Le Kiosque du 21.07.17

 

1. Adieu Sean, Welcome « Mooch »

 

CNN

 

  • Sean Spicer, porte parole de la Maison Blanche, a annoncé ce matin sa démission après six mois de loyaux services envers le président souvent aux dépens de ses relations très conflictuelles avec les journalistes et les faits en général, en réaction à la nomination de Anthony Scaramucci comme directeur de la communication.
  •  

  • Depuis sa première conférence de presse, le 21 janvier 2017, au lendemain de l’inauguration, lorsqu’il a annoncé que la mobilisation avait été plus importante pour Trump que pour Obama, « point barre », Sean Spicer est devenu la risée des journalistes, des Late night shows, immortalisé par Melissa McCarthy dans « Saturday Night Live ».
    Il sera remplacé par son adjointe, Sarah Huckabee Sanders.
  •  

  • On retiendra cette phrase de CNN qui résume bien l’immense difficulté de la tache de Sean Spicer:

    Le porte parole du président dit qu’il ne peut parler pour le président

 

  • Anthony Scaramucci, surnommé « Mooch », financier de Wall Street, a été accusé à tort par CNN d’avoir entretenu des relations avec un fond d’investissement russe il y a quelques semaines – la chaîne s’était publiquement excusée et trois journalistes ont dû démissionner.
  •  

  • Scaramucci succède à Mike Dubke qui avait démissionné en mai dernier. Il est soutenu par Ivanka Trump, Jared Kushner mais n’a ni le soutien de Steve Bannon, ni celui du chef de cabinet Reince Priebus qui pointent son manque d’expérience.
  • Il est régulièrement l’invité de Fox News et est un ami de Sean Hannity, l’une de ses vedettes.

 


2. Sabotage

 

  • Selon le New York Times, les avocats du président enquêtent sur l’équipe de professionnels et d’avocats engagés par le procureur indépendant Bob Mueller, responsable de l’enquête sur l’équipe de campagne de Trump, le président les liens qu’ils auraient ou non entretenus durant la campagne présidentielle
  • Ils cherchent à trouver des conflits d’intérêts qui puissent discréditer l’enquête, et apporter des excuses légales et légitimes aux yeux de l’opinion publique pour virer Bob Mueller, qui a annoncé hier l’élargissement de ses recherches aux transactions financières du président et de ses proches sur les dix dernières années.
  • Les avocats de Trump cherchent également à savoir si le président peut utiliser son autorité pour « pardonner » ses « conseillers, les membres de sa famille et lui-même » dans l’enquête de Mueller – Washington Post

 

 


3. L’édito du jour

 

  • L’éditorialiste conservatrice et lauréate 2017 du Pulitzer, Peggy Noonan égratigne le président dans une tribune à charge du Wall Street Journal, « Trump, Obamacare and l’art de l’échec »:
     

    Les Républicains du Congrès ont besoin d’un président qui soit populaire avec l’influence quasi-mystique qu’offre la fonction présidentielle.
    M. Trump ne l’a pas.
    Ils ont besoin de quelqu’un qui comprenne bien ses politiques et puisse réfléchir calmement.
    A un moment, la question de la compétence politique va être posée. Si le président continue à montrer qu’il n’a pas les outils pour la tache, il va passer du stade où il est aujourd’hui, de ne pas engranger les soutiens à en perdre.
    Il n’est pas magicien et ils ne sont pas stupides

 

 


4. Plus dangereux que El Chapo

 

  • Enquête de Rolling Stone sur le nouveau baron de la drogue mexicaine, Rubén Oseguera Cervantes – alias « El Mencho« , à la tête du jeune Cartel Jalisco Nueva Generación, or CJNG, nouvel ennemi numéro un de la DEA américaine depuis l’arrestation de l’ancien chef du cartel de Sinaloa, Joaquin Guzman, dit « El Chapo »
     

    Depuis l’arrestation de Chapo en janvier 2016, le taux d’homicide dans le pays a augmenté de 20% avec 20 000 meurtres l’année dernière seulement, plus qu’en Irak ou en Afghanistan (…) Des milliers de meurtres peuvent être attribués à l’expansion territoriale du CJNG. D’immenses fosses communes ont été découvertes dans les Etats où le cartel a été le plus agressif, comme Veracruz, que le ministre de la justice a récemment décrit comme « une tombe géante ». 
    (…)
    Mencho a montré une extrême sauvagerie même comparé aux critères des Narcos. Pour Chapo, tuer faisait partie du business. Pour Mencho, ça ressemble plus à du spectacle.
    Il a eu les massacres, comme ces 35 corps attachés et torturés jetés dans les rues de Veracruz en période de pointe un soir de 2011. Deux ans plus tard, des agents du CJNG ont violé, tué et mis le feu à une fillette de dix ans pensant à tort qu’elle était la fille d’un rival (…) C’est le genre d’exactions commises par Daech explique un agent de la DEA qui a enquêté sur le cartel.

  • « The Brutal Rise of El Mencho » – Rolling Stone

 


5. L’épidémie sur Reddit

 

  • On peut se rendre compte de la gravité de l’épidémie d’héroïne et d’opioïdes qui ravagent le pays sur Reddit, le site web communautaire, où des forums sont utilisés par les toxicomanes pour partager leur expérience.
     

    Chaque jour des milliers de gens qui sont victimes de l’épidémie nationale d’opioïdes se connectent sur le site de discussion Reddit. Ils échangent des conseils sur comment se défoncer et encouragent ceux qui arrivent à rester sobre ou qui oscillent entre sobriété et rechute. Les toxicomanes se lamentent de la mort d’autres utilisateurs qui ont soudainement arrêté de poster. Et jusqu’à la semaine dernière, vendeurs et acheteurs pouvaient facilement se trouver en utilisant des messages codés pour communiquer. Reddit a interdit le forum, appelé opiaterollcall la semaine dernière sans expliquer pourquoi. Un autre forum d’achat d’opioïdes s’est ouvert et Reddit l’a également fermé.
    Ce ne sont que des petits exemples de ce qui constitue l’une des plus grandes communautés en ligne. Mais les messages laissés offrent un témoignage intime sur la ténacité de la crise, la vie des toxicomanes, et le rôle de Reddit qui facilite l’accès à des drogues qui font chaque jour de plus en plus de mort aux Etats-Unis.


    * « On Reddit, Intimate Glimpse of Addicts in Thrall to Opioids »New York Times

 


6. OJ Simpson: Que sont-ils devenus?

 

  • Le tribunal de Las Vegas a accordé à O.J. Simpson une liberté conditionnelle effective en octobre prochain pour le vol d’objets de collection dans un casino en 2007 et pour lequel il a été condamné à trente trois ans de prison, dont neuf obligatoires.
  • Le Washington Post s’est penché sur la situation actuelle de ceux qui ont réussi l’impensable il y a vingt-cinq ans lors du « procès du siècle »: l’acquittement de Simpson.
     

    Johnnie Cochran est mort. Marcia Clark écrit des romans policiers. Le juge Lance Ito a pris sa retraite. Kato Kaelin tweet beaucoup. Et Francis Lee Bailey, le fameux avocat spécialisé en droit criminel, est ruiné… L’année dernière, Bailey a déclaré banqueroute après une série de scandales dans et en dehors de la cour qui l’ont radié du barreau et honteux. Il a été accusé d’avoir détourné des fonds perçus pour la défense d’un trafiquant de drogue (…) Aujourd’hui il habite avec une coiffeuse dans le Maine. A 83 ans,  il travaille au dessus de son salon.

    « Je ne dirai pas que c’est déprimant parce que je ne suis jamais déprimée.

 


7. Le reste de l’actualité

 

  • Chipotle, la chaine de fast-food mexicain, frappée par une crise sanitaire sans précédent sur le sol américain l’année dernière, a connu une nouvelle débâcle cette semaine: 130 clients ont été intoxiqués dans un restaurant de Virginie et provoqué une chute de l’action, aujourd’hui à son  niveau le plus bas depuis 2013. Bloomberg Businessweek

 

  • La presse américaine a relayé avec tristesse la nouvelle de la maladie du sénateur d’Arizona, John McCain, un cancer du cerveau et Politico a rassemblé les meilleurs articles de ces dernières décennies sur le « maverick » de la politique américaine.

 

  • Toutes les fautes d’orthographe faites par la Maison Blanche dans ses communiqués et déclarations officielles depuis six mois. The Star

 

  • Le Kentucky pourrait bientôt devenir le premier Etat américain sans cliniques pratiquant l’avortement. Il ne lui en reste plus qu’une – AP

 

  • Comment Rotten Tomatoes est devenu le site le plus influent et le plus redouté d’Hollywood. – The Los Angeles Times 

 


8. La couverture du Jour

 

  • Time magazine et la Russie

Le kiosque du 19.07.17

 

1. Trumplandia: Trouble in Trump Paradise?

 

La page d’accueil du Drudge Report ce matin

 

  • La plupart des médias américaines dénoncent ce matin le fiasco du parti républicain et du leader Mitch McConnell incapables de faire passer le « Repeal et Replace » d’Obamacare après la défection de quatre de ses sénateurs contre la troisième version de la réforme de l’assurance santé présentée la semaine dernière, le « Better Care Reconciliation Act » – et qui plus est, leur seule et unique obsession depuis ces sept dernières années.

 

  • Les médias pro-Trump ont été les plus virulents sur ce « désastre » du parti au pouvoir: L’un des présentateurs de « Fox & Friends », la matinale de Fox News et programme préféré du président a suggéré que les quatre rebelles n’étaient peut-être pas fidèles à leur pays et conseillé le président « de ne pas prendre [cet échec] personnellement »: Il « peut être déçu mais ce n’est pas de sa faute » – CNN
    Même son de cloche dans le Drudge Report,  Breitbart, The Gateaway Pundit, dans le programme de Sean Hannity (Fox News) ou encore celui de Rush Limbaugh qui fustige au passage « le pouvoir des trois sénatrices gauchistes du groupe républicain » qui ont empêché l’abrogation (« Repeal ») proposée en dernier recours par Mitch McConnell hier.

 

  • Depuis le 29 juin dernier, la Maison Blanche refuse de donner des conférences de presse filmées, jusqu’ici très suivies en direct sur les chaînes câblées et les médias sociaux. Hier un journaliste de Fox News a quitté la conférence présidée par Sarah Huckabee pour protester contre cette politique

 

  • On a appris hier soir que Donald Trump a eu la bonne idée de s’entretenir une seconde fois « off the record » avec le président russe Vladimir Poutine lors d’un dîner du G20 de Hambourg qui a suscité l’étonnement de la plupart des autres chefs d’Etat présents.
     

    Ca enfreint le protocole de sécurité nationale d’avoir un président américain qui rencontre son homologue russe avec seulement un traducteur russe présent: ce dernier pourrait mal interprété les propos de Trump envers Poutine. Et les Etats-Unis n’ont aucun enregistrement de ce qu’il a dit. Poutine plus expérimenté, a dû conduire la conversation. Axios

    Il n’y a rien d’illégal à cela mais ça pousse évidemment les médias à s’interroger sur le contenu de cette entrevue avec président qui a tenté d’influencer le résultat des élections présidentielles en sa faveur – Trump a encore joué la victime des fake news sur Twitter.


    Mais n’en parlez à USA Today et son réseau de quotidiens régionaux qui critiquent aujourd’hui l’obsession des grands médias nationaux sur Trump et la Russie qui les détourne d’autres problèmes importants comme l’assurance santé ou l’immigration. Une lassitude qui serait ressentie par les sympathisants de droite et de gauche.

     

    The Detroit Free Press – Edition du 19 juillet 2017

     

 

  • Trump a nommé l’ambassadeur américain en Russie, il s’agit de Jon Huntsman, qui était ambassadeur américain en Chine sous Barack Obama et de Singapour sous George W Bush. – Reuters

 


2. Une famille en enfer?

 

  • People magazine consacre sa une à la famille Trump et le tableau qui nous est offert est moribond.
     

    Ceux qui connaissent et ont étudié Donald Trump Sr et ses enfants, à la tête de son empire pendant qu’il est président – Don Jr, Ivanka et Eric – affirment que la famille est guidée par le credo du père, gagner à tous les coûts et de ne jamais admettre la défaite.

 

  • Selon des proches des deux frères Trump, Don Jr et Eric:
     

    Don Jr ne peut conclure aucun marché parce que tout le monde le surveille. Chaque jour, Il part travailler dans un état misérable … Tu ne peux pas critiquer ceux qui te nourrissent, mais Don Jr n’attends qu’une chose, la fin des quatre prochaines années.

 

 

 


3. Les tweets de Trump

 

  • C’est une récurrence dans les médias depuis deux ans, date de son entrée dans la campagne présidentielle: les fameux tweets de Donald Trump qui, de son propre aveu et de ceux de tous les analystes, l’ont aidé à remporter la candidature républicaine puis les élections présidentielles.
  •  

  • Le New York Times a analysé les tweets de ces 24 derniers mois et noté que Trump « est plus bien efficace à cataloguer ses adversaires qu’à défendre des politiques.
     

    Il a promis « un superbe assurance santé », un « remarquable assurance santé », un « grand programme », et une assurance santé « qui va bientôt être superbe ». Mais pour un politicien qui est habile à noyer ses arguments dans des slogans compacts – « fake news », « witch hunt », « Crooked Hillary » – ses discours sur l’assurance santé ne sont pas très convaincants par rapport aux refrains cinglants et mémorables qui ont influencé des millions d’Américains sur comment interpréter Washington.

     

  • Non seulement il « essentialise » ses adversaires en utilisant des diminutifs: Non pas « Hillary is a crook » mais « Crooked Hillary », « Lyin’ Ted [Cruz] », « Goofy Elizabeth Warren », « lightweight Marco [Rubio] », « failing NYTimes » mais « c’est aussi la répétition qui est importante. La simplicité et la consistance, le b.a.-ba du marketing ».* « Trump seems Much Better a Branding Opponents than Marketing Policies » – New York Times

 


4. Actualité locale recherche médias locaux

 

  • La question du Washington Post est simple: « Qu’arrive-t-il à l’actualité locale quand il n’existe aucun média pour la couvrir? »
     

    Palo Alto en Californie est un « désert d’informations », une communauté oubliée, voire entièrement ignorée par les médias. C’est l’une des mille villes des Etats-Unis dans laquelle l’actualité locale se réduit et parfois disparait. Le plus important facteur de ce phénomène, selon une étude de l’Université de Caroline du Nord: Les coupes budgétaires, la consolidation et fermetures des quotidiens et hebdomadaires, l’élément vital traditionnel de la presse locale de l’Amérique avant même sa fondation. Le disparition de centaines de quotidiens et hebdomadaires a réduit les emplois de ce secteur de moitié entre 2001 et 2016 selon les Ministère du Travail. L’impact a été ressenti dans une étude locale en 2001 qui conclut: « Un défaut d’information se manifeste de plusieurs manières: Des histoires qui ne sont pas racontées, les erreurs du gouvernement qui ne sont pas révélées, les dangers sanitaires qui ne sont pas identifiés, des élections locales avec des candidats que personne ne connaît.


5. Must Read: « The Lawyer, the Addict »The New York Times magazine

 

  • Eilene Zimmerman évoque la descente aux enfers de son ancien mari, avocat réputé de la Silicon Valley, tombé dans la toxicomanie pour pouvoir relever les défis d’une carrière exemplaire dans un milieu ultra-compétitif (soixante heures de travail hebdomadaires pendant vingt ans) et qui lui a été fatale.
     

    Peter, l’une des personnes les plus brillantes que je n’ai jamais connu, a succombé à sa toxicomanie, abattu par une infection bactérienne généralisée, commune aux utilisateurs de drogue intraveineuse.
    De tous les détails les plus déchirants, celui qui me hante le plus est le suivant: L’historique des appels sur son téléphone portable montre que le dernier a été donné à son travail. Peter, qui vomissait, incapable de s’asseoir, à moitié inconscient a réussi, je ne sais comment, à avoir une conférence téléphonique.

 


6. A regarder: « Life on Parole »

 

  • Le documentaire de l’excellent programme de la chaîne publique, PBS, « Frontline » qui s’intéresse en collaboration avec le New York Times à ces détenus en liberté conditionnelle, qui effectuent la fin de leur peine au sein de la société mais avec d’immenses restrictions et le risque imminent de retourner en prison.
  • Le documentaire intitulé « Life on Parole » a suivi pendant deux ans quatre prisonniers libérés dans le Connecticut, un Etat qui tente de désengorger les prisons en redonnant une semi-liberté et une chance de réintégration aux détenus.

 


7. Le reste de l’actualité

 

 

  • Hillary toujours aussi mal-aimée – Washington Post
     

    « La plupart du temps, le candidat qui perd les élections présidentielles a un prix de consolation: le respect du public (…) Hillary Clinton, [est] la première candidate moderne à casser cette règle. Selon un sondage de Bloomberg, seulement 39% des Américains la voient favorablement (…) Pourquoi? Tout simplement parce que beaucoup de gens, y compris le président des Etats-Unis refusent de refermer l’épisode des élections de 2016 »

     

  • « Netflix veut rendre les salles de cinéma obsolètes » affirme le Washington Post qui précise que le géant de la vidéo en ligne va sortir 40 films cette année contre 16 seulement en 2016.
  •  

  • Les responsables des quartiers sensibles de Baltimore – la ville la plus violente du pays – appellent à un cessez-le-feu le premier week-end d’août: une pause de 72 heures au cours desquelles « personne ne doit être tuée ». La ville a recensé 188 morts depuis le début de l’année  – Baltimore Sun

 


8. La couverture du jour

 

  • Toutes les chaînes TV américaines seront demain à Las Vegas pour suivre l’audition de demande de liberté conditionnelle d’O.J. Simpson, l’ancien joueur de football américain, reconverti acteur avant d’être acquitté du double de sa femme et de l’un de ses amies dans le procès du siècle il y a plus de 25 ans.
    Simpson est incarcérée dans une prison de Las Vegas depuis huit ans pour avoir volé des objets de collection dans un casino en 2007. Variety et NY Daily News

 

  • Couverture du Daily News du 19 juillet 2017

Ta-Neishi Coates: « O.J. Simpson n’était pas noir »

Dans le numéro d’Octobre de The Atlantic, l’intellectuel afro-américain Ta-Neishi Coates nous donne son opinion sur O.J.Simpson le joueur de football accusé puis acquitté du double meurtre de son ex-femme et de l’ami de cette dernière en 1994 à Los Angeles.

Agé de 19 ans, Ta-Neishi n’a à l’époque « aucune sympathie » pour le sportif, aucune compréhension de la sympathie qu’il provoque chez les miens, et aucune appréciation de la défense selon laquelle, Simpson aurait été aura été accusé parce que noir »

Une raison bien simple: « O.J. Simpson n’était pas noir » et « la seule lutte pour laquelle il s’est battu », à l’époque où Mohammed Ali a refusé de combattre au Vietnam, et des sportifs John Carlos et Tommie Smith levaient le point aux Jeux Olympiques, « c’était celle qui profitait à O.J. Simpson »

L’idée que Simpson existait au delà des frontières de l’Amérique noire ne reposait pas seulement sur une conscience politique étriquée, mais selon ses propres mots. Ma plus grande réussite (…) c’est que les gens me regardent comme un homme, et pas comme un noir.
(…)
Simpson a cherché à être post-racial dans un monde qui ne l’était pas. Sa myriade d’exploits n’a pas marqué l’érosion du grand mur qui séparait les noirs et les blancs aux Etats-Unis. C’est le résultat de la victoire personnelle de Simpson à surpasser cet obstacle. De l’autre côté, Simpson, un produit des HLMs de San Francisco, s’est réinventé grâce à la célébrité. Il est devenu riche. Il est allé chercher les conseils et l’attention d’hommes d’affaires. Et bien qu’il ait épousé Marguerite Whitley, qui était moire, l’année de son entrée à l’université de Southern California, il sortait désormais avec des blanches.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour Coates, le soutien dont a bénéficié Simpson de la part d’une communauté noire qu’il n’a jamais soutenue, a été un « pas en arrière », qui « a manqué d’intelligence, politiquement immature et mal-conseillé ».

En se basant sur l’excellent documentaire en cinq parties de ESPN, O.J.:Made in America, l’auteur reconnait deux faits, le premier que Simpson était violent et qu’il a tué son ex-femme et le second que la police de Los Angeles était « une brutale armée d’occupation ».
C’est cette seconde réalité qui semble l’avoir emporté aux yeux du jury trois après ans après le passage à tabac de Rodney King par des policiers du LAPD qui avaient été acquittés provoquant des violentes émeutes à Los Angeles.

La vengeance de King a joué un rôle dans l’acquittement de Simpson (…) Mais cette revanche explique en partie seulement sa grande évasion. Ce que je n’arrivais pas à comprendre en 1994, c’est une réalité que les noirs autour de moi ont senti et l’un des points les plus gênants du documentaire: A savoir que Simpson ait effectivement tué son ex-femme et l’amie de celle-ci et que le jury ait eu raison de le déclarer non-coupable.
(…)
Le fait que O.J. Simpson ait fui la justice, soit retourné devant elle, ait été jugé pour meurtre, et encore échappé à la justice, représente la déclaration d’égalité la plus choquante depuis le mouvement des droits civiques. Simpson a tué Nicole Brown et Ron Goldman. Je m’en doutais à l’époque  et j’en suis certain aujourd’hui. Mais il s’en est sorti – de la même manière que les blancs ont tué pendant des siècles, des hommes et femmes noires, et s’en sont toujours sortis.

OJ Simpsons: L’excellent documentaire de ESPN

OJ: Made in America

L’affaire OJ Simpson qui a divisé l’Amérique au début des années 90 a fait l’objet d’un regain d’attention cette année. Après une mini-série fiction de 10 épisodes, The People vs OJ: An American Crime Story, diffusée sur la chaîne câblée FX (The Americans, American Horror Story), c’est au tour de la chaîne sportive ESPN d’offrir sa version du phénomène Simpson avec OJ:Made in America

Dirigé par Ezra Edelman, le documentaire en cinq parties – sur plus de huit heures – apporte de nouveaux éclaircissements sur le « procès du siècle » mais aussi « sur les enjeux déterminants de la race, de la célébrité, et de la mysogynie qui s’entremêlent autour de Simpson »

Petit rappel des faits: OJ Simpson a été l’un plus grand footballeurs américains de sa génération qui s’est lancé dans le cinéma après sa retraite (Y a-t-il un flic…), a fait des millions grâce à ses contrats publicitaires, et bénéficié d’une immense sympathie auprès de la population américaine. Ce, Jusqu’à l’assassinat de son ex- femme, Nicole Brown Simpson, et d’un ami de cette dernière, Ronald Goldman un soir de juin 1994.
OJ Simpson, que tout accusait (précédents de violences conjugales, preuves trouvées sur les lieux du crime et le fameux gant de cuir) a finalement été acquitté en novembre 1995. Le verdict a divisé l’Amérique.

Encensé par la critique, le documentaire a suscité de nombreuses réactions dans la presse, pas forcément à l’avantage de Simpson:

Extrait du New York Magazine:

Il y a deux perceptions totalement différentes du procès selon que vous êtes afro-américain ou blanc, mais aussi beaucoup d’autres enjeux relayés par de plus petits groupes – ceux intéressés par les problèmes de race dans le sport américain, ceux qui voulait faire des violences domestiques la nouvelle gangrène du pays, le culte de la célébrité à Los Angeles financée par les tabloids, les débuts de la téé-réalité [le procès et son verdict ont été retransmis en direct], et enfin ceux qui ont perçu la naïveté d’un pays qui essaye de réconcilier des siècles d’injustice raciale en faisant du procès d’un homme, le jeu d’une morale nationale