Le Kiosque du weekend: 05-06.08.17

 

 

 

1. Le Département efficace

 

  • Critiqué et humilié par le président pour s’être récusé de toute enquête sur les élections de 2016, Jeff Sessions reste pourtant l’un des hommes forts de cette administration en défenseur invétéré du programme « America First » qui lui vaut d’être soutenu par les électeurs de Trump, de nombreux conservateurs et médias de droite.

    M. Sessions met en place le programme conservateur du président très rapidement, balayant les critiques de la gauche et qui laisse certains fonctionnaires perplexes sur cette transformation.
    « Sessions comme ministre de la Justice est tout ce dont rêvent les Conservateurs et tout ce qui effraye les progressistes » explique Erwin Chemerinsky, président l’Ecole de Droit de UCLA-Berkeley. (…)

    Ces six derniers mois, le ministre de la Justice a annulé les réformes de Obama sur les droits des homosexuels, le droit de vote, le système judiciaire et la réforme de la police tout en défendant son propre programme contre les drogues, gangs et le crime organisé … M. Sessions a demandé à ce que les juges condamnent le plus fermement possible tous les crimes, notamment ceux liés à la drogue qui incluent des peines minimum. Il a donné davantage de pouvoir à la police pour confisquer les biens des individus, qu’ils aient été condamné ou juste arrêtés. Il soutient la ligne dure de l’immigration, a déployé davantage de procureurs fédéraux aux frontières pour traiter des affaires d’immigration, et a exigé que les villes et Etats se soumettent aux autorités fédérales de l’immigration sous peine d’être privée de subventions du gouvernement.


    * « Justice Dept. Under Siege From Trump Ahead With His Agenda » – The New York Times 

 

 


2. Une administration dévouée à la cause blanche

 

  • Trump a gagné les élections présidentielles grâce à l’électorat blanc, rural et ouvrier américain, qui reste aujourd’hui son principal soutien.

    Après les élections de 2012, les leaders du Parti Républicain ont compris que pour remporter à nouveau la Maison Blanche dans un pays toujours plus diversifié, ils devaient trouver un moyen d’atteindre les électeurs appartenant à des minorités. Puis Donald Trump est arrivé, et a fait tout le contraire. Plutôt que d’essayer de convaincre les minorités, il a mené une campagne nationaliste blanche en jouant sur les ressentiments racistes. A la surprise de beaucoup, ça a marché. Et maintenant Trump veut leur montrer qu’il pense à eux.

  • Pour justifier son programme: Faire passer la population blanche pour la victime d’un système qui ne profite qu’aux minorités:

    Ca renvoie à ce projet républicain très ambitieux et en partie réussi, qui consiste à faire croire aux électeurs blancs que les minorités en général, et les Afro-américains en particulier, bénéficient d’aides sociales du gouvernement qui rend leur vie confortable et facile.
    C’est un mensonge mais qui a fait son chemin.

  • * « The Trump administration takes up the cause of oppressed white people »The Washington Post

 

 


3. Une génération perdue?

 

  • C’est l’article dont toute la presse parle cette semaine: un essai inquiétant sur la « iGen », la nouvelle génération, post-millenial, qui n’a connu qu’internet, les réseaux sociaux et les smartphones:

    Je l’ai appelé iGen.
    Nés entre 1995 et 2012, les membres de cette génération grandissent avec des smartphones, ont un compte Instagram avant d’entrer au lycée et n’ont aucune idée d’un monde qui fonctionne sans internet.
    Les Millenials ont grandi avec internet, mais ça n’a pas tout le temps fait partie de leur vie, ou été à portée de main tout le temps, jour et nuit. Les vétérans de la iGen étaient adolescents quand le iphone a été introduit en 2007, et au lycée quand le ipad a été introduit en 2010.
    Une enquête réalisée en 2017 sur plus de cinq mille adolescents américains montre que les trois quarts possèdent un iphone.

    (…)
    Mais l’impact de ces appareils n’a pas jamais vraiment été évalué et va bien plus loin que les problèmes d’inattention. L’arrivée des smartphones a radicalement changé tous les aspects de la vie des adolescents, de la nature de leurs interactions sociales à leur santé mentale. Ces changements ont affecté les jeunes partout dans le pays, dans tous les foyers. La tendance est partout, les riches, les pauvres, toutes les origines ethniques, dans les villes, les banlieues, les communes. Partout où il y a des antennes cellulaires, les adolescents passent leur vie sur leur smartphone.
    (…)
    Mais psychologiquement, ils sont plus vulnérables que les Millenials: Les taux de dépression et de suicide ont explosé depuis 2011. Il n’est pas exagéré de décrire la « iGen » comme une génération au bord de la pire crise de santé mentale depuis des décennies. Cette détérioration est en partie causée par les smartphones. Il existe des preuves indéniables que les appareils qu’ont a placé dans les mains des adolescents ont des effets catastrophiques sur leur vie – et les rend sérieusement malheureux.

    * « Have Smartphones destroyed a Generation? »The Atlantic

 


4. La droite YouTube

 

  • La nouvelle extrême droite américaine a trouvé en YouTube l’un des supports les plus efficaces de défense de « la contre culture » en se présentant comme la « majorité silencieuse » que les médias mainstream essayer d’étouffer:

    Comme les immenses plateformes Twitter et Facebook, YouTube est une énorme boite de production culturelle qui accueille des communautés très différentes. Mais comme le plus petit Tumblr (qui a longtemps été dominé par une gauche vivante et militante) ou 4chan (sorte d’usine à mèmes d’extrême droite agressive et efficace) YouTube accueille une communauté politique dominante: « la droite YouTube ».
    Cette communauté est constituée d’un groupe de chaînes et de personnalités, connectées par les mêmes sensibilités politiques et esthétiques.
    Ils sont monologuistes, essayistes, performeurs, vloggers qui publient régulièrement des vidéos depuis leur salon, leur studio, contre la gauche, contre les médias traditionnels, contre les « guerriers de la justice sociale » qui selon eux ruinent la culture populaire, agissent contre le peuple et fragilisent l’Occident.

    Ils sont obsédés par l’immigration, l’Islam et le politiquement correct.
    Ils semblent parfois plus excités par les adversaires du président que par le président lui-même, avec qui ils partagent les mêmes priorités, si ce n’est le style. Les personnalités les plus connues sont rattachées à des médias plus larges comme Alex Jones d’InfoWars ou Ezra Levant de Rebel Media. Les autres sont des opérateurs indépendants qui ont trouvé leur voie dans le médium.

    * « For The New Far Right, YouTube has become the New Talk Radio »The New York Times magazine

 


5. Un scandale Essure ? 

 

  • Le Washington Post magazine y a consacré sa cover story: Essure, une méthode de contraception définitive pour les femmes, qui consiste à insérer deux micro-implants dans les trompes de Fallope par les voies naturelles: révolutionnaire pour les unes, elle s’est transformé en un appareil médical dangereux pour les autres.
    Depuis son introduction sur le marché en 2002 par le groupe Bayer, 750 000 appareils ont été vendus mondialement et les ventes continues d’augmenter. La Food and Drug Administration a recensé près de 16 000 cas d’effets secondaires indésirables dont 9 000 retrait de l’appareil à travers une hystérectomie.

Après le choc, Keisha est allée en ligne et a trouvé une groupe Facebook appelé « Les problèmes de Essure » et lu des dizaines de post laissés par les quelques 16 000 membres (chiffre qui a doublé aujourd’hui).
Il y a ces femmes qui ont écrit sur la perte de sang, la fatigue, chute de cheveux, ou le pourrissement des dents que Keisha a expérimenté et qui sont des réactions allergiques ou inflammatoires à des matériaux, surtout le nickel, qui sont à l’intérieur de l’appareil.

Certaines femmes rapportent que leur appareil s’est déplacé des trompes et a atterri dans l’uterus ou a percé d’autres organes. D’autres femmes ont décidé de retirer le stérilet et ont eu des complications lors de l’opération, et souvent des hystérectomies.
Il existe même un groupe de femmes qui a posté des images de leur « E-babies » [alors qu’elles sont censées être stérilisées].
En lisant les posts, Keisha a réalisé que ces « petites choses » qui se passaient dans son corps pouvaient être une réaction à l’appareil qu’elle avait choisi comme moyen de contraception (…)
Elle était dévastée, effrayée et en colère. Pourquoi est ce que le docteur lui a suggéré? Pourquoi elle ne s’est pas renseigné plus tôt?

 

 


6. La performance a un prix

 

  • La question est simple: « Pourquoi les riches aiment-ils les sports d’endurance? »

    Le vélo, la course, les courses d’obstacles sont dominés par les travailleurs en col blanc. Si avoir les moyens permet d’y participer, les chercheurs commencent à comprendre l’attrait psychologique qui pousse ces gens vers ces compétitions masochistes. Il existe plusieurs raisons pour lesquelles la plupart des athlètes travaillent, sont diplômés et ont de l’argent (…)
    Qu’en est-il de la souffrance qu’ils aiment s’infliger en pratiquant ces sports? 

    La recherche des résultats (« courir plus vite, courir plus longtemps, poursuivre un objectif précis ») mais aussi la recherche de la douleur: « Les triathlètes que j’ai interviewé pour ma recherche ont reconnu que la douleur éprouvée lors de l’entraînement et de la course était l’une des raisons pour lesquelles ils le faisaient (…)
    Surmonter cette douleur et franchir la ligne d’arrivée est une forme d’accomplissement et une manière de discipliner son corps. 
    La grande ironie, c’est que l’une des raisons pour lesquelles les gens étudient, font des économies, et ont un emploi stable, c’est justement pour créer un confort de vie. Mais pour certains, ça devient trop facile. L’endurance sportive est une sorte d’échappatoire nécessaire, qui offre des mesures concrètes d’un travail bien fait et d’une souffrance physique – dans un environnement qu’ils ont choisi.

    * « Why do Rich People Love Endurance sports? »Outside

 


7. Les Editions du dimanche

 

  • « What’s Driving us to all this Road Rage? How a traffic dispute can turn violent »Miami Herald

    Les accidents liés à la « rage au volant », en anglais « road rage », sont plus nombreux à Miami et à travers le pays, affirme la police locale, alors que les encombrements et distractions rendent les conducteurs fous (…) La conduite agressive est devenue un donnant-donnant … C’est tellement une culture ici que les gens ne se rendent même plus compte qu’ils sont malpolis

 

  • « Hundred of officers fired for misconduct returned to policing »The Washington Post

    Depuis 2006, les plus grands départements de police du pays ont viré 1 881 officiers pour faute grave, de mentir sur ses heures supplémentaires à des excès de violence. Mais le Washington Post a découvert que ces départements ont été obligés de réengager plus de 450 d’entre eux après que les syndicats aient fait appel

 

  • « Small Town, Big Controversies » The Sunday Free Press

    Dans une petite ville du Nord Est du Michigan, les efforts sont de plus importants pour se débarrasser du président. Pas de Donald Trump. Il a gagné avec 69% des votes ici. L’effort vise le président du Kalkaska, Jeff Sieting, un supporter de Trump qui créé la polémique à l’échelle nationale après avoir posté des commentaires anti-Musulmans sur sa page Facebook

 

 

Le Kiosque du mardi 29 novembre 2016

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TRUMPLANDIA

Deux poids deux mesures
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Time magazine – Edition du 26 novembre 2012

Dans le monde merveilleux de Donald Trump, les femmes sont menacées d’emprisonnement pour avoir « mal géré » des documents confidentiels – Hillary Clinton et sa fameuse messagerie privée, le cheval de bataille des Républicains pendant la campagne présidentielle – mais un général de l’armée américaine qui a reconnu avoir volontairement donné à sa maîtresse des informations secret-défense, pourrait obtenir l’un des postes les plus convoités de la futur administration, celui de Secrétaire d’Etat.
David Petraeus, un ancien général de l’armée américaine, avait défrayé la chronique en 2012, après avoir été accusé par le FBI d’avoir eu une affaire avec sa biographe, Paula Broadwell, à qui il a fourni des informations confidentielles pour l’écriture de son ouvrage. Petreaus, alors directeur de la CIA avait démissionner de son poste.
L’intéressé a rencontré le futur président hier pendant une heure, et il pourrait bien décrocher une position à responsabilité, même s’il ne s’agit pas des Affaires Etrangères. Une démarche qui confirme encore une fois, la tactique trompeuse utilisée par Trump durant les élections à l’encontre de sa rivale, à qui il avait promis la prison.
Un thème très populaire auprès de ses militants.

Des créateurs de fake news dans l’entourage de Trump
LifeZette
LifeZette

Le site The Intercept affirme que des proches de Trump seraient à l’origine des fake news répandues pendant toute la campagne par des sites d’infos bidons, à l’instar de Laura Ingraham, qui serait pressentie pour devenir l’attaché de presse de la Maison Blanche dans la future administration.
Cette commentatrice politique conservatrice, l’une de seules que Donald Trump suit sur Twitter, a diffusé cet été via l’un de ses sites, LifeZette, une vidéo, « Clinton Body Count » accusant Hillary Clinton d’avoir une responsabilité dans le crash d’avion de JFK Jr en 1999 et dans la mort de certains démocrates. Vidéo qui a été partagée 400 000 fois et obtenu 14 millions de vues.
Un autre article publié la semaine précédent les élections, affirme que le directeur de campagne de Clinton, John Podesta, dont la messagerie a été piratée et les emails diffusés par Wikileaks, aurait participé à des rites occultes. Laura Ingraham a personnellement repris l’info, ainsi que The Drudge Report et Sean Hannity, présentateur zélé de Fox News.
The Intercept
mentionne également Floyd Brown, un consultant de l’entourage de Trump et « ami’ de sa manager de campagne, Kellyanne Conway, le créateur de différents sites d’infos pro-Trump, Western Journalism et Conservative Tribune, respectivement 13 et 19 millions de visiteurs mensuels, qui figurent dans la liste des 100 sites d’infos les plus lus aux Etats-Unis.

Alt-Right ou White Nationalism?

Depuis l’élection de Donald Trump et la nomination de Steve Bannon comme son bras droit à la Maison Blanche, et l’influence grandissante du site d’infos Breitbart News, dont il était le rédacteur-en-chef, l’influence du mouvement alt-right est bel et bien au coeur de la prochaine administration – Bannon s’est défendu à plusieurs reprises d’être un « nationaliste blanc » mais partisan d’un « nationalisme économique ».
Les médias qui se réfèrent à Bannon et ses acolytes comme des partisans de « l’alt-right » sont accusés par de nombreux lecteurs, internautes et partisans de gauche de vouloir « légitimer l’idéologie du racisme, de l’anti-sémitisme, de l’islamophobie et de la suprématie blanche » rapporte le New York Times ce matin.

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Mercredi dernier, le Washington Post a diffusé un guide d’utilisation de différentes terminologies qui définit l’alt-right comme « un mouvement d’extrême droite qui vise l’établissement d’un état blanc dont les adhérents sont connus pour épouser des points de vue racistes, antisémites, et sexistes ».
Hier Associated Press a demandé à ses journalistes de définir le terme « alt-right » avant de l’utiliser pour mettre en garde les lecteurs qu’il a été inventé comme un outil de relations publiques « pour brouiller les croyances de ses supporters et atteindre une audience plus large ».
Enfin, un publicitaire new yorkais a créé une extension sur Google Chrome appelé « “Stop Normalizing The Alt Right” remplace automatiquement toutes les mentions « alt-right » par « white supremacy »