le kiosque du 07.04.17

 

 

  • Trump, commander-in-chief

    En l’espace de trois jours, Donald Trump est passé d’une condamnation timide de l’attaque chimique attribuée au régime syrien à une offensive des forces aériennes américaines en Syrie contre les bases d’Assad – une première pour les Etats-Unis en six ans.
     
    59 missiles Tomahawk ont été lancés depuis la mer Méditerranée contre l’une des six bases aériennes du régime pour détruire avions et munitions.
     
    Six personnes auraient été tuées dans l’offensive.

    L’objectif final serait de renverser Bachar Al-Assad tout en conservant le régime syrien pour éviter le même désastre irakien.
     

    C’est aussi la première fois, au 77ème jour de sa présidence que la nation et le monde voient Donald Trump comme le Commandant-en-chef. Il a avancé de manière décisive et rapide, mais est devenu aujourd’hui un acteur central de ce que Fareed Zakaria [journaliste de CNN] à qualifié hier, « d’une des crises internationales les plus compliquées que j’ai vu dans ma vie ».

     
    Selon Mike Allen de Axios, Trump aurait prévenu, en privé, depuis des mois, une réponse particulièrement sévère contre une éventuelle agression syrienne.
     
    La démarche d’hier lui a permis également de se différencier de son confrère russe, Vladimir Poutine, qui avait défendu Assad cette semaine, et qui dénonce aujourd’hui une « agression contre la souveraineté d’un Etat en violation avec les normes de la loi internationale ».
     
    C’est une démonstration de force de l’administration Trump qui prévient également l’Iran et la Corée du Nord qu’elle est prête à l’action si nécessaire, et contrairement à son prédécesseur, Barack Obama.

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  • Une démarche risquée

    Il y avait beaucoup d’excitation hier soir et ce matin dans les rédactions et plateaux télé à l’annonce des frappes américaines en Syrie. Très vite pourtant les médias ont pointé les risques liés à cette attaque:
     
    * Celui de voir Poutine refuser une coopération avec les Etats-Unis pour garder la main-mise et ses bases militaires en Syrie et maintenir Assad.
     
    * Celui de perdre l’objectif principal des USA dans la région: Eliminer l’Etat Islamique. Si le régime syrien, et non pas Assad, s’effondre, l’organisation terroriste, qui recule en Irak, peut prétendre à un nouveau Califat en Syrie.
     
    * Donald Trump n’a pour le moment aucun plan précis pour l’avenir de la Syrie.
     
    Quant à Washington:

    La polémique tournait ce matin autour de la décision unilatérale de la Maison Blanche de déclencher une attaque aérienne sans avoir consulté le Congrès. Les Démocrates soutenaient majoritairement la décision de Trump mais ont tout de même insisté sur la nécessité de redonner cette prérogative au Congrès et de ne plus la laisser au président.

     
    Le sénateur McCain soutient la démarche du président Trump mais a parlé de « début de la fin » pour qualifier la position des Etats-Unis dans le conflit qui doivent maintenant trouver des solutions avec le reste de la communauté internationale, les Russes et surtout le régime syrien.
     
    Les Démocrates étaient également derrière Trump hier, à l’instar de Nancy Pelosi, la porte parole de la minorité démocrate à la Chambre des Représentants qui a parlé de « réponse proportionnelle à l’utilisation par le régime d’armes chimiques ».
     
    Hier soir l’administration est finalement entrée dans la coeur des grands.
     

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  • « Bannonistes » vs « Cuckservatives »

    Le départ de Steve Bannon du Conseil national de sécurité, annoncé mercredi, représente un tournant décisif et positif pour la présidence de Trump qui enchaîne depuis le 20 janvier revers politiques et polémiques jusque dans sa majorité – et dont il serait en partie responsable.
     
    L’ancien directeur de Breitbart News, arrivé sur le tard dans la campagne du candidat républicain, a certes aidé à sa victoire au mois de novembre mais il reste un « newcomer » dans l’orbite de Trump.
    Son départ de la Maison Blanche serait imminent mais difficile étant donné les alliés qu’il possède autour du président: Jeff Sessions, le ministre de la justice, Kellyanne Conway, Stephen Miller et Steve Mnuchin, Secrétaire au Trésor.

     
    Des fuites ont révélé cette semaine qu’il en « aurait marre de son job » et serait « prêt à abandonner » – des propos démentis à 100% par l’intéressé.
     

    Même pour cette Maison Blanche très belliqueuse, la mise sur le côté de Bannon a été brutale.
    De nombreux responsables ont incendié le conseiller du président auprès des médias, n’ont rien fait pour atténuer la perte de pouvoir de Bannon, et se sont délectés de voir Drudge [Report] et d’autres médias [de droite] commenter sa chute.

     
    La haine entre les « Bannonites » et les « modérés » menés par Jared Kushner et sa femme Ivanka, est intense et irréconciliable.

     
    Selon le Daily Beast, « les deux plus proches conseillers de Donald Trump se battent sans arrêt et souvent face-à-face, et ce serait même pire en privé ».
    Bannon aurait traité le gendre du président de « cocuservateur » (traduction de « cuckservative » = « cuckhold », ou cocu, et conservative) et de « mondialiste », les deux insultes préférées de l’alt-right.

     
    Un proche de Bannon aurait déclaré:
     

    Steve pense que Jared est pire qu’un démocrate (…) [Steve] a une vision précise de ce qu’il croit, et de ce qu’il partage avec Trump. Il voit depuis longtemps Jared comme un obstacle majeur à sa réussite.

     

    * « Steve Bannon calls Jared kushner a Cuck and Globalist behind his Back »Daily Beast

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  • O’Reilly, le boycott continue

    C’était le fil rouge de cette semaine: 57 annonceurs ont décidé de boycotter l’émission « The O’Reilly Factor » à la suite de l’article du New York Times paru le weekend dernier qui révélait les accusations de harcèlement sexuel dont le présentateur vedette de Fox News, Bill O’Reilly, a été l’objet, et les 13 millions de dollars que la chaîne a bien voulu payer pour acheter le silence des victimes.
     
    Malgré le soutien public du président et un démenti formel de l’intéressé, les compagnies ont décidé d’aller promouvoir leur produits sur d’autres émissions de la chaîne si bien que « The O’Reilly Factor » n’avait que 7 publicités hier soir contre 31 lundi – preuve que le boycott continue de grossir.
     
    La stratégie de la chaîne reste la même: ne rien dire pour
    1/ soit attendre que ça se passe,
    2/ soit garder les options ouvertes et l’éventualité d’un départ O’Reilly – tout de même peu probable.

     
    En attendant, la polémique est toujours vive sur les médias sociaux « où nombres de femmes partagent leur propre expérience de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail »: « Le hashtag #DropOReilly est devenu un forum de discussion pour les femmes »
     

    * « At Fox News, A Wall of Silence surrounds Bill O’ Reilly »The Washington Post 
    * « Uniting Agains BillO’Reilly, Women share stories of Workplace Harassment »The New York Times

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  • La guerre entre CNN et Fox News

    Les deux chaînes se sont affrontées cette semaine par scandales interposés:

    * CNN a très largement couvert l’affaire Bill O’Reilly, en a discuté longuement en début de semaine et tient même une liste de tous les annonceurs et les décisions pour lesquelles ils boycottent l’émission la plus regardée de la télé américaine, « The O’Reilly Factor ».
     
    La chaîne d’info en continu ne cesse d’évoquer le départ ou la fin du présentateur, a reçu l’une de ses accusatrices, la plupart des journalistes y sont allés de leurs commentaires, et l’un d’entre eux, Don Lemon a même interpellé O’Reilly dans « CNN Tonight »:
     

    Bill, nous avons parlé du scandale Susan Rice (…) Ca fait longtemps qu’on en parle dans cette émission. Et ce soir nous allons encore en parler. Il y a un autre scandale dont on va aussi parler ce soir, dans ce programme: les accusations de harcèlement sexuel contre toi. Alors allons-y

     
    De son côté Fox News accuse CNN de ne pas avoir accordé assez d’attention sur le rôle de Susan Rice, ancienne conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama qui aurait déclassifié les noms des proches de Trump recueillis par les services de renseignements lors des écoutes réalisés dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe dans les élections présidentielles.
     
    Sean Hannity, l’un des « wackadoos » de Fox News a affirmé que « les médias de propagande alt-left décidés à détruire Trump » faisaient tout pour couvrir et déformer les preuves que l’ancienne conseillère d’Obama a utilisé des informations confidentielles à des fins politiques et réalisé des écoutes illégales sur des citoyens américains.
     
    A suivre.
     
    * « Fox and CNN go to war over O’Reilly »The Hill

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  • Couverture du Jour

Samedi 4 février 2017: Washington souffle, le NYtimes vs. Trump et Breitbart boycotté

 

  • La politique étrangère de Trump dans la continuité de celle d’Obama.
    Après le désastre de la « Travel Ban » orchestré par Steve Bannon et son acolyte, Stephen Miller, la semaine dernière, le Conseil de la Sécurité des Etats-Unis a repris les commandes de la politique étrangère et opéré des changements plutôt inattendus, qui s’inscrivent dans la continuité de celle de Barack Obama:
    1. Trump a demandé au gouvernement israélien d’arrêter l’expansion des colonies juives au delà des frontières actuelles de Jérusalem Est et des territoires occupés.
    2. De nouvelles sanctions sont imposées à l’Iran sur son programme de missiles balistiques mais pas sur celui sur le nucléaire est pour le moment épargné.

    3. Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU a condamné l’ingérence de Poutine en Ukraine et demandé le retrait immédiat des troupes russes de Crimée.
  • Le boycott de Breitbart continue.
    Sleeping Giants, une organisation née au lendemain du 8 novembre pour « stopper les sites racistes, antisémites, sexistes, et homophobes en attaquant leurs revenus publicitaires » a fait parler d’elle début décembre quand Kellogg’s a décidé de retirer ses pubs. Depuis 820 entreprises ont choisi de retirer leurs publicités de Breitbart, et parmi elles, BMW, Visa, Vimeo, T-Mobile, Nestlé ou encore Lyft.

    Cette démarche ne va pas ruiner Breitbart, et ses encarts publicitaires sont toujours remplis, notamment par Amazon, Uber ou AT&T; mais les revenus engendrés par ces publicités, qui dépendent des clics des internautes, seront moindres si les annonceurs sont plus limités et moins reconnus. 
  • The Guardian, l’un des plus importants sites internet d’infos et gratuit (40 millions de visiteurs mensuels) a créé un service d’inscriptions en ligne en 2014 qui a atteint les 200 000 abonnés en 2016. Le site du Guardian n’a pas de Paywall qui limite le nombre d’articles lus chaque mois, dont « les gens qui s’abonnent ne bénéficient pas de contenu exclusif et ils le font parce qu’ils pensent qu’il est important que le journalisme du Guardian reste gratuit » explique David Magliano, le directeur général du quotidien, à Digiday. Le quotidien à également reçu 100 000 contributions de lecteurs qui ont répondu positivement aux appels de dons.
    Leur objectif est d’atteindre un million d’abonnés en avril 2019.
  • Avant la diffusion du rendez-vous sportif de l’année, le Super Bowl, dimanche après midi, La chaîne Fox a programmé dans la matinée une interview exclusive de Donald Trump avec son présentateur star, Bill O’Reilly enregistrée hier à Mar-a-Lago, sa résidence de Palm Beach en Floride, où le président passe le weekend.
    Le Commander-in-Chief pensait que son interview serait diffusée pendant le Half-Time, mais la fameuse tranche horaire est devenu depuis les années 90, le show musical incontournable de la pop culture US, animé cette année par Lady Gaga.

    Mr O’Reilly, qui connaît Trump depuis trente ans, l’aurait avisé, hors caméra, de montrer un peu plus de patience et de retenu envers les critiques et ses adversaires qui pourraient chercher à la destituer.
  • Washington peut respirer le temps d’un weekend.
    Donald passe le weekend à Mar-a-Lago après deux premières semaines intenses à la Maison Blanche et Washington peut respirer à nouveau. Mais le président n’en n’a pas pour autant oublier de tweeter sur différents sujets entre hier soir et ce matin: les taxes imposées sur les produits américains à l’étranger, les pays du Moyen Orient « qui sont d’accords avec la [travel] ban », sur la décision « ridicule » du juge de Seattle de la bloquer « temporairement », et enfin sur sa cible préférée, le « FAKE NEWS @nytimes ». Ce matin, le quotidien a publié en une un article affirmant qu’il « était toujours étroitement lié à son empire ».
  • National Review a publié sur sa page Facebook hier un article de Conservative Review qui encense la façon dont Ronald Reagan a géré les émeutes étudiantes de Berkeley en 1969 lorsqu’il était gouverneur de Californie. Les forces de l’ordre à qui il avait demandé d' »utiliser tous les moyens nécessaires pour ramener le calme » avaient tué un étudiant et blessé 120 autres. « C’est la façon dont les manifestants anti-Trump qui détruisent la propriété, bloquent la circulation et insultent la police doivent être gérés ». L’article a été publié le 10 novembre dernier après les manifestations qui ont suivi l’élection de Donald Trump dans certaines universités et reposté à l’occasion des violences qui ont eu lieu à UC Berkeley cette semaine contre l’apparition du journaliste alt-right, Milo Yiannopoulos, qui a du être annulée.

         

  • La gauche est la proie d’un phénomène réservé – presque – jusqu’ici aux supporteurs de Donald Trump, les « fake news » nous explique The Atlantic. Rien à voir avec l’amplitude des trois mois qui ont précédé les élections mais beaucoup d’intox circule désormais sur les réseaux sociaux, directement inspirée par le comportement imprévisible de Trump et la confusion créée par la nouvelle administration ces deux dernières semaines, à l’instar du Palmer Report, du compte Twitter @RoguePOTUSStaff, selon le site internet est spécialisé dans la dénonciation des « fake news », snopes.com.
  • Le « White House Correspondant Dinner » tombe à l’eau.
    L’un des plus importants diners de gala de Washington qui réunit chaque année la crème des médias, de Hollywood et des politiques, est boycotté par deux de ses principaux sponsors, le New Yorker, qui a annulé la réception de la veille et Vanity Fair qui s’est retiré de l’organisation de l’After Party très exclusive qui a lieu dans la résidence de l’ambassadeur français, et désormais sous la seule responsabilité de Bloomberg Businessweek.

    Donald Trump n’a pas non plus confirmé sa présence compte tenu de ses relations conflictuelles avec les médias. Le seul intérêt de cette soirée sera sans doute la soirée « alternative » organisée par Samantha Bee, qui aura lieu le même soir, le 29 avril, dans la capitale