Le Kiosque du 07.06.17

 

 

1. Une administration au bord de la crise de nerfs

  • L’administration Trump est une de cour royale dans laquelle le président s’est entouré d’un nombre restreint de conseiller sur lequel il a tous les droits, qui lui doivent une loyauté absolue, et qu’il soutient, tourmente et humilie publiquement selon ses humeurs.

     

    Il existe certains sujets et comportements qui fâchent sa majesté et heurtent son ego:

    • La Russie: Le poison de cette présidence auquel ont goûté beaucoup de proches du président, notamment l’ambassadeur russe de Washington, Sergueï Kislyak: le soldat Flynn qui a démissionné début février de son poste de secrétaire à la sécurité nationale; Jeff Sessions, à qui Trump ne pardonne pas de s’être récuser de l’enquête du FBI sur la campagne de Trump et qui dû a nommé un procureur indépendant à sa tête, Mr Mueller après le renvoi de James Comey. Sessions a proposé de démissionner pour apaiser la colère du président. 
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    • La couverture médiatique. Trump est celui qui mène le show. Gare à celui qui lui fait de l’ombre comme a pu s’en rendre compte Steve Bannon, critiqué pour avoir fait la couverture de Time magazine deux semaines après l’investiture, Sean Spicer dont les conférences de presse sont devenues trop populaires, Kellyanne Conway qui s’est discréditée sur les plateaux de télés et dernièrement son gendre Jared Kushner, sur qui il a récemment plaisanté: « Jared est devenu bien plus célèbre que moi et ça m’agace » – il vient de faire lui aussi la couverture de Time magazine la semaine dernière.
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    • Manque de charisme/affinités. Trump n’aime ni la médiocrité (Reince Priebus son chef de cabinet) ni ceux qui parlent trop (McMaster, nouveau secrétaire à la sécurité intérieure)
  • La seule qui s’en sort bien, c’est Ivanka Trump, … et Hope Hicks
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  • Ceux arrivés plus tôt sont devenus les principales cibles (Sessions, Spicer, Priebus) et les derniers sont plutôt épargnés (Gary Cohn et Dina Powell)

 

 

 


2. Les 27 mots du président

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    Selon Politico, Donald Trump aurait dû réaffirmer le soutien des Etats-Unis envers l’OTAN dans son discours de Bruxelles le 25 mai dernier qui contenait originellement ce segment:

     

    Devant les menaces multiples auxquelles nous devons faire face, je suis ici avec un message clair: l’engagement américain envers l’alliance de l’OTAN et l’article est inflexible

     

  •  La phrase a été approuvée par le Pentagone deux jours plus tôt, le Conseil National de Sécurité et le Département d’Etat.
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  • Mais elle a disparu du discours de Trumpà la surprise et « la consternation de sa propre équipe de sécurité nationale » rapporte le site d’information – obligeant une fois de plus les haut responsables de l’administration, le vice-président Mike Pence, le conseiller à la Sécurité Nationale et le secrétaire de la défense, Jim Mattis, à réparer la bourde.
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  • La Maison Blanche a admis que le discours avait été modifié au dernier moment et sans consultation mais Sean Spicer, son porte-parole, affirme que cela n’a aucune importance.
    Stephen Miller et Steve Bannon, les conseillers « ultra-nationalistes » du président, auraient convaincu le président de retirer la phrase.

 

 

 


3. Le changement climatique fait aussi polémique dans les écoles

 

  • Plongée dans une salle de classe d’Ohio, où certains élèves refusent l’idée de changement climatique, où « la science n’a pas forcément toujours raison » et où les enseignants sont critiqués pour enseigner les problèmes liés à l’environnement aux élèves.
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    Dans une époque ultra-politisée comme celle de Trump, la guerre culturelle a bien envahi les écoles et les lycées du pays.

     

    « Originellement lié à des intérêts proprement économiques, le climatoscepticisme reflète les idéaux conservateurs de dur labeur, de gouvernement limité et de ce que les gens appellent l’auto-suffisance »

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  • « Ce que les gens pensent du réchauffement climatique ne reflète pas forcément ce qu’ils savent, mais ça reflète qui ils sont » explique une chercheuse de Yale spécialisée dans la polarisation politique.
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  • Les problèmes de changement climatique ne sont pas une priorité dans les régions pauvres des Etats-Unis, ravagées le chômage et l’épidémie d’héroïne; et certains Etats, comme l’Idaho en février, sont même allés jusqu’à enlever son enseignement des programmes scolaires – pourtant l’un des rares endroits où ils seront à même d’en entendre parler.

 

 

 


4. « The Kids are alt-right »

 

Buzzfeed

 

  • La jeune génération qui grandit dans l’Amérique de Trump paye elle aussi les consequences du comportement tout sauf exemplaire du président: « Les enfants citent Trump pour harceler leurs camarades et les enseignants ne savent pas comment réagir » rapporte une enquête de Buzzfeed réalisée sur l’ensemble du pays.
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  • Le site a relevé une cinquantaine d’incidents dans 26 Etats différents au cours desquels des élèves de primaire s’en sont pris verbalement à leurs copains afro-américains, mexicains, asiatiques ou encore juifs en reprenant les propos controversés du président 

     

    La première année de présidence de Donald Trump laisse les éducateurs désarmés face à la gestion du climat de misogynie, d’intolérance religieuse, d’insultes, d’exclusions qui appartient désormais au discours politique.

     

  • Il est plus compliqué pour les professeurs d’enseigner les valeurs de respect, d’écoute et d’empathie quand le président les malmène quotidiennement et nécessaire d’accepter une dure réalité dans laquelle « l’intolérance religieuse et le racisme influencent la façon dont les enfants parlent, plaisantent et se disputent ».

 

 


5. Breitbart aussi essoufflé que l’administration

Daily Beast

 

  • Le site alt-right, antenne officielle de la nouvelle administration, qui a explosé l’année dernière en soutenant le candidat Trump dès les primaires républicaines, et convaincu des millions d’internautes avec ses articles « politiquement incorrects » passe une période difficile. 
     

    Un business qui repose sur la critique a bien moins de succès quand il est obligé de se défendre

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  • Breitbart a dominé et influencé la campagne présidentielle en 2016 avec des scores triomphants: Avec deux milliards de pages visitées en 2016 et 45 millions de visiteurs par mois, le site a atteint début janvier la 45ème place dans le classement des sites les plus visités devant Fox News (47ème), Huffington Post (50ème), Washington Post (53ème) et Buzzfeed (64ème) et réalisé un record en février en atteignant le 29ème place.
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  • Trois mois plus tard, Breitbart a chuté à la 281ème place
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  • Le site peut difficilement capitaliser sur les scandales à répétition de Trump et son administration qui domine l’actualité depuis des mois, et quand il les couvre, c’est grande conviction. C’est donc une double perte pour Breitbart
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  • Son expansion européenne n’a pas réussi à franchir le continent, en France où avec la perte de Marine Le Pen, et en Allemagne qui devrait ré-élire Angela Merkel.
  • Selon Digiday, ce sont aussi les annonceurs qui boudent le site: 26 marques ont été recensées sur le site au mois de mai contre 242 en mars.

 

 


6. Le reste des informations

  • Forbes a fouillé dans les relevés de compte de la fondation Eric Trump, et contrairement aux propos de l’intéressé, Donald Trump aurait fait payé à son fils cadet la location de son golf de Westchester dans l’Etat de New York pour son gala annuel de charité en faveur des enfants du cancer.
    Les frais d’opération auraient augmenté de 50 000 dollars en 2012 à plus de 300 000 dollars en 2015
  • The Intercept est dans le colimateur de Julian Assange, qui offre 10 000 dollars au reporter imprudent qui a publié le document envoyé par lanceuse d’alerte, Reality Winner, et a mené à son arrestation samedi dernier. Le site internet spécialisé dans la publication de fuites est « responsable de cet échec catastrophique »Politico
  • Pour essayer de convaincre les Républicains de financer le fameux mur qu’il a promis à ses électeurs, le président a proposé de le recouvrir de panneaux solaires et de le rembourser avec l’électricité produite. Il a autorisé les parlementaires à évoqué le projet en mentionnant qu’il s’agissait de l’idée du président – Axios
  • La ville de Portland vient d’autoriser la construction du premier immeuble en bois, de douze étages, appelée « FrameWork » et dont la construction débutera cet automne – AP
  • Tous les éditoriaux au vitriol contre Donald Trump publiés par le Los Angeles Times pendant la campagne présidentielle et après sa victoire aux élections, disponible sur le site, sortira en librairie cet été chez Heyday sous le titre « Our Dishonnest President ».
  • Scott Pruitt, architecte du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat et actuel directeur de l’Agence de Protection de l’Environnement, a affirmé dimanche à la télé américaine que les Etats-Unis avaient créé 50 000 emplois dans l’industrie minière. Une erreur grossière puisque l’industrie minière compte actuellement 50 000 emplois: l’augmentation n’a été que de mille emplois.
    On ne sait pas s’il a fait exprès étant donné que Trump s’est donnée pour mission de raviver cette industrie polluante en déclin depuis trente ans.

    Le déclin de l’industrie minière aux Etats-Unis

En diplomatie, « Trump agit comme un touriste bourré »

 

Les Médias américains étaient unanimes durant ce week-end: Le voyage à l’étranger de Trump à été une catastrophe pour les relations entre les Etats-Unis et l’Europe. 

 

  • « Une catastrophe » politique:
    • Il a été extrêmement conciliant avec l’Arabie Saoudite à qui il a réitéré un soutien sans précédent et promis de « ne pas donner de leçon » alors que le pays soutient depuis des décennies une vision intolérante de l’islam et offre un soutien financier et logistique clandestin à Daech et d’autres groupes sunnites radicaux de la région. La défaite de Daech est l’une des promesses de campagne du président.
    • Il a été volontairement défiant envers les membres de l’OTAN en refusant de réaffirmer l’article 5 qui garantit la défense mutuelle contre toute attaque extérieure même si le chef de la sécurité nationale, H.R.McMaster affirme le contraire.
      Il les a également critiqué « pour ne pas payer ce qu’ils devraient payer ».
    • Il a refusé de réitérer son engagement envers l’Accord de Paris sur le climat contrairement aux six autres pays du G7 qu’il a visiblement irrité.

 

  • Les conséquences
    • Angela Merkel l’a bien compris hier en affirmant que « l’Europe devait prendre en main son destin » et pourraient signaler un « changement potentiellement sismique dans les relations trans-atlantiques » selon le New York Times.
      Jamais les relations entre l’Allemagne et les Etats n’avaient été au plus bas.
    • Emmanuel Macron a affirmé que la fameuse poignée de main n’était pas anodine et qu‘il n’avait aucune intention de se laisser intimider par le président américain.
      Par ailleurs il a symboliquement rappelé son soutien à Angela Merkel, en l’embrassant avant de serrer la main Trump à Bruxelles le 25 mai dernier.
    • Pour Ivo H. Daaler, ancien ambassadeur américain de l’OTAN: « C’est la fin d’une époque, celle où laquelle les Etats-Unis dirigeait et l’Europe suivait. »
    • Le président Trump a voulu satisfaire son électorat américain plus que les chefs d’Etat alliés et a suivi les propos tenus en campagne.

 

  • « PR Nightmare »: Trump a aussi enchaîné les gaffes
    • La vidéo de Trump qui bouscule le Premier Ministre du Montenegro.
    • Le « bras de main » perdu contre Emmanuel Macron.
    • La réprimande publique contre les membres de l’OTAN qui ne payent pas leur dû – Dixit un chantre de la gruge fiscale.
    • Le statu quo concernant l’accord de Paris sur le climat, pimenté par tweet digne de The Apprentice, son ancienne émission de télé-réalité: « J’annoncerai ma décision cette semaine ».

 

  • Des médias américains dépités et enjoués.
    • Ceux qui soutiennent le président pensent qu’il a fait un travail formidable à l’instar du New York Post, qui salue une performance « claire, concise et disciplinée » et un « succès remarquable » à l’étranger.
    • Breitbart était satisfait de voir Merkel furieuse mais aimerait que Trump retire pour de bon les Etats-Unis de l’accord de Paris, comme il l’a promis lors de la campagne.
    • Joe Scarborough, conservateur et présentateur de l’émission politique quotidienne, « Morning Joe » sur MSNBC:

      Le voyage de Donald Trump a été le pire pour les intérêts américains depuis le désastreux sommet de Vienne entre JFK et Khrouchtchev en 1962

    • Ce matin, Joan Walsh, correspondante à The Nation:

      [Donald Trump] a battu celle qui aurait dû être la première femme présidente [des Etats-Unis] mais il a propulsé une femme à la tête du monde libre.
      Parce que c’est Angela Merkel désormais. Il a abdiqué.

    • Un représentant du Département d’Etat a déclaré sous couvert d’anonymat au Daily Beast :

      Quand il s’agit de diplomatie, Trump se comporte comme un touriste bourré. Beauf et bruyant, qui prend toute la place sur la piste de danse et qui marche sur les pieds des autres sans s’en rendre compte. Complètement inefficace.

Pour The Economist, l’Occident doit rester ouvert au monde

Illustration parue dans The Economist
Illustration parue dans The Economist

Pour l’hebdomadaire britannique, les conventions républicaines et démocrates ont signalé l’évolution des clivages politiques traditionnels droite-gauche vers une dichotomie « l’ouverture » contre « fermeture » sur le monde à l’instar de Donald Trump, partisan d’un repli sur soi qui privilégie « l’Américanisme » sur « la mondialisation » ou de Bernie Sanders, et certaines « tirades anti libre-échange ».

L’influence grandissante des dynamiques anti-mondialistes est aussi inquiétante en Europe avec la montée de l’extrême droite qui utilise les campagnes de terreur de l’Etat Islamique et les récentes vagues d’immigration incontrolées pour convaincre les électeurs et pousser les gouvernements à fermer les frontières.
Le Brexit en est une conséquence directe.

« Elever des murs, c’est rabaisser les niveaux de vie » et tendre vers un monde « plus pauvre et plus dangereux » continue le magazine; c’est rendre l’Europe et les Etats-Unis plus vulnérables, sans évoquer le sort des pays limitrophes, comme les Etats baltes, qui seraient directement par la Russie.

Les partisans d’un ordre mondial globalisé doivent rappeler à leurs électeurs pourquoi l’OTAN est important pour les Etats-Unis et pourquoi l’Union Européenne est nécessaire à l’Europe, comment le Libre-Echange et l’immigration enrichissent les sociétés, et pourquoi combattre le terrorisme nécessite une coopération entre les Etats. Ceux qui défendent la mondialisation se replient sous prétexte d’un « nationalisme responsable »

Il salue au passage les efforts de Justin Trudeau, le premier ministre Canadien et Emmanuel Macron, des politiques assez courageux pour continuer de défendre « l’ouverture » sur le monde.

S’opposer aux partisans du repli nécessite une rhétorique plus forte, des politiques plus efficaces et des stratégies plus intelligentes: Des réformes sont nécessaires pour réguler plus équitablement la mondialisation qui créé autant de pauvreté qu’elle engendre de richesse.

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