28.09.17

 

1. Une réforme fiscale qui n’en n’est pas

 

  • Donald Trump a dévoilé hier l’autre grand défi de son programme présidentiel, la réforme fiscale, qualifiée de « grande victoire pour le peuple américain » censé entraîner « le retour du Miracle de la Classe Moyenne ».
    Le plan de réforme a été préparé depuis plusieurs semaines et dans le plus grand secret par les « Big Six »: Les chefs des majorités républicaines du Sénat (Mitch McConnell) et de la Chambre des Représentants (Paul Ryan), le président du Comité des finances du Sénat, Orrin Hatch, le président de la Commission des voies et moyens, Kevin Brady et deux membres de l’administration Trump, le conseiller économique Gary Cohn et le ministre des finances, Steve Mnuchin
  • La dette des Etats-Unis est actuellement de 14,6 trillions de dollars, et si les taux d’imposition actuels sur les entreprises et les particuliers demeurent, la dette devrait enfler de dix trillions de dollars ces dix prochaines années.
    Le coût du plan de réforme fiscale de Trump est estimé à 5,8 trillions de dollars sur dix ans, et serait remboursé en partie par l’élimination des déductions d’impôts faites aux particuliers et aux entreprises. Pour le reste, environ deux trillions de dollars, ce serait au gouvernement de payer en supprimant notamment les programmes destinés aux classes moyennes.
  • Pour la plupart des médias (Vox, The New York Times, Washington Post, Axios)et l’opposition: Il s’agit plus d’une simplification de la fiscalité et de réductions d’impôts en faveur des populations aisées que d’une réforme fiscale « révolutionnaire » qui profite aux classes moyennes.
  • Les Démocrates sont contre, Bernie Sanders est contre et certains Républicains émettent déjà des doutes sur l’une des mesures phares du plan: l’élimination des déductions d’impôts, locales et fédérales, pour les particuliers et les entreprises.* « $5 Trillion question for Trump tax plan: How do you pay for it? » – AP

 


2. « I don’t benefit »

 

  • Le président a affirmé mercredi qu’il ne profitait pas personnellement de cette réforme et que les riches y gagnaient peu.
    Selon le New York Times, Trump pourrait économiser un milliard de dollars si la réforme fiscale, qui prévoit l’élimination des droits de succession, était votée. En effet, la loi actuelle devrait taxer à hauteur de 40% le patrimoine du président, évalué à 2,86 milliards de dollars.
  • A partir de la seule déclaration d’impôts disponible de Donald Trump (datée de 2005), révélée l’année dernière par le New York Times, le quotidien affirme que les réductions d’impôts sur le revenu lui ferait économiser cinquante millions de dollars et dépenser entre trois et cinq millions de dollars.* « Trump Could Save More Thank $1 Billion Under His New Tax Plan »The New York Times

 


3. Le nouveau calvaire des Républicains?

 

  • Selon Axios, Trump ne serait pas satisfait du plan proposé et pourrait comme pour la réforme de la santé, qu’il avait qualifié de « méchante », mettre les Républicains dans l’embarras:

    La réforme fiscale est devenu un problème existentiel pour Paul Ryan et McConnell. S’ils échouent la-dessus, comme ils l’ont fait pour la réforme de la santé, les deux Chambres pourraient perdre leur majorité républicaine.
    Certains conservateurs républicains s’inquiètent d’un scénario cauchemardesque pour le parti: Pas de suppression de Obamacare, pas de réforme fiscale – et les grandes « réussites » du Congrès seraient le sauvetage financier des compagnies d’assurance (pour l’Affordable Care Act) et une législation sur les Dreamers      

  • A retenir: La réforme fiscale pourrait être encore plus difficile à passer que la suppression d’Obamacare … qui a échoué

 


4. Twitter à la casserole

 

  • Après le mois de septembre mouvementé que vient de passer Facebook, c’est au tour de Twitter de rendre de s’expliquer sur des comptes bidons, ouverts par des Russes se faisant passer pour des Américains politiquement engagés qui ont propagé rumeurs et mensonges contre les démocrates durant la campagne présidentielle.
  • Dans un post de blog, Twitter affirme que RT, la chaîne internationale de propagande russe a dépensé 274 000 dollars en 2016 sur environ deux cent comptes ayant la publicité de 1 823 tweets destinés au marché américain, et plus précisément aux abonnés des médias « mainstream » susceptibles d’être influencés.
  • Aujourd’hui la compagnie a rencontré les membres de la commission du Renseignement du Sénat qui enquête sur l’ingérence russe lors des élections de 2016 et l’un de ses membres, le sénateur démocrate Mark Warner s’est dit très déçu par le manque de coopération de Twitter: Tous les comptes bidons ont été découverts parce qu’ils correspondent aux comptes bidons révélés par Facebook la semaine dernière. 
  • La compagnie va devoir retourner au travail et montrer davantage de coopération avec la commission. 

    * « Top Senator slams « inadequate » Twitter briefing »Axios

 

 


5. Google a 19 ans

 

 

  • Pour fêter les 19 ans d’existence de Google, Recode nous offre un petit recap en 19 points de la compagnie, parmi lesquels on retiendra que:
    • Le premier Doodle (« gribouillage » en anglais) de Google, le changement temporaire de logo sur la page d’accueil, a été dessiné en 1998, date de la création du site, pour le festival Burning Man, auquel participaient les deux fondateurs
    • Google emploie 72 000 personnes, devrait engranger 73,8 milliards de dollars de revenus publicitaires numériques, soit 33% du total mondial – Facebook en comparaison est à 36 milliards de dollars cette année.
    • La plupart des employés sont blancs (56%), ce sont des hommes (69%) et asiatiques (35%). Les Latinos représentent 4% des employés contre 2% pour les Afro-Américains
    • Google est propriétaire de cinq des dix applications de téléphones portables les plus utilisées aux Etats-UNis: YouTube, Google Play, Google Maps, Gmail et Google Search.
    • Ce à quoi ressemblait Google.com en 1998

 


6. Reconversion Instagram

 

  • Busy Philipps, 38 ans, a laissé tomber sa carrière d’actrice – commencé vingt ans plus tôt – pour devenir la sensation de lnstagram Stories, l’option qui vous laisse poster des vidéos de moins d’une minute sur votre compte Instagram pendant 24 heures seulement.
    « A Chaque nouveau lancement de réseaux sociaux, il existe les premiers qui vont définir son potentiel »: les monologues intérieurs de Chrissy Teigen en direct sur Twitter (2009), les leçons de life-coaching de Dj Khaled sur Snapchat en 2016, et depuis 2017, la vie quotidienne de Busy Philipps à Los Angeles, avec ses deux enfants, un mari réalisateur, une meilleure amie, Michelle Williams, rencontrée sur le tournage de Dawson Creek en 2001, et beaucoup d’humour.
  • Contrairement aux vies glamour et bling bling des « instagirls » (Kylie Jenner et les soeurs Hadid), Busy Philipps est l’anti-héros qui a su se réinventer une carrière en dehors des studios hollywoodiens en créant des vidéos, souvent hilarantes, qui cartonnent. Elle vient de signer avec une maison d’éditions, et consécration, fait l’objet d’un super article dans le New Yorker aujourd’hui.* « How Busy Philipps became the breakout star of Instagram stories »The New Yorker

 


7. Battle of the Sexes

 

  • La fédération internationale de ski décidera la semaine prochaine si la championne américaine de ski, Lindsey Vonn, peut disputer une course de la Coupe du monde de ski alpin avec les hommes. Elle en a fait régulièrement la demande ces dix dernières années, à chaque fois rejetée.
    La championne s’entraîne régulièrement avec des hommes, qu’elle bat, mais n’a jamais essayé avec les champions masculins, et « c’est pour ça qu’elle le faire » et « apporter un peu de publicité à ce sport »
    Il ne s’agit pas de changer les règles mais d’offrir l’opportunité unique à une championne qui a gagné plus de courses que n’importe quelles autres femmes dans sa catégorie

 

 


8. Couverture du Jour

  • Celle du Time consacrée, une fois de plus, à Trump et à la dernière polémique qu’il a déclenché à propos des « fils de pute » de joueurs – dont le premier d’entre eux, Colin Kaepernick, qui s’agenouillent durant l’hymne national.
    Il ne s’agit de revenir sur cette énième controverse, mais plutôt de la remettre dans une stratégie classique du président qui consiste à rassurer sa base électorale de « déplorables » contre les minorités, démocrates au nom d’une guerre culturelle qui menace les Etats-Unis:Mais le débat autour du sport n’était pas seulement une diversion mais une réaction tout droit sortie du manuel de science politique de Trump. Confronté à des crises, il en créé de nouvelles, provoque des conflits qui émulent ses supporters et choquent ses adversaires. Dans ce cas là, il a repéré une question sensible qui oppose sa base rurale, blanche et conservatrice aux riches athlètes noirs et élites libérales très critiques envers la NFL, des logos racistes de ses équipes aux dangers des traumatismes crâniens.* « Inside Donald Trump’s Latest Battle Against the NFL »Time

Le Kiosque du lundi 9 janvier

Jared Kushner, confirmé à la Maison Blanche

New York magazine – edition du 9-22 janvier 2017

Selon New York magazine et Mike Allen, ancien journaliste de Politico qui vient de créer son propre réseau d’information, Axios, le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, l’un des artisans de la victoire du 8 novembre, sera nommé conseiller à la Maison Blanche cette semaine. Une position assurée par une batterie d’avocats qui devraient empêcher le président-élu et son administration d’être accusés de népotisme.
Ce jeune entrepreneur, issu d’une famille de milliardaires démocrates (jusqu’à l’année dernière), fait la couverture de l’hebdomadaire new yorkais ce matin avec comme titre, on ne peut plus explicite: « President-in-Law ».
Selon le magazine, Kushner, juif pratiquant, aurait formé avec Steve Bannon, le stratégiste-en-chef de Trump et ancien président de Breitbart News LLC, une alliance solide propice à la « construction intellectuelle du nationalisme façon Trump » et qui serait prête à « bousculer le parti Républicain ».

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Le New York Times appelle au Boycott de Breitbart

Dans un article paru dans le supplément « Sunday Review » du New York Times ce weekend, le quotidien appelle littéralement à la « destruction du « modèle économique » de Breitbart et des fake news« .
Selon l’auteure de l’article, Pagan Kennedy, « l’activisme des consommateurs » et sa forme la plus efficace, le boycott des compagnies qui font de la publicité sur le site, peut aider à couper les financements de Breitbart et réussir à les mettre à genoux.
Un groupe Twitter appelé les « Sleeping Giants » et ses 32 000 abonnés auraient réussi à convaincre quatre cent compagnies dont les publicités apparaissent sur Breitbart, d’arrêter la promotion de leur produits et services sur le site. Le choix des sites sur lesquels les publicités en ligne apparaissent résulte d’une mécanique très floue et nombre d’entreprises ne savent souvent pas qu’elles s’affichent sur des sites « alt-right ».
Dès qu’un membre des « Sleeping Giants » trouve la publicité d’une compagnie dont le message ne correspond pas à ceux « haineux » du site d’infos, une capture d’écran est faite et postée sur le fil d’information Twitter.

Breitbart, qui essaye de se faire plus respectable depuis qu’il a atteint une audience « grand public » grâce à l’élection de Trump, réfute toutes les accusations de « racisme », de « bullying » ou encore de « fake news », et donne désormais des leçons d’éthique à ses confrères.

Donc [le New York Times] a attaqué Breitbart News pour le détruire. On ne pourrait être plus honoré que d’être considéré comme le plus grand ennemi du Times. Mais on espérait quelque chose de plus efficace – et de principe – de la part d’une institution aussi prestigieuse.
Le Times a décidé de prendre le chemin du fascisme, appelant à la destruction de son rival conservateur le plus compétitif, utilise des « fakes news » pour défendre la censure à ses lecteurs de gauche. Un effort aussi bien anti-libéral que futile.

Ce que le Kiosque rapportait sur le site Breitbart en 2014

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Meryl Streep, nouvelle cible des conservateurs

Meryl Street a critiqué hier, sans le nommer, le président-élu et ses supporters devant un parterre de stars réunies aux Golden Globes et des millions de téléspectateurs américains et réussi à agacer les conservateurs qui y ont vu le summum de l’hypocrisie libérale, riche et urbaine californienne incarnée par Hollywood!

Tous dans cette salle appartiennent aux groupes les plus critiques de la société américaine d’aujourd’hui. Pensez-y: Hollywood, les étrangers et la presse.
Hollywood est rempli d’outsiders et d’étrangers, et si on les fout tous dehors, on n’aura plus qu’à regarder le football et les arts martiaux, qui ne sont pas de l’art.

Sonny Bunch du Washington Beacon Free commentait sur Twitter hier soir: « C’est ce pourquoi Trump a été élu » et continué ironiquement « Le GOP devrait juste repasser chaque jour sur toutes les chaînes télé jusqu’aux élections de 2020 sa phrase sur les arts martiaux ».

Pour le New York Post, la cérémonie d’hier était plus « un roast » de Donald Trump; Breitbart a parle de « bashing »  et provoqué la colère de certains lecteurs pour qui Hollywood est synonyme des « gens faux » aux « discours erronés » qui n’ont « aucune valeur » sont « accros à l’alcool et à la drogue ou encore les « agents d’une propagande mondialisée anti-américaine ». Les plus mécontents se sont prêts à boycotter l’industrie du cinéma en guise de protestation.
Plutôt que de jouer la réconciliation avec les « déplorables » intéressés par les arts martiaux et le Football, les Démocrates et les libéraux d’Hollywood ne feraient qu’envenimer le fossé culturel qui sépare les populations urbaines des campagnes et qui a mené tout droit à l’élection surprise de Donald Trump.

Meryl Streep également a évoqué les moqueries de Donald Trump à l’encontre d’un journaliste handicapé, Serge Kovaleski, du New York Times lors d’un meeting de campagne en Caroline du Sud; des propos qui avaient choqué une partie de la population.
L’intéressé avait alors accusé « les médias malhonnêtes » d’avoir mal interprété ses propos, pourtant très explicites et qui avaient rire beaucoup de ses supporters ce soir là, dans la salle.

Donald Trump a réagi ce matin dans une « tweet storm » en la traitant de « sous-fifre » d’Hillary et l’une des actrices les plus « surestimée » d’Hollywood.

 

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Les New York Giants out!

New York Post – Edition du llundi 9 janvier 2017

Les New York Giants ont misérablement échoué contre les Green Bay Packers hier dans le premier tour des playoffs, 13-38, et la polémique est repartie de plus belle en conférence de presse d’après match sur la mauvaise performances des receveurs, et stars de l’équipe, Odell Beckham Jr, Shepard et Victor Cruz, photographiés plus tôt cette semaine en train de faire la fête sur un bateau à Miami.
Une photo des joueurs torse nu sous le soleil floridien à quelques jours du match le plus important de leur carrière, qui doit avoir lieu dans le Wisconsin dans un froid polaire, n’a pas plu à leur quaterback, Eli Manning, qui effectuait sa treizième saison avec les Giants.
C’était la première fois depuis leur dernière victoire au Superbowl en 2011 que les Giants participaient aux playoffs. Une autre occasion ratée et c’est bien dommage.

Sur les prévisions données par Le Kiosque la semaine dernière, seuls les Pittburg Steelers ont réussi à gagner facilement contre les Miami Dolphins et toutes les équipes à domicile on remporté leur match: Houston Texans, Green Bay Packers, et Seahawks de Seattle.

« Le combat périlleux » de Kaepernick en une du Time

En refusant de se lever lors de l’hymne national américain pour protester contre les violences policières et les injustices dont sont victimes les minorités du pays, le quarterback des San Francisco 49ers, Colin Kaepernick a lancé un mouvement de révolte dans le football qui s’affiche aujourd’hui en une de Time magazine.

Ce choix éditorial controversé, qui est aussi un formidable outil promotionnel et gratuit, a le mérite selon le Time de soulever les questions de « privilège, de fierté et de patriotisme » dans le sport.
Un sous-titre qui ne mentionne pas les thèmes du racisme et des violences policières et du mouvement qui les dénoncent depuis maintenant plusieurs années maintenant, Black Lives Matter.

Time magazine - Edition du 3 Octobre 2016" "The Perilous fight"
Time magazine – Edition du 3 Octobre 2016″ « The Perilous fight »

Colin Kaepernick, 28 ans, est devenu en un mois le joueur le plus détesté de la National Football Association pour avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical à la fin du mois d’Août dernier.

Depuis, il a décidé de poser un genou à terre (take a knee) à chaque passage du Star-Spangled Banner, et a été rejoint par d’autres joueurs d’autres équipes de NFL, mais aussi dans le sport universitaire, dans les lycées et dans d’autres sports comme le soccer, le basketball

Ce geste symbolique de contestation divise le pays, enragé les supporters, et a mis en colère une partie de la population qui y voit un manque de respect vis-à-vis du drapeau, donc du pays, et par extension des soldats qui se battent « pour la liberté » un peu partout dans le monde.
D’autres ont salué le message mais condamné la méthode utilisée.

Il n’empêche, Kaepernick continue, quel qu’en soient les conséquences.
La mort de trois Afro-américains, à Tulsa en Oklahoma, et à Charlotte en Caroline du Nord, cette semaine ne vient que légitimer son combat.
Comme le prédit ce journaliste du San Mercury News, « This will not get smaller »

Plus de lecture en anglais
Pour une chronologie de la révolte Kaepernick sur SB Nation
Le Kiosque avait déjà évoqué la révolte Kaepernick début Septembre

 

Kaepernick: « Black Lives Matter » aussi dans le football

Colin Kaepernick, le quaterback des San Francisco 49ers, a provoqué la polémique dans tout le pays, la semaine dernière, après avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical de football américain.

Le 26 Août dernier, lors d’une rencontre de pré-saison avec les Green Bay Packers, le jeune homme de 27 ans est resté sur le banc lors de l’hymne national, auquel sont « appelés » à participer les joueurs et le staff, debouts, la main sur le coeur, généralement accompagnés par le reste du public.

Kaepernick a expliqué « avoir refusé de se lever » car il « ne voit aucune fierté dans le drapeau d’un pays qui oppresse les noirs et les gens de couleur. Pour moi, c’est plus important que le football et ce serait égoiste de fermer les yeux. Il y a des corps qui jonchent les rues, et des gens qui obtiennent des départs anticipés et qui s’en sortent en toute impunité« .

C’est la première fois qu’un joueur de football prend une position aussi symbolique sur le terrain.
Un mois plus tôt, l’intervention de Lebron James, Dwyane Wade, Chris paul et Carmelo Anthony, stars du basketball, aux ESPY Awards pour dénoncer les violences policières et le profilage racial, a pourtant été très bien reçu par les supporteurs, médias et commentateurs s’étonnait le Guardian cette semaine.

Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: "Flagged"
Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: « Flagged »

Pourquoi donc tant de fureur avec Kaepernick?
Tout simplement parce qu’elle porte atteinte au drapeau et aux valeurs de la nation, ce qu’une partie de la population ne peut accepter, quelque soit les revendications en jeu.
Les polémiques autour du salut au drapeau sont également associées au respect des troupes américaines en exercice à l’étranger et aux vétérans, un sujet quasi-sacré pour de nombreux américains.

L’intervention inattendue de Kaepernick a provoqué la fureur des supporteurs de San Francisco qui s’en sont pris à lui sur Twitter et autres médias sociaux, en le traitant de « non-américain » et d’anti-patriotique. Certains sont même allés jusqu’à brûler son maillot, alimentant un peu plus la polémique a dans l’ensemble du pays.

Si les médias libéraux y ont vu un héros qui se bat pour ses convictions, les conservateurs ont dénoncé l’hypocrisie d’un joueur qui a terminé sur le banc la saison dernière et qui essayerait de jouer la carte raciale pour revenir sur le devant de la scène.

Le quaterback des 49ers a remis de l’huile sur le feu cette semaine en portant à l’entrainement des chaussettes sur lesquelles figuraient des cochons déguisés en policiers, et est resté à genoux hier lors de l’hymne national d’un match amical à San Diego, cette fois-ci accompagné de deux autres joueurs de son équipe, et sous les sifflets du stade.
Il s’est également engagé à versé un million de dollars à des organisations qui travaillent avec les communautés afro-américaines.

Colin Kaepernick a invité « Black Lives Matter » sur les terrains de football cette saison, à savoir maintenant si cette initiative va être soutenue par d’autres athlètes de la NFL.

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Bientôt la mort du football américain?

Dessin de Andrew Degraff paru dans Sports illustrated
Dessin de Andrew Degraff paru dans Sports illustrated

A l’occasion de la reprise de la saison de football aux Etats-Unis, Sports Illustrated évoque les controverses qui entourent le sport préféré des américains, et qui pourrait signer le début de sa déchéance.

Depuis quelques années, le championnat de NFL qui s’écoule sur cinq mois (16 matches à jouer pour chaque équipe des deux conférences nationale et américaine avant le play-off, phases éliminatoires et le Super Bowl) offre autant d’adrénaline sur le terrain qu’il accumule scandales et polémiques en dehors.

Parmi les problèmes les plus récurrents évoqués dans la presse: la violence d’un sport dont on a reconnu les effets catastrophiques à long terme sur la santé des joueurs, et la violence des joueurs souvent impliqués dans des actes violences (domestiques, règlements de compte, meurtre)


« Ne laissez pas vos enfants jouer au football »

Le président Barack Obama l’a déclaré au New Yorker en 2014, il n’aurait jamais laissé son fils devenir professionnel de football ni encouragé ses enfants à pratiquer ce sport.
On connait aujourd’hui les dangers de ce sport violent, notamment les commotions cérébrales qui peuvent être subies dès le plus jeune âge sur le terrain et qui provoquent à long terme des maladies neurodégénératives, généralement diagnostiquées post-mortem.

D’où le cri d’alarme lancé dans le New York Times l’année dernière par Bennet Omalu, à l’origine de la découverte de l’Encéphalopathie Traumatique Chronique, dont souffrirait 80% des joueurs de NFL:
« Depuis deux décennies, il a été reconnu que les coups répétés à la tête dans les sports de contact comme le football, le hockey sur glace, les arts martiaux et la boxe exposent les athlètes à des risques de dommages permanents au cerveau (…) Pourquoi continuer à exposer nos enfants à ce genre de risques? »

Le Center for Disease Control, « la même agence fédérale chargée d’évaluer les dangers du virus Ebola et Zika » a annoncé le lancement de recherches visant à évaluer « rigoureusement les risques de plaquage dans le football chez les enfants »

Les campagnes de sensibilisation des proches des victimes, dont certaines n’étaient âgées que d’une vingtaine d’années et les circonstances souvent dramatiques de leur disparition (Suicide, accidents) ont convaincu de nombreux parents de ne plus laisser leurs enfants jouer au football.
Mais cette tendance est encore limitée et le football reste le sport préféré des Américains, avec un million de joueurs chez les lycéens, 70 000 dans les collèges américains, et le favori des téléspectateurs (112 millions d’entre eux ont regardé le Super Bowl en 2016)

Schéma récapitulant les commotions reçues par les joueurs de NFL entre 2012 et 2016, principalement à la tête. Source: NFL
Schéma récapitulant les commotions reçues par les joueurs de NFL entre 2012 et 2016, principalement à la tête. Source: NFL


La NFL à la traîne 

Quant à la très puissante Ligue Nationale de Football (NFL), elle a traîné pour reconnaître les risques que peuvent poser la pratique du football sur la santé de ses joueurs ce, malgré une class action de quatre mille anciens athlètes de la Ligue, pour laquelle elle a été condamnée à payer un milliard de dommages et intérêts sur les soixante-cinq prochaines années.

Roger Goodell, le commissaire de la NFL a changé certaines règles du jeu pour éviter les chocs les plus violents entre joueurs, mais les résultats sont en dents de scie puisque le nombre de commotions cérébrales (261) recensées lors de la saison 2015-16 a augmenté de 32%.

Si des joueurs professionnels ont décidé de mettre un terme à leur carrière pour prendre soin de leur santé, ils restent une minorité en NFL car la grande majorité préfère, soit ne pas évoquer les risques, soit les prendre et poursuivre leur carrière quite à en payer le prix des années plus tard.

La mauvaise réputation des joueurs de Football
Les problèmes de violence impliquant des joueurs de football, en ligues professionnelle et universitaire et même parfois au lycée, n’ont jamais été aussi importants et ont considérablement terni l’image de ce sport dans les foyers américains.
La NFL a rendu public une banque de données qui recense toutes les infractions commises par ses joueurs professionnels, plus de 800 enregistrées par la police depuis les années 2000, qui vont du meurtre (Ray Lewis), aux consommations de drogues, conduites en état d’ivresse et violences domestiques (plus de 80 cas répertoriés).

Couverture du Daily News du 9 Septembre 2014: Le scandale de Ray Rice, enregistré dans un ascenseur en train de frapper sa femme, et couvert par la NFL jusqu'à la diffusion de la vidéo par TMZ en 2014/15.
Couverture du Daily News du 9 Septembre 2014: Le scandale de Ray Rice, enregistré dans un ascenseur en train de frapper sa femme, et couvert par la NFL jusqu’à la diffusion de la vidéo par TMZ en 2014/15.

Chaque saison apporte son lot de scandales (Johnny Manziel en 2016), de vidéos, photos de compagnes frappées par leur conjoints, ou rapports de police rapportant les abus.
Là encore, les mesures prises par la NFL pour contenir ces violences ont été critiquées pour leur inefficacité, et les joueurs sont rarement sanctionnés.

La possibilité de voir le football américain disparaître est encore lointaine mais sa popularité continuera à décliner devant les risques sanitaires que pose ce sport, et la violence qu’il expose en dehors du terrain – à moins que le Ligue décide de changer vraiment les choses.