20.09.17

 

1. L’autre diplomatie américaine

 

  • En marge de l’Assemblé Générale des Nations Unies à New York, le milliardaire et ancien maire de la ville, Michael Bloomberg a hérité de « Clinton Global Initiative » créée il y a dix ans par le couple Clinton, qu’il a rebaptisée « Bloomberg Global Business Forum« , considérée comme la plate-forme de « l’autre diplomatie américaine » , celle héritée de Barack Obama, et qui réunit cette semaine, anciens et actuels chefs d’Etat, personnalités du monde politique, économique: Bill Clinton, Mike Bloomberg, Tim Cook, Justin Trudeau, Emmanuel Macron, le prince saoudien Salmane ben Abdelaziz, Jack Ma (Alibaba).

 

  • L’évènement sert les intérêts de l’élite capitaliste mondiale, favorable à l’ouverture des frontières, capitaux et des hommes qui a trouvé ces derniers mois un adversaire encore plus détestée qu’elle: le président américain et sa doctrine, America First.
    Comme certains gouverneurs et Etats américains, qui ont décidé de mener leur propre politique environnementale ou diplomatique – la Californie par exemple – les entrepreneurs américains ont également un rôle à jouer comme l’explique Bloomberg à Buzzfeed:

     

    Les nations sont liées les unes aux autres par le commerce et l’investissement, et si les patrons ne sont pas des diplomates, ils peuvent défendre une coopération sur des sujets dans lesquels le secteur privé compte – des infrastructures au changement climatique. Les actions prises par le secteur privé, qui ne remplace pas les canaux diplomatiques officiels, peuvent parfois être plus importantes que les mots ou les tweets des élus.

 


2. Les défis du mur

 

  • Une enquête passionnante de USA Today ce matin sur les défis physiques, financiers, humains et politiques que représente la construction du mur le long de la frontière mexicaine – la promesse de campagne phare du candidat républicain, celle qui a convaincu sa base électorale et sur laquelle il peut difficilement revenir aujourd’hui.

 

  • Sur l’objectif de cet ambitieux reportage multimédia, Nicole Caroll de USA Today:

    Nous étions dans la tribune de presse au meeting de Trump à Prescott Valley en Arizona à l’automne dernier. Les supporters chantaient « Build the wall. Build the wall ». Ils étaient tellement excités à l’idée de ce mur qu’on s’est dit que c’était notre rôle d’aider les gens à comprendre ce que cette mesure impliquait. Notre travail n’est pas de leur dire qui croire, mais d’être sûr qu’ils ont toutes les informations nécessaires pour se faire leur propre avis. C’est notre responsabilité. On a des rédactions dans tous les Etats frontaliers. Nos journalistes sont des experts, On comprend les enjeux.

 

  • Il existe actuellement mille kilomètres de barrières qui séparent les Etats-Unis du Mexique – soit seulement un tiers de la longueur de la frontière, 3 200 km – et dont la moitié uniquement destiné à interdire le passage des voitures.
    Les barrières existantes, hautes de trois mètres, n‘ont rien à voir avec le projet pharaonique de Trump qui veut un « grand et beau » mur censé atteindre 6 à 9 mètres de haut.  
  •  

  • Pendant la campagne électorale, Trump avait promis la construction d’un mur les 2 200 kilomètres restant qui traversent quatre Etats américains et des frontières naturelles importantes comme le Rio Grande (le long de la frontière texane), les falaises abruptes des parcs nationaux ou les déserts arides d’Arizona.
  • En juillet dernier, Trump a annoncé que le mur ne serait construit que sur 1 100 km et que le commencement des travaux coûterait 1,6 milliards de dollars.

 

  • Au Texas, qui partage 1 500 km de frontières avec le Mexique, la construction du mur pourrait entraîner la réquisition – et la compensation financière – de terres appartenant à cinq mille propriétés privées dont une bonne partie le long du Rio Grande. 
    Par ailleurs, la plupart des frontières sont à des centaines de kilomètres des grandes villes, et construire un mur implique d’abord la construction de route pour y parvenir. Il existe des coûts financiers et politiques locaux importants au delà de la construction même du mur.

 

  • Pendant les dix jours passés en hélicoptère le long de la frontière, le journaliste de USA Today n’a pas vu une personne essayer de passer la frontière illégalement ou être appréhendé par la police des frontières.
  • 25% des Républicains du Congrès soutiennent actuellement la construction du mur.* « The Wall » – USA Today

 

  • Mais Ann Coulter, l’une des « commentatrices conservatrices » les plus célèbres et influentes américaines qui a soutenu très tôt Trump durant la campagne présidentielle n’en démord pas et continue de mettre la pression sur le président:

3. Subvention pollution

 

  • Il existe aux Etats-Unis un programme gouvernemental qui « vous envoie un chèque à la fin de l’année pour vous récompenser d’avoir pris la voiture seul pour vous rendre au travail ». Cela s’appelle le « Commuter Parking Benefit » qui déduit de vos impôts les dépenses occasionnées par les places de parking souvent très chères des centres villes.
    Vous ne le touchez que si vous habitez en ville, et plus votre parking est cher, plus le chèque sera important, plus vous gagnez de l’argent plus votre remboursement sera conséquent. Les automobilistes urbains sont donc payés les contribuables pour créer davantage de bruit, d’encombrements et de pollution.

    Le programme coûte chaque année sept milliards de dollars au gouvernement américain selon une étude de l’association « TransitCenter » et met chaque année sur les routes 820 000 voitures supplémentaires qui effectuent sept milliards de kilomètres en plus.

 


4. Les jeunes de plus en plus vieux

 

  • Contrairement à leurs parents nés dans les années soixante-dix, les adolescents américains sont moins portés sur le sexe, la consommation d’alcool et de drogue, la conduite en voiture ou les petits boulots:

    Les jeunes d’aujourd’hui retardent de plus en plus les activités considérées comme des rites de passage à l’âge adulte (…) et le déclin est visible quelles que soient la race, le lieu d’habitation ou l’origine socio-économique que ce soit dans les zones rurales, urbaines et péri-urbaines.

  • Le directeur de l’enquête, Jean Twenge, explique cette évolution des comportements par une structure familiale plus réduite, plus présente et rassurante qui protège davantage l’enfant.* « Not drinking or driving, teens increasingly put off traditional markers of adulthood » – Washington Post

 


5. L’examen Jimmy Kimmel

 

  • Les sénateurs républicains n’en n’ont pas encore fini avec l’abrogation et le remplacement d’Obamacare qu’ils ont échoué à faire passer à deux reprises ces six derniers mois à la grande frustration du président qui voue depuis une haine farouche à Mitch McConnell, incapable de trouver un accord.

 

    • La nouvelle proposition dite « Graham-Cassidy », moins médiatisée mais tout aussi injuste que les précédentes – trente millions d’Américains privés d’assurance – pourrait bien passer si … Jimmy Kimmel, le comédien américain présentateur de l’émission populaire de fin de soirée « Jimmy Kimmel Live » n’avait pas consacré le monologue de son émission d’hier à la critiquer.
    • Début mai, il avait évoqué à l’écran les problèmes de coeur de son nouveau-né et la nécessité pour toutes familles américaines, quels que soient leurs revenus, d’avoir accès à ce genre de soins si nécessaire.
      Il avait reçu le sénateur républicain de Louisiane, Bill Cassidy, qui avait promis que les futurs propositions de réforme de la santé rempliraient les conditions de « l’examen Jimmy Kimmel »: pas de plafond de remboursement, des tarifs préférentiels pour les familles dans le besoin et interdiction de pénaliser financièrement les patients ayant des antécédents médicaux.

 

    • Aucune de ces conditions n’est remplie par la proposition Graham-Cassidy et la vidéo a déjà fait le tour des médias sociaux ce midi: « la croisade de Kimmel devrait devenir une étude de cas sur le pouvoir de la culture populaire contre le barouf de Washington ».

                 

 

  • Vox vous explique comment la nouvelle proposition de loi bénéficie aux Etats Républicains qui n’ont pas accepté les subventions fédérales d’Obamacare en 2010 et au contraire punit les Etats démocrates qui ont appliqué avec le plus d’efficacité Obamacare ces dernières années.

 

 


6. Sean Spicer discrédité

 

  • Aucune des cinq grandes chaînes d’info américaines, ABC News, CBS News, NBC News, Fox News et CNN n’a proposé à Sean Spicer, ancien porte parole de la Maison Blanche et trublion des Emmys Awards un poste de commentateur politique dans leurs programmes à cause, semble-t-il, de son « manque de crédibilité ».

 

  • L’apparition de Sean Spicer dimanche aux Emmys n’a pas plus aux journalistes américains, surtout aux correspondants de Washington qui ont eu à faire à ses mensonges et son agressivité pendant des mois dans la briefing room de la Maison Blanche.

 

  • Même s’il regrette ses mensonges et a entamé depuis quelques semaines une campagne de réhabilitation de son image, la pilule ne passe pas. Seule consolation: les apparitions très rentables devant les compagnies et un séjour à Harvard.

 

  • Petit message de félicitations du président entre deux discours à l’ONU:

 

 


7. Rolling Stone, le procès continue

 

  • Mauvaise nouvelle pour le magazine Rolling Stone, dont la vente a été annoncée plus tôt cette semaine, et qui n’a pas fini de payer les conséquences de la publication en 2014 d’un article « A Rape on Campus » sur un viol collectif qui n’a jamais eu lieu dans l’université de Virginie.
    Le bi-mensuel a été condamné à payer 1,6 millions de dollars de dommages et intérêts à la fraternité où l’agression aurait été perpétrée; 3 millions de dollars à l’adjointe du président de l’université et se prépare à un nouveau procès intenté par deux étudiants de la fraternité qui n’ont jamais été cités dans l’article, mais que des détails physiques auraient pu clairement identifier
  • Une victoire des plaignants pourrait compromettre la vente de Rolling Stone.

 


8. Le tweet du jour

 

  • James Damore est cet ingénieur viré par Google après avoir publié un memo interne dans lequel il explique les inégalités professionnelles entre hommes et femmes par les différences physiques et intellectuelles entre les deux sexes.
    Il a été présenté par l’Alt-right américaine comme le grand défenseur de la liberté d’expression. Au nom de cette liberté d’expression, il tweeté les propos suivants concernant le Ku Klux Klan:
     

 


9. La couverture du Jour

 

  • On s’éloigne de Washington et de la politique avec cette couverture légère et ensoleillée du New York Times magazine dans le numéro consacré aux « voyages »
     

Le Kiosque du 26.07.17: Diversion

 

1. Trump réussit à énerver sa base électorale, sa majorité et même les Démocrates

 

    • Le président ne cache plus son agacement, ni son mépris pour Jeff Sessions, son ministre de la justice depuis qu’il s’est récusé en mars dernier de toute intervention dans l’enquête sur les élections présidentielles de 2016 – dont celle menée actuellement par le procureur indépendant Bob Mueller, qui a remplacé James Comey, le directeur du FBI, viré au mois de mai.
      Dans une interview donnée au Wall Street Journal, le président s’est dit encore une fois très déçu de son Attorney General, a affirmé que l’ancien sénateur d’Alabama l’avait soutenu très tôt dans la campagne parce que ses « meetings étaient pleins », et l’a qualifié de « très faible » sur Twitter pour ne pas s’être attaqué aux « crimes » d’Hillary Clinton et a laissé ouverte la question d’un éventuel renvoi.
      L’idée est de l’humilier autant que possible pour provoquer sa démission.

 

  • Les attaques contre Jeff Sessions, un vétéran de Washington, ne passent pas à Washington, chez Républicains comme chez les Démocrates: « le ministre de la justice et les autres membres du cabinet, ne sont pas au service du président mais au service du peuple américain » rappelle ce matin la conservatrice National Review.
    Hier la plupart des conservateurs, médias, politiques et commentateurs dénonçaient ouvertement ces attaques, Kenneth Starr, le célèbre procureur qui a voulu destituer Bill Clinton, a demandé au président d’arrêter immédiatement – même Bernie Sanders, adversaire politique a critiqué les propos du président.

 

  • Trump n’a pas compris que la droite dure américaine soutient massivement Jeff Sessions qu’elle considère comme l’un des plus fidèles défenseurs du programme qui a fait élire le président: ses positions radicales sur l’immigration, les villes sanctuaires, le mur ou encore le durcissement du système judiciaire sont celles de la base électorale de Donald Trump.

  • Même Breitbart s’est offusqué de l’attitude de Trump et l’a mis en garde.

    La décision du président Trump d’attaquer mardi la position du ministre de la justice, Jeff Sessions sur les scandales de Hillary Clinton ne font que révéler l’hypocrisie du président sur le sujet – et pourrait inquiéter sa base qui voit en Sessions le meilleur espoir de voir s’appliquer la politique d’immigration.

 

  • Ironie de la situation: Conscient de sa popularité, du soutien de ses confrères, de la crise constitutionnelle que provoquerait son renvoi, et passionné par son projet d’une Amérique réactionnaire, Jeff Sessions n’a aucune intention de démissionner et s’il doit quitter son poste, ce sera la décision et la responsabilité du président.

 

 


2. La stratégie de la diversion: Les personnes transgenres

 

    • Conscient de s’être mis dans une situation délicate – perdre le soutien précieux de sa base électorale – Trump a eu recours hier à une stratégie politique dont il est devenu maître, l’art de la diversion: Créer une nouvelle polémique – généralement sur Twitter – pour en enterrer une autre.

 

    • Exemple: les attaques contre Jeff Sessions, incapable d’agir contre les « activités criminelles » de Hillary Clinton pour essayer de noyer les mensonges de son fils et de son gendre sur leurs contacts avec les Russes pendant les élections. Maintenant que la polémique autour de Jeff Sessions s’est retournée contre lui, Trump a dû créer une nouvelle cible qui puisse rassurer sa base électorale: Les personnes transgenres.

 

    • Hier matin, sans cris égards, le président a pris la décision d’interdire toute activité des personnes transgenres dans l’armée américaine: Comme prévu, la nouvelle a créé une immense polémique et un flot de critiques, reprises par les chaînes de télévision, les médias en ligne, les célébrités, sur les médias sociaux du monde entier et a presque réussi à faire oublier les problèmes avec Jeff Sessions.

 

  • Sauf que six mois après son investiture, les journalistes et commentateurs américains les stratèges politiques du président, et dénoncé la manoeuvre. Même l’ancien joueur d’échec et activiste, Garry Kasparov, ne s’y est pas trompé: 

 


3. L’interdiction des personnes transgenres dans l’armée

 

  • La nouvelle inattendue a pris tout le monde de court, et les justifications apportées par le président –  selon lesquelles accepter des personnes transgenres dans l’armée américaine coûte trop cher et créé trop de problèmes – ont été presque immédiatement démenties, à droite comme à gauche.
  • La décision est injuste, injustifiée et injustifiable. Trump continue de vouloir sa base électorale en divisant toujours un peu plus la population. 

 

  • La Maison Blanche était semble-t-il ravie hier de voir que la stratégie de diversion avait réussi.

 

 


4. La couverture du jour: Justin Trudeau

 

  • La nouvelle couverture du Rolling Stone a fait beaucoup de bruit hier avec Justin Trudeau en couverture et le titre polémique: « Why can’t he be our president? »

 

  • Sur Twitter, la question n’a pas pu aux supporters du président: « Meilleure question: Pourquoi est-ce que Rolling Stone ne déménagerait pas au Canada? » se demande la présentatrice Liz Wheeler de One America News Network et beaucoup appelaient au boycott du magazine – même si la plupart ne l’ont jamais acheté et encore moins lu.

 

 


5. Le reste de l’actualité

 

  • Lu dans Poynter

    David Perlman est né en 1918 – une décennie avant la découverte de la pénicilline et la théorie du Big Bang. Pendant presque toute sa carrière, il a couvert le progrès scientifique du XXème siècle et au-delà, écrit des milliers d’articles sur tout, du commencement de l’exploration spatiale aux ordinateurs. Jusqu’à aujourd’hui. Le journaliste de 98 ans prend sa retraite du San Francisco Chronicle après près de sept décennies au journal

     

  • Découvert dans Rolling Stone
    WNYC Studios, l’antenne de production de podcast de la New York Public Radio, et le MoMA collaborent pour une émission en dix épisodes appelé « A Piece of Work » et présenté par Abbi Jacobson, l’une des deux créatrices/réalisatrices/actrices de Broad City, pour découvrir l’art contemporain à travers des thèmes, le « minimalisme », le « Pop Art »,  etc …

 

  • Surpris dans le New York Post
    Le président l’a prédit après l’annonce de son départ du poste de porte parole de la Maison Blanche: Sean Spicer a une grande carrière qui l’attend. Et selon le tabloid new yorkais, elle pourrait commencer à la télé, en tant que commentateur pour Fox News, ABC, NBC et CBS qu’il a rencontré cette semaine ou comme célébrité dans la célèbre émission de ABC, « Dancing with the Stars », qui a joint Spicer.
    Après sa défaite contre Donald Trump aux primaires républicaines de 2016, Rick Perry, avait participé à « Dancing with the Stars » avant de devenir Secrétaire à l’Energie de l’administration Trump.

 

  • Bonne nouvelle pour « failing » New York Times qui vient de dépasser les deux millions d’abonnés en ligne et a vu ses revenus publicitaires augmenter pour la première fois depuis 2014 – Taking New Media

Le Kiosque du 18.05.17

 

 

La mort de Roger Ailes

  • « L’homme le plus influent de la politique et des médias américains », « le père du conservatisme moderne »: les personnalités du monde médiatique et politique rendaient hommage ce matin à la mort de Roger Ailes, à l’âge de 77 ans, annoncée plus tôt par le Drudge Report
  • Roger Ailes a fondé Fox News avec Rupert Murdoch en 1996, qui est rapidement devenu la première chaîne d’information câblée du pays, et l’antenne officielle des Républicains, de George Bush, et plus récemment celle de Donald Trump pendant la campagne présidentielle et sa présidence
  • Il a été écarté de la chaîne cet été à la suite d’accusations de harcèlement sexuel de la part d’autres employées, et notamment de Megyn Kelly qui est passée depuis sur NBC.
  • Une enquête du ministère de la justice est toujours en cours pour déterminer le rôle des dirigeants de Fox News dans la gestion de l’affaire Roger Ailes.
  • * « La chute-éclair de Roger Ailes, le patron de Fox News et de la droite américaine » – Le Kiosque de New York

 

***

 

La Maison Blanche est épuisée

  • A l’annonce des cent jours de Donald Trump, beaucoup de journalistes à Washington comparaient ces trois premiers mois à des années tellement l’enchaînement des affaires, scandales, décrets présidentiels et tweets a inondé quotidiennement l’actualité – même le weekend!
  • Le Washington Post rapporte que « le pire job à Washington en ce moment, c’est de travailler pour Trump »: Le stress des journalistes, même ceux présents dans la briefing room n’est rien comparé à la pression exercée sur ceux qui travaillent à la Maison Blanche qui vient d’essuyer deux semaines d’intenses critiques de la part des médias et de la classe politique.
    L’annonce hier de la nomination d’un procureur indépendant pour poursuivre le travail de James Comey n’a pas détendu l’atmosphère dans « la forteresse assiégée du président ».

    Des employés de la Maison Blanche plaisantent désormais sur les risques de destitution. D’autres moins haut placés ont commencé à contacté des consultants et leur ont laissé leur CV. Un conseiller de premier rang a commencé à parler en privé à ses amis d’un emploi en dehors de la Maison Blanche.

  • Le voyage de Trump à l’étranger qui commence demain devrait détendre l’atmosphère à Washington mais les problèmes sont loin d’être résolus car l’affaire Comey ne fait que commencer – d’autres fuites devraient suivre inspirés par les « mémos » de l’ancien directeur du FBI, et parce que Donald Trump refuse de reconnaître toute responsabilité dans la terrible gestion du ComeyGate/TrumpLeaks/ComeyMemos et continue de rejeter la faute sur ses conseillers.
  • * « The Worst job in Washington right now: Working for Trump » – The Washington Post

 

***

Les jours de Sean Spicer sont comptés

  • Pour les commentateurs de journalistes de Washington, Sean Spicer occupe le job le plus difficile de la capitale: Porte parole de la Maison Blanche.
    Il a commencé sur les chapeaux de roue au lendemain de l’inauguration de Trump en mentant sur les chiffres de la mobilisation, malgré toutes évidences. Un premier mensonge qui a scellé ses relations très tendues avec la presse, qui lui a rapidement valu les moqueries de « Saturday Night Live » et Melissa McCarthy et une célébrité éclair qui a ravi le boss … jusqu’à un certain point.

    Les conférences de presse sont devenues le rendez vous incontournable des après-midi de la télé américaine raflant d’avantage d’audience que les soap-opéras traditionnels.
  • Mais les jours de Spicer seraient en danger selon Politico et le New York Times: Trump, qui a prévu des changements au sein de son administration, ne veut plus que Spicer défende ou explique publiquement ses choix et sa présence publique et médiatique devrait être limitée à la Maison Blanche.
  • Trump n’est pas content du travail de son équipe de communication avec qui il s’est retrouvé plusieurs fois en contradiction ces dernières semaines et l’utilise souvent comme son bouc émissaire pour ses propres bourdes – la dernière sur les raisons du limogeage de James Comey.
  • Sarah Huckabee devrait le remplacer.
  • * « Will Sean Spicer be fired? » – Politico

 

***

 

 

« Get me Roger Stone »

  • On vous conseille l’excellent documentaire de Netflix sur Roger Stone, monument de la politique américaine qu’il a considérablement influencé ces quarante dernières années en introduisant les « dirty tricks » et en manipulant à sa guise les médias et ses confrères républicains.
    Conseiller de Nixon, son idole dont il a le portrait tatoué dans le dos, puis de Reagan et de Bush senior, il a été l’un des premiers à capitaliser et monnayer son carnet d’adresse et son influence auprès du pouvoir, à travers notamment la création des PAC, « Political Action Committee », et le rôle croissant des lobbys.
  • il aurait pu avoir une carrière politique à la Maison Blanche s’il n’avait pas trop tiré sur la corde médiatique qui lui est retombée dessus – un scandale sexuel avec sa femme en 1996 qui a fait la une du National Enquirer l’a obligé à se retirer de la vie politique pour un bon bout de temps.
  • Il est le conseiller politique et ami de Donald Trump depuis une trentaine d’années et c’est lui qui l’a poussé à se lancer dans chacune de ses courses présidentielles.
  • Le Trailer du documentaire

 

***

Le reste de l’actualité

  • Parti Républicain: Le représentant républicain de l’Utah, Jason Chaffetz, parmi les hommes politiques les plus influents au Congrès et à Washington annonce son retrait de la vie politique et devrait prendre le rôle de commentateur à Fox News – Politico
  • Washington: La famille de l’employé du comité national démocrate assassiné cet été à Washington, Seth Rich, demandent à Fox News et la compagnie mère, 21st Century Fox, de retirer les théories du complot qu’elle a défendu cette semaine pour expliquer sa mort « suspecte » et de s’excuser – CNN & Le Kiosque
  • Fake News: Alex Jones, le présentateur hystérique d’InfoWars s’est excusé auprès du propriétaire des yaourts Chobani, un kurde installé aux Etats-Unis depuis 25 ans, qu’il avait accusé d’employer des « violeurs immigrés » dans ses usines de Twin Falls dans l’Idaho.
    Hamdi Ulukay a porté plainte contre Jones fin avril et l’affaire a été réglée. CNN & Le Kiosque

 

***

La couverture du Jour

Le kiosque du 11.05.17: « ComeyGate » – Black Lives Matter à maturité – « Woke comedians » – Une espérance de vie: les écarts se creusent

 

 

Dans le kiosque du jeudi 11 mai 2017 – New York:

1. Tout savoir sur le ComeyGate
2. ComeyGate: Vers une crise constitutionnelle?
5. Black lives matter, une force politique
6. Les écarts d’espérance de vie se creusent aux Etats-Unis
7. « The Age of the Woke Late-Night Show Comedians »

 

***

 

1. Tout savoir sur le ComeyGate

Voici ce qu’il faut retenir jeudi de la crise la plus importante que traverse la Maison Blanche cette semaine:
 

  • Mardi après midi, Donald Trump a signé le renvoi immédiat du directeur du FBI, sans prendre le soin de l’appeler – ce dernier a appris à la télé de Los Angeles – après avoir suivi les « recommandations » du ministre de la Justice, Jeff Sessions, et de son adjoint, Rod Rosenstein, en place depuis seulement deux semaines, qui ont conclu que Mr Comey n’avait pas bien dirigé l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton, close en juillet dernier et avait compromis l’intégrité de l’agence de renseignements, accusée de soutenir la candidate démocrate.
  •  

  • La Maison Blanche a affirmé mercredi que Trump comptait en fait renvoyer Comey depuis novembre et que les conclusions de Mr Rosenstein, prises en tout indépendance, avait précipité les démarches.
    Selon Maggie Haberman du New York Times, Donald Trump n’a pas supporté l’attitude « insoumise » de Comey à son égard ces derniers mois:
     

    • Contredire les accusations lancées début mars sur Twitter contre Barack Obama qui l’aurait mis sur écoute pendant la période de transition.
    • Reconnaître publiquement l’existence d’une enquête sur d’éventuels liens entre son entourage et les Russes pendant la campagne présidentielle.
    • Admettre la semaine dernière que l’idée de l’avoir aidé à remporter les élections – en rouvrant l’enquête sur les emails de Clinton à onze jours du scrutin – lui faisait mal au coeur.

       

      Pour un président obsédé par la loyauté, Mr Comey est apparu comme un agent sans scrupules en qu’il n’avait aucune confiance, encore moins pour diriger une enquête sur les relations de son entourage avec Russie pendant les élections. Pour un homme de loi obsédé par son indépendance, Mr Trump était l’électron libre capable de propos irresponsables sur Twitter qui aurait pu mettre en cause la crédibilité du bureau.

       

  •  


  •  
    Ce renvoi inattendu a pris de court la Maison Blanche
    qui avait du mal à s’entendre hier sur les raisons et le timing de cette décision: Pourquoi ne pas avoir viré Comey juste après les élections? Y a-t-il un rapport avec le cours de l’enquête du FBI?

    Sean Spicer s’est retrouvé caché mercredi soir dans les buissons de la White House pour essayer d’échapper aux journalistes à qui il a fini par répondre dans la nuit noire.
    Son adjointe, Sarah Huckabee, qui l’a remplacé en conférence de presse, et parlé des « atrocités » commises par Comey.
    Enfin on a le droit au retour de Kellyanne Conway, conseillère zélée du président, dont la prestation a fait une fois de plus le tour d’internet.
  •  

  • Trump a utilisé l’erreur de Mr Comey la semaine dernière – il a accusé la conseillère de Clinton, Huma Abedin, d’avoir forwardé des milliers de emails contenant des informations confidentielles à son mari alors qu’il ne s’agissait en fait que de deux chaînes de emails – pour le virer contre l’avis de ses plus proches conseillers.
    On sait que le président a appelé Jeff Sessions et Rod Rosenstein lundi pour préparer le mémo qui justifie le renvoi de Comey
  •  

  • Le président a été surpris du tollé de critiques provoqué par ce renvoi, surtout de la part des Démocrates qui, selon lui, auraient renvoyé directement Comey si Hillary Clinton avait été élu.
    Explication reprise en coeur par les proches du président et républicains hier après midi.
  •  

  • Pour rajouter un peu plus d’huile sur le feu, il a rencontré hier dans le bureau ovale le ministre des Affaires Etrangères russe et son ambassadeur à Washington, à la demande de Vladimir Poutine.
    Rencontre à laquelle était convié les journalistes russes mais interdite aux journalistes américains.

     
    The Wall Street Journal – Edition du jeudi 11 mai 2017

 

***

2. ComeyGate: Vers une crise constitutionnelle?

Comment la Maison Blanche peut-elle sortir de ce pétrin?
 

  • Pour les Républicains et la Maison Blanche, la crise n’existe que dans la tête des Démocrates pour affaiblir le président car après tout « ni les Américains, ni les Parlementaires, ni même les employés du FBI n’avaient confiance en Comey » et il « avait urgence à rétablir l’honneur du Bureau ». 
    Le président rechercherait activement un nouveau directeur qui devra être confirmé par le Sénat. On voit mal le successeur de Comey être aussi agressif s’agissant de l’enquête du FBI sur l’entourage du président.
    De nombreux républicains et les proches du président continue d’affirmer qu’il « n’y a rien à voir » et qu’on « devrait passer à autre chose ».
    Charles Krauthammer, commentateur conservateur respecté demande Condolezza Rice
  •  

  • Une trentaine de parlementaires et sénateurs républicains ont pourtant exprimé des doutes sur les véritables intentions du président et une poignée a demandé la nomination d’un procureur pour poursuivre l’investigation, exigée par les Démocrates
  •  

  • Pour l’opposition, Trump a renvoyé Comey parce qu’il n’avait aucune intention d’arrêter l’enquête sur les liens entre son entourage et le Kremlin pendant la campagne: L’ancien directeur du FBI a d’ailleurs demandé lundi aux membres du Sénat et à Rod Rosenstein de moyens pour approfondir cette enquête.
    C’est Mr Rosenstein qui a « officiellement » demandé son renvoi mercredi.

    C’est le troisième haut fonctionnaire de la sphère judiciaire, après Sally Yates et Preet Bharara a être viré après s’être approché de trop des affaires de Trump avec la Russie, et qui ne fait que renforcer les soupçons.
  •  

  • Les Démocrates ont demandé au ministre adjoint de la justice, Rod Rosenstein (et non pas à Jeff Sessions qui s’est récusé de toute enquête sur la campagne du président) de nommer un procureur indépendant qui puirsuive le travail laissé par Comey. S’il refuse, on pourrait s’attendre à un regain de critiques et l’opposition et de la presse
  •  

  • Deux enquêtes sur l’ingérence russe en cours au Congrès américain dirigées par les commissions parlementaires et sénatoriales du Renseignements sous l’autorité des Républicains.
  •  

  • On devrait s’attendre a de nombreuses fuites du FBI sur l’administration Trump 

 

***

3. Not good

Le dernier sondage de Quinnipiac University donne 36% d’opinions favorables au président Trump – et c’était avant le ComeyGate.

 

 

***

4. Ou placer le renvoi de James Comey dans ces cent premiers jours?

Merci le New York Times!

Tous les actions du président Trump depuis son investiture

 

***

5. Black lives matter, une force politique

blacklivesmatter.com
  • La répression sévère des forces de police et de la justice contre les manifestants, encouragée par la Nouvelle Administration a poussé le mouvement Black Lives Matter à réorganiser sa lutte: Moins de présence dans la rue et plus d’efforts sur le discours et la mobilisation politiques
  •  

  • D’autres groupes, immigrés, femmes et musulmans, devenus ces derniers mois la cible des politiques de Trump sont aujourd’hui défendus par Black Lives Matter qui essaye d’attirer le plus grand nombre de « progressistes » vers leur mouvement pour devenir une force électorale capable de combattre une administration, décidée à casser les efforts entrepris par Obama pour réformer les pratiques de la police et retourner à l’incarcération de masse.
    Leurs revendications intègrent également des thèmes plus sociaux et économiques comme le salaire minimum ou les droits des femmes.
  •  

  • Contrairement à « Occupy Wall Street », Black Lives Matter, un mouvement purement contestataire né lui aussi dans la rue est en train de devenir une force politique  qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’antennes à travers le pays.
    « C’est à travers ce travail que les priorités d’un mouvement – comme l’usage obligatoire de caméra sur les gilets par balles – deviennent une norme nationale » et c’est de cette façon que les mouvements efficaces fonctionnent ».
  •  

  • * « Turning away from street protests, Black Lives Matter tries a new tactic in the age of Trump » – The Washington Post

 

***

6. Les écarts d’espérance de vie se creusent aux Etats-Unis

  • Le JAMA Internal Medicine a publié lundi un rapport sur l’espérance de vie des Américains et noté des écarts de presque vingt ans entre certaines régions du pays: elle dépasse les 85 ans dans le milieu du Colorado, et les 80 ans sur la côte californienne, le nord est du pays, le nord du Midwest, le sud de la Floride.
    Elle peut tomber jusqu’à 70 voire 65 ans dans certains comtés du Dakota du Sud (réserves indiennes), le long du fleuve Mississipi (Mississipi, Arkansas, Louisiane), dans l’Alabama, le Kentucky et la Virginie Occidentale: des régions marquées par le chômage, le manque d’éducation, la pauvreté, un accès limité aux soins médicaux et des habitudes de vie qui n’arrangent rien, cigarette, manque d’exercice, et l’épidémie de drogues.
Espérance de vie à la naissance en 2014 aux Etats-Unis

***

7. « The Age of the Woke Late-Night Show Comedians »

 

 

Les Late-Night Shows américains en feraient-ils trop contre Donald Trump et est-il possible aujourd’hui de faire rire sans s’attaquer au président?
 

  • L’élection de Donald Trump a changé en quelques mois le visage de l’Amérique et obligé de nombreux personnalités médiatiques, notamment à la télévision, à prendre parti pour ou contre le nouveau président – même la chaîne sportive ESPN est accusée de prosélytisme par les Conservateurs.
  •  

  • Ceux qui souhaitent rester neutre ou en dehors de la fièvre partisane le payent très cher à l’instar de Jimmy Fallon, le gentil bouffon de NBC qui a remplacé le légendaire et très conciliant Jay Leno dans l’un des programmes phares de la chaîne, « The Tonight Show » diffusé tous les soirs à 23h30.
    Depuis le 8 novembre dernier, ses parts d’audience ont chuté au profit d’autres Late-Night Shows bien plus politisés (Stephen Colbert, Jimmy Kimmel, Trevor Noah, Seth Meyers…).
    La raison est simple: Jimmy Fallon ennuie les téléspectateurs qui ont désormais besoin de leur shot quotidien de politique, si possible contre le président Trump. Face à ces exigences, le « gentil Fallon, pas compliqué et inoffensif » qui continue d’amuser la galerie et ses invités avec ses sketchs niais, devinettes et karaoké semble presque anachronique, voire désuet.
  •  

  • La présidence de Trump a inauguré l’ère des comédiens de fin de soirée « engagés » (« woke ») dans la vie publique et politique: Selon une étude de George Mason University, Trump durant les cent premiers jours aurait fait l’objet d’un milliers de blagues, d’attaques ou de sketchs sur le petit écran, un chiffre énorme surtout qu’il reste encore 41 mois à passer.
    Le divertissement très politisé porté par Jon Stewart depuis le début des années 2000 triomphe aujourd’hui sous la présidence de Trump contre celui plus potache de Jay Leno: Les « woke late-night show comedians » qui comptent en ce moment sont tous d’anciens acolytes de Stewart et politiquement agressifs: Stephen Colbert, Samantha Bee, John Oliver et Trevor Noah
  •  

  • * « Jimmy Fallon, Late Night’s least woke comedian » – Newsweek
    * « Joke’s on him Study shows Trump subject of most late night quips in early presidency »  – Politico

 

***

8. Les unes des quotidiens mercredi 10 mai 2017

Pour comprendre le séisme politique du ComeyGate

Le Kiosque du 24.04.17: Trump & les chaînes d’info + Le show de la Maison Blanche + Travis Kalanick, une ordure & La relève Murdoch

 

  • L’obsession de Trump avec les chaînes d’info câblées

    Lors d’un déjeuner à la Maison Blanche le mois dernier, la question de la sécurité des emplois a été abordée et si le porte parole de la Maison Blanche, Sean Spicer allait être viré.
    La réponse du président a été rapide et sans équivoque. « Je ne vais pas virer Sean Spicer » a-t-il répondu. « Le gars fait beaucoup d’audience. Tout le monde le regarde. »
    Trump a même comparé la conférence quotidienne de Spicer à un soap opéra et noté fièrement qu’il rassemblait autant de téléspectateurs.
    Pour Trump – un star de télé réalité qui a réussi à transformer son charisme du petit écran en figure politique victorieuse – la télévision apparait comme la force motrice de sa journée, une arme et un scalpel, un mégaphone et un fil d’information. 

    Le président des Etats-Unis s’inspire des informations des chaînes câblées pour tweeter, pour aborder les questions politiques du jour, pour s’informer et les utilise pour s’adresser directement à son public.
    La télévision est aussi devenue le moyen privilégié utilisé par les diplomates, alliés et adversaires et acteurs de la vie politique en général pour attirer l’attention du président sur tel ou tel problème et même obtenir un coup de téléphone avec Commander-in-Chief

    *  » ‘Everyone tunes in’: Inside Trump’s obsession with cable TV » – The Washington Post

 

***

 

  • Nouvel avenir pour Fox News

    Illustration by Robert Carter for The New York Times

    James et son grand frère, Lachlan, 45 ans, le président de 21st Century Fox, fermement établis comme les successeurs de leur père, se donnent beaucoup de mal [dans l’entreprise].

    Leur père reste très impliqué mais ses fils semblent déterminés à débarrasser la compagnie de cette vieille culture interne et espiègle et diriger les opérations vers un futur numérique.
    Ils travaillent pour faire de l’empire familial le leur, et pas celui que le père Murdoch a créé pour épouser ses sensibilités. (…)
    Au cours de sa carrière, Rupert Murdoch a montré à plusieurs reprises qu’il était prêt à sacrifier la réputation de son entreprise pour davantage de profits – traiter les gens avec peu d’égard, laisser passer des comportements déplacés pourvus que les résultats soient là, récompenser les conflits internes.

    Quand ses enfants ont repris le flambeau il y a deux ans, ils ont rapidement créé une atmosphère de travail plus chaleureuse, au moins dans certaines sections de l’entreprise et se sont détachés d’une culture à l’encontre du politiquement correct, du moins pour Fox News, qui a permis certains dérapages dont sont aujourd’hui accusés aujourd’hui Mr Ailes et Mr O’Reilly [tous les deux mis à la porte ces derniers pour des accusations de harcèlement sexuel]

    Changement de culture profond entre Murdoch Senior qui a construit le succès de la chaîne grâce à Mr Ailes et Mr O’Reilly, présents depuis la création, virés par les successeurs, les enfants Murdoch qui veulent instaurer une nouvelle culture d’entreprise plus transparente, conciliante, et progressive, notamment vis-à-vis des femmes.

    * « In House of Murdoch, Sons set about an Elaborate Overhaul » –  The New York Times

***

 

  • Que du cinéma!

     

    Matt Chase for Politico

     

    Quand il ne fulmine pas sur scène ou sur Twitter, le président a réussi à avoir des relations cordiales avec des reporters depuis qu’il est entré à la Maison Blanche, en montrant davantage de courtoisie qu’il peut en avoir avec sa propre équipe.

    Quand le stratège en chef [du président], Steve Bannon n’appelle pas les médias, « le parti d’opposition », il félicite des journalistes pour leurs histoires, et quand Spicer [le porte parole de la Maison Blanche] ne s’énerve pas derrière son podium, il est occupé à maintenir ses relations avec la presse ou en construire de nouvelles. (…)
    Si les membres de la West Wing fantasment sur leur pouvoir de destruction des médias traditionnels, ils sont trop divisés et obsédés par leur propre image pour y arriver.
    Et quelle que soit la frustration provoquée par cette administration qui entretient des rapports très fragiles avec la vérité et un patron qui enchaîne les caprices, les journalistes se sont régalés des conflits et du chaos.
    La Maison Blanche est un nid de vipères remplie d’intrigues et de suspicions, un endroit où les représentants se battent quotidiennement par presse interposée pour dévorer avec enthousiasme le lendemain les comptes rendus.
    Le grand secret de 1600 Pennsylvanie Avenue, c’est que la guerre contre les médias n’en n’est pas une, c’est un reality show qui divertit et mobilise ses supporters pendant qu’il courtise ceux qui lui importent le plus: les journalistes

    * « Trump’s Fake War on the Fake News » – Politico

***

 

  • Le jeu dangereux de Travis Kalaknick, le CEO du Uber

    Pour transformer Uber en leader mondial des transports, Mr Kalanick a ignoré certains règles et normes, et ne les à accepter que quand il était pris sur le fait.
    Il a bafoué les régulations concernant les transports et la sécurité, s’est heurté à des concurrents traditionnels et capitalisé sur des failles juridiques et zones grises pour avantager sa compagnie.
    Dans ce processus, Mr Kalanick a réussi à créer une nouvelle industrie des transports, avec Uber, qui s’est répandue dans 70 pays, a été évalué à 70 milliards de dollars et continue d’être un business qui se développe. (…)
    Repousser toujours les limites n’est pas rare chez les entrepreneurs de la Silicon Valley. Mais Mr Kalanick est allé bien trop loin avec Uber, y compris les mensonges avec Apple, le sabotage de la concurrence et autoriser la compagnie à utiliser un outil secret appelé Greyball pour duper les forces de l’ordre. (…)
    Ces derniers mois, la compagnie a été accusée d’entretenir une culture d’entreprise machiste dans laquelle les managers abusent verbalement, physiquement et parfois sexuellement les employés.
    Mr Kalanick a conforté cette image lors d’une attaque verbale avec un conducteur de Uber en février dernier, un incident enregistré par le conducteur qui a été mis en ligne.
    Le leadership de Mr Kalanick est aujourd’hui très critiqué.

    Uber enchaîne les mauvaises « PR nightmares » depuis plusieurs mois et son patron charismatique a très mauvaise réputation, ce qui pourrait faire fuir les investisseurs et pousser les consommateurs vers la concurrence. 

 

***

 

  • L’épidémie d’opiacés de synthèse toutes les couches de la société

    Austin Glass tient une enveloppe et y sort un document qu’aucun fils de 26 ans ne voudrait avoir à tenir.
    C’est le rapport du médecin légiste qui porte le nom de sa mère, Teri Sue. Après une série d’opérations liées à un cancer, la femme de 56 ans est devenue accro aux opiacés de synthèse et est morte l’année dernière d’une overdose de médicaments prescrits. (…)
    Après avoir passé en revue les dossiers du médecin légiste, j’ai trouvé une concentration et une augmentation croissante du nombre de femmes mortes à cause des abus de ces médicaments.
    Le centre fédéral de contrôle des maladies rapporte les mêmes constats.
    Sur les 78 femmes qui sont mortes d’une overdose d’opiacés l’année dernière [dans le Orange County en Californie], soixante étaient dans leur quarantaine ou plus âgés – 49 accidentelles et 11 considérées comme des suicides.

    L’épidémie d’opiacés qui ravage le pays n’est pas limitée aux jeunes défavorisés ou en rupture avec la société mais touche toutes les couches générationnelles, sociales et professionnelles.

 

Les unes des quotidiens

Blackout à la Maison Blanche

 

La Maison Blanche a annoncé vouloir garder confidentiel le registre de ses entrées et sorties.

 

La polémique parait anodine mais elle pose problème et pas seulement chez les Démocrates, les Républicains ont également critiqué la décision de la Maison Blanche vendredi de ne plus diffuser la liste des visiteurs de la White House, une pratique instaurée par Barack Obama par souci de transparence au début de son premier mandat.

Les représentants de la Maison Blanche ont invoqué des questions de sécurité nationale, l’argument infaillible pour justifier une cette chape de plomb qui entoure désormais « les travaux au jour le jour du gouvernement ».

Pour une administration, dont les relations avec la presse sont au plus au mal, dont certains membres ont dû démissionner après avoir menti publiquement (l’ancien conseiller à la sécurité nationale, le général Michael Flynn) et dont l’un des Représentants, Devin Nunes, a du se récuser d’une enquête parlementaire (sur l’influence russe pendant les élections présidentielles) après avoir été justement dénoncé par ces « visitor logs », la décision ne fait que renforcer la méfiance des journalistes, parlementaires et de l’opposition à son encontre.

Tom Blanton, le directeur des Archives de la Sécurité Nationale qui garde tous ces documents, a démenti l’argument de confidentialité avancé par la Maison Blanche et a décidé de porter plainte pour pouvoir avoir accès à l’ensemble des visites ayant eu lieu à la résidence présidentielle, mais aussi à la Trump Tower de New York et à Mar-a-Lago, le club privé de Floride où le président passe tous ces weekends.

Un site du gouvernement, open.whitehouse.gov qui offrait ces informations en ligne, trois mois après les visites, ainsi que les salaires et déclarations financières des employés, va fermer prochainement, sous prétexte que c’est un « gâchis de l’argent du contribuable ».

Interrogé hier sur cette décision, Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche a d’abord attaqué Obama en expliquant qu’il s’agissait d’une « fausse transparence du gouvernement » car la précédente administration « effaçait les noms de ceux qu’elle ne voulait pas voir diffuser publiquement ». Il se réfère à certaines « exceptions » concernant des meetings « sensibles » ou liés à des problèmes de sécurité nationale.

Mr Spicer s’est également « défendu de poursuivre la tradition des précédentes administrations depuis le début » – à l’exception de Barack Obama.

Coincidence ou non, la décision a été prise la veille de la Tax March, suivie dans des dizaines de villes du pays pour demander à Donald Trump de rendre public ses déclarations – une promesse qu’il avait faite en cas de victoire.
Là encore, Mr Spicer a réitéré les arguments du président, démentis par l’IRS (l’inspection des impôts américaines) selon lesquels il ne peut diffuser ses fiches d’impositions car elles font l’objet d’un audit. 

Un audit n’interdit pas à Trump de diffuser ses déclarations d’impôts. La Maison Blanche a également refusé de rendre public les audits des impôts du président.

La décision de la Maison Blanche est tout à fait légale mais elle suscite davantage d’interrogations de la part des journalistes sur le manque de transparence de l’Administration qui va naturellement les pousser à essayer trouver ce qu’elle chercherait à cacher, et qui ne devrait en rien arranger de leurs relations.
* « White House to keep its visitors logs secret » – The New York Times
* « Trump finds himself on the defensive on a pair of government transparency issues » – Washington Post

29.03.17: « Stop shaking your head again » – Une administration vide – Clouseau à la Maison Blanche – Bump Trump – No Save the Date

 

  • « Stop shaking your head again »

    Sean Spicer, porte parole de la Maison Blanche, aggrave chaque jour un peu plus ses relations avec la presse: Hier en conférence de presse, il a été très agressif en répondant à une journaliste et lui a demandé « d’arrêter de secouer la tête » comme pour lui demander d’arrêter de le contredire alors qu’elle est restée impassible durant l’échange.
     
    Un dérapage de plus pour Sean, digne du sketch de « Saturday Night Live » dont il a fait l’objet à deux reprises cette année avec l’excellente Melissa McCarthy.

     



    Certes il a le travail le plus difficile de la Maison Blanche: répondre chaque jour aux questions, souvent embarrassantes, des journalistes sur actes et propos, souvent embarrassants et contradictoires du président Trump, qui les déteste ouvertement.
     
    Mr Spicer a décidé de relever le défi mais s’est discrédité à plusieurs reprises ces dernières semaines, en cherchant à tout prix à défendre le président.

    Il a aussi tendance a essayé de ridiculiser le travail des journalistes comme il l’a fait hier à propos des allégations sur la Russie:

    Si le président utilise de la sauce russe sur sa salade, vous allez y trouver une nouvelle connexion avec la Russie

***

  • « Une enquête de l’inspecteur Clouseau »

    Ce sont les termes employés par le sénateur républicain Lyndsey Graham pour qualifier l’enquête de la Commission parlementaire dirigée par Devin Nunes sur l’ingérence russe dans les élections après avoir révélé être allé à une réunion secrète à la Maison Blanche la semaine dernière où il a reçu des preuves que certains proches du président auraient été l’objet d’écoutes illégales pendant la période de transition, entre novembre 2016 et janvier 2017.
     
    Il s’agit de communications interceptées (« Accidental Intelligence ») lors des écoutes d’officiels étrangers qui sont contact avec des citoyens américains.
     
    Nunes a révélé l’existence de ces « informations alarmantes » le lendemain dans une conférence de presse improvisée, sans préciser leur source, ni avoir averti les autres membres de la Commission, pour essayer de réorienter l’enquête sur les activités des agences de renseignement et du président Obama, et non pas sur le président.
     
    Les conclusions de Ryan Lizza dans le New Yorker sont sans équivoques: La Maison Blanche et Devin Nunes ont tout fait pour empêcher la poursuite de l’enquête sur l’ingérence russe dans les élections de l’année dernière.
     
    Le journaliste rapporte également que dès le lundi 20 mars, date du passage de James Comey, le directeur du FBI devant la Commission parlementaire, au cours de laquelle il a démenti les accusations des écoutes du président Trump contre son prédécesseur, Nunes lui a posé des questions sur l’éventualité de communication interceptées « accidentellement » par les services de renseignements – ce qui prouve qu’il était déjà au courant de l’existence de ces documents.
     
    Mr Nunes a également interdit à la ministre de la Justice, Sally Yates en poste jusqu’à son renvoi en février, de témoigner devant sa commission – c’est elle qui a révélé que Michael Flynn, conseiller à la Sécurité nationale avait menti au vice président Mike Pence e affirmant ne s’être jamais entretenu sur les sanctions russes avec l’ambassadeur russe de Washington fin décembre.
     
    Même David French du National Review demande sa démission, que ce dernier refuse, sans doute avec le soutien de la Maison Blanche derrière, et Paul Ryan …
     
    * « Graham: Nunes is running an inspector Clouseau investigation« Politico
    * « Trump administration sought to block Sally Yates from testifying to Congress on Russia »The Washington Post
    * « How the White House and Republicans blew up the house Russia Investigation »New Yorker 
     
    Un résumé pour ceux qui n’auraient pas suivi
    * « The Devin Nunes saga, explained »The Washington Post 

***

  • Une administration vide 

    Equiper le gouvernement de personnes efficaces est l’un des premiers tests clés de la compétence d’un président. Trump ne l’a pas encore passé.

     
    C’est le constat frustré de Jim Geraghty dans la revue conservatrice, National Review, deux mois après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche: 492 positions importantes du gouvernement fédéral n’ont toujours pas été remplies et parmi elles, des secrétaires de cabinet, assistants de secrétaires, administrateurs, ambassadeurs, directeurs.
    Toutes ces positions doivent ensuite être confirmées par le Sénat.

     
    Seulement 61 postes auraient été désignés par la nouvelle administration, dont 21 confirmées par le Sénat et « entre temps, ces centaines d’emplois restent aux mains de l’ancienne administration ou de fonctionnaires de l’Etat ».
     
    Un comble étant donné les accusations répétées des conseillers du président sur les tentatives « Deep State » – ces fonctionnaires de carrière et des agents de renseignements à la solde d’Obama – de saboter la nouvelle présidence!
     
    Est-ce une stratégie soufflée par Steve Bannon qui poursuit son plan de « déconstruction de l’Etat administratif »?
    Ca se pourrait si l’on écoute les propos du président en février dernier: 
     

    En février dernier, Trump a dit qu’il n’avait annoncé de nouvelles nominations pour des positions moins importantes parce qu’il pensait qu’elles étaient inutiles:
    « Beaucoup de ces emplois, je ne vais pas les remplir, parce que je pense qu’ils ne sont pas nécessaires, Il y a tellement de gens dans le gouvernement, même moi, je regarde les emplois, et ce sont des gens au-dessus d’autres gens au dessus d’autres gens.
    Qu’est-ce qu’ils font tous? Je n’ai pas besoin de tous ces gens.

     

    Encore une fois, Trump et ses proches n’ont aucune expérience du pouvoir: Il veut renforcer les services d’immigration mais n’a toujours pas nommé son directeur de l’USCIS, de commissaire à la US Customs & Border Protection, un secrétaire personnel pour l’Immigration & custom Enforcement au DHS, et ce sont les plus fonctions les plus importantes.
     
    Aujourd’hui la Maison Blanche fonctionne avec un nombre limité de conseillers, inexpérimentés en termes de pouvoir et du gouvernement fédéral et qui pensent pouvoir se passer de leur expérience tout en étant paranos envers tous les autres.
     
    * « Help Wanted »National Review
     

***

  • « L’american dream index »

    Forbes a pris Trump au mot et va publier chaque mois « The American Dream Index » en utilisant sept indicateurs économiques différents pour mesurer la progression du pays et pour savoir si le président rempli sa mission de « Make America Great Again »

    Forbes

    Les premières conclusions sont positives: Le mois dernier par exemple (le schéma ci-dessus), les Etats verts ont vu leurs emplois dans les manufactures, les permis de construire et baisse des banqueroutes, avec en tête, le Nevada, Tennessee, Floride, Arkansas, et Géorgie.
    A la traîne, les Etats du Kansas, de l’Illinois, du Connecticut, de Hawaï et Alaska.

***

  • Le Bump Trump continue pour les chaînes câblées

    L’information n’a jamais été aussi malmenée mais n’a jamais été aussi rentable. Merci Donald Trump. 
     
    Les prévisions avaient envisagé une baisse d’audience après les élections – victoire de Hillary Clinton oblige. Le retournement de situation et le « spectacle continue » que nous a offert la transition Trump et aujourd’hui la Maison Blanche, a permis aux chaînes câblées d’enregistrer des records d’audience depuis novembre dernier.
     
    Fox News a eu le meilleur trimestre de son histoire fin 2016, y compris le soir des élections, et battu toute la concurrence avec l’aide de « The O’Reilly Factor », l’émission la plus regardée de la télévision américaine après celle de Tucker Carlson, également sur Fox.
    La chaîne d’info libérale de NBC, MSNBC, a elle aussi enregistré des records d’audience (avec Rachel Maddow) et battu CNN, qui a également enregistré le meilleur trimestre de ces quatorze dernières années (audience et téléspectateurs).

     
    * « Trump gives cable news a rating boos in 2017 » – Politico

 

***

***

  • Le « White House Correspondent’s Dinner »: « Don’t save the date »

    C’est devenu ces dernières années, l’une des soirées les plus en vues de Washington, le White House Correspondant Dinner, grâce à la participation active de Barack Obama, de nombreux journalistes et des stars hollywoodiennes. 
     
    C’est en 2011 que Donald Trump a essuyé l’humiliation de sa vie de la part du président, qui a moqué ses ambitions présidentielles et qui aurait poussé l’intéresser à relever le défi et à se présenter aux élections de 2016. 
     
    L’édition 2017 n’aura pas lieu – en tout cas sans le président, ce qui lui enlève tout intérêt.
     
    Devant les relations exécrables de la Maison Blanche avec la presse, celle « grand public qui en veut au président », Donald Trump a annoncé qu’il ne participera pas au diner, plutôt logique, et que par « solidarité », aucun membre de la Maison Blanche n’y assistera.

     
    Une première pour un président en exercice. 
     
    Mike Pence et Sean Spicer auraient pu essayer de détendre l’atmosphère mais la situation est trop tendue en ce moment, et on ne sait jamais quelle sera la nouvelle polémique enclenchée par Trump sur Twitter, donc il est effectivement plus sage de rester à la maison le 29 avril prochain … 
     
    Aucun célébrité, généralement des journalistes ou comiques, n’a été encore été annoncée et tous les évènements encore plus glamour entourant le diner ont été également annulés (les fêtes de Vanity Fair, Bloomberg, New Yorker, Time/People magazine).

    * « White House to skip Correspondents’ Dinner »Politico

          

***

  • Couverture du Jour

Jeudi 9 mars 2017: Trump « néophyte », lâché par Breitbart; Maison Blanche furieuse contre Wikileaks; Soros et l’Europe; Une légende quitte le New Yorker

  1. Les accusations de Trump tombent à l’eau

    Les Républicains qui enquêtent sur les interférences russes dans les élections américaines ont refusé de soutenir les accusations de Donald Trump sur les écoutes téléphoniques dont il aurait fait l’objet, ordonnées par Barack Obama pendant les élections – affirmations sans preuves lancées samedi dernier par le président sur Twitter pour tenter de détourner l’attention sur les rapports conflictuels entre son administration et des officiels russes l’année dernière.

    Le président de la commission parlementaire en charge du renseignement, le Républicain Devin Nunes, a discrédité les propos du président, dont il est pourtant un fervent supporter:

     

    Le président est un néophyte de la politique, il y est entré seulement depuis un an, beaucoup de ses propos sont pris littéralement et il n’a pas 27 avocats pour vérifier tout ce qu’il dit, ce qui est rafraîchissant parfois mais ce qui peut aussi nous amener à ce genre de conférences et ce genre de questions.



    De son côté la commission sénatoriale en charge du renseignement est toujours en train d’enquêter sur ces allégations mais n’a rien trouvé de probant pour le moment.
    Quant à Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche, il a affirmé lundi en conférence de presse que le président n’avait aucune preuve tangible mais qu’il existe assez de suspicions contre le président Obama et ses agissements pendant les élections pour justifier la mise en place d’une enquête.

    Selon CNN, « partout dans le Capitol, il est impossible de trouver des avocats qui prennent sérieusement ses déclarations de samedi matin. »

  2. Breitbart se désolidarise de Trump?

    Avant d’être un supporter de Trump, Breitbart, le site d’infos alt-right est d’abord un médium anti-establishment, opposé au parti républicain et très critique contre son chef de file, Paul Ryan.
    Les élections présidentielles, et le soutien officiel de Breitbart au candidat républicain, puis la victoire de Trump en novembre ont effacé ces différents: Bannon, l’ancien président de Breitbart News, est devenu conseiller du président, offre a son ancienne rédaction un accès sans précédent à la Maison Blanche – une interview exclusive de Donald Trump il y a deux semaines – jusqu’à provoquer les fameuses accusations du chef de l’Etat contre Obama.

    Mais l’influence de Steve Bannon sur Breitbart, qui appartient désormais au mainstream media et d’une accréditation dans la « briefing room » de Sean Spicer, a montré ses limites cette semaine avec la révélation tant attendue de l’American Affordable Care Act, qui n’a satisfait personne, et surtout pas Matthew Boyle, le directeur du bureau de Washington.
    Le site alt right a qualifié le nouveau plan de « Obamacare 2.0 » et affirmé qu’il « donnait aux clandestins [sic] un accès à l’assurance maladie grâce au vol d’identité ».

    Business Insider rapporte que Mr Boyle ne veut plus mentir sur les rapports délétères entre Bannon et Reince Priebus, chef de cabinet du président, produit de l’establishment conservateur, épargné par le brûlot conservateur, tout comme Sean Spicer.

    Breitbart veut retrouver sa liberté de ton, même contre Donald Trump, et n’a jamais été plus efficace que dans l’opposition – à savoir si leurs lecteurs suivront ou non.

    Ce diaporama nécessite JavaScript.

    ***

  3. Les fuites de la CIA et embarras de la Maison Blanche

    Début d’année difficile pour les agences de renseignement américaines, critiquées par le président et son administration, et embarrassées cette semaine par la diffusion sur Wikileaks de milliers de documents confidentiels sur l’arsenal de cyber-espionnnage développée par la CIA et capables d’infiltrer smartphones, tablettes, ordinateurs et télés de n’importe quel citoyen.

    Comme l’a indiqué Wikileaks, les fuites ne proviennent pas d’une puissance étrangère – la Russie – mais de personnes ayant eu un contact direct avec le matériel piraté à l’intérieur de l’agence. Les responsables de l’Agence, qui n’ont toujours pas authentifié les documents, privilégient la thèse de contracteurs privées ayant eu accès à leur matériel. Plusieurs centaines de personnes doivent être interrogées dans les prochains jours.

    L’entourage de Trump qui célébrait Wikileaks il y a quelques mois pour avoir miné la campagne de sa rivale Hillary Clinton, se retrouve aujourd’hui à condamner les exactions de l’organisation de Julian Assange.

    Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche a déclaré que la diffusion de ces documents « était un scandale » mais qu’il existait « une grande, grande différence  » entre ces fuites et celles du chef de campagne d’Hillary Clinton en au mois d’octobre.

    * « CIA Scrambles to Contain Damage From Wikileaks Documents » New York Times

     

  4. Le milliardaire George Soros a mauvaise presse en Europe

    Selon Politico Europe, « le gouvernement hongrois va limiter l’influence des organisations non gouvernementales de soutien à la démocratie et à l’état de droit, revigoré par la victoire de Donald Trump aux élections et l’ascendance de l’alt right à Washington ».

    Une proposition de loi devrait être introduite pour réglementer le financement des Organisations Non Gouvernementales pour éviter l’ingérence des pays étrangers dans la politique du pays.
    La cible officieuse de cette mesure est la fondation Open Society du milliardaire américain George Soros, né en Hongrie, créée dans les années 80, durant la Guerre Froide, pour aider les dissidents à établir les fondations d’une société civile au sein des démocrates soviétiques.

    Les Etats-Unis ont traditionnellement soutenu les activités de la fondation qui défend les principes démocratiques jusqu’à aujourd’hui.

    Le site américain Breitbart, autrefois dirigé par Steve Bannon, qui travaille désormais à la Maison Blanche, est obsédé par Soros, et l’accuse de vouloir faire tomber les frontières de l’Europe, d’aggraver la crise migratoire et de financer l’opposition à Donald Trump.
    La sympathie que semble éprouver l’administration Trump pour les sentiments anti-Soros semblent avoir poussé les politiciens d’Europe centrale et orientale à intensifier leurs attaques contre les organisations soutenues par Soros

    * « Hungary vs Civil Society »Politico
    * « Breitbart vs. Soros »Breitbart

     

  5. Rough night, le Hangover féminin

    On continue dans le cycle des films comiques exclusivement féminins avec Rough Night, qui sortira cet été, une sorte de « Hangover » féminin mais à Miami avec un casting intéressant: Scarlett Johansson, Zoe Kravitz, Illana Glazer (Broad City) et Kate McKinnon (SNL) et réalisée par Lucia Aniello et dont voici la bande annonce:

  6. Une légende du New Yorker prend sa retraite

    L’une des légendes du New Yorker, Bob Mankoff, prend sa retraite à la fin du mois d’avril après quarante ans passés au New Yorker, dont vingt ans passés à dessiner et les vingt autres à sélectionner les dessins publiés dans l’illustre magazine; il sera remplacé par une autre éditrice, Emma Allen.
    Mr Mankoff va continuer à dessiner pour le New Yorker – il a déjà produit 900 dessins, publié ses mémoires, fait l’objet d’un documentaire et prépare une « Encyclopédie des dessins du New Yorker » pour 2018. 
    Interrogé sur son dessin préféré, Mankoff cite le plus connu d’entre eux – il en a même fait une marque déposée:

    All rights reserved, Bob Mankoff/The New Yorker Magazine via N.Y. Times

    * « Comic Relief » – New York Times Sunday Book Review
    * « A Last Laugh » – Washington post
    * « Very Semi-Serious: A Partially Thorough portrait of New Yorker Cartoonists » – HBO documentary

  7. Couverture

    Bloomberg businessweek
    Enquête de l’hebdomadaire économique sur le nouveau pari de Marlboro: « un futur sans cigarettes » 

 

 

 

Mardi 28 février 2017: Budget, « Bannonisme », Breitbart & Briefing Room

  1. Une assurance santé très complexe

    Devant l’Association des Gouverneurs réunie à la Maison Blanche, Donald Trump a reconnu l’extrême complexité de la réforme de l’Assurance Santé américaine, Obamacare et qu’il faudrait plusieurs à l’administration et la majorité républicaine plusieurs mois avant de proposer le programme de remplacement.

  2. Tout pour le militaire

    La Maison Blanche travaille sur une proposition de budget qui augmenterait les dépenses militaires de près de 54 milliards de dollars (10% de son budget actuel) pour l’année fiscale 2018 qui serait financé par une réduction de l’aide internationale et des dépenses intérieures – des agences gouvernementales.
    Les coupes budgétaires des agences fédérales sont l’une des priorités de la nouvelle administration dont le fonctionnement et l’influence devraient considérablement diminuer – Trump a nommé à la direction de ces agences des individus qui ont lutté contre les organismes qu’ils sont censées défendre. 
    Les premières ciblées devraient être le Département d’Etat et l’Agence de Protection de l’Environnement et celles épargnées concernent les forces de l’ordre (Department of Homeland Security, Justice, FBI, DEA, ICE,..).
    Les agences recevront lundi prochain les propositions de budgets qui devront être validées par le Congrès en mai prochain. 
    C’est le début du démantèlement de « l’Etat administratif » annoncé par Steve Bannon lors de la Conservative Political Action Conference.

  3. “History is seasonal, and winter is coming.”

    Il ne s’agit pas d’un dialogue de Game of Thrones mais d’une prédiction de Steve Bannon toute droite sortie d’une théorie « élégamment simple ou dangereusement simplifiée » des « cycles historiques » pensée par William Strauss et Neil Howe selon laquelle l’histoire se répète et qu’une crise est sur le point de toucher l’Amérique.
    Dans un édito publié ce weekend dans le New York Times (« What Does Steve Bannon Want? »), Christopher Caldwell, journaliste de la revue conservatrice The Weekly Standard, tente de définir « le Bannonisme » pour comprendre la direction de la nouvelle administration – et non pas Trumpisme. Steve Bannon, « considéré comme très brillant tout au long de sa carrière » est un jeune loup de la politique – il a commencé à s’y intéresser après les attentats du 11 septembre – dont les idéaux ultra-conservateurs sont encore « purs » contrairement à ses collègues qui fréquentent Washington depuis plusieurs décennies.
    Ce qui différencie Bannon des autres Républicains, c’est son amour du nationalisme qui se décline à travers les notions de « souveraineté », de « nationalisme économique », et plus pratiquement d’opposition à la mondialisation et à l’Europe ou de soutien au Brexit: Il croit en l’idée et en la « raison d’être » d’un nation américaine.
    Il rejoint l’argument du Tea Party selon lequel les Etats-Unis ont perdu leur souveraineté et les citoyens leurs prérogatives démocratiques aux dépens d’une classe dirigeante, « l’état administratif » qui « s’enrichit avec ses alliés capitalistes ».
    Mr Bannon rejette le capitalisme actuel, libéral et mondialisé, adopté par les Républicains, et affirme qu’il doit retrouver ses fondations judéo-chrétiennes face à un ennemi désigné, l’Islam.

    Mais selon Mr Coldwell, Bannon reste un intellectuel politisé excité par les grandes théories – une combinaison qui a produits des résultats imprévisibles dans le passé.

  4. « The Breitbart Embassy »

    Un journaliste de Vice témoignait récemment de sa rencontre avec Steve Bannon à Washington en 2014, à l’occasion du article pour Rolling Stone sur les médias de droite. Invité à la « Breitbart Embassy », un établissement au coeur de Capitol Hill qui sert de rédaction pour le site, de pied-à-terre luxueux pour Bannon et de lieu de socialisation, il y a croisé l’actuel ministre de la justice, Jeff Sessions, Laura Ingraham, journaliste conservatrice et Nigel Farage, l’ancien leader du parti indépendant anglais (UKIP) qui a mené et remporté la campagne du Brexit en juin dernier – tous acquis à la cause Breitbart.
    Le journaliste n’a pas cru bon les interviewer et s’est concentré sur la « vraie personnalité » de Bannon qui avait à l’époque une vision aussi sombre de l’Amérique que celle défendue par le président lors de son discours d’inauguration – qu’il a rédigé.
    « Il y avait beaucoup d’informations et peu étaient encrées dans la réalité » mais une récurrence dans ses paroles, celle de l’existence d’un électorat mondial anti-élitiste.

    En écoutant l’interview aujourd’hui, je suis étonné de m’entendre autant rire et acquiescer à ce qu’il dit. Sa volonté de faire disparaître l’establishment semblait plus cocasse que sinistre.
    Je n’ai clairement pas compris ce qu’il essayait de me dire.

  5. Breitbart promeut dans la théorie conspirationniste

    Pour les besoins du Kiosque, je suis abonnée à la newsletter de Breitbart il y a quelques mois et j’ai reçu cet email hier:

     

    Newsletter de Breitbart reçue le 27 février 2017

    « Cher lecteur, 
    Je ne veux pas vous alarmer – mais préparez vous à agir. Si vous avez de l’argent sur votre compte…, une retraite ou un compte de courtage. Si vous avez un centime dans le système financier, c’est la dernière chance de vous protéger.
    Ces dix derniers mois, un agent des renseignements Jim Rickards a traversé la planète et rassemblé des détails sur l’évènement à venir (…) Nous pourrions être les témoins d’un « gel de 326 trillions de dollars » du système financier international. 
    Ce sera volontaire. Ce sera destructeur au delà de tout ce que l’on peut imaginer.
    Quand ça arrivera. Ca peut prendre 48 heures. Ca va non seulement bouleverser la vie de millions d’Américains.
    Ca pourrait détruire la présidence de Donald Trump avant qu’elle ne commence.

    James Rickards est un avocat et analyste financier et auteur de plusieurs ouvrages sur les catastrophes financières. L’idée de ce message, c’est qu’il existe imminent de gel du système financier qui pourrait déstabiliser l’ordre mondial, ruiner les citoyens et la présidence de Trump et dont les responsables appartiennent à « L’élite ».

    Une vidéo est disponible avec les instructions à suivre pour éviter d’être touché par cette apocalypse financière.

  6. Sean Spicer a-t-il modernisé la briefing room?

    Jamais les journalistes et le public américain n’avaient été aussi passionnés par les conférences de presse quotidiennes de Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche.
    Sa relation avec les journalistes a plutôt mal commencé le samedi 21 janvier, le lendemain de l’inauguration de Donald Trump, jour de la Marche des Femmes sur Washington, deux jours avant sa première conférence officielle, lorsque le président lui a demandé d’aller convaincre quiconque que la « foule [de la veille avait] été la plus importante jamais observé lors de l’inauguration d.un président. Point barre. »

    L’épisode avait choqué l’audience et faire rire des millions d’Américains quand Melissa McCarthy a incarné, à la surprise de tous, Sean Spicer sur Saturday Night Live la semaine suivante: il est devenu un « Day Time TV Star ».

    Effectivement depuis un mois, Sean Spicer a transformé la briefing room, cette anti-chambre de la « West Wing » où il répond chaque jour aux questions des journalistes. Depuis son arrivée, il a ouvert la conférence à d’autres médias, plus à droite et accepté des journalistes en dehors de Washington (qui interviennent directement par Skype). Il a cassé la tradition qui donne la priorité aux questions des médias traditionnels (AP, les chaînes d’infos nationales, les grands quotidiens) et donné la part belle aux médias plus conciliants envers le président.

    L’Independant Journal Review a relevé toutes les questions acceptées par Sean Spicer lors de son premier mois et les résultats ne sont pas étonnants: Fox National Network arrive en tête (Fox News, Fox News Radio & Fox Business) suivi de NBC, CBS, ABC, les autres chaînes nationales. Parmi les dix médias les plus interrogés, trois sont clairement à droite, Fox News, Newsmax et OAN; Le Washington Post à eu le même nombre de questions que son petit confrère, le Washington Times (conservateur) et le New York Times n’est pas dans la liste des vingt.

  7. Bataille entre Sean Spicer et Le New York Times

    Les relations entre la « Gray Lady » et la Maison Blanche sont tellement tendues que le quotidien new yorkais a dû rectifier un article paru en ligne samedi intitulé « Trump Ruled the Tabloid Media. Washington is a Different Story » sur le lieu de naissance de Sean Spicer: « Il était né en Nouvelle Angleterre et élevé à Rhode Island; il n’est pas né en Nouvelle Angleterre. (Mr Spicer a refusé de répondre aux questions et de confirmer son lieu de naissance) »


    Mr Spicer est aujourd’hui le seul lien entre la Maison Blanche et les journalistes – étant donné le blackout médiatique sur de nombreux Départements (celui de l’Etat par exemple qui n’a pas donné de conférence de presse en un mois), les agences fédérales et la stratégie du président de s’adresser directement au public via Twitter ou en conférence de presse.
    Mr Spicer n’a pas l’air de vouloir coopérer avec la presse même sur des questions aussi simples que son lieu de naissance – Rappelez vous la polémique enclenchée par Donald Trump à l’encontre de Barack Obama qui a été obligé de publier son certificat de naissance en 2011.

    Sean Spicer est ensuite aller provoquer l’auteur de l’article, Glenn Trush du New York Times sur Twitter

    Adressé au NYTimes & Glenn Trush, « Vous êtes incapables de trouver où est ce que je suis né sans jamais avoir demandé ». Twitter
    « J’avais l’habitude de te poser des questions mais tu as arrêté de me répondre aux emails, coup de téléphone et questions ». Pourquoi?
    Stephen Becket est intervenu pour révéler le lieu de naissance de Mr Spicer, Long Island dans l’Etat de New York. Twitter

    Ca doit être énervant quand quelqu’un se trompe sur ton lieu de naissance. cc Barack Obama
  8. Dietrich, Idaho: Vers un nouveau scandale juridique

    C’est le verdict injuste capable de déclencher un scandale dans tout le pays: John R.K. Howard, un ancien joueur de football blanc de 19 ans, accusé avec deux amis d’avoir enfoncé, à coups de pied, un cintre dans l’anus d’un jeune noir handicapé qui jouait avec eux dans l’équipe de football du lycée, a été condamné à de la prison avec sursis et des travaux d’intérêt général. Ils étaient trois jeunes adultes à comparaître pour agression sexuelle sur personne handicapée, encouraient une peine prison ferme pour des actes commis en octobre 2015, quand ils étaient encore mineurs.
    Pour les amis de la victime, il s’agit « d’une réprimande envers un enfant privilégié qui s’est attaqué à son coéquipier handicapé qui vient de la seule famille noire de la ville ».
    Le juge a également conclu que l’assaut n’avait rien de raciste – contrairement à de nombreux témoignages d´étudiants.

    Les 330 habitants de la petite ville de Dietrich en Idaho sont depuis quelques mois le centre de l’attention des médias et plus particulièrement la famille McDaniels, et leurs 19 enfants adoptés, dont la moitié sont noirs, et parmi lesquels figure la victime.
    Les parents ont porté plainte contre l’école et onze de ses employés accusés d’avoir laissé faire pendant des mois les insultes et attaques racistes contre leur enfant: ils réclament dix millions de dollars de dommages et intérêts.

  9. Couverture du jour: 

    Ils ne l’ont pas loupé, Brian Cullinan, le comptable de PriceWaterHouse Cooper qui a mélangé les enveloppes hier et donné lieu au plus grand fiasco de l’histoire des Oscars.

    NY Daily News – Edition du 28 février 2017

     

Samedi 11 février 2017: Fuites et propagande à la Maison Blanche; Un Spicer intenable, SNL est nécessaire et le challenge des Démocrates pour 2018

 

  1. Le briefing hebdomadaire
    Communiqué de presse officiel hebdomadaire de la Maison Blanche. 10 février 2017

    Hier c’était vendredi, jour du communiqué de presse de la Maison Blanche: « Cette semaine, le président Trump et son administration ont accompli de grands progrès pour rendre l’Amérique plus sûre [trois décrets anti-criminalités signés], à redonner du travail aux Américains [la compagnie Intel s’est engagée à créer 10 000 emplois aux Etats-Unis] » et enfin la confirmation (dans la douleur) de Jeff Sessions à la Justice.
    Aucune mention de la confirmation très controversée de Betsy DeVos à l’Education et surtout du camouflet reçu par le Commander-in-Chief après la décision de la cour d’appel fédérale de San Francisco de maintenir la suspension provisoire de la « travel ban ».
    Les quatre paragraphes relèvent plus de la propagande que de l’information mais incitent curieusement les lecteurs à suivre directement le président sur les médias sociaux.
    Si on suit le compte Twitter de Donald Trump depuis lundi, la situation du pays est catastrophique: des médias malhonnêtes qui répandent des « fake news », un cabinet qui n’est toujours pas en place, la décision « horrible, dangereuse, et mauvaise » prise par le juge de Seattle et confirmée en appel vendredi, une population américaine « bien plus vulnérable » et la sécurité de la nation qui « est en jeu ».
    Deux sons de cloches totalement contradictoires provenant de 1 600 Pennsylvania Avenue, il va falloir s’y habituer ces quatre prochaines années.

  2. La semaine difficile de Sean Spicer
    Brian Stelter, le journaliste média de CNN résume parfaitement la situation intenable du porte parole de la Maison Blanche:

    « Dans les émissions du soir, Sean Spicer est la plaisanterie du moment. Sur les chaînes d’infos, c’est un punching-ball. Mais en salle de conférence, c’est lui qui envoie les coups. La grande question est de savoir ce que pense son boss, professionnel du « contre », quand il regarde ses conférences de presse à la télé. »

    Le rôle de Sean Spicer est sans doute l’un des plus difficiles de l’administration Trump: le relais entre le gouvernement et les journalistes, sachant le mépris du président pour les médias et la méfiance de ces derniers envers tout ce qui vient de la Maison Blanche. Si on ajoute les faits alternatifs de Kellyanne Conway, les mensonges et attaques répétés du président sur Twitter, la mission de Spicer de défendre Donald Trump semble incompatible avec la nécessité de construire une relation de confiance avec les journalistes.

    Melissa McCarthy en Sean Spicer qui attaque les journalistes dans Saturday Night Live la semaine dernière.

    Jeudi, il a été accusé de « faire du Melissa McCarthy », en référence au sketch de l’émission satirique Saturday Night Live dans laquelle la comédienne de « Bridesmaids » a offert une imitation hilarante d’un Sean Spicer survolté et très agressif envers les journalistes.
    A lire ce matin dans le New York Times, un article multimédia très instructif sur la « briefing room » de la White House et comment Sean Spicer a complètement remodelé la conférence de presse traditionnelle de la Maison Blanche. 

  3. Les fuites au coeur de la Maison Blanche
    Depuis l’investiture de Donald Trump, les fuites provenant de la Maison Blanche ont « remarquablement » augmenté.
    « La question est de savoir d’où elles viennent ».
    Ces fuites inspirent des articles plus ou moins « sérieux » comme les soirées de Trump à regarder la télé en robe de chambre, mais sont plus dommageables lorsqu’il s’agit d’une conversation avec le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, rapportée comme étant « le pire appel [téléphonique du président avec un chef de gouvernement étranger] » et qui a bien failli déclencher une crise diplomatique entre les deux pays. 
    Selon The Hill, chaque média aurait sa propre source de fuites qui tournent autour de la rivalité entre les deux plus proches conseillers de Donald Trump, Steve Bannon, « le guerrier suspicieux de l’establishment républicain » et l’ancien président du Comité National Républicain, Reince Priebus, désormais chef de cabinet.

    « Plus largement, la multiplicité des sources de pouvoirs – pas juste un ou deux- dans la maison Blanche de Trump renforce les intrigues. Certains républicains s’inquiètent d’une recrudescence de coups bas entre les acteurs clés quand il s’agit de protéger leurs positions. »

     

  4.  Les émissions satiriques américaines surfent sur le « Trump Bump »
    « En juste quelques semaines, Saturday Night Live est devenu peut-être le show le plus important à la télé » commentait hier le magazine Time et chaque épisode « se doit d’être regardé ». Celui particulièrement réussi de la semaine dernière avec Baldwin-Trump et la révélation McCarthy-Spicer, et l’aide du « moment Totinos » entre Stewart-Bayer a réalisé sa meilleure audience depuis 1995.
    La comédienne Rosie O’Donnell, ennemie jurée du président, s’est même
    portée volontaire cette semaine pour jouer le rôle de Steve Bannon en réalisant un photomontage saisissant pour l’émission de ce soir présentée par Alec Baldwin.

    Rosie O’Donnell et Steve Bannon


    Les émissions satiriques n’ont jamais eu autant la côte ces derniers mois, grâce aux élections présidentielles et la Trumpocalypse, et plus elles sont politisées et anti-Trump, plus elles font de l’audience, à l’instar de Late Night with Seth Meyers sur NBC, du Late Show de Stephen Colbert sur CBS – qui a accueilli Jon Stewart la semaine dernière – et l’excellente Samantha Bee et son Full Frontal hebdomadaire.

  5. Comment faire renaître le parti démocratique
    Sous le président Obama, les démocrates ont perdu près de 958 sièges de Représentants dans les chambres basses des Etats du pays – qui en totalisent 5 411. En comparaison, les Démocrates en avaient perdu 524 sièges sous Clinton et les Républicains 324 sous Bush.
    Pour Jaime Harrison, candidat à la présidence du Comité National Démocrate, et invité de l’émission Morning Joe vendredi, les partis démocrates des Etats n’ont pas eu les moyens ni l’argent de mobiliser les électeurs pour les pousser à aller voter.

    Tu peux avoir le meilleur message et le meilleur messager, c’est l’appareil financier et humain qui pousse en dernier lieu les électeurs à se déplacer. Si on regarde les raisons de la défaite des Démocrates: on a perdu les élections à cause de 77 000 votes sur trois Etats représentants 14 millions de votes. Ce n’est pas une défaite du message ou du messager, c’est une défaite fonctionnelle. S’il existait un appareil fonctionnel efficace financé convenablement au sein de parti [démocrate], on aurait facilement obtenu ces 77 000 votes. On n’a pas fait ça. On a rien fait pendant quatre ans et pensé pouvoir ressortir avec succès la machine politique quelques mois avant les élections.

    Jusqu’aux 8 novembre, c’était les Républicains qui enviaient les Démocrates sur leurs capacités à mobiliser l’électorat jusqu’à ce que le contraire se réalise. Le challenge aujourd’hui pour le parti démocrate, c’est d’effectuer un travail de terrain et de récréer le lien avec ceux qui se sont sentis délaissés en 2016 et de les remobiliser pour les élections de mi-mandat en 2018.