20.09.17

 

1. L’autre diplomatie américaine

 

  • En marge de l’Assemblé Générale des Nations Unies à New York, le milliardaire et ancien maire de la ville, Michael Bloomberg a hérité de « Clinton Global Initiative » créée il y a dix ans par le couple Clinton, qu’il a rebaptisée « Bloomberg Global Business Forum« , considérée comme la plate-forme de « l’autre diplomatie américaine » , celle héritée de Barack Obama, et qui réunit cette semaine, anciens et actuels chefs d’Etat, personnalités du monde politique, économique: Bill Clinton, Mike Bloomberg, Tim Cook, Justin Trudeau, Emmanuel Macron, le prince saoudien Salmane ben Abdelaziz, Jack Ma (Alibaba).

 

  • L’évènement sert les intérêts de l’élite capitaliste mondiale, favorable à l’ouverture des frontières, capitaux et des hommes qui a trouvé ces derniers mois un adversaire encore plus détestée qu’elle: le président américain et sa doctrine, America First.
    Comme certains gouverneurs et Etats américains, qui ont décidé de mener leur propre politique environnementale ou diplomatique – la Californie par exemple – les entrepreneurs américains ont également un rôle à jouer comme l’explique Bloomberg à Buzzfeed:

     

    Les nations sont liées les unes aux autres par le commerce et l’investissement, et si les patrons ne sont pas des diplomates, ils peuvent défendre une coopération sur des sujets dans lesquels le secteur privé compte – des infrastructures au changement climatique. Les actions prises par le secteur privé, qui ne remplace pas les canaux diplomatiques officiels, peuvent parfois être plus importantes que les mots ou les tweets des élus.

 


2. Les défis du mur

 

  • Une enquête passionnante de USA Today ce matin sur les défis physiques, financiers, humains et politiques que représente la construction du mur le long de la frontière mexicaine – la promesse de campagne phare du candidat républicain, celle qui a convaincu sa base électorale et sur laquelle il peut difficilement revenir aujourd’hui.

 

  • Sur l’objectif de cet ambitieux reportage multimédia, Nicole Caroll de USA Today:

    Nous étions dans la tribune de presse au meeting de Trump à Prescott Valley en Arizona à l’automne dernier. Les supporters chantaient « Build the wall. Build the wall ». Ils étaient tellement excités à l’idée de ce mur qu’on s’est dit que c’était notre rôle d’aider les gens à comprendre ce que cette mesure impliquait. Notre travail n’est pas de leur dire qui croire, mais d’être sûr qu’ils ont toutes les informations nécessaires pour se faire leur propre avis. C’est notre responsabilité. On a des rédactions dans tous les Etats frontaliers. Nos journalistes sont des experts, On comprend les enjeux.

 

  • Il existe actuellement mille kilomètres de barrières qui séparent les Etats-Unis du Mexique – soit seulement un tiers de la longueur de la frontière, 3 200 km – et dont la moitié uniquement destiné à interdire le passage des voitures.
    Les barrières existantes, hautes de trois mètres, n‘ont rien à voir avec le projet pharaonique de Trump qui veut un « grand et beau » mur censé atteindre 6 à 9 mètres de haut.  
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  • Pendant la campagne électorale, Trump avait promis la construction d’un mur les 2 200 kilomètres restant qui traversent quatre Etats américains et des frontières naturelles importantes comme le Rio Grande (le long de la frontière texane), les falaises abruptes des parcs nationaux ou les déserts arides d’Arizona.
  • En juillet dernier, Trump a annoncé que le mur ne serait construit que sur 1 100 km et que le commencement des travaux coûterait 1,6 milliards de dollars.

 

  • Au Texas, qui partage 1 500 km de frontières avec le Mexique, la construction du mur pourrait entraîner la réquisition – et la compensation financière – de terres appartenant à cinq mille propriétés privées dont une bonne partie le long du Rio Grande. 
    Par ailleurs, la plupart des frontières sont à des centaines de kilomètres des grandes villes, et construire un mur implique d’abord la construction de route pour y parvenir. Il existe des coûts financiers et politiques locaux importants au delà de la construction même du mur.

 

  • Pendant les dix jours passés en hélicoptère le long de la frontière, le journaliste de USA Today n’a pas vu une personne essayer de passer la frontière illégalement ou être appréhendé par la police des frontières.
  • 25% des Républicains du Congrès soutiennent actuellement la construction du mur.* « The Wall » – USA Today

 

  • Mais Ann Coulter, l’une des « commentatrices conservatrices » les plus célèbres et influentes américaines qui a soutenu très tôt Trump durant la campagne présidentielle n’en démord pas et continue de mettre la pression sur le président:

3. Subvention pollution

 

  • Il existe aux Etats-Unis un programme gouvernemental qui « vous envoie un chèque à la fin de l’année pour vous récompenser d’avoir pris la voiture seul pour vous rendre au travail ». Cela s’appelle le « Commuter Parking Benefit » qui déduit de vos impôts les dépenses occasionnées par les places de parking souvent très chères des centres villes.
    Vous ne le touchez que si vous habitez en ville, et plus votre parking est cher, plus le chèque sera important, plus vous gagnez de l’argent plus votre remboursement sera conséquent. Les automobilistes urbains sont donc payés les contribuables pour créer davantage de bruit, d’encombrements et de pollution.

    Le programme coûte chaque année sept milliards de dollars au gouvernement américain selon une étude de l’association « TransitCenter » et met chaque année sur les routes 820 000 voitures supplémentaires qui effectuent sept milliards de kilomètres en plus.

 


4. Les jeunes de plus en plus vieux

 

  • Contrairement à leurs parents nés dans les années soixante-dix, les adolescents américains sont moins portés sur le sexe, la consommation d’alcool et de drogue, la conduite en voiture ou les petits boulots:

    Les jeunes d’aujourd’hui retardent de plus en plus les activités considérées comme des rites de passage à l’âge adulte (…) et le déclin est visible quelles que soient la race, le lieu d’habitation ou l’origine socio-économique que ce soit dans les zones rurales, urbaines et péri-urbaines.

  • Le directeur de l’enquête, Jean Twenge, explique cette évolution des comportements par une structure familiale plus réduite, plus présente et rassurante qui protège davantage l’enfant.* « Not drinking or driving, teens increasingly put off traditional markers of adulthood » – Washington Post

 


5. L’examen Jimmy Kimmel

 

  • Les sénateurs républicains n’en n’ont pas encore fini avec l’abrogation et le remplacement d’Obamacare qu’ils ont échoué à faire passer à deux reprises ces six derniers mois à la grande frustration du président qui voue depuis une haine farouche à Mitch McConnell, incapable de trouver un accord.

 

    • La nouvelle proposition dite « Graham-Cassidy », moins médiatisée mais tout aussi injuste que les précédentes – trente millions d’Américains privés d’assurance – pourrait bien passer si … Jimmy Kimmel, le comédien américain présentateur de l’émission populaire de fin de soirée « Jimmy Kimmel Live » n’avait pas consacré le monologue de son émission d’hier à la critiquer.
    • Début mai, il avait évoqué à l’écran les problèmes de coeur de son nouveau-né et la nécessité pour toutes familles américaines, quels que soient leurs revenus, d’avoir accès à ce genre de soins si nécessaire.
      Il avait reçu le sénateur républicain de Louisiane, Bill Cassidy, qui avait promis que les futurs propositions de réforme de la santé rempliraient les conditions de « l’examen Jimmy Kimmel »: pas de plafond de remboursement, des tarifs préférentiels pour les familles dans le besoin et interdiction de pénaliser financièrement les patients ayant des antécédents médicaux.

 

    • Aucune de ces conditions n’est remplie par la proposition Graham-Cassidy et la vidéo a déjà fait le tour des médias sociaux ce midi: « la croisade de Kimmel devrait devenir une étude de cas sur le pouvoir de la culture populaire contre le barouf de Washington ».

                 

 

  • Vox vous explique comment la nouvelle proposition de loi bénéficie aux Etats Républicains qui n’ont pas accepté les subventions fédérales d’Obamacare en 2010 et au contraire punit les Etats démocrates qui ont appliqué avec le plus d’efficacité Obamacare ces dernières années.

 

 


6. Sean Spicer discrédité

 

  • Aucune des cinq grandes chaînes d’info américaines, ABC News, CBS News, NBC News, Fox News et CNN n’a proposé à Sean Spicer, ancien porte parole de la Maison Blanche et trublion des Emmys Awards un poste de commentateur politique dans leurs programmes à cause, semble-t-il, de son « manque de crédibilité ».

 

  • L’apparition de Sean Spicer dimanche aux Emmys n’a pas plus aux journalistes américains, surtout aux correspondants de Washington qui ont eu à faire à ses mensonges et son agressivité pendant des mois dans la briefing room de la Maison Blanche.

 

  • Même s’il regrette ses mensonges et a entamé depuis quelques semaines une campagne de réhabilitation de son image, la pilule ne passe pas. Seule consolation: les apparitions très rentables devant les compagnies et un séjour à Harvard.

 

  • Petit message de félicitations du président entre deux discours à l’ONU:

 

 


7. Rolling Stone, le procès continue

 

  • Mauvaise nouvelle pour le magazine Rolling Stone, dont la vente a été annoncée plus tôt cette semaine, et qui n’a pas fini de payer les conséquences de la publication en 2014 d’un article « A Rape on Campus » sur un viol collectif qui n’a jamais eu lieu dans l’université de Virginie.
    Le bi-mensuel a été condamné à payer 1,6 millions de dollars de dommages et intérêts à la fraternité où l’agression aurait été perpétrée; 3 millions de dollars à l’adjointe du président de l’université et se prépare à un nouveau procès intenté par deux étudiants de la fraternité qui n’ont jamais été cités dans l’article, mais que des détails physiques auraient pu clairement identifier
  • Une victoire des plaignants pourrait compromettre la vente de Rolling Stone.

 


8. Le tweet du jour

 

  • James Damore est cet ingénieur viré par Google après avoir publié un memo interne dans lequel il explique les inégalités professionnelles entre hommes et femmes par les différences physiques et intellectuelles entre les deux sexes.
    Il a été présenté par l’Alt-right américaine comme le grand défenseur de la liberté d’expression. Au nom de cette liberté d’expression, il tweeté les propos suivants concernant le Ku Klux Klan:
     

 


9. La couverture du Jour

 

  • On s’éloigne de Washington et de la politique avec cette couverture légère et ensoleillée du New York Times magazine dans le numéro consacré aux « voyages »
     

Le kiosque du weekend: 12-13.08.17

 

 

1. Débat de la semaine: Google est-il intolérant?

 

Le profil Twitter de James Demore

 

  • Mauvaise semaine pour Google qui a mal géré la polémique provoquée par l’un de ses employés, un ingénieur de 28 ans à l’origine d’un memo dénonçant la politique de diversité en entreprise de Google qui favoriserait les femmes et les minorités aux dépens des employés blancs. Selon lui, l’absence des femmes à des positions de pouvoir dans les industries de haute technologie  est une affaire de différences biologiques avec les hommes.
    Un discours qui va à l’encontre des efforts mis en place par Google pour essayer de diversifier son personnel et qui n’arrange pas les affaires de la Silicon Valley accusée ces derniers mois d’entretenir une culture sexiste hostile à la gent féminine – voir Uber.
  • James Demore: « Martyr de la liberté d’expression ou bro tech sexiste? »
    Après la publication de son mémo incendiaire (« Google’s Ideological Echo Chamber ») sur Motherboard ce week-end, James Demore, diplômé de Harvard a été viré lundi pour « violation du code de conduite de l’entreprise » et pour « perpétuer des stéréotypes sur le genre susceptible de blesser ».
    Le jeune ingénieur de 28 ans s’y présentait comme le porte parole d’autres employés restés silencieux, soit par manque de courage ( et à cause de la « culture de la honte ») soit parce qu’ils « ont peur d’être virés ».

    Quand on parle de diversité et d’intégration, la parti-pris progressiste de Google a créé une monoculture qui se maintient en essayant de réduire au silence ses opposants (…) Je veux juste dire que les différences biologiques entre hommes et femmes leur attribuent différentes qualités et capacités et ces différences peuvent expliquer pourquoi les femmes sont sous-représentées dans les positions de pouvoir de l’industrie de haute technologie.

    On dirait plus un manifeste de droite pour la liberté d’expression d’une culture masculine, blanche et sexiste que d’une véritable étude socio-économique des différences hommes-femmes et surtout une critique à peine caché de la politique de diversité en entreprise de Google.

 

  • La « guerre culturelle » , l’un des thèmes de prédilection de la droite américaine, qu’elle a efficacement implanté dans le discours politique fait son chemin dans les entreprises de la Silicon Valley, traditionnellement à gauche et désormais accusée d’être intolérante au pluralisme idéologique et à la liberté d’expression.

    L’industrie des Hautes Technologies a toujours soutenu les thèmes de l’immigration et de la diversité en entreprise, même quand la majorité de leur personnel reste essentiellement blanc et masculin. Mais l’élection de M. Trump l’année dernière – et ses positions contre le politiquement correct, son langage grossier à l’encontre des femmes, ses actions contre l’immigration ou la protection de l’environnement – semblent fragiliser ces idéaux.
    De l’autre côté, les propos de Trump ont conforté ceux qui pensent autrement dans l’industrie de Haute Technologie et les ont poussé à exprimer tout haut ce qu’ils pensaient tout bas (…)
    Le mémo de M. Damore et son renvoi en ont fait un héros des sites de droite comme Breitbart qui critiquent depuis les sensibilités politiques de la Silicon Valley

  • « How James Demore went to Google employee to Right Wing hero »The Washington Post

 


2. Une communauté invisible

 

  • La communauté américaine d’origine asiatique est l’une des plus importantes des Etats-Unis mais contrairement aux latino et Afro-américains, l’une des moins représentées sur la scène médiatique, culturelle et politique malgré la discrimination et la violence dont elle a été victime dans les années 80 et 90.

    La discrimination est ce qui rapproche les Américains d’origine asiatique.
    Les premiers chercheurs des études américano-asiatiques appartenaient au « Third World Liberation Front » [une coalition d’associations de minorités étudiantes très actives] à la fin des années soixante contre la perspective trop européenne de l’enseignement.
    Quand les programmes d’études américano-asiatiques se sont développés en Californie au début des années soixante-dix, les cours reposaient surtout des expériences personnelles d’oppression et de solidarité forgées à travers l’expression d’une épreuve commune (…)
    Le projet de définition d’une identité américano-asiatique était limité aux universités de la Ivy League [sur la Côte Est] et celles de la Côte Ouest, jusqu’en 1982, date à laquelle, Vincent Chin, un ingénieur d’une usine automobile de Détroit, a été battu à mort par des assaillants qui accusaient la concurrence japonaise d’être responsable de la dépression du marché automobile américain. Quand les assassins de Chin ont été condamnés à de la prison avec sursis et une amende de trois mille dollars, des manifestations ont éclaté dans tout le pays et permis l’émergence d’une unité pan-asiatique consciente que si Chin, un fils d’immigrés chinois, pouvait être tué à cause des importations automobiles japonaises, le concept d’une identité américano-asiatique pouvait les aider.

 

  • Michael Cheng, fils d’immigrés chinois né dans le Bronx, est mort en décembre 2013 lors d’un séjour d’intégration organisé par la fraternité américano-asiatique Pi Delta Psi du Baruch College de New York qu’il venait d’intégrer. Un rite d’initiation censé sensibiliser et rapprocher les étudiants de cette « communauté invisible » s’est transformé en bizutage fatal pour le jeune étudiant de 19 ans.

    En pleine cérémonie, le bizut doit penser à ses parents et aux sacrifices qu’ils ont fait en tant qu’immigrés, les humiliations qu’ils ont subi et l’invisibilité oppressante d’être Asiatique aux Etats-Unis. Les bousculades, les coups et insultes racistes [de la cérémonie] sont censées être l’expression physique de la lutte [de leurs parents].
    Cette dernière marche au cours de laquelle il est guidé par les autres membres de la fraternité vers son parrain doit lui apprendre que la solidarité avec ses frères asiatiques est le seul moyen de réussir dans un monde de blancs.

    Michael s’est effondré au milieu de cette étape dite du « Glass Ceiling » qui consiste à parcourir un terrain gelé dans le nuit, avec un sac à dos de quinze kilos sur les épaules, les yeux bandés tout en évitant les coups de ses camarades. Inconscient. Ses camarades ont tardé à appeler les secours puis ont essayé de maquiller l’accident. Quatre d’entre eux ont plaidé coupable de meurtre sans préméditation et 37 autres personnes ont été inculpés.

  • « What a Fraternity Hazing Death Revealed About the Painful Search for an Asian-American Identity »The New York Times magazine

 


 

3. After the Shooting

 

  • C’est la cover story du California Sunday magazine intitulée « After theShooting »: La journaliste Jeaeh Lee a suivi pendant une année Gwen Woods, la mère de Mario Woods, 26 ans, tué par la police de San Francisco en décembre 2015 après avoir agressé un piéton avec un couteau sous de stupéfiants. La vidéo de sa mort a fait le tour des réseaux sociaux et provoqué une vive polémique sur la violence de la police: 

    Le corps de Mario a été tellement endommagé par les impacts de balles [une vingtaine au total] que le médecin légiste a suggéré que son cercueil soit protégé par une paroi en verre pour empêcher qu’un de ses membres se détache au moindre contact. Mais Gwen l’a laissé ouvert. Elle s’est penchée sur le cercueil et a effleuré le visage de Mario. Son visage était maquillé, son corps recouvert d’un costume noir et d’une cravate rouge, rembourrés pour qu’il ait l’air moins abîmé. “Ils ont aussi rembourré la tête” continue Gwen. “C’était impossible de l’embrasser tellement il était fragile”. Elle a noté une cicatrice sur sa joue droite et s’est demandé si une balle l’avait traversée à cet endroit.

    Un samedi après midi, deux mois après la mort de Mario, Gwen est entrée dans l’Eglise épiscopale méthodiste africaine de Oakland (…) Elle s’est assise près de l’autel, dans une section réservée aux “mères” – ces femmes qui, comme elle, ont perdu un enfant tué par la police. Samaria Rice, la mère de Tamir Rice; Valerie Bell, mère de Sean Bell; Geneva Reed-Veal, mère de Sandra Bland; Gwendolyn Carr, mère d’Eric Garner; Lezley McSpadden, mère de Michael Brown. « Le club auquel personne ne souhaite appartenir » a pensé Gwen – elle en était la dernière membre.

    Elle a vite compris que ce monde des « mères en deuil » était compliqué: Le deuil n’était pas le leur mais quelque chose que d’autres s’appropriaient. Chaque jour, il fallait rétablir un semblant de vérité, protéger l’image de Mario, pas seulement de la police mais aussi de ceux qui voulaient en faire un symbole. C’était facile de perdre le Mario qu’elle chérissait – aimant, drôle, intelligent, agaçant et confus.

    (…) Dans les mois qui ont suivi “l’exécution de Mario”, Gwen se rappelle avoir participé autant que possible à de réunions, à des marches, rassemblements. Les manifestants demandaient à ce que le chef de la police [de SF] démissionne et s’excuse publiquement et que les officiers qui ont tire sur Mario soit arrêtés et jugés. « Je pense qu’ils se sont tous dits, Nous sommes tous Mario Woods. Mario est notre fils, notre frère:. Felicia Jones, un membre de la communauté proche de Gwen m’a dit qu’ils le prenaient « très personnellement ».

  • « After the Shooting, A year in the life of Gwen Woods »California Sunday Magazine

 


4. Les Américains

 

  • C’est aussi une cover story, celle de l’édition de septembre de The Atlantic, un extrait de l’ouvrage de Kurt Andersen, « Fantasyland: How America Went Haywire – A 500 year History » à paraître à la rentrée (aux Etats-Unis) aux éditions Random House. La théorie est la suivante: Donald Trump n’est pas une exception mais une continuité de l’esprit américain.

    Pourquoi agissons nous de la sorte?
    Parce que nous sommes Américains – Parce qu’être Américain, ça signifie qu’on peut croire en tout ce qu’on veut; que nos croyances sont les mêmes, ou supérieures à celles des autres, experts ou non. A partir du moment où les gens adhèrent à cette vision, le monde tourne à l’envers, et la relation de cause à effet n’existe plus. Ce qui est vrai devient incroyable et ce qui est incroyable devient vrai.
    (…)
    Ce n’est pas seulement les Américains qui prennent des idées absurdes au sérieux. Mais l’Amérique en est le foyer et l’épicentre mondial (…) A l’exception des pays pauvres, il n’existe aucun autre endroit où les croyances surnaturelles et folkloriques ont autant d’importance dans l’identité des gens. C’est l’exceptionnalisme américain du XXIème siècle. Le pays a toujours été unique. Mais aujourd’hui cette singularité est différente.
    Nous sommes toujours riches et libres, toujours aussi influents et puissants que n’importe quelle autre nation – le synonyme d’un pays développé. Mais cette tendance à la crédulité, à faire les choses à notre manière, à démentir les faits, et n’avoir aucune certitude sur la réalité, a fini par gommer les caractères exceptionnels de notre pays et l’a transformé en un pays “moins développé”

    Certains considèrent la présidence de Trump – une ère de post-vérité et de faits alternatifs comme impensable – comme le dernier phénomène américain, inexplicable et insensé. Mais c’est juste l’expression d’un état d’esprit qui a rendu l’Amérique si unique depuis ses débuts. Un mélange extraordinaire d’individualisme et de zèle religieux, un mélange de show business et de n’importe quoi, qui fermente pendant des siècles, puis qui passe par les années soixante puis l’ère internet. On obtient l’Amérique d’aujourd’hui, celle où la réalité et le fantasme se mélangent dangereusement.

    (…)

    Donald Trump est un escroc qui vous une haine contre l’establishment. Il n’aime pas les experts, parce qu’ils s’opposent à son droit, en tant qu’Américain, de croire ou prétendre que les mensonges sont des faits, qu’ils ont l’odeur de la vérité. Il voit des complots partout. Il exploite le mythe du martyr blanc. Il représente ce que j’appelle syndrome Kids R Us – gâtés, impulsifs, bougons, un sale gosse de 71 ans.