux Chemises Noires.
« Ce mec est complètement déséquilibré (…) et avec toutes les choses qu’on a dit sur moi toutes ces années, je devrais être capable de discerner un dangereux déséquilibré.

 du magazine Rolling Stone expliquait le mois dernier:

Selon lui, et quelque soit le gagnant, Beck pourra au moins dire qu’il aura été le seul, ni Sean Hannity, ni Fox News, le Drudge, Breitbart, ni Bill O’Reilly ou Rush Limbaugh, aucun de ses collègues de droite, n’ont eu le courage de reconnaître l’évidence, qu’un vote pour le moins pire reste un vote pour le pire. Il est resté attaché à sa morale, quelqu’en soit le coût professionnel ou personnel.

Il reconnaît avoir une responsabilité dans “l’avènement d’un taré” comme celui-ci en déclarant en 2014 à Megyn Kelly: “Malheureusement, j’ai aidé à diviser ce pays (…) je ne me suis pas rendu compte à quel point il était fragile”

Glenn Beck est l’un des rares conservateurs à s’être officiellement distancé de Donald Trump et en paye depuis le prix fort.
Vilipendé par Breitbart News, snobé par Fox News, ses sites internet (The Blaze et Gleenbeck.com) boycottés, l’audience de son émission de radio en chute libre: son empire estimé l’année dernière à 90 millions de dollars pourrait s’effondrer après les élections.

Trump est devenu président la semaine, et la seule consolation qu’il peut trouver aujourd’hui c’est dans les médias plus libéraux, qui saluent à l’instar de Rolling Stone ou du New Yorker  le choix de la décence plutôt que celui de l’opportunisme.

En février, il avait qualifié Steve Bannon, alors rédacteur en chef du site alt-right Breitbart News, qui a pris très tôt la défense de Trump, « d’être humain abjecte et méprisable ».
Certain que Bannon voulait rentrer dans le cercle restreint du futur candidat républicain, Beck le voyait devenir soit « chef de cabinet [en cas de victoire] ou le nouveau Roger Ailes [en cas de défaite] »

Bannon a été nommé Chief Strategist à la Maison Blanche, Glenn Beck avait raison, et selon lui, « l’un des hommes les plus dangereux de la politique américaine » est aujourd’hui l’un des plus puissants à Washington.

Le kiosque de la semaine: 23 – 29 octobre 2016

 

 

 

https://twitter.com/NewYorker/status/788998250326007808?ref_src=twsrc%5Etfw

Le Kiosque du mardi 11 octobre

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Sécession chez Républicains

Après le « pire débat présidentiel de l’histoire » – ils ont été mis en place lors des élections de 1960 qui opposaient Richard Nixon et JFK – les journaux revenaient ce matin sur la principale information d’hier, la défection de Paul Ryan de la campagne de Donald Trump.

Paul Ryan, le running mate de Mitt Romney aux élections de 2012 et Donald Trump ont eu des relations plus que difficiles ces derniers mois: Le porte-parole des Républicains n’a cessé de condamner les dérapages de Trump sans jamais retirer son soutien officiel, ce que d’autres Républicains ont pourtant commencé à faire dès cet été.

Souvent critiqué par Trump, moqué par Breitbart News, sifflé samedi lors d’un rally organisé dans le Wisconsin après avoir demandé à Trump de ne pas y participer à la suite des propos orduriers qu’il a tenu dans la fameuse vidéo, Paul Ryan a finalement pris la décision de continuer à soutenir son parti mais pas son candidat.
Devant la pression de certains collègues républicains, Ryan n’a ni retiré son soutien, ni déclaré qu’ils ne voterait pour Trump, contrairement à d’autres, mais son geste en a toutes les apparences et sous-entend pour beaucoup que Clinton devrait remporter la Maison Blanche.

Le New York Times a noté que la moitié des candidats républicains en difficulté en vue d’une (ré)élection au Sénat ou à la Chambre des Représentants s’étaient distancés de Trump, et que ceux dont la victoire était assurée, étaient restés derrière leur candidat.
A savoir maintenant si la défection de certains aura des conséquences favorables au niveau électoral ou si les électeurs chercheront à punir ceux qui ont abandonné le navire.


L’un des modérateurs insulté 

The Daily Dot rapportait hier les insultes proférées pendant et après le débat à l’encontre de l’un des modérateurs, Anderson Cooper, présentateur sur CNN et ouvertement gay et que Trump a plusieurs fois accusé lui et sa collègue, Martha Raddatz, d’interrompre, de poser trop de questions ou de remettre plusieurs fois et fermement à sa place.
Les deux modérateurs ont été actifs durant le débat en essayent de pousser les candidats à répondre aux questions posées et bien notés par la presse en général

 

Samantha Bee sur le deuxième débat

 

« C’est nous contre le reste du monde »

« Trump a complètement viré BreitBart«  titrait hier Buzzfeed News après la diffusion de la dernière campagne publicitaire du candidat intitulé Nous contre le reste du monde. « La position revancharde de Trump est un signe qu’il retourne satisfaire le coeur de sa base, même si elle est incapable de lui offrir la victoire, une attitude qui ne devrait pas non plus attirer les électeurs dont Trump a besoin pour gagner.

Donald Trump
Donald Trump

 

 

Fausse affiche publicitaire avec Glenn Beck et le logo de HRC
Fausse affiche publicitaire avec Glenn Beck et le logo de HRC

Glenn Beck, un tea-partisan pour Hillary

Glenn Beck s’est imposé chez les médias conservateurs après la victoire d’Obama en 2008, lorsque les Tea Party se sont développés un peu partout dans le pays, en s’imposant comme l’un de leur porte parole sur Fox News jusqu’à ce qu’il créé son propre réseau de télé-internet, The Blaze en 2011.
Beck est un « anti-Trump » depuis le début de sa candidature et a appelé ses supporteurs à ne pas voter pour lui le 08 novembre prochain en déclarant que si Hillary Clinton doit gagner, « qu’il en soit ainsi » parce que « au moins c’est un choix moral et éthique »

 

Foreign Relations aussi

Un autre magazine, Foreign Relations crée en 1970 par Samuel Huntington, l’auteur du fameux « Choc des Civilisations » paru en 1996, s’est rangé derrière la candidate démocrate en déclarant que « la présidence de Donald Trump est l’une des plus grandes menaces à laquelle doit faire face l’Amérique, et le porte drapeau des Républicains, le pire candidat d’un grand parti dans l’histoire du pays ».
C’est la première fois que le magazine soutient officiellement un candidat.

 

Notorious RBG vs Kaepernick

Ruth Bader Ginsburg, la plus âgée des justices de la Cour Suprême des Etats-Unis qui aime réagir à l’actualité, même si sa position l’oblige à beaucoup de discrétion, a critiqué hier le mouvement de protestation lancé par Colin Kaepernick – rester assis ou un genou à terre lors de l’hymne national qui ouvre chaque manifestation sportive aux Etats-Unis. « Je pense que c’est idiot et irrespectueux. Je dirai la même chose pour ceux qui me demandent mon opinion sur la fait de brûler les drapeaux. Je pense que ce n’est pas une bonne chose à faire, mais je ne mettrai personne en prison pour cela (…) Ce que je ferai c’est essayer de comprendre les revendications qu’ils expriment en agissant de la sorte »

 

 

 

 

 

 

 

Tomi Lahren, 24 ans, « l’enfant soldat » des médias conservateurs

Les femmes n’ont pas vraiment la côte dans les médias conservateurs américains, mais une fois n’est pas coutume, Tomi Lahren, jeune diplômée de 24ans, casse la baraque à coups de discours enflammés, rhétoriques racistes et vidéos diffusées sur Facebook

 

Une star télé conservatrice à 24ans

Fraichement diplômée de l’Université du Nevada, Lahren s’est directement vue proposer un show sur la chaîne d’infos câblée conservatrice One America News.
Son émission « One Point » a suscité l’intérêt du public au fur-et-à-mesure de ses propos tendancieux: son premier fait d’arme intervient à la suite de la tuerie de quatre marines des mains de Muhammad Youssef Abdulazeez à Chattanooga le 16 juillet 2015. Lahren réagit alors en direct en dénonçant « la mentalité à mi-chemin, à moitié-cuite, sur la pointe de pieds, qui se veut amicale avec les Jihadistes » de Barack Obama.
La séquence à été vue 2,5 millions de fois et un mois après, elle est promue sur une chaîne conservatrice plus populaire, The Blaze.

L’anti-pop culture

The Blaze est un réseau d’information et de divertissement conservateur créé par Glenn Beck, journaliste passé par Fox News, ancien héros du Tea Party, qui lui a offert une nouvelle émission, Final Thoughts qui cartonne désormais quotidiennement.

La jeune journaliste n’a pas déçu en enchaînant les critiques de Beyoncé, lors de sa prestation au Superbowl, lorsque que la chanteuse a rendu hommage aux Black Panthers et Malcom X et plus récemment de Colin Kaepernick, le joueur de football américain, à l’affiche de Time magazine cette semaine, qui refuse de saluer le drapeau américain en signe de protestation contre les violences policières envers les minorités.

The Guardian a consacré une enquête cette semaine sur le phénomène Tomi Lahren, et note que son succès repose en partie sur une dénonciation conservatrice de la pop-culture, d’autant plus acceptable et influente qu’elle appartient à la génération des Millenials.
Très populaire pour ses positions conservatrices « dont elle est passionnée » – ou furieuse, parfois même hystérique, à vous de voir – elle admet ne pas pouvoir prétendre au statut journaliste et accepte celui « commentatrice ».

Indépendante, ambitieuse, « courageuse » selon ses propres termes, Lahren appartient à cette nouvelle génération de conservateurs qui n’ont pas peur d’utiliser le thème de race pour dénoncer les problèmes auxquels fait face l’Amérique quitte à être traitée de raciste – elle l’assume. Elle n’a pas eu de problème non plus à comparer le Ku Klux Klan avec Black Lives Matter, et rejette le politiquement correct, comme Milo Yiannopoulos, le jeune journaliste anglais de Breitbart News interdit à vie de Twitter pour avoir lancé une campagne raciste cet été contre l’actrice Leslie Jones.
Les deux savent aussi que leur physique jouent en leur faveur et ne s’en cachent pas.

Elle est fière d’être blanche comme vous devriez fière d’être « noir » et a du mal à comprendre les protestations des minorités du pays, « qui sont pourtant nées avec les mêmes droits ». Issue d’une famille de Marines, elle respecte le drapeau et le pays, et propose à Kaepernick de le quitter s’il a tant de critiques à lui adresser.
Dans une séquence diffusée Jeudi soir dans le Daily Show de Comedy Central, Treyvor Noah l’a qualifié « d’enfant soldat », un surnom on ne peut plus approprié pour cette férue des armes à feu.

« C’est difficile de savoir si sa colère se dissipera un jour, quelque soit le résultat de l’élection, mais même si elle disparaît, Lahren restera sans doute un bon de temps. Comme le conservatisme américain, elle a plein de ressources et peut facilement s’adapter. »