05 Sept. 2017

 

1. Les « Dreamers » en sursis

  • Ce matin, Jeff Sessions, ministre de la justice, a annoncé l’une des dernières mesures phares de sa politique anti-immigration: la fin du programme DACA Deferred Action for Childhood Arrivals – mis en place par Barack Obama en 2012 qui offrait aux enfants entrés illégalement sur le territoire américain, la possibilité d’y étudier et d’y travailler légalement.
    Une décision évidemment controversée qui pourrait forcer 800 000 jeunes « DREAMers » à quitter un pays dans lequel ils ont grandi, étudié, travaillé et dans certains cas fondé une famille mais qui ne « sera pas appliquée avant six mois » pour laisser le temps au Congrès d’apporter sa propre législation« Faites votre travail » a lancé ce matin le président, en affirmant vouloir « mettre l’intérêt des citoyens américains avant tout ».

 

  • Trump essaye une fois de plus de courtiser sa base électorale – « les oubliés qui ne le sont plus » – à défaut de pouvoir lui offrir un mur.
    Pour Ben Smith de Buzzfeed, Trump « isolé, affaibli et incapable d’utiliser les leviers habituels du pouvoir présidentiel a adopté la pire stratégie pour quelqu’un qui essaye d’exercer le métier le plus important au monde: Tirer sur les otages ». Il ne s’agit pas d’une « stratégie » mais d’un « geste de panique ». 
  • La décision devrait provoquer l’opposition ferme des Démocrates et de la plupart des leaders républicains, les plaintes des associations de défense des libertés et les décisions des juges des cours fédérales et une immense panique et un sentiment d’injustice profond chez les DREAMers.

 

  • Comme l’a avancé Mark Zuckerberg dans un post sur Facebook quelques minutes après la déclaration de Sessions, la seule solution est une proposition conjointe des Démocrates et Républicains modérés, susceptible de provoquer une véritable guerre civile au sein du GOP.

 


2. Le « briseur de rêves »

 

 

  • Alors que son concurrent, le New York Post a choisi d’attaquer sa cible favorite, le maire de New York, Bill de Blasio, le NY Daily News critique en une la décision de Trump de briser le rêve de centaines de milliers de jeunes immigrés.

 

  • Autre annonce: le rachat du tabloid new yorkais par Tronc, qui est aussi propriétaire du Los Angeles Times et du Chicago Tribune pour un dollar symbolique et trente millions de dollars de dettes.

 

 


3. Houston: les travaux de nettoyage et de reconstruction compromis

 

  • Houston a l’argent mais n’a pas la main d’oeuvre suffisante pour l’immense effort nécessaire au nettoyage, à la réparation et la reconstruction de près de deux cent mille maisons pour une raison simple: Entre un quart et la moitié des ouvriers en bâtiment de la région sont en situation irrégulière et les cibles de la politique anti-immigration de Trump, et de l’un de ses fidèles supporter, le gouverneur du Texas, Greg Abbott qui a d’ailleurs été l’un des fers-de-lance de l’annulation du programme des DREAMers.

 

  • Il y a douze ans, explique le Washington Post après l’ouragan Katrina, George W Bush avait cédé à la pression les entreprises du Bâtiment et Travaux Publics et facilité l’emploi de travailleurs en situation irrégulière qui ont représenté un quart de la main d’oeuvre utilisée pour nettoyer et reconstruire la région.

 

  • Aucun mesure n’a été proposé par Trump et l’industrie a déjà tiré la sonnette d’alarme sur une éventuelle pénurie de travailleurs nés aux Etats-Unis pour reconstruire dans les plus brefs délais.

 


4. Cinquante idées qui bousculent Washington

 

  • C’est le classement annuel réalisé par Politico sur les cinquante idées (et les individus derrière elles) qui bousculent Washington et on trouve sans surprise beaucoup de personnalités des médias avec:
    • #1: Steve Bannon et sa machine de guerre alt-right, Breitbart News;
    • #2: Un couple de Texans, Sarah Greenberg et Ezra Levin, qui s’inspire des méthodes d’action du Tea Party pour organiser la résistance des Démocrates et progressistes contre Trump dans leur organisation: Indivisible.
    • #8: Susan Fowler pour avoir exposé dans un post de blog au début de cette année le sexisme rampant dans les industries de haute technologie de la Silicon Valley, à travers son expérience chez Uber où elle a travaillé pendant plusieurs mois.
    • #16: Rebekah Mercer, fille du multi-milliardaire Robert Mercer, la « méga-donatrice » de la droite, qui a finance Breitbart depuis qu’il est dirigé par Bannon et a soutenu financièrement la campagne de Donald Trump. 
    • #17: Masha Gessen du New York Review of Books pour avoir alerté sur les dérives autocratiques de la démocratie après la victoire de Trump en s’inspirant de sa Russie natale dans un essai, « Autocracy: Rules for Survival »

 


5. »Trumped up Cards »

 

  • « Reid Hoffman [le co-fondateur de LinkedIn] a des milliards de dollars et l’un des réseaux les plus connectés de la Silicon Valley. Voila comment est-ce qu’il compte les utiliser contre Trump » explique le journaliste Tony Romm dans Recode. 
  • Ca a commencé par un jeu de cartes, « Trumped up Cards », similaire à celui de « Cards Against Humanity » – dans lequel « les joueurs finissent des énoncés complets en utilisant des mots ou phrases généralement considérés comme offensantes ou politiquement incorrectes présentées sur des cartes à jouer »  (Wikipedia) – mais consacrés uniquement au milliardaire américain, pour « aider les gens à comprendre l’absurdité de la présidence de Trump

 

 

  • Hoffman est prêt à dépenser des centaines de millions de dollars dans des campagnes, des candidats et causes qui soutiennent la vision d’un futur plus favorable au pays.

    Comme beaucoup dans la Silicon Valley, l’opposition de Hoffman à la Maison Blanche a commencé immédiatement après les élections. Et les divisions entre Trump et le secteur des hautes Technologies devraient empirer mardi, quand le président va annoncer l’annulation du programme DACA (…) Les rumeurs concernant la fin du programme de protection a poussé Hoffman et plus de trois cent autres chefs d’entreprises à condamner publiquement la Maison Blanche le week-end dernier.

 


6. Vers une guerre culturelle totale

 

  • Regnery Publishing, La maison d’édition consacrée aux auteurs et aux ouvrages conservateurs tels que Mark Levin, Laura Ingraham ou Ann Coulter a annoncé qu’elle coupait les ponts avec le New York Times et sa célèbre liste de best-sellers, la référence du milieu de l’édition, sous prétexte que le quotidien favoriserai des ouvrages dits « libéraux » et « progressistes » aux dépens de ceux plus « conservateurs ». Elle utilisera comme nouvelle liste des ventes, celle publiée par Publishers Weekly

 

  • En ligne de mire, le livre « The Big Lie: Exposing the Nazi Roots of the American Left » place en 7ème position de la liste du New York Times alors que d’autres listes le placent numéro un. Même problème selon Regnery Publishing pour l’ouvrage “No Go Zones: How Sharia Law is Coming to a Neighborhood Near You” selon Associated Press.

 

  • Le New York Times a qualifié les accusations de manipulation des chiffres des ventes de son classement de « ridicules » en notant au passage que de nombreux ouvrages conservateurs apparaissaient généralement dans cette même liste.
    Une nouvelle division de franchie entre le monde des conservateurs et celui des libéraux.

 


7. Mannequins: Nouvelle génération

 

  • « Pendant des décennies, le mannequinat a été une activité silencieuse dans laquelle les femmes étaient être vues et jamais entendues » mais une succession d’incidents cette année ont mis en avant les problèmes qui minent encore cette industrie, notamment les conditions de travail, le harcèlement sexuel, l’humiliation physique ou encore le racisme.

 

  • Aujourd’hui, les mannequins, même peu connus dans l’industrie, peuvent utiliser les médias sociaux pour s’exprimer et avoir de l’influence en s’attirant de nombreux abonnés.
    Le New York Times est allé à la rencontre des modèles féminins à différentes étapes de leur carrière pour partager leur expérience: ICI

 


8. Le retour de certaines maladies infectieuses des Etats-Unis

 

  • Les régions les plus pauvres des Etats-Unis sont marquées par la résurgence de maladies infectieuses dignes des pays les plus pauvres de la planète: En Alabama un tiers des individus vivant dans le comté très défavorisé de Lowndes, ont été testés positifs à l’ankylostome, un parasite intestinal éradiqué depuis des décennies du pays depuis les années 80 et qu’on trouve dans les zones pauvres tropicales africaines et asiatiques.
    L’étude [réalisée par l’université de Baylor et l’Alabama Center for Rural Enterprise, ACRE] résumée dans le Guardian révèle que l’ankylostome ne survit que dans les communautés qui n’ont aucune hygiène de base, notamment à travers des problèmes de gestion et de traitement des ordures et eaux usées.

 


9. Les couvertures du jour

 

  • Ce sont celles de Sport Illustrated consacrées à la reprise de la saison de football américain cette semaine: Quatre couvertures différentes avec:
    • Le quarterback des New England Patriots, Tom Brady 
    • Le defensive end des Houston Texans, J.J. Watt
    • Le quarterback des Green Bay Packers, Aaron Rodgers
    • Le running back des Arizona Cardinals, David Johnson

Revue de presse du vendredi 09 Septembre

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Serena Williams perd en demi-finale de l’US Open pour la deuxième année consécutive, alors qu’elle avait réussi un début de tournoi très encourageant: Elle ne gagnera pas de 23ème tournoi en grand chelem et ne sera pas numéro un mondial avant la fin de la saison.
Aujourd’hui, le New York Times s’intéresse à la lutte que les Native Americans mènent dans le Dakota du Nord contre la Pipeline, cet immense projet de gazoduc estimé à 3,7 milliards de dollars qui doit passer par la réserve indienne de Standing Rock Sioux pour rejoindre le Mississippi.
Le gazoduc devrait s’étendre sur 1,900km et quatre différents états.
Un juge fédéral devrait se prononcer aujourd’hui sur le blocage ou non de la construction de cette partie de la Pipeline.
Cette semaine, Jill Stein est venu apporter son soutien aux familles auprès du Dakota Access Pipeline et a même tagué sur un bulldozer « I approve this message » en protestation.

Dans une campagne présidentielle rongée par les scandales, soupçons, mensonges et accusations en tout genre, le Washington Post en remet une couche ce matin avec le passé de Melania Trump, qui, on le sait, n’est pas arrivée de Slovénie au début des années 90 grâce à une bourse universitaire. Aurait-elle séjourné illégalement aux Etats-Unis, comme des millions de Mexicains, mais aussi d’Européens l’ont fait avant d’obtenir une régularisation, Mystère! C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle, on ne la quasiment plus aperçu depuis sa prestation à la convention républicaine en Juillet dernier

Enfin revenons sur la condamnation de la banque Wells Fargo à payer 185 millions de d’amendes pour abus de confiance. La banque a poussé ses employés à ouvrir 2 millions de comptes en banque sans l’accord de leurs clients.

Commémorations de 09/11
Le NY Daily News remet en couverture l’une des photos les plus connues de 09/11, celle de ces pompiers qui dresse le drapeau américain sur les ruines encore fumantes du World Trade Center. Le drapeau avait été perdu et retrouvé et il repose aujourd’hui dans le musée consacré aux attentats à Ground Zero.
USA Today, le second quotidien du pays, revient sur les attentats, dont le souvenir est toujours  » très présent » chez ceux qui l’ont vu vécu au contraire des nouvelles générations, pour qui, « c’est de l’histoire, comme Pearl Harbor »


Must Read
Très beau reportage dans le Los Angeles Times sur Levi Shirley, un jeune américain obsédé par l’armée, refoulé des Marines pour un problème de vue, qui est partie seule rejoindre la lutte des rebelles kurdes, « faire quelque chose de noble pour une fois » a-t-il expliqué à sa mère. C’est elle qui l’a accompagné à l’aéroport en février 2015 pour rejoindre la Turquie, c’était son premier voyage à l’étranger.
Ils sont une centaine de volontaires américains à avoir rejoint la région pour combattre ISIS.
le 19 Juillet 2015, la mère de Levi a appris la mort de son fils, survenue cinq jours plutôt lors du bombardement d’un building dans lequel il s’était réfugié. Il aurait eu 25 ans cette année.

Kaepernick: « Black Lives Matter » aussi dans le football

Colin Kaepernick, le quaterback des San Francisco 49ers, a provoqué la polémique dans tout le pays, la semaine dernière, après avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical de football américain.

Le 26 Août dernier, lors d’une rencontre de pré-saison avec les Green Bay Packers, le jeune homme de 27 ans est resté sur le banc lors de l’hymne national, auquel sont « appelés » à participer les joueurs et le staff, debouts, la main sur le coeur, généralement accompagnés par le reste du public.

Kaepernick a expliqué « avoir refusé de se lever » car il « ne voit aucune fierté dans le drapeau d’un pays qui oppresse les noirs et les gens de couleur. Pour moi, c’est plus important que le football et ce serait égoiste de fermer les yeux. Il y a des corps qui jonchent les rues, et des gens qui obtiennent des départs anticipés et qui s’en sortent en toute impunité« .

C’est la première fois qu’un joueur de football prend une position aussi symbolique sur le terrain.
Un mois plus tôt, l’intervention de Lebron James, Dwyane Wade, Chris paul et Carmelo Anthony, stars du basketball, aux ESPY Awards pour dénoncer les violences policières et le profilage racial, a pourtant été très bien reçu par les supporteurs, médias et commentateurs s’étonnait le Guardian cette semaine.

Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: "Flagged"
Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: « Flagged »

Pourquoi donc tant de fureur avec Kaepernick?
Tout simplement parce qu’elle porte atteinte au drapeau et aux valeurs de la nation, ce qu’une partie de la population ne peut accepter, quelque soit les revendications en jeu.
Les polémiques autour du salut au drapeau sont également associées au respect des troupes américaines en exercice à l’étranger et aux vétérans, un sujet quasi-sacré pour de nombreux américains.

L’intervention inattendue de Kaepernick a provoqué la fureur des supporteurs de San Francisco qui s’en sont pris à lui sur Twitter et autres médias sociaux, en le traitant de « non-américain » et d’anti-patriotique. Certains sont même allés jusqu’à brûler son maillot, alimentant un peu plus la polémique a dans l’ensemble du pays.

Si les médias libéraux y ont vu un héros qui se bat pour ses convictions, les conservateurs ont dénoncé l’hypocrisie d’un joueur qui a terminé sur le banc la saison dernière et qui essayerait de jouer la carte raciale pour revenir sur le devant de la scène.

Le quaterback des 49ers a remis de l’huile sur le feu cette semaine en portant à l’entrainement des chaussettes sur lesquelles figuraient des cochons déguisés en policiers, et est resté à genoux hier lors de l’hymne national d’un match amical à San Diego, cette fois-ci accompagné de deux autres joueurs de son équipe, et sous les sifflets du stade.
Il s’est également engagé à versé un million de dollars à des organisations qui travaillent avec les communautés afro-américaines.

Colin Kaepernick a invité « Black Lives Matter » sur les terrains de football cette saison, à savoir maintenant si cette initiative va être soutenue par d’autres athlètes de la NFL.

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Un tabloid américain contre les armes à feu

Le New York Daily News, distribué sur New York City, mène depuis des années l’une des campagnes médiatiques les plus agressives contre le fléau des armes à feu aux Etats-Unis avec comme principale cible, La NRA.

Hier, le tabloïd, connu pour ses gros titres et ses couvertures parfois sanglantes, a publié la photo du corps d’Alton Sterling juste après avoir été abattu par des policiers à Baton Rouge en Louisiane. On peut d’ailleurs clairement voir l’un d’eux allongé sur la photo son arme à la main toujours pointée vers la victime.

Le titre: « Il n’avait rien dans les mains! »

Rarement une couverture avait montré la mort en direct comme l’a fait le Daily News, non sans créer volontairement la polémique sur les réseaux sociaux notamment.