Le kiosque du weekend: 12-13.08.17

 

 

1. Débat de la semaine: Google est-il intolérant?

 

Le profil Twitter de James Demore

 

  • Mauvaise semaine pour Google qui a mal géré la polémique provoquée par l’un de ses employés, un ingénieur de 28 ans à l’origine d’un memo dénonçant la politique de diversité en entreprise de Google qui favoriserait les femmes et les minorités aux dépens des employés blancs. Selon lui, l’absence des femmes à des positions de pouvoir dans les industries de haute technologie  est une affaire de différences biologiques avec les hommes.
    Un discours qui va à l’encontre des efforts mis en place par Google pour essayer de diversifier son personnel et qui n’arrange pas les affaires de la Silicon Valley accusée ces derniers mois d’entretenir une culture sexiste hostile à la gent féminine – voir Uber.
  • James Demore: « Martyr de la liberté d’expression ou bro tech sexiste? »
    Après la publication de son mémo incendiaire (« Google’s Ideological Echo Chamber ») sur Motherboard ce week-end, James Demore, diplômé de Harvard a été viré lundi pour « violation du code de conduite de l’entreprise » et pour « perpétuer des stéréotypes sur le genre susceptible de blesser ».
    Le jeune ingénieur de 28 ans s’y présentait comme le porte parole d’autres employés restés silencieux, soit par manque de courage ( et à cause de la « culture de la honte ») soit parce qu’ils « ont peur d’être virés ».

    Quand on parle de diversité et d’intégration, la parti-pris progressiste de Google a créé une monoculture qui se maintient en essayant de réduire au silence ses opposants (…) Je veux juste dire que les différences biologiques entre hommes et femmes leur attribuent différentes qualités et capacités et ces différences peuvent expliquer pourquoi les femmes sont sous-représentées dans les positions de pouvoir de l’industrie de haute technologie.

    On dirait plus un manifeste de droite pour la liberté d’expression d’une culture masculine, blanche et sexiste que d’une véritable étude socio-économique des différences hommes-femmes et surtout une critique à peine caché de la politique de diversité en entreprise de Google.

 

  • La « guerre culturelle » , l’un des thèmes de prédilection de la droite américaine, qu’elle a efficacement implanté dans le discours politique fait son chemin dans les entreprises de la Silicon Valley, traditionnellement à gauche et désormais accusée d’être intolérante au pluralisme idéologique et à la liberté d’expression.

    L’industrie des Hautes Technologies a toujours soutenu les thèmes de l’immigration et de la diversité en entreprise, même quand la majorité de leur personnel reste essentiellement blanc et masculin. Mais l’élection de M. Trump l’année dernière – et ses positions contre le politiquement correct, son langage grossier à l’encontre des femmes, ses actions contre l’immigration ou la protection de l’environnement – semblent fragiliser ces idéaux.
    De l’autre côté, les propos de Trump ont conforté ceux qui pensent autrement dans l’industrie de Haute Technologie et les ont poussé à exprimer tout haut ce qu’ils pensaient tout bas (…)
    Le mémo de M. Damore et son renvoi en ont fait un héros des sites de droite comme Breitbart qui critiquent depuis les sensibilités politiques de la Silicon Valley

  • « How James Demore went to Google employee to Right Wing hero »The Washington Post

 


2. Une communauté invisible

 

  • La communauté américaine d’origine asiatique est l’une des plus importantes des Etats-Unis mais contrairement aux latino et Afro-américains, l’une des moins représentées sur la scène médiatique, culturelle et politique malgré la discrimination et la violence dont elle a été victime dans les années 80 et 90.

    La discrimination est ce qui rapproche les Américains d’origine asiatique.
    Les premiers chercheurs des études américano-asiatiques appartenaient au « Third World Liberation Front » [une coalition d’associations de minorités étudiantes très actives] à la fin des années soixante contre la perspective trop européenne de l’enseignement.
    Quand les programmes d’études américano-asiatiques se sont développés en Californie au début des années soixante-dix, les cours reposaient surtout des expériences personnelles d’oppression et de solidarité forgées à travers l’expression d’une épreuve commune (…)
    Le projet de définition d’une identité américano-asiatique était limité aux universités de la Ivy League [sur la Côte Est] et celles de la Côte Ouest, jusqu’en 1982, date à laquelle, Vincent Chin, un ingénieur d’une usine automobile de Détroit, a été battu à mort par des assaillants qui accusaient la concurrence japonaise d’être responsable de la dépression du marché automobile américain. Quand les assassins de Chin ont été condamnés à de la prison avec sursis et une amende de trois mille dollars, des manifestations ont éclaté dans tout le pays et permis l’émergence d’une unité pan-asiatique consciente que si Chin, un fils d’immigrés chinois, pouvait être tué à cause des importations automobiles japonaises, le concept d’une identité américano-asiatique pouvait les aider.

 

  • Michael Cheng, fils d’immigrés chinois né dans le Bronx, est mort en décembre 2013 lors d’un séjour d’intégration organisé par la fraternité américano-asiatique Pi Delta Psi du Baruch College de New York qu’il venait d’intégrer. Un rite d’initiation censé sensibiliser et rapprocher les étudiants de cette « communauté invisible » s’est transformé en bizutage fatal pour le jeune étudiant de 19 ans.

    En pleine cérémonie, le bizut doit penser à ses parents et aux sacrifices qu’ils ont fait en tant qu’immigrés, les humiliations qu’ils ont subi et l’invisibilité oppressante d’être Asiatique aux Etats-Unis. Les bousculades, les coups et insultes racistes [de la cérémonie] sont censées être l’expression physique de la lutte [de leurs parents].
    Cette dernière marche au cours de laquelle il est guidé par les autres membres de la fraternité vers son parrain doit lui apprendre que la solidarité avec ses frères asiatiques est le seul moyen de réussir dans un monde de blancs.

    Michael s’est effondré au milieu de cette étape dite du « Glass Ceiling » qui consiste à parcourir un terrain gelé dans le nuit, avec un sac à dos de quinze kilos sur les épaules, les yeux bandés tout en évitant les coups de ses camarades. Inconscient. Ses camarades ont tardé à appeler les secours puis ont essayé de maquiller l’accident. Quatre d’entre eux ont plaidé coupable de meurtre sans préméditation et 37 autres personnes ont été inculpés.

  • « What a Fraternity Hazing Death Revealed About the Painful Search for an Asian-American Identity »The New York Times magazine

 


 

3. After the Shooting

 

  • C’est la cover story du California Sunday magazine intitulée « After theShooting »: La journaliste Jeaeh Lee a suivi pendant une année Gwen Woods, la mère de Mario Woods, 26 ans, tué par la police de San Francisco en décembre 2015 après avoir agressé un piéton avec un couteau sous de stupéfiants. La vidéo de sa mort a fait le tour des réseaux sociaux et provoqué une vive polémique sur la violence de la police: 

    Le corps de Mario a été tellement endommagé par les impacts de balles [une vingtaine au total] que le médecin légiste a suggéré que son cercueil soit protégé par une paroi en verre pour empêcher qu’un de ses membres se détache au moindre contact. Mais Gwen l’a laissé ouvert. Elle s’est penchée sur le cercueil et a effleuré le visage de Mario. Son visage était maquillé, son corps recouvert d’un costume noir et d’une cravate rouge, rembourrés pour qu’il ait l’air moins abîmé. “Ils ont aussi rembourré la tête” continue Gwen. “C’était impossible de l’embrasser tellement il était fragile”. Elle a noté une cicatrice sur sa joue droite et s’est demandé si une balle l’avait traversée à cet endroit.

    Un samedi après midi, deux mois après la mort de Mario, Gwen est entrée dans l’Eglise épiscopale méthodiste africaine de Oakland (…) Elle s’est assise près de l’autel, dans une section réservée aux “mères” – ces femmes qui, comme elle, ont perdu un enfant tué par la police. Samaria Rice, la mère de Tamir Rice; Valerie Bell, mère de Sean Bell; Geneva Reed-Veal, mère de Sandra Bland; Gwendolyn Carr, mère d’Eric Garner; Lezley McSpadden, mère de Michael Brown. « Le club auquel personne ne souhaite appartenir » a pensé Gwen – elle en était la dernière membre.

    Elle a vite compris que ce monde des « mères en deuil » était compliqué: Le deuil n’était pas le leur mais quelque chose que d’autres s’appropriaient. Chaque jour, il fallait rétablir un semblant de vérité, protéger l’image de Mario, pas seulement de la police mais aussi de ceux qui voulaient en faire un symbole. C’était facile de perdre le Mario qu’elle chérissait – aimant, drôle, intelligent, agaçant et confus.

    (…) Dans les mois qui ont suivi “l’exécution de Mario”, Gwen se rappelle avoir participé autant que possible à de réunions, à des marches, rassemblements. Les manifestants demandaient à ce que le chef de la police [de SF] démissionne et s’excuse publiquement et que les officiers qui ont tire sur Mario soit arrêtés et jugés. « Je pense qu’ils se sont tous dits, Nous sommes tous Mario Woods. Mario est notre fils, notre frère:. Felicia Jones, un membre de la communauté proche de Gwen m’a dit qu’ils le prenaient « très personnellement ».

  • « After the Shooting, A year in the life of Gwen Woods »California Sunday Magazine

 


4. Les Américains

 

  • C’est aussi une cover story, celle de l’édition de septembre de The Atlantic, un extrait de l’ouvrage de Kurt Andersen, « Fantasyland: How America Went Haywire – A 500 year History » à paraître à la rentrée (aux Etats-Unis) aux éditions Random House. La théorie est la suivante: Donald Trump n’est pas une exception mais une continuité de l’esprit américain.

    Pourquoi agissons nous de la sorte?
    Parce que nous sommes Américains – Parce qu’être Américain, ça signifie qu’on peut croire en tout ce qu’on veut; que nos croyances sont les mêmes, ou supérieures à celles des autres, experts ou non. A partir du moment où les gens adhèrent à cette vision, le monde tourne à l’envers, et la relation de cause à effet n’existe plus. Ce qui est vrai devient incroyable et ce qui est incroyable devient vrai.
    (…)
    Ce n’est pas seulement les Américains qui prennent des idées absurdes au sérieux. Mais l’Amérique en est le foyer et l’épicentre mondial (…) A l’exception des pays pauvres, il n’existe aucun autre endroit où les croyances surnaturelles et folkloriques ont autant d’importance dans l’identité des gens. C’est l’exceptionnalisme américain du XXIème siècle. Le pays a toujours été unique. Mais aujourd’hui cette singularité est différente.
    Nous sommes toujours riches et libres, toujours aussi influents et puissants que n’importe quelle autre nation – le synonyme d’un pays développé. Mais cette tendance à la crédulité, à faire les choses à notre manière, à démentir les faits, et n’avoir aucune certitude sur la réalité, a fini par gommer les caractères exceptionnels de notre pays et l’a transformé en un pays “moins développé”

    Certains considèrent la présidence de Trump – une ère de post-vérité et de faits alternatifs comme impensable – comme le dernier phénomène américain, inexplicable et insensé. Mais c’est juste l’expression d’un état d’esprit qui a rendu l’Amérique si unique depuis ses débuts. Un mélange extraordinaire d’individualisme et de zèle religieux, un mélange de show business et de n’importe quoi, qui fermente pendant des siècles, puis qui passe par les années soixante puis l’ère internet. On obtient l’Amérique d’aujourd’hui, celle où la réalité et le fantasme se mélangent dangereusement.

    (…)

    Donald Trump est un escroc qui vous une haine contre l’establishment. Il n’aime pas les experts, parce qu’ils s’opposent à son droit, en tant qu’Américain, de croire ou prétendre que les mensonges sont des faits, qu’ils ont l’odeur de la vérité. Il voit des complots partout. Il exploite le mythe du martyr blanc. Il représente ce que j’appelle syndrome Kids R Us – gâtés, impulsifs, bougons, un sale gosse de 71 ans.

     

Le Kiosque du 12.05.17: Trump menace Comey; Seattle vs SF; un journaliste en prison; les médias libéraux: A Droite Toute!

 

Aujourd’hui dans le kiosque du vendredi 12 mai:

1. Trump menace Comey
2. Cette couverture du New Yorker
3. Seattle, San Francisco à visage humain
4. Un journaliste arrêté pour avoir fait son boulot
5. Les médias libéraux: A droite toute!
6. La ligue de soccer féminin en prime-time

 

***

 

1. Trump menace Comey

Enième tweetstorm de Donald Trump ce matin:
 

  • Il a essayé de dissuader l’ancien directeur du FBI, James Comey, de parler à la presse en évoquant l’existence d’enregistrements de leurs conservations qui serait susceptible de contredire ses propos. Sean Spicer, le porte parole de la Maison Blanche a refusé de donner davantage d’informations sur les propos du président cet après midi en conférence de presse.
     
    A chaque fois qu’il est pris au dépourvu, le président a tendance à évoquer des preuves, dont il a lui seul le secret, pour mieux intimider ses adversaires: Il a accusé son prédécesseur de l’avoir mis sur écoute et a tenté de discréditer l’ancienne Miss Univers, Alicia Machado, en évoquant des « sex tapes » que personne n’a jamais trouvé.
     
    La Maison Blanche craint des fuites d’information à son encontre de la part des certains agents du FBI qui souhaitent s’attend venger le limogeage de leur boss.
    Quant à Mr Comey, il a refusé l’invitation de la Commission de renseignement du Sénat à témoigner sur les circonstances de son limogeage.

     

    Pour tout comprendre sur la chronologie des évènements entourant le ComeyGate: Un très bon recap ICI

 

  • Le New York Times affirme que Donald Trump a renvoyé James Comey car ce dernier aurait refusé de lui prêter allégeance. Le président aurait fait la demande lors d’un dîner privé le 27 janvier dernier, au lendemain de l’entrevue entre Sally Yates et un conseiller de la Maison Blanche, Donald McGahan, au cours de laquelle la ministre de la justice par intérim a évoqué les mensonges du conseiller à la Sécurité Nationale, Michael Flynn, sur ses relations avec l’ambassadeur russe à Washington, Sergey Kislyak, et les risques de chantage dont il aurait pu faire l’objet.
     
    Impossible de savoir si le président est au courant que les agents du FBI prêtent serment à la Constitution des Etats-Unis et non pas au chef de l’Etat pour une raison simple:

     

    Un gouvernement qui repose sur des individus – qui peuvent être imprévisibles, faillibles et prompts à faire des erreurs – peut mener trop facilement à la tyrannie d’un côté et à l’anarchie de l’autre. Les pères fondateurs ont voulu éviter ces extrêmes en créant un gouvernement équilibré basé sur principes constitutionnels.

     

  • Il a ensuite menacé de supprimer les briefings quotidiens de la Maison Blanche, les rendez-vous désormais cultes de l’après midi avec Sean Spicer, pour les remplacer par des questions/réponses écrites.
    La raison? La porte parole adjointe, Sarah Huckabee, a affirmé aux journalistes que le limogeage du directeur du FBI était la conséquence directe des recommandations faites par l’adjoint du ministre de la Justice au président mardi. Explications contredites par l’intéressé, Donald Trump, dans une interview diffusée hier sur NBC dans laquelle il explique qu’il avait décidé depuis longtemps de renvoyer Mr Comey, quelles que soient les recommandations qu’il aurait reçu à ce propos.

     


    « Trump warns Comey and Says He May Cancel Press Briefings »
    – The New York Times

***

2. Cette couverture du New Yorker

  • Et puis vous avez cette couverture du New Yorker du vendredi après midi qui vous ravie: Barry Blitt est le dessinateur attitré de tout ce qui touche à Donald Trump et il réussit un coup de génie dans son illustration du limogeage de James Comey, « Ejected »

 

 

***

3. Seattle, San Francisco à visage humain

  • Seattle et la Silicon Valley/San Francisco sont des villes ultra connectées, riches et portées sur l’avenir mais ont une vision très différente de leur futur.
    Les deux régions de la côte Ouest des Etats-Unis situées à 1 300 km l’une de l’autre sont les deux pôles technologiques les plus importants du pays, connectés l’un à l’autre (Seattle serait devenue le « complément » de la Valley) qui partagent une histoire commune: Elles ont toutes les deux prospéré pendant la Ruée vers l’Or (au milieu du 19ème siècle) et accueilli ces dernières décennies les entreprises les plus dynamiques, créatrices et rentables de l’économie américaine.

 

  • Pourtant les deux villes sont bien distinctes non seulement par leur taille, par leur production – la Silicon Valley est remplie de start-ups, de grandes entreprises spécialisées dans la fabrication de petits pièces, genre micro-processeur, téléphones portables, applications tandis que Seattle accueille les géants de Boeing, Amazon et Microsoft, « des constructeurs d’importants centres de données » mais la scène start up est sous-développée – mais aussi par l’image qu’elles cultivent et qu’elles veulent renvoyer.
    « Les habitants de Seattle refusent de voir leur ville devenir comme San Francsico, dominée par des geeks fortunés » et veulent garder leur statut de seconde ville la plus économiquement intégrée des Etat-Unis – SF est 14ème du classement. »
    « C’est l’une des raisons, à côté des paysages naturels, des logements à bas prix, et de l’absence d’impôts locaux, pour laquelle les « Valleyites » fuient vers le nord. Une meilleure qualité de vie pour deux fois moins cher. »
    * « How America’s two tech hubs are converging » – The Economist

 

***

4. Un journaliste arrêté pour avoir fait son boulot

 

  • Ca peut paraître anecdotique si ça n’était pas l’Amérique de Trump où la liberté de la presse est ouvertement et quotidiennement menacée par le gouvernement.
    Le journaliste Dan Heyman a été arrêté dans le Capitole de Virginie Occidentale à Charleston mardi soir après avoir tenté d’interviewer le Secrétaire d’Etat à la Santé Tom Price, emprisonné pendant sept heures et inculpé pour avoir « volontairement interrompu la bonne marche du gouvernement », un délit mineur dans cet Etat.
  •  

  • Le journaliste était présent en toute légalité dans le bâtiment qui sert de siège au Congrès où il a essayé d’arracher une réponse à Mr Price sur Trumpcare, à avoir si la violence domestique serait considérée comme un antécédent médical ou non. Il a tenté de se rapprocher de lui avant d’être écarté par la sécurité.
    Selon les autorités, le journaliste aurait tenté de se frayer un chemin entre les gardes du corps et enfreint les mesures de sécurité.

    Les journalistes un peu trop insistants sont généralement évacués sans risques de poursuites judiciaires; celles de Mr Heyman, demandées par la Mairie, sont conséquentes: une caution de 5 000 dollars et une amende de cent dollars et une peine maximum de six mois de prison pour « délit mineur ».
  •  

  • « Ces choses ne sont pas censées arriver dans une démocratie comme les Etats-Unis. Ce n’est pas ce que nous défendons », affirme l’avocat de Mr Heyman, qui explique que son client ne faisait que son boulot.
    Le Comité de protection des journalistes a quant à lui qualifié cette démarche « de pur affront envers la liberté de la presse ».

    L’histoire a été relayé dans le New York Times et le Washington Post
     
    * « Dan Heyman Interview » – Esquire

***

5. Les médias libéraux: A droite toute!

  • Les médias dits « libéraux », ceux qui penchent à gauche et sont très critiques envers le président, qui représentent une grande majorité des médias mainstream aujourd’hui avec en chef de file le New York Times, le Washington Post ou la chaîne câblée MSNBC, profitent depuis la campagne présidentielle de l’effet Trump
    Le caractère peu orthodoxe du personnage fait beaucoup d’audience mais le critiquer est encore plus profitable: tous ces médias ont enregistré des taux records d’abonnements, revenus publicitaires en hausse et non jamais rassemblé autant de téléspectateurs.
  •  

  • Pourtant ces derniers ont décidé depuis les résultats inattendus de l’élection qu’aucun d’entre eux n’a su anticiper, de diversifier leur personnel en recrutant de nombreuses personnalités plus « conservatrices ». L’arrivée d’un climatosceptique, Bret Stephens, dans le comité éditorial du New York Times a choqué beaucoup de lecteurs tout comme celle de Hugh Hewitt au Washington Post. Ce dernier devrait d’ailleurs animer prochainement une émission politique sur … MSNBC, qui fait aujourd’hui sa pub en se targuant d’aller « trop à droite ».
    Quatre raisons selon Slate expliqueraient cette tendance:
       * Aller piquer des téléspectateurs de Fox News qui est en train de traverser la pire crise de jeune existence
       * Apporter davantage de pluralisme dans le traitement de l’information et avoir accès à ce que pensent les conservateurs – éclater autant que possible la bulle libérale qui a aidé Trump à être élu.
       * Coup de pub pour attirer davantage d’annonceurs.
       * Les conservateurs engagés par le Times, le Post ou MSNBC sont ceux qui ont refusé de soutenir Trump et dont l’avenir est dans l’opposition même s’ils restent à droite.
     
    * « Why are liberal media outlets on a conservative hiring spree? Five theories » – Slate

 

  • Les « libéraux » peuvent se rassurer, ils disposent encore de nombreux alliés dans les médias, souvent d’anciens proches de Clinton, mais la représentation de la branche plus « progressive », les proches de Sanders, est plus rare – ils n’ont d’ailleurs reçu aucun soutien durant les primaires démocrates et le reste des élections présidentielles.
    Pour l’Observer, ancienne propriété de Jared Kushner, gendre de Trump, qui penche à droite, l’explication est simple:

Plutôt que de recruter pour combler le manque de « progressistes » dans les médias, MSNBC, The New York Times et autres se sont recentrés vers la droite dans l’espoir de casser la suprématie de Fox News.
Ce changement s’inscrit dans une tendance plus large de l’establishment de la politique et des médias de taxer Bernie Sanders et ses supporters d’extrême gauche. Une catégorisation péjorative qui laisse entendre que les progressistes sont radicaux, en marge et ont peu de soutien.

 

 

***

6. La ligue de soccer féminin en prime-time

  • La chaîne féminine Lifetime, spécialisée dans les téléfilms dramatiques, à l’eau de rose, ou « romcom » de seconde zone, et propriété du groupe A&E vient d’acquérir les droits de transmissions télé de la ligue féminine nationale de soccer (NWSL) et d’acheter des parts de la Ligue, ce qui devrait lui garantir davantage d’exposition médiatique pour les années à venir.
    Grâce à ce contrat, la National Women’s Soccer League aura ses matchs retransmis à la télé dans tout le pays, la condition sinequanone pour attirer spectateurs, supporters, et engranger des revenus.
  •  

  • On parle d’un investissement de plusieurs millions de dollars de la part de la part du réseau câblé qui pourrait toucher une audience d’environ cent millions de foyers, plus importante que ESPN, La chaîne sportive américaine.
  •  

  • La ligue féminine créée il y a quatre ans est la plus réussie depuis les échecs de la Women’s United Soccer Association (WUSA) en 2003 et la Women’s Professional Soccer (WPS) en 2011.
    Contrairement à l’équipe nationale très célèbre – la finale de la coupe du monde féminine en 2015 reste le match de football le plus regarde de la télé américaine – le championnat peine à attirer susciter l’intérêt du public et des sponsors. Grâce à une rencontre hebdomadaire diffusée sur Lifetime, la ligue et le réseau espèrent fidéliser davantage.
    Bonne Chance!

Le kiosque du 30.04.17

 

 

  • Le danger Facebook

    Facebook est devenue une « force politique et culturelle mondiale » avec deux milliards d’utilisateurs mensuels, et 1,2 milliards quotidiens.
    C’est l’entreprise d’informations la plus large et la plus influente au monde avec « une audience plus importante que n’importe quel réseau de télé américain ou européen, que n’importe quel journal ou magazine ou site d’info du monde occidental ».

     
    C’est aussi la plus grande force mobilisatrice en politique. 
     
    Pourtant, au cours de l’année 2016, le réseau social est devenu un dangereux « vecteur de désinformation » qui a renforcé les « bulles partisanes », créé « un environnement médiatique propice à l’élection de Donald Trump » et bouleversé la Silicon Valley qui est passée « en l’espace de quelques mois d’une ville politiquement désengagée à un centre de résistance contre Trump ».
     
    Comment expliquer et empêcher cela?
     
    Les ingénieurs de Facebook se sont moins intéressés au contenu du fil d’information des utilisateurs – au coeur de problème – qu’aux aux résultats quantifiables des actions des internautes sur le site – la conséquence – car
    l’objectif final est d’identifier ce qu’ils veulent, ce qui méritent leur attention et de continuer à leur en donner.

     

    Quant aux solutions à apporter contre « la mésinformation »- ce climat diffus de rumeurs, de propagande et de théories du complot dont est responsable Facebook – pourrait l’obliger à faire quelque chose qu’elle n’a jamais fait: ignorer les likes et dislikes de ses utilisateurs.

     
    * « Can Facebook fix its own worst bug » – The New York Times magazine

***

  • L’effet bulle des médias toujours plus important

    Une carte de Politico qui illustre la concentration des médias dans les comptées démocratiques. En rouge les votes Trump en 2016 contre ceux de Clinton en bleu et les Bulles représentent les 150 comtés qui ont le plus d’emplois dans les médias

    « Comment est-ce que les grands médias américains ont pu louper le phénomène Trump? (…)
    Certains conservateurs ont accusé la presse à grande majorité démocrate de prendre parti pour Clinton, mais ce soit-disant parti-pris ne tient pas puisqu’aucun organe de presse n’a ignoré l’histoire des emails de Clinton, tout le monde s’est gargarisé sur la correspondance [piratée] de John Podesta [son directeur de campagne] que Wikileaks a servi sur un plateau d’argent.

     

    Pour Nate Silver, de FiveThirtyEight, c’est l’hyper-homogénéité idéologique des « newsrooms » (à 93% démocrates) qui expliquent la « myopie de la presse »; même constat pour Steve Bannon, ancien président de Breitbart qui affirmait au lendemain de la victoire de Trump: « La bulle médiatique est le symbole ultime de ce qui ne tourne pas rond dans ce pays, c’est une cercle de gens qui se parlent entre eux sans avoir aucune idée de ce qu’il se passe ».

     

    Mais [ces explications] sont le symptôme [d’une situation] et pas sa cause.
    Et quand on en vient aux causes, il existe une autre façon de penser le problème (…)

    On trouve cette réponse sur une carte.
    Où est-ce que les journalistes travaillent et est-ce que [cette distribution] changé ces dernières années? (…)

    Les médias nationaux travaillent dans une bulle qui n’existait pas il y a une dizaine d’années.
    Cette bulle ne cesse de grossir. Concentrée le long des côtes, elle est géographique et politique. Si tu es journaliste, il a beaucoup de chances pour que tu vives dans une circonscription pro-Clinton – et très certainement l’une des plus « pro-Clinton ».
    Et tu as même de la compagnie puisque si tu es un lecteur de Politico, il y a beaucoup de chances pour que tu sois un citoyen de Bubbleville, aussi.

     
    Au début des années 2000, il existait encore une sorte d’équilibre entre les magazines, radio et télés concentrées depuis plusieurs générations entre New York et Los Angeles, et de nombreux quotidiens et leurs journalistes éparpillés un peu partout sur le territoire, dans des grandes, moyennes et petites villes.
    Ca n’est plus le cas aujourd’hui.
    Les employés travaillant pour les quotidiens et hebdomadaires sont passés de 455 000 dans les années 90 à 173 000 en 2017, à cause notamment des baisses de revenus publicitaires et montée d’internet, qui ont touché en premier les zones les plus rurales.
     
    * « The Media Bubble is worse than you think » – Politico

***

 

  • Thou Shalt Not Kill

    L’Histoire d’une jeune fille adoptée qui découvre que son père biologique est dans les couloirs de la mort, et qui décide malgré tout de construire une relation avec lui: L’homme n’a rien à voir avec le crime odieux commis vingt ans plus tôt (le viol et le meurtre de deux femmes à quelques années d’intervalles).
     
    Gina Grimm n’a pas été autorisée à assister à l’exécution de son père qui a eu lieu lundi dernier dans le Cummins Unit du centre pénitentiaire d’Arkansas. Il est l’un des huit condamnés à mort que le gouverneur Asa Hutchinson voulait voir exécuter en dix jours avant la fin du mois d’avril, date à laquelle l’une des drogues utilisées pour l’injection létale expirait – seulement quatre d’entre eux ont été exécutés. 

     
    La mort de Mme Grimm a pris plus de temps que prévu à du surpoids de Mr Jones Jr, plus deux cent kilos et un problème avec le seringue qui aurait été mal introduite.
     

    Sur la route de Little Rock [capitale de l’Arkansas] plus tard dans la journée, Grimm a ressenti une pression sur la poitrine, une profonde angoisse dont elle n’a pas réussi à se libérer. Elle est contente d’être venu en Arkansas pour dire au revoir à son père. Plus inattendu, elle s’est liée d’amitié avec une communauté de militants [contre la peine de mort] dont elle ne connaissait pas l’existence.
    Mais même les messages de ses amis et de sa famille [adoptive] n’ont pas réussi à la calmer ce jour là.
    Tout ce qu’elle voulait c’est rentrer chez elle le plus tôt possible pour retrouver ses enfants et essayer de commencer son deuil.
    « J’ai juste besoin d’être dans un endroit normal »

     
    * « How a Daughter’s Search for her biological father led her to an execution in Arkansas » – The Intercept

***

 

  • La plus grande bibliothèque du monde 

    meshaphoto / Getty / Konstantin Orlov / Shutterstock / Katie Martin / The Atlantic

    The Atlantic s’intéresse au projet grandiose entrepris par Google en 2002 qui visait à scanner la plus grande collection de livres au monde, des millions d’ouvrages empruntés aux bibliothèques des universités du Michigan, De Harvard, du Congrès américain.
    Dix ans plus tard, « Project Ocean » a numérisé 25 millions de livres pour un coût estimé à 400 millions de dollars grâce « un exploit technologique et logistique »: Des dizaines ingénieurs ont mis au point des stations automatisées capables de scanner mille pages par heure…

     
    En août 2010, Google a annoncé qu’il existait 129 864 880 livres dans le monde et qu’ils allaient tous les numériser pour les rendre disponibles dans un moteur de recherche appelé Google Book Search.
    Jusqu’à ce que les écrivains et éditeurs aient vent du projet et immédiatement dénoncé une violation des droits d’auteur à une échelle mondiale.
     
    Le projet de Google était au départ de recenser uniquement tous les livres, titre, auteur, date de publication et d’ ajouter un court extrait dans une base de données et s’est transformé en une numérisation de masse, sans demander au préalable le droit de copier. 

     
    La possibilité de donner une seconde vie aux livres en ligne représentait à la fois une formidable opportunité financière pour les auteurs et éditeurs, mais quid des anciens ouvrages, de ceux qui appartiennent ou non au domaine public?
    L’accord Google Book Search qui offrait un accès illimité de ses ressources aux bibliothèques, reversaient une partie des bénéfices aux écrivains et éditeurs, et un retour sur investissement pour Google mais donnait aussi à la compagnie le monopole de l’industrie de l’édition numérique et un pouvoir illimité sur la « connaissance: en général.
    L’accord n’est jamais passé et Google dispose aujourd’hui d’une banque de données de 25 millions de bouquins inutilisables.

     
    * « Torching the Mordern-Day Library of Alexandra » – The Atlantic

***

 

  • L’homme le plus malchanceux au monde

    26 mars 2016, Otto Warmbier entouré de deux officiers nord coréens (AP Photo/Jon Chol Jin)

    Otto Warmbier, originaire de Cincinnati dans l’Ohio, était en première année à l’Université de Virginie, lorsqu’il est parti visiter la Corée du Nord, avec une trentaine d’autre jeunes étudiants originaires du monde entier, encadré par un tour operateur spécialisé dans les régions à risques (Afghanistan, Tchernobyl, Turkménistan,…). Le « New Year’s Party Tour » s’est déroulé sans problème pendant cinq jours jusqu’au départ à l’aéroport de Pyongyang où le jeune homme de 21 ans a été arrêté pour, selon les autorités nord-coréennes, « avoir perpétré un acte hostile contre la RPDC [La République populaire démocratique de Corée].
     
    Six semaines plus tard, il a été condamné lors d’un semblant de procès à quinze ans de travaux forcés après avoir admis son crime: avoir essayé de voler des pancartes de propagande dans son hôtel.

    Il est emprisonné dans une location tenue secrète depuis 482 jours et « le monde semble l’avoir oublié » même si le Département d’Etat affirme que « le gouvernement américain cherche à assurer sa libération ».
     
    Certains experts pensent qu’il pourrait être utilisé comme un bouclier humain contre les menaces américaines et son sort dépend aujourd’hui des relations entre les Etats-Unis et la RPDC.
    En attendant il pourrait subir le même sort des 120 000 autres prisonniers nord-coréens condamnés à travailler 12 heures par jour dans des goulags.

     
    * « Otto Warmbier has been a prisoner of North Korea since the start of 2016. Has America forgotten him? » – Time

***

 

  • Les unes du dimanche 30 avril 2017

Mercredi 15 mars: Breitbart vs Ryan – Visas en danger – Steve Bannon hait l’Europe – WaPo & NYTimes cartonnent

 

  • Les déclarations d’impôts de Trump: des fuites mais toujours pas le Saint Graal

    Déçus les journalistes américains qui ont dû écouter pendant vingt minutes à écouter la longue et ennuyeuse introduction de Rachel Maddow, présentatrice d’une émission politique sur MSNBC, avant de découvrir les très attendues déclarations d’impôts du président.
    Rien de très intéressant dans ces deux pages qui ont atterri dans la boite aux lettres d’un « obscure » (dixit Trump) journaliste de Washington, David Cay Johnston et qui révèlent que Donald Trump a bien payé des taxes en 2005 – 38 millions sur 150 millions revenus.

    L’info importante, c’est qu’il existe des informateurs capables de se procurer ces documents ultra-confidentiels, et qu’on devrait sans doute s’attendre à de nouvelles révélations dans les prochaines semaines.
    Dean Baquet, le rédacteur en chef du New York Times est même prêt à aller en prison pour décrocher « le Saint Graal » et les diffuser!
    Seul problème, il n’y a rien à redire sur les fiches d’imposition publiées hier, tout est en règle, pourquoi donc s’obstiner à ne pas les diffuser?
    Le mystère reste entier.

     

    « This 2005 Donald Trump  tax return is a total nothingburger » – Chris Cilliza

***

 

  • Ryan, la nouvelle cible de Breitbart

    Breitbart n’aime pas Trumpcare, il préfère appeler « Obamacare 2.0 », et a lancé l’offensive contre son architecte et principal avocat, le porte parole de la Chambre des Représentants, Paul Ryan, qu’il avait violemment attaqué durant la campagne présidentielle pour exprimer son mépris envers l’establishment du parti républicain.

     

    Depuis plusieurs jours les articles pleuvent à son encontre« Il est plus impopulaire que Trump », « certains conservateurs demandent sa démission« , « la lune de miel est terminée » et lundi le site alt-right a diffusé un enregistrement très embarrassant pour le Représentant du Wisconsin.
    Enregistré en octobre dernier, avant les élections et après la diffusion de la vidéo Access Hollywood, il annonce devant un parterre de Représentants républicains ne plus soutenir le candidat Trump.


    Je ne vais plus défendre Donald Trump – pas maintenant et pas dans le futur.

     

    Selon BreitbartPaul Ryan aurait manipulé le président en lui faisant croire que l’American Health Care Act remplacerait Obamacare – ce qui n’est pas le cas – c’est une version allégée de l’Affordable Care Act – et en affirmant que la loi passerait facilement devant le Congrès alors qu’elle n’a visiblement aucune chance devant le Sénat.

     

    C’est la première initiative majeure sur laquelle Trump travaille avec Ryan et le fait que ça se passe aussi mal nous inquiète sur les capacités du porte parole et candidat malheureux à la vice présidence des Etats-Unis en 2012, qui a n’a quasiment pas soutenu Trump en 2016, à comprendre comment est-ce que Trump a gagné et comment gagner en général.

     

     

    Aujourd’hui, Trump et la Maison Blanche sont plus ouverts au dialogue sur d’éventuelles modifications de l’American Health Care act (dans la structure, les moyens, et la mise en place) pour satisfaire les critiques des conservateurs que Paul Ryan ne l’est avec sa majorité républicaine.
    Breitbart annonce (et soutient déjà) que de nombreux Représentants républicains aimeraient non seulement remplacer Obamacare mais aussi Paul Ryan comme porte parole de la Chambre des Représentants.

     


    « Audio emerges of when Paul Ryan abandoned Donald Trump: I’m not going to defend Donald Trump » – Breitbart

***

 

  •  Visas de travail et green cards: les prochaines cibles du gouvernement

    « Selon Goldmans Sachs, un million de travailleurs étrangers sous visa de travail H-1B sont employés dans des positions correspondant à un niveau de diplôme universitaire américain » affirme Breitbart, le site d’info alt-right obsédé par tout ce qui concerne l’immigration, en citant l’étude réalisée par l’Economic Policy Institute (EPI) sur les chiffres de 2013… « Alors que la plupart des médias affirment que le gouvernement ne délivre que 85 000 visas chaque année, et que d’autres programmes offerts par l’immigration permettent à 470 000 étrangers diplômés de travailler aux Etats-Unis. »

     

    C’est la propagande anti-immigration qu’on peut lire chaque jour sur ce média lu par des millions d’Américains: Un visa H-1B dure trois ans et peut être renouvelé pour trois autres années: Aux 85 000 nouveaux H-1B délivrés chaque année s’ajoutent ceux des années précédentes. Forcément les nouveaux titulaires d’un visa s’ajoutent à ceux déjà installés.

     

    460 000 travailleurs étrangers sont en réalité présents aux Etats-Unis sous un visa H-1B sans compter, nous rappelle Breitbart, ceux qui postulent « rapidement » pour une carte verte. Rapidement? Il faut rester six ans sur le territoire américain avant de pouvoir appliquer pour une « résidence permanente » … sans compter « les femmes et enfants » qui peuvent se greffer à chaque immigré légal.
    Enfin ces 1,4 millions (en réalité un million) de travailleurs étrangers qualifiés (« white collar ») représentent l’ensemble des étudiants américains diplômés en 2015 et 2016.

     

    Le message est clair: le système de visa de travail alloués aux étrangers, surtout ceux qualifiés, est injuste pour les travailleurs américains, leur enlève d’importantes opportunités professionnelles et salariales.
    Attendons nous dans ces prochains à voir ces programmes considérablement diminués.

     

    « Goldman Sachs; Almost one million H-1B foreign Workers hold University level Jobs here » – Breitbart

***

  • Compétition positive entre le New York Times et le Washington Post

    Invité du festival SXSW le weekend dernier, Dean Baquet, rédacteur en chef du New York Times s’est félicité de la compétition entre son quotidien et le Washington Post tout en se moquant au passage du dernier slogan choisi par son rival, « Democracy Dies in Darkness » qu’il a comparé au « titre du prochain film de Batman ».

     

    Les deux quotidiens ont offert les scoops les plus importants de la campagne et du début de présidence de Donald Trump – avec CNN également – grâce à une mobilisation sans précédent des ressources et des idées innovantes: Davantage de moyens et de façons de couvrir la Maison Blanche, 24heures sur 24, renforcer les équipes d’investigation, le lancement d’une « tips page » par les deux quotidiens, et également plus de promotion.

     

    Contrairement aux années précédentes, quand les journaux rivaux étaient obsédés à comparer la taille de leur audience, ni le Post, ni le Times ne cherche à supplanter l’un et l’autre. Les deux ont leurs yeux fixés sur la Maison Blanche qui a offert plein de cibles pour les journalistes d’investigation ces dernières semaines.
    Et malgré les affirmations de Trump selon lesquelles le New York Times « is failing » et que le Washington Post perd une « fortune », les deux publications ont les moyens de continuer à publier un journalisme antagoniste ces quatre ou prochaines années

     

    « The New York Times and The Washington post are at War, and everyone’s is winning » – Poynter

***

  • Article du Jour: Bannon veut détruire l’Europe

    Le journaliste Michael Crowley de Politico s’est penché sur le cas Bannon et sa vision de l’Occident.
    L’ancien président de Breitbart est un nationaliste dont le projet va au delà de « Make America Great Again » et vise directement l’Europe, plutôt le projet européen qu’il déteste et considère comme « un instrument de la mondialisation – à l’opposé d’un instrument du renforcement de la civilisation occidentale » selon Ben Shapiro un ancien collègue.

     

    Un bureau anglais a été mis en place en 2014 pour critiquer l’Union européenne (« The EU is Dead, It just refuses to lie down ») qui a soutenu et accueillit avec beaucoup d’espoir le Brexit.
    Saura-t-il avancer son programme auprès du président Trump, dont il est le plus proche conseiller et contre la position de la classe politique américaine, fervente supporter de l’Europe?

     

    * « The Man who Wants to unmake the West » – Michael Crowley

***

 

Le Kiosque du mardi 25 octobre 2016

Ce diaporama nécessite JavaScript.

ELECTIONS PRESIDENTIELLES AMERICAINES

Les dernières prévisions

Les prévisions mardi 25 octobre sur FiveThirtyEight
Les prévisions mardi 25 octobre sur FiveThirtyEight

Silicon Valley derrière Clinton

A l’exception de Peter Thiel, le co-fondateur du service de paiement en ligne Paypal, milliardaire qui a aidé Hulk Hogan a percevoir 150 millions de dollars de dommages et intérêts contre Gawker, provoquant la faillite du site de gossips et supporter de Trump, l’ensemble majorité de la Silicon Valley soutient la candidate démocrate qui aurait perçu selon FiveThirtyEight  99% des dizaines millions de dollars donnés par les employés et cadres et entreprises durant la campagne.
Une tendance qui montre l’influence croissante importante du secteur des hautes technologies sur Washington, et notamment dans les domaines du commerce et des visas de travail, les fameux H1B, donnés au compte goutte chaque année et que Trump voudrait limiter un peu plus au contraire de Clinton.

Les emails de Sanders pas très flatteurs envers sa rivale

Dans un récente interview, Bernie Sanders n’a pas semblé surpris sur les propos peu flatteurs tenus sur lui par les proches de Hillary durant les Primaires démocrates, extraits des emails piratés de John Podesta, son directeur de campagne. « Faites moi confiance, s’ils mettaient la main sur nos emails – ce qui devrait sans doute arriver – je suis sure qu’il y aurait des déclarations encore moins flatteuses sur le staff de Clinton, c’est ce qui arrive en campagne » a déclaré le sénateur du Vermont qui a trouvé bien plus d’intérêt à comprendre le fonctionnement de la campagne de sa rivale, « très différent du sien ».

Les démocrates libéraux et l’après élection

En campagne hier dans le New Hampshire, Elizabeth Warren et Hillary Clinton ont prévenu Donald Trump que les « nasty women » votent et appelé les électeurs à voter dès aujourd’hui dans les états qui le permettaient.

Alors que la victoire de Clinton se précise, les démocrates réfléchissent déjà à l’après élection et à la formation de la prochaine administration en cas de victoire. Et les démocrates libéraux, plus progressistes, font déjà pression autour de la candidate pour s’assurer des postes influents en janvier 2017. Parmi eux, Mme Warren devrait servir de poil à gratter de Clinton pour la nomination des ministères publics et offices du pays, Bernie Sanders du Vermont et Sherrod Brown de L’Ohio. L’un des postes les plus conviés serait celui du Secretary of the Treasury, le ministère des finances, qui gère notamment les relations du gouvernement avec Wall Street.

« Les deux partis s’attendent à un 8 novembre compliqué »

« Donald Trump ne capitulera pas sans se battre, ni ses supporters » constatait ce matin Salon, qui cite un sondage de IPSOS-Reuters réalisé en ligne entre le 14 et le 20 octobre selon lequel 49% des Républicains n’accepteront pas la résultat des élections si leur candidat perd.
Un scénario exceptionnel pour un pays démocratique, fomenté depuis des mois par le candidat républicain qui répète à qui veut l’entendre que les élections sont truquées, que certains bureaux de vote pourraient l’être, et que la candidature même de Clinton dans ces élections est inadmissible car elle devrait être emprisonnée.
Face à ces menaces, Républicains et démocrates se préparent à l’éventualité de batailles juridiques le jour des élections.

Obamacare très mal en point

Le gouvernement américain a annoncé hier après midi une hausse conséquente des prix des différentes forfaits maladies proposées par le Affordable Care Act, l’un des plus importants programmes mis en place par Barack Obama durant sa présidence.
On savait le programme fédéral à la peine à cause du désengagement de nombreuses compagnies d’assurance, qui recherchent avant tout le profit. Les premiums offerts par Obamacare devraient augmenter en moyenne de 22% sur l’ensemble du pays, avec des disparités selon les états (110% en Arizona et 69% en Oklahoma) et un assuré sur cinq n’aura plus qu’un choix possible d’assurance.
10 millions d’Américains ont souscrit à Obamacare grâce à des aides de l’état et des déductions fiscales et on peut s’attendre voir ce nombre se réduire dramatiquement à partir du 1er novembre date de renouvellement annuel des contrats.

« Obamacare est mort » affirmait hier soir Donald Trump dans un meeting de Tampa en Floride, « notre pays n’a pas les moyens, et vous n’avez pas les moyens » a-t-il renchérit en promettant qu’il serait capable d’offrir aux Américains « d’excellents soins de santé à très bas prix » sans davantage de précisions.

La peine de mort vit ses derniers jours

Dans son éditorial de lundi, le comité de rédaction du New York Times explique que « bien que la peine de mort soit toujours considérée comme constitutionnelle par la Cour Suprême, l’appétit des Américain pour cette pratique barbare diminue chaque année ».
Pour la première fois depuis un demi-siècle, moins de la moitié des Américains déclarent désormais soutenir selon un sondage Pew Research réalisé le mois dernier. Sur les 14 000 meurtres commis l’année dernière aux Etats-Unis, 49 seulement ont reçu « la pire des sanctions », le chiffre le plus bas depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976.
Les condamnés à mort le seraient à cause de trois facteurs communs: des procureurs zélés, des mauvais avocats commis d’office, et un parti pris racial ».
Place désormais à la Cour Suprême, la seule capable d’abolir la peine de mort.

Adnan Syed bientôt libre

Adnan Syed, emprisonné depuis 17 ans pour le meurtre présumé de sa petite amie, qui fut l’objet il y a deux ans du Podcast Serial, qui a aidé l’accusé à obtenir un nouveau procès, devrait pouvoir sortir de prison prochainement en attendant une date du juge. Il a aujourd’hui 35 ans

 

 

 

 

 

 

 

Comment l’empire d’Elizabeth Holmes s’est effondré

La nouvelle rubrique « Hive » de Vanity Fair, qui couvre depuis juin dernier « la Silicon Valley, Wall Street et Washington D.C » s’intéresse dans le numéro d’octobre au parcours d’Elizabeth Holmes, l’une des plus jeunes milliardaires américaines, dont la compagnie spécialisée dans les prélèvements sanguins, s’est révélée être un gigantesque mensonge

_76894099_theranos-logoLe portrait qu’en fait le journaliste Nick Bolton, qui n’a jamais rencontré l’intéressé est pour le moins effrayant, tant son image parait soignée, son discours réglé, et son ambition démesurée et sans limites.

Elizabeth Holmes a toujours voulu réussir à l’image de son idole, Steve Jobs, à qui elle a d’ailleurs emprunté le même col roulé noir qu’elle porte comme un uniforme. A 19 ans, elle décide de quitter la prestigieuse université de Stanford pour créer sa propre compagnie, Theranos, qui veut révolutionner la technique et l’analyse de prélèvements sanguins.

La technologie Theranos remplace plusieurs fioles de prélèvements sanguins contre une simple goutte de sang
La technologie Theranos remplace plusieurs fioles de prélèvements sanguins contre une simple goutte de sang

L’idée est simple: Remplacer le traditionnel prélèvement sanguin par intra-veineuse, long et douloureux, par une nouvelle technologie capable d’utiliser quelques petites gouttes de sang capable d’effectuer la même quantité d’analyses. L’expérience de la prise de sang est désormais sans douleur, très peu chère et les résultats disponibles en un temps record.

« Cette femme a inventé un moyen de réaliser 30 tests différents avec quelques gouttes de sang », titrait le magazine Wired en 2014.
En plus de révolutionner les tests sanguins, Holmes a soigneusement auréolé son projet d’une ambition louable, celle « de vouloir changer le monde » , un argument qui a dû peser dans la balance des 700 millions de dollars d’investissements qu’elle a réussi à rassembler.

En 2015, treize ans plus tard, la même compagnie est estimée à 9 milliards de dollars, Elizabeth Holmes est devenue la plus jeune self-made milliardaire au monde, une héroïne de la Silicon Valley et un modèle de réussite pour toutes les femmes du monde entier.

Seule ombre au tableau, la technologie sur laquelle repose le succès de sa compagnie n’est pas scientifiquement viable.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

C’est un journaliste du Wall Street Journal, John Carreyrou, qui s’est intéressé de plus près à cette technologie miracle, après avoir lu différents reportages sur Holmes, notamment celui du New Yorker, qui mettait l’accent sur la confidentialité d’une compagnie qui fournit à la fois l’équipement qui prend en charge la prise de sang et ses résultats:

« Certains observateurs sont troublés par le secret entourant Theranos. Ses prises de sang sont certes révolutionnaires mais la compagnie a publié très peu de données à des journaux scientifiques chargés d’examiner précisément comment l’appareil marche ou qui valident la qualité des résultats. »

Cet article daté de décembre 2014 est le point de départ d’une enquête de plusieurs mois au cours de laquelle John Carreyroux sera harcelé voire menacé par les avocats de Theranos, et ce jusqu’a la publication de ses recherches en octobre 2015 intitulée « La startup Theranos peine avec sa techonologie de prise de sang ».
Selon le journaliste, Theranos n’utiliserait pas la technologie de pointe soi-disant développée dans des appareils ultra-performants appelés « Edison » mais aurait recours à des laboratoires extérieurs pour effectuer les tests sanguins.

Publication en ligne de l'article du Wall Street Journal qui va précipiter la débâcle de Theranos
Publication en ligne de l’article du Wall Street Journal qui va précipiter la débâcle de Theranos

Elizabeth Holmes a réussi à tromper investisseurs, entrepreneurs et journalistes de la Silicon Valley parce qu’elle a parfaitement compris son fonctionnement (l’argent et la noblesse d’un projet), ses agents, et l’image de réussite qu’elle aime cultiver. « D’une certaine manière, l’adoration quasi-universelle dont jouit Holmes reflète un comportement extraordinaire » mais aussi « le propre narcissisme de la Silicon Valley » explique Nick Bolton.

Elizabeth Holmes a toujours été convaincue d’avoir La bonne idée, ce malgré les réticences des scientifiques à soutenir un projet qui est techniquement impossible: plusieurs gouttes de sang ne sont pas suffisantes pour obtenir des résultats sanguins satisfaisants. Loin d’abandonner son idée, elle a réussi à convaincre un professeur de Stanford de la soutenir.
Elle a ensuite vendu son projet à des investisseurs, à la condition de garder la technologie secrète et de garder le contrôle total de la compagnie, ce qu’elle a réussi à maintenir.
Enfin, elle s’est entourée d’un staff au garde à vous sans expérience scientifique, technologique ou médicale auquel elle a imposé la confidentialité la plus totale.

Aujourd’hui Elizabeth Holmes a perdu la plupart de ses soutiens de la Silicon Valley, est interdite de conduire un laboratoire médicale pour les deux prochaines années, ses machines « Edison » sont interdites d’utilisation par la Food and Drug Administration, et sa compagnie est sous le coup d’une enquête civile et criminelle de la Securities and Exchange Commission et du procureur de l’état de Californie, et deux procès de class action pour fraude.
Forbes l’a enlevé de sa liste des self-made entrepreneurs les plus riches, et estime aujourd’hui sa fortune à « presque rien. »

Holmes elle y croit toujours et participe à des conférence scientifiques et médicales au cours desquelles elle présente une nouvelle technologie d’analyses de sang qui ne serait « ni nouvelle, ni révolutionnaire ».