06.09.17

 

1. DREAMers: la balle au Congrès

 

  • Hier matin, le président a envoyé son ministre de la justice, Jeff Sessions, annoncer la suspension du programme DACA, qui permet actuellement à 800 000 « Dreamers » arrivés illégalement sur le territoire américain lorsqu’ils étaient enfants, d’y travailler et d’y étudier légalement, au nom du respect de loi et tout en voulant « donner la priorité aux citoyens américains ».
    La décision n’a pas été facile à prendre pour Donald Trump comme l’explique le New York Times:

     

    Une heure avant l’annonce, les représentants de l’administration étaient inquiets que M. Trump n’ait pas bien compris les conséquences de cette décision, et qu’il décide de changer d’avis une fois le processus enclenché .

     

  • Effectivement, quelques heures plus tard, après le tollé suscité par cette décision, Trump affirmait « avoir de la compassion » envers ces « Dreamers » et demandé au Congrès de s’entendre sur une solution législative visant à les protéger d’ici les six prochains.  
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  • Il appartient désormais à Paul Ryan, le porte parole républicain de la Chambre des Représentants de réussir un pari que le Congrès américain a été incapable de remporter ces seize dernières années.
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  • La décision controversée de Trump est devenu le problème des Républicains qui vont devoir choisir entre la voix modérée d’une alliance avec les Démocrates, quitte à fâcher la droite dure (Breitbart, l’extrême droite américaine) ou embrasser une rhétorique nationale populiste qui pourrait faire imploser le parti. 

 

  • Très bonne analyse de Matt Taïbbi dans Rolling Stone (« Don’t be surprised if Trump’s Assault on Dreamers Works – Politically« ) sur la stratégie politique gagnante de Trump:
     

    Depuis deux ans maintenant, les Américains sont choqués devant les excès à répétition de Donald Trump, en se demandent comment est-ce qu’il continue à gagner malgré une détermination à blesser à peu près tous les groupes d’électeurs que compte la planète à l’exception des mecs blancs, en colère et à moitié analphabètes. C’est parce que le paysage politique est tellement fragmenté et que les autres institutions – le Congrès, les médias, l’establishment des partis républicains et démocrates – ont une côte de popularité aussi faible sinon pire que celle de Trump et qui lui permet de sortir indemne des scandales les plus insurmontables.

 


2. La peur du changement

 

  • Sachant que 76% des Américains sont favorables au DACA, pourquoi adopter une mesure aussi impopulaire?
    Encore une fois, Trump veut rassurer sa base électorale blanche et rurale effrayée de voir changer le visage de l’Amérique, notamment au niveau démographique devant la croissance des minorités afro-américaines et latino/hispaniques (respectivement 13,2% et 17% de la population) aux dépens de la majorité blanche en déclin (63% contre 69% en 2000 et 80 en 1980).
    Pour renverser cette tendance, une réforme drastique des politiques d’immigration trop lâches sont nécessaires, que ce soit à travers la construction symbolique d’un mur pour les protéger de l’immigration clandestine ou l’expulsion des DREAmers.
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  • Axios cite un sondage publié dans The Atlantic en mai dernier dans lequel la moitié des blancs américains de classe moyenne affirment « que les choses ont tellement changé [qu’ils se sentent] étrangers dans leur propre pays », et c’est cette « anxiété culturelle » utilisée par Trump qui les a poussé à voter pour lui.

 


3. Cher hausse le ton

 

  • La réponse virale et brutale de Cher à une internaute qui ne la pas crue prête à recevoir chez elle les « Dreamers » menacés d’expulsion:

     

 


4. Des zones rurales toujours plus isolées

 

  • « Plus de la moitié des comtés américains situés dans les zones rurales ont des établissements hospitaliers sans maternité » constate le Washington Post et la tendance devrait s’aggraver ces prochaines années avec la fermeture progressive des services de gynécologie – obstétrique dans les zones les plus isolées du pays.
    2,4 millions de femmes en âge de procréer vivent dans des comtés qui n’offrent aucun accès aux soins prénatals, ni à des maternités. 

    Il existe déjà beaucoup de différences entre l’état de santé des femmes vivant dans les zones rurales et celles des villes. Les premières ont davantage de risques d’être en mauvaise santé, d’être obèses, de fumer, de se suicider ou d’avoir un cancer de l’utérus que leurs consoeurs des villes. Mais la tendance récente pourrait aggraver en raison des disparités en matière de santé sexuelle. Une étude récente a également noté que les zones rurales ont fait peu de progrès dans le domaine de la mortalité infantile par rapport au reste du pays.

     

  • Cette tendance s’explique par la faible rentabilité des services de gynécologie – obstétrique, ce sont que les centres hospitaliers coupent en cas de problèmes financiers, par la faible natalité dans les zones rurales, et par la difficulté pour les chirurgiens obstétriciens de survivre dans des régions désertées.

 


5. Les Boston Sox accusés de tricher

 

  • Le New York Post (« Boston Cheat Party ») et le NY Daily News (« Dirty Sox »), les deux tabloids new yorkais s’en sont donnés à coeur joie en une ce matin après les révélations du journaliste star du New York Times sur les tricheries de l’équipe de baseball de Boston contre leur ennemi, les New York Yankees, le mois dernier.
     
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  • Les Red Sox auraient utilisé l’Apple Watch au cours de leurs rencontres pour informer leurs coéquipiers des stratégies de leurs adversaires, notamment les communications, via les signes de la main entre le pitcher et le catcher. Intercepter les stratégies des adversaires est autorisé au baseball mais pas l’utilisation d’outils électronique est interdite sur le terrain.
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  • L’enquête de la league de baseball a corroboré les accusations lancées par les New York Yankees et le commissaire doit annoncer prochainement si oui ou non, il prendra des sanctions contre les Red Sox, les premiers de leur division qui devraient vraisemblablement disputer les playoffs.

 


6.  « Je suis comédienne, il est notre putain de président »

 

 

  • C’est l’une des comédiennes américaines les plus célèbres qui a vu sa carrière de plus de trente ans s’arrêter brusquement en mai dernier après avoir diffusé une photo d’elle portant un masque ensanglanté de Trump: En l’espace de quelques jours, elle a été viré de CNN, la fin de sa tournée annulée, ses contrats publicitaires suspendus et le président a rajouté de l’huile sur le feu en évoquant le traumatisme de son fils Baron après avoir vu les photos.

 

  • Malgré des excuses publiques, elle a reçu des menaces de mort des supporters de Trump, a été vilipendée sur les réseaux sociaux, par républicains et conservateurs, Fox News, ses amis parmi les plus proches lui ont tourné le dos et elle a même été l’objet d’une enquête du FBI.
    En hibernation depuis trois mois, Katy Griffin en a marre de s’excuser, compte reprendre la comédie et sa carrière et milite désormais pour la protection du Premier Amendement, la liberté d’expression:

    Le président Trump vient juste de gracier Joe Arpaio, qui dirigeait essentiellement un camp de concentration de le désert d’Arizona. Il a dit qu’il existait de bons nazis, il veut expulser de jeunes adultes qui ont été amenés ici par leurs parents, et je suis celle qui continue a s’excuser?

 


7. Masha Gessen, une voix qui porte

 

  • Portrait de Masha Gessen, l’une des journalistes les plus influentes de l’ère Trump dans Rolling Stone:
     

    L’un des articles les plus lus après les élections [présidentielles] a été « Autocracy: Rules for Survival » publié dans le New York Review of Books. Son auteure, Masha Gessen, connait bien son sujet. Elle a vécu presque toute sa vie sous un régime autocratique et dont des années dans le rôle risqué de journaliste d’opposition – en Russie.
    Dans les dizaines d’articles et d’interventions télévisées qu’elle a réalisé depuis, elle offre un regard indispensable sur les tendances despotiques de l’actuel président américain. Et plutôt que de relever les éléments anti-démocratiques évidents de la nouvelle présidence, Gessen s’intéresse aux changements inquiétants des normes politiques américaines en utilisant la sagesse de quelqu’un qui a survécu et combattu une oppression politique tout en gardant son intégrité. 

 


8. Cinémas: Un été pourri

 

  • A l’exception de « Guardians of the Galaxy Vol.2 », « Wonder Woman » et « Spiderman: Homecoming », la fréquentation de salles de cinéma cet été – une période généralement bonne aux Etats-Unis – à été la pire de la dernière décennie avec seulement 3,8 milliards de dollars de tickets vendus, une baisse de 14,7% par rapport à l’année dernière.
     
    Parmi les victimes de cet été calamiteux: “King Arthur: Legend of the Sword”, « Valerian », « Baywatch », “Pirates of the Caribbean 5″, « The Mummy » et « Transformers 5 » qui sont soit des suites et/ou des films à gros budget – comme les prochaines sorties de cette fin d’année, « Blade Runner 2049”, “Thor: Ragnarok”, “Justice League,” et “Star Wars: The Last Jedi.”

 


9. Couverture du jour: Bill de Blasio sera réélu maire de New York

 

  • Mauvais nouvelle pour le New York Post, le tabloid de Rupert Murdoch qui l’attaque quasi-quotidiennement, ou le gouverneur démocrate de New York, Chris Cuomo, avec qui il est en guerre ouverte, ou ses détracteurs qui critiquent ses propos, son attitude et sa politique, Bill de Blasio devrait selon New York magazine être réélu à la mairie de New York le 7 novembre prochain.
     

Ingérence russe dans les présidentielles américaines: Et si c’était de l’intox?

Les sanctions très sévères prises par Barack Obama à l’encontre de la Russie, accusée d’avoir piraté le Parti Démocrate durant la campagne présidentielle pour favoriser Donald Trump aux dépens de Hillary Clinton, sans avoir offert de preuves tangibles, met aujourd’hui les médias americains dans une situation délicate.
Certains journalistes évoquent le scandale des armes de destruction massive: un mensonge orchestré par l’administration Bush, appuyé à l’époque par l’enquête d’une journaliste du New York Times, qui avait justifié l’intervention de l’armée américaine en Irak.
Parmi eux, Glenn Greenwald et Matt Taïbbi mettent aujourd’hui en garde leurs confrères contre l’éventualité d’un nouveau fiasco.

 

Le renvoi de 35 dignitiares russes liés aux services de renseignements du sol américain et la réponse stratégique de Poutine de ne pas envenimer la situation en attendant l’investiture de Donald Trump, ferait presque passer Barack Obama pour l’agresseur et son confrère russe pour une oie blanche.

La plupart des quotidiens du pays consacraient leur une hier à la décision dramatique du gouvernement américain en considérant comme acquise la culpabilité du Kremlin dans cette affaire de piratage. Rares ont été ceux à admettre qu’il n’existe pourtant aucune preuve tangible aujourd’hui que le gouvernement russe est à l’origine du « hackage » du Parti Démocrate si ce n’est le rapport de la CIA et du FBI, publié jeudi, qui reste très flou sur les méthodes employées et les acteurs engagés dans ces actes criminels.

Comme le constate Matt Taïbbi dans Rolling Stone hier, ce rapport ne livre aucune indice sur ce qui a mené les services de renseignements à déterminer que:

  • Le gouvernement russe était le commanditaire du piratage 
  • Le piratage était destiné à influencer les élections présidentielles, qui plus est, en faveur de Donald Trump.


Comme les médias conservateurs l’avancent, personne, ni Poutine, ni le parti Républicain, ni même sans doute Trump, avaient prévu la victoire de leur candidat.

Le problème avec cette histoire, c’est que comme dans la débâcle de celle des armes de destruction massive en Irak, elle s’inscrit dans un environnement extrêmement politisé dans lequel les motifs de tous les acteurs impliqués sont suspects. Rien n’est logique ici.

La seule façon d’y voir plus clair serait de fournir des preuves que l’administration Obama et les services de renseignements refusent de révéler « par peur d’exposer leurs sources et leurs méthodes » – malgré les demandes répétées des journalistes, conservateurs et libéraux depuis des semaines.

Plus inquiétant, pour certains supporters de Clinton, l’idée que « la Russie a piraté les élections » renvoie au piratage des votes le jour des élections – des suspicions levées après le recomptage des voix dans le Michigan et le Wisconsin, qui ont confirmé la victoire de Trump dans ces Etats. 
Selon le site Yougov, la moitié des électeurs démocrates pensent que le gouvernement russe aurait modifié les résultats du scrutin le 8 novembre – « un nombre aussi inquiétant que les 62% d’électeurs de Trump qui croient les propos d’Alex Jones, un présentateur télé conspirationniste, selon lesquels des millions de sans papiers auraient voté illégalement aux élections présidentielles.

Cette affaire a également des enjeux partisans, et l’intervention de Glenn Greenwald, la semaine dernière sur le plateau de Tucker Carlson, sur Fox News, pour dénoncer les accusations du gouvernement américain contre les agissements russes, a été critiquée par certains médias libéraux qui l’accusent de prendre la parti de Trump et de Poutine. 

Le fondateur de The Intercept en a conclu qu’accuser la Russie d’ingérence n’était finalement qu’un stratège politique des démocrates pour discréditer le prochain président.

Il n’existe aucune preuve tangible pour appuyer les accusations du FBI, de la CIA et du gouvernement américain, et en tout état de cause, il est impossible de tirer de conclusion définitive sur l’ingérence de Vladimir Poutine et du gouvernement russe dans les élections présidentielles américaines – une précaution que beaucoup de journalistes et de rédactions n’ont pas prise.  

Comme le rappelle Matt Taïbbi en conclusion de son article:

Nous devrions avoir appris de l’épisode Judith Miller [journaliste du New York Times qui a révélé l’existence d’armes de destruction massive en Irak avant de reconnaître que ses sources l’avaient manipulée].
Non seulement les gouvernements mentent, mais ils n’hésiteront pas à ruiner les agences de presse au passage. Ils utiliseraient n’importe quel pigeon pour arriver à leur fin.
Je n’ai aucun problème à penser que Vladimir Poutine a tenté d’influencer les élections américaines.
C’est un gangster de bas étage qui est capable de tout. Et pareil pour Donald Trump qui s’est rabaissé durant la campagne jusqu’à aller demander aux Russes de rendre publique les emails de Hillary Clinton. Donc tout est possible.
Mais on s’est déjà trompés dans des histoires similaires, qui ont eu des effets désastreux. Ce qui rend encore plus surprenant le fait qu’on n’essaye pas un peu plus d’éviter de se faire avoir à nouveau.