Le Kiosque du 14.04.17

 

 

  • Les médias conservateurs aiment les grosses bombes

    Au milieu d’une semaine plutôt déprimante pour beaucoup de conservateurs qui ont vu le président changer de bord sur à peu près l’ensemble de ses positions en matière de relations internationales – de « Je ne suis pas le gendarme du monde » à « je soutiens la mondialisation et les organisations internationales »
     
    Les médias de droite se sont néanmoins réjoui hier après midi du largage inattendu de la Mother Of All Bombs sur des « repères stratégiques et un ensemble complexe de tunnels » en Afghanistan (près de la frontière pakistanaise) qui appartiendraient des djihadistes de Daech.
     
    Le président n’a pas précisé si c’était lui qui avait ordonné l’attaque avec des explications incompréhensibles: « Tout le monde sait ce qu’il s’est passé. Ce que je fais c’est que j’autorise les militaires »
     
    « Une autre promesse de campagne tenue » s’est félicité The Gateway Pundit: « He [bombed] the shit out of ISIS » comme il l’avait promis l’année dernière et la plupart des médias conservateurs à l’instar de Drudge Report, Fox News, et Breitbart ont salué la décision.
     

    The Daily Caller / Facebook

     
    C’est une démonstration de force incontestable contre le terrorisme (qui aurait fait 36 morts selon les autorités afghanes et aucune victime selon le porte parole de Daech) mais aussi contre les autres puissances nucléaires, au moment où le président américain a affirmé que le problème « nord-coréen sera réglé ».
     
    Il a clairement voulu montrer une différente approche que celle de son prédécesseur Barack Obama et semble vouloir résoudre au plus vite les menaces qui pèsent sur les Etats-Unis, notamment la possibilité que l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord puisse atteindre Seattle dans les prochains mois.
     
    Leon Panetta, ancien Secrétaire de la Défense a appelé hier à la retenue en rappelant que les stratégies d’ endiguement et de dissuasion avait permis de neutraliser tout embrasement nucléaire avec la Russie pendant cinquante ans.
     
    Sean Spicer a affirmé hier que les Chinois devaient prendre en main le problème à la suite de la rencontre plutôt réussie entre le président Xi et Trump la semaine dernière à Mar-a-Lago, en Floride.

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  • Mais où est passé Stephen Miller?

    C’était les deux coqueluches du président il y a à peine deux mois, « mes deux Steve » qui lui ont écrit son discours d’investiture « American Carnage », les auteurs des deux décrets anti-immigration, un des échecs politiques de ce début de présidence.
     
    Aujourd’hui, l’un des deux, le plus charismatique, Steve Bannon est sur la sellette et haï par les médias.
     
    L’autre, c’est Stephen Miller, 32 ans, ancien conseiller parlementaire de Jeff Sessions, actuel ministre de la justice, a disparu de la circulation après un passage très critiqué sur les plateaux télé début février au cours duquel il a critiqué l’indépendance du pouvoir judiciaire envers le pouvoir exécutif et lancé des accusations de fraude électorale, sans aucune preuve.
     
    Selon Politico, le jeune Stephen aurait depuis pris ses distances avec Bannon et se serait rapproché du plus important conseiller et gendre du président, Jared Kushner, avec qui il travaille aujourd’hui dans l’American Office of Innovation sur des sujets moins polémiques: les congés parentaux, soins des enfants et des femmes laissant de côté son sujet de prédilection, l’immigration.
     

    L’évolution et la divergence des fortunes des deux conseillers les plus idéologiquement engagés par le président, deux fervents nationalistes qui ont forgé leur partenariat en travaillant ensemble à saper le projet de réforme sur l’immigration (« Gang of Eight ») illustre les changements d’impératifs pour le cercle rapproché de Trump au fur et à mesure qu’il apprend à gouverner.

     
    * « Trump got a new favorite Steve »Politico

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  • Steve Bannon, une revanche à la « Kill Bill »

    On évoquait hier la possibilité que Steve Bannon utilise Breitbart comme machine de guerre contre Donald Trump si ce dernier venait à le virer de la Maison Blanche.
     
    Même si les médias libéraux s’acharnent sur le personnage et publient depuis dix jours des articles sur sa progressive déchéance face à Jared Kushner et Gary Cohn, directeur du Conseil économique national, les médias de droite sont plus modérés sur l’avenir du « Darth Vador » de la politique.
     
    C’était sans compter le point de vue de Ben Schreckinger, journaliste de Politico, qui a demandé à ses collègues à quoi ressemblerait la revanche de Bannon:
     

    Leurs suggestions pointent vers une saga épique de vengeance du style Kill Bill qui commence avec Bannon qui lâche des informations embarrassantes sur ses ennemis aux tabloïds, qui utilise le mégaphone de Breitbart News pour exacerber les divisions à l’intérieur de l’administration et qui lance une armée de trolls sur internet contre ses adversaires pour les harceler et les diffamer.
    Ca se terminerait par Bannon qui utilise les données de Cambridge Analytica pour identifier et rallier les alliés les plus vulnérables de Trump du Congrès, publier un documentaire « Comment Trump s’est trompé » à la veille des élections de mi-mandat et enfin au bout de cette épopée, se présenterait contre Trump en 2020.

     
    * « Don’t count Bannon Out Yet » – Slate / « Today in Conservative Media
    * « Trump fired Bannon, Would He Seek Revenge? » – Politico

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  • United: l’addition va être salée

    Interrogé sur l’éventualité d’une plainte, l’avocat de David Dao, le passager qui a été assommé puis désembarqué de force par la sécurité de l’aéroport de Chicago, a répondu par l’affirmative jeudi lors d’une conférence de presse:
     

    Je mets quiconque au défi de suggérer qu’un usage abusif de la force et la violence n’a pas été utilisé pour évacuer Mr Dao de l’avion.

     
    Il a ajouté que son client avait été davantage traumatisé par cet incident que par son exil du Vietnam, une expérience qui remonte à quarante ans.
     
    Sa fille a affirmé que sa famille était « choquée et horrifiée » par la vidéo de l’incident.
    La victime est sortie de l’hôpital mercredi et a souffert d’un traumatisme crânien, un nez et deux dents cassées et doit faire de la chirurgie réparatrice.
     
    La compagnie aérienne qui vient de passer une semaine cauchemardesque: son CEO a d’abord d’abord défendu la politique de la compagnie et insisté sur la résistance du passager avant de reconnaître la violence de la situation et de s’excuser. D’autres parts le vol n’était pas « surbooké » car c’est après que tous les passagers se soient installés que quatre membres d’équipage ont voulu embarquer – c’est donc la seule responsabilité de United qui pourrait être condamné à payer des millions de dollars de dommages et intérêts à Mr Dao.
    Mais le « Chicago Aviation Department », responsable de la sécurité de l’aéroport et qui dépend de la ville, pourrait également être l’objet d’une plainte car elle doit répondre du comportement de ses trois employés qui ont interpellé le passager – aujourd’hui suspendus..

     
    Pire encore, ces derniers n’étaient pas des policiers mais portaient des uniformes affirmant le contraire et contre l’avis de leur direction.

 

  • « To Town Hall or not to Town Hall? »

    Les parlementaires et sénateurs du Congrès américains entrent dans leur deuxième de « recess », de retour dans leur circonscription, où ils doivent affronter la colère et les questions de nombreux électeurs, démocrates et républicains, sur les premières semaines du président, leur soutien à telle ou telle politique, notamment le remplacement d’Obamacare ou l’arrêt des subventions allouées à Planned Parenthood.
     
    Certains, comme le sénateur républicain du Nevada, Dean Heller, ont exprimé, en privé, leur réticence à participer à ces réunions publiques:
     

    Ca va être une longue journée, c’est le moins qu’on puisse dire. Deux heures de réunion – deux heures où les gens te crient dessus. Ca va être quelque chose mais c’est une case de cochée en plus »

     
    La situation de Heller est particulièrement inconfortable car il pourrait sa réélection en 2018 est compromise.
    Mais d’autres membres du Congrès américain dans des situations similaires ont ne préféré ne pas affronter leurs élus. Dans ces cas là, certaines groupes militants de gauche, comme « Individible » organisent des « empty chairs Town Hall« : des réunions organisées par des citoyens à l’intention de leurs élus et auxquelles ces derniers n’assistent pas.
     
    Ce sont surtout les Républicains qui évitent ce genre de face-à-face qu’ils considèrent comme des pièges politiques et préfèrent des conversations téléphoniques – souvent filtrées – ou des réunions plus petites qui permettent « une meilleure communication et invoquent également des problèmes de sécurité.
     
    * « Republicans decide: To town hall or not to town hall? »CNN

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  • Couverture du Jour

    Le Time consacre sa couverture à Sheryl Sandberg, la fameuse COO de Facebook, milliardaire et auteure du best seller « Lean In » sur la capacité des femmes à réussir au travail et à la maison, qui a perdu brutalement son mari en 2015 d’une crise cardiaque.
     
    Elle vient de publier un nouvel ouvrage « Option B: Facing Adversity, Building Resilience and Finding Joy » qui sortira le 24 avril prochain.
     

    Quand elle a perdu son mari, Sheryl Sandberg a également perdu ses repères. Maintenant elle veut aider les autres à dépasser leur chagrin. (…) ce que Sheryl a appris (…) c’est qu’il y a trois mythes auxquels les gens s’accrochent qui les empêche de se redresser face à l’adversité. La première c’est qu’ils sont responsables de qui leur est arrivé. La seconde est que la tristesse doit encadrer leur vie. Et le troisième est qu’ils ne se sentiront jamais mieux. Sandberg, une communicante née, appelle ces erreurs les trois P: Penser l’adversité comme Personnelle, Omniprésente (pervasive) et Permanente.

     

Jeudi 23 février 2017: « Bathroom Guidance »; Miller et la 2nd Travel Ban; Breitbart en UE et les Républicains face à Trump.

 

 

  1. Trump suspend les mesures anti-discrimination contre les étudiants transgenres.

    Mercredi, le président Trump a annulé une loi fédérale permettant aux étudiants transgenres d’utiliser les toilettes qui correspondent à l’identité de leur choix, différente de leur identité sexuelle.
    Le président Obama avait statué sur cette question qui divisait Républicains et Démocrates l’année dernière en imposant une « Bathroom Guidance » contestée dans une douzaine d’Etats du pays.
    Jeff Sessions
    , l’ancien gouverneur d’Alabama, dont la nomination comme ministre de la justice a été l’une des plus difficiles de l’administration Trump, est à l’origine de cette décision, qui met Betsy DeVos, nouvelle Secrétaire à l’Education, dans une situation délicate. 

    C’est la première atteinte aux droits civils mis en place par Obama qui seraient, semble-t-il, la cible de Jeff Sessions et une victoire pour les conservateurs.
    Début février la Maison Blanche avait pourtant annoncé que « le président Donald Trump est déterminé à protéger les droits des Américains, y compris la communauté LGBTQ (…) et continue de soutenir les droits LGBTQ, comme il l’a été durant les élections.

  2. La travel ban #2 aura les mêmes résultats que la travel ban #1

    Stephen Miller est finalement réapparu sur les plateaux télés, Fox News, pour discuter de la seconde « Travel ban » qui sera dévoilée la semaine prochaine au public américain. Comme à son habitude, le jeune conseiller du président, 32 ans, a attaqué la décision de la Cour d’appel de San Francisco en affirmant que la première version n’avait aucune erreur et que la nouvelle version aurait les mêmes conséquences politiques pour le pays. Affirmer que les deux décrets anti-immigration sont les mêmes et les différences purement techniques donnent à l’opposition (ACLU) et aux cours d’appel fédérales une excuse parfaite pour suspendre « travel ban #2 » si elle devait être contestée – ce qui a des grandes chances d’arriver.


  3. Sur la radicalisation de Stephen Miller.

    Dans le dernier numéro de New York magazine, le célèbre journaliste atypique, Andrew Sullivan (homosexuel, catholique et conservateur) écrit sur Miller:

    « J’ai l’impression de connaître Stephen Miller … j’ai l’impression de le connaître parce que j’ai été un peu comme lui.
    C’est le type classique: un garçon renfermé de centre droit dont le conservatisme a été radicalisé par des gauchos du système éducatif.
    Je ne blâme pas les libéraux pour le fanatisme inébranlable de Miller.
    Les étudiants de droite sont souvent moqués, isolés et critiqués dans les campus et malheureusement, leur réponse est souvent d’affirmer un peu plus leur haine envers les progressistes. Rapidement, ils adoptent des positions détestables juste pour agacer leurs pairs et professeurs. Après un bout de temps, tu ne défends même plus le conservatisme que tu ne t’attaques à la gauche, et au bout du compte, les questions s’effacent et c’est la haine qui reste. »

    A lire ici sur New York magazine, « The White House Mole » de Nadrew Sullivan

  4. Explosion des sites d’infos de droite 

    Axios a recensé les sites d’infos traditionnels, de gauche et de droite créé depuis les débuts d’internet en 1993.
    La présidence de Bush a été marqué par une croissance des sites plutôt libéraux, surtout autour de l’invasion de l’Irak en 2003, et la tendance s’est confirmée avec la création de nombreux sites conservateurs durant la période Obama.
    Entre 2009 et 2016, les médias traditionnels ont été accusés de ne pas couvrir assez les scandales de l’administration Obama et certains journalistes ont flairé l’opportunité et créé des sites d’infos conservateurs capables d’offrir l’actualité sous un nouvel angle – en dehors de Fox News.

    Conclusion: La plupart des sites d’infos ouverts ces vingt dernières années sont politiquement orientés, et les médias sociaux tendent à polariser davantage l’information offertes aux internautes à travers leurs systèmes d’algorithmes.
    La technologie numérique a facilité l’exploitation des divisions politiques

  5. Breibart privé de continent européen

    Après la victoire inattendue du Brexit en juin dernier puis celle de Donald Trump cinq mois plus tard, deux causes défendues et remportées par le site alt-right, le rédacteur en chef américain de Breitbart, Alex Marlow, avait annoncé l’ouverture de bureaux en France et en Allemagne, en prévision des élections présidentielles de mai prochain dans l’hexagone, et celles d’outre-Rhin en septembre prochain.
    Deux évènements politiques déterminants pour l’avenir de l’Europe, une « hérésie » politique pour Steve Bannon, qui verrait bien Marine Le Pen remporter les élections et Angela Merkel perdre un quatrième mandat. Le rédacteur en chef de Breibart UK depuis trois ans, Raheem Kassam, était en charge du projet.

    Mais selon Politico, « les difficultés à recruter des journalistes, les questions de la langue à utiliser, et le désir d’avoir un impact important lors du lancement ont ralenti les efforts pour mettre en place les éditions françaises et allemandes »: Si Breitbart veux percer dans ces deux pays, ils doivent s’exprimer dans la langue natale et il existe déjà, en France en tout cas, des journaux et sites internet d’extrême droite qui font diligemment leur travail (Valeurs Actuelles, Minute, Egalité et Réconciliation, Boulevard Voltaire).

  6. Video du jour

    L’un des meilleurs journalistes de la télé américaine, avocat de formation, ancien républicain de la Chambre des Représentant et présentateur depuis dix ans de l’émission politique matinale Morning Joe sur MSNBC , Joe Scarborough était l’invité de Stephen Colbert sur CBS mardi soir pour discuter du président.
    Donald Trump est un fervent téléspectateur de l’émission depuis ses débuts, et aujourd’hui Mr Scarborough jouit d’un accès privilégié à la Maison Blanche – tout en restant critique lorsqu’il le juge nécessaire – c’est à dire quotidiennement ces trois dernières semaines.

    Interrogé sur le président:

    « Je suis un républicain et un conservateur [comme Stephen Colbert] mais je suis un Américain avant tout (…) C’est aujourd’hui la responsabilité des Américains, et surtout des Républicains, et surtout de tous les républicains du Sénat, de s’opposer à un président qui remet en question l’autorité judiciaire [ pour la travel ban] et la légitimité d’un juge fédéral et de dire « ce n’est pas normal et nous devons le dénoncer »,  quand il critique la liberté d’expression et le Premier Amendement et les groupes de presse qui font leur travail.
    Il tient a mon parti en particulier de s’opposer et de prendre la parole parce que vous pensez être le centre du monde? Cette position ne vous appartient pas, vous l’occupez le temps d’une présidence grâce aux Américains.
    Le parti républicain doit savoir qu’il y aura un après Donald Trump et ce dernier sera jugé sur les cinquante prochaines années sur leur gestion des problèmes actuels. »

  7. La phrase du jour:

    Sean Spicer interrogé sur les électeurs américains qui envahissent les conseils municipaux pour protester contre le « Repeal & Replace » d’Obamacare:
    « Ce n’est pas parce qu’ils font du bruit qu’ils sont nécessairement nombreux. »
    L’état d’esprit de la majorité républicaine envers les Américains inquiets de perdre leur assurance maladie: « il y a des gens en colère mais il y a aussi beaucoup de manifestants professionnels (…) qui veulent attirer l’attention des médias. »

  8. A ne pas lire: « How to survive the next Four Years like a French Woman »

    Le 150 000 ème article sur la femme française qui fait mieux que tout le monde, et cette fois-ci c’est résister avec élégance dans le New Yorker: « Acheter des habits de qualité », « Flirter constamment », « Toujours garder un parfum à portée de main », « Garder un air mystérieux », « Assumer vos imperfections »

  9. Couverture du Jour:

    L’édition « The Future of Work » sur la nouvelle « working class » américaine à lire ici

    The New York Times magazine – Edition du 26 février 2017

 

 

Lundi 13 février 2017: « Le président Trump a 100% raison »

  1. Les positions dangereuses de Stephen Miller
    Hier matin, Stephen Miller, 31 ans, l’un des plus proches conseillers de Donald Trump a fait le tour des plusieurs plateaux télés pour dénoncer la décision « idéologique » des trois juges fédéraux qui ont « abusé de leur pouvoir » en maintenant la suspension de la « travel ban ».
    Il a même affirmé que le pouvoir judiciaire n’avait rien de « suprême » et prévenu « les ennemis, les médias et le reste du monde que les « prérogatives du président pour assurer la sécurité du pays sont bien réelles et ne seront pas remises en question ». Concernant les accusations de fraude électorale, il a affirmé qu’il avait 100% raison.

    Les journalistes de l’émission Morning Joe étaient choqués par la violence des propos du jeune Miller, très à l’aise, à « défendre la vision un pouvoir autoritaire – visiblement ignorant de la Constitution américaine. Donald Trump a ensuite félicité son assistant pour avoir « représenté » ses positions qui pourraient le mener tout droit vers sa destitution.
    Les Républicains n’ont pas commenté.
  2. Miller, la star du weekend
    Le Jeune Miller a été l’objet de deux portraits ce weekend dans le Washington Post et le New York Times. Il a grandit dans la communauté très libérale de Santa Monica en Californie dans laquelle il a développé des positions conservatrices, contre son lycée notamment, coupable de « multiculturalisme ». Il a été très marqué par les attentats du 11 septembre et encore plus choqué par l’opposition de certains Américains à la guerre en Irak. 

    Miller s’est fait un nom dans les milieux conservateurs pour ses prises de positions controversées, en se faisant le champion de ceux qui se sentent « muselés » par le politiquement correct. 

    Il a travaillé pendant plusieurs années pour le sénateur d’Alabama Jeff Sessions, aujourd’hui ministre de la Justice, où il a peaufiné ses politiques anti-immigration avant de rejoindre l’équipe de campagne de Donald Trump en janvier 2016. Il travaille main dans la main avec Steve Bannon, et sont les auteurs à succès de la travel ban #1

  3. Des remaniements en perspective
    Comme l’expliquait ce weekend le New York Times, il existe deux courants d’influence autour du président:
          1. Ceux qui cherchent la confrontation: Steve Bannon, Stephen Miller, Jeff Sessions et Kellyanne Conway sont des fidèles du président, ne l’ont jamais critiqué et capturent les « impulsions » de Trump, notamment contre l’immigration.
         2. Les « conformistes »: Ivanka Trump, Jared kushner, le chef de cabinet, Reince Priebus, Gary Cohn, le conseiller économique, le General Mattis, et Rex Tillerson. 
    Mais il y a ceux qui sont sûrs de rester: Ivanka Trump et Jared kushner, la famille.
    Reince Priebus, affaiblit par le passage en force des « confrontationalists », est en sursis cette semaine comme Michael T Flynn, conseiller à la Sécurité Nationale, qui fait l’objet d’une enquête interne pour une discussion qu’il a eu avec l’ambassadeur russe sur l’éventuelle levée des sanctions américaines, alors que Obama était encore au pouvoir. 
  4. Elizabeth Warren, le nouveau visage du parti démocrate?
    Donald Trump est un maître de la manipulation et il l’a prouvé contre l’opposition qu’il remodèle à sa convenance.
    La semaine dernière, la sénatrice du Massachusetts, à été interdite par la majorité républicaine de témoigner devant le Sénat contre la nomination de Jeff Sessions au ministère de la justice.
    Une démarche inhabituelle pour Mitch McConnell le porte parole des Républicains, qui a propulsé Warren en haut de l’affiche (#shepersisted).
    Pour certains, ce « cadeau du ciel » a été savamment ficelé par l’entourage du président, qui veut voir Elizabeth Warren à la tête du parti démocrate en prévision des élections de mi-mandat en 2018.
    Dans un déjeuner avec des sénateurs démocrates jeudi, le président a affirmé en toute finesse: « Pocahontas est le nouveau visage de votre parti » – le surnom choisi par Trump pour moquer Warren.

    Un scénario qui ravit les conservateurs à l’instar du National Review, « Elizabeth Warren Présidente », certains de pouvoir la battre facilement.
  5. Les conservateurs un peu plus critiques envers Trump
    Une fois n’est pas coutume, la revue conservatrice National Review affirme que « La Droite ne peut pas défendre le président » et s’intéresse aux réactions des Républicains face aux débordements de Trump: Garder le silence (la plupart des parlementaires) ou justifier l’injustifiable en parlant de comportement « peu conventionnel »

    La façon grandiloquente et impulsive qu’a Trump de gouverner et de communiquer empêche [les Républicains] d’anticiper ce qu’il va faire et de pouvoir défendre ses déclarations. Combien de fois il a discrédité ses propres supporters et son porte-parole, Sean Spicer. Quand un leader politique remplace des principes et une plate forme idéologique claire avec ses propres instincts et jugements, il ne fournit aucun argument valabe à ses supporters.
    Au bout du compte, l’argument devient simplement « faites confiance » en votre leader, il sait ce qu’il fait, c’est la seule personne capable. Ce n’est pas du conservatisme, ni de la démocratie.

  6. Hillary aux présidientielles de 2020…?
    Pour Matt Larimer, ancien conseiller de George W. Bush, dans Politico ce weekend, tout indique que Clinton se prépare pour une troisième round:
    * La cessation des activités de l’ONG de la Fondation Clinton, « Clinton Global Initiative », subventionnée par les Etats étrangers et au centre des accusations de conflits d’intérêts lors de la campagne présidentielle.
    * Les Clintons n’ont pas démenti les rumeurs selon lesquelles Hillary pourrait se présenter à la Mairie de New York en novembre prochain contre De Blasio.
    * La signature d’un septième ouvrage avec la maison d’éditions Simon & Schulster, et la promesse d’une tournée de promotion dans tout le pays – et l’éventualité d’être interrogée presque uniquement sur sa cuisante défaite de 2016.
    * Son tweet de jeudi soir sur la décision des trois juges de la cour fédérale de San Francisco de maintenir la suspension de la travel ban, « 3-0 » a été aimé 422 000 et retweeté 147 000 fois.
  7. Saturday Night Live cartonne 
    L’épisode de samedi soir restera l’un des plus drôles et des plus controversés de cette année avec Alex Baldwin en invité, qui nous a bien entendu offert un sketch de Trump mais qui a donné la part belle aux comédiennes de l’émission et Melissa McCarthy.
    Pour notre plus grand plaisir, McCarthy est revenue à la charge dans un autre sketch hilarant du porte parole de la Maison Blanche.
    Kate McKinnon, brutale, en Kellyanne Conway qui harcèle le journaliste star de CNN, Jake Tapper, dans un remake d’Attraction Fatale.
    Notre préférée, c’est Leslie Jones dans son propre rôle qui demande au big boss de SNL, Lorne Michaels, de jouer Donald Trump, à la place de Baldwin. Fantastique.
  8. Adèle célébrée aux 59ème Grammys
    Adèle, la reine des « coeurs brisés et de la rédemption » remporte les cinq trophées des cinq catégories dans lesquelles elle était nominée dont chanson de l’année (le très lointain « Hello ») et album de l’année, 25 et disque de l’année. L’excellent Lemonade de Beyoncé n’a reçu que le prix de l’album contemporain urbain de l’année. Elle méritait mieux.
  9. Couverture du jour, c’est celle de John Oliver sur Rolling Stone. Le journaliste a repris hier les rênes de son émission hebdomadaire Last Week sur HBO. 

    Rolling Stone – février 2017

« Muslim Ban »: Influence, inexpérience et imbroglio à la Maison Blanche

Le chaos provoqué par la « Muslim Ban«  est la preuve de son succès.
Ce sont les propos de Stephen Miller, 32 ans, l’auteur de la « Muslim Ban », conseiller du président et proche de Steve Bannon, qui a provoqué une crise à Washington et des manifestations dans tout le pays, la détention de centaines d’immigrés, après avoir passé agit seul, indépendamment du contrôle et des conseils toutes les agences gouvernementales concernées.

  • Contrairement aux informations qui circulaient dimanche concernant le Conseil National de Sécurité, une organisation administrative qui dépend directement du président, le conseille sur des questions stratégiques de sécurité nationale, dont l’influence est critique dans le domaine des Affaires Etrangères, Trump a décidé de garder le siège permanent de conseiller militaire, appartenant actuellement au Chef d’Etat-Major des armées, le général Joseph Dunford et rajouté un siège pour son conseiller le plus proche, Steve Bannon. 
  • On l’a appris sur l’émission politique de MSNBC, Morning Joe ce matin, la décision d’interdire l’entrée des réfugiés et citoyens originaires de sept pays musulmans aux Etats-Unis, « la Muslim Ban », a été prise en petit comité vendredi à la Maison Blanche sous l’autorité de Stephen Miller, 32 ans, engagé par son ami et mentor, Steve Bannon, le conseiller le plus influent du président.
    Le Conseil National de Sécurité n’en n’a pas été informé.
  • Joe Scarborough, l’un des co-présentateurs, s’est entretenu avec Donald Trump, ses conseillers et les anciens de Barack Obama, ce weekend:

    Stephen était vendredi à la Maison Blanche [pour discuter de la « Muslim Ban »] et aurait refusé d’aller consulter les autres agences fédérales ou des avocats, et a voulu faire cela tout seul (…)
    Tu as une très jeune personne à la Maison Blanche assoiffée de pouvoir qui pense pouvoir écrire un décret présidentiel et aller dire à toutes les autres agences gouvernementales d’aller au diable.
    Washington est horrifié ce matin de savoir que Stephen Miller était prêt à agir en dehors du processus de coopération des agences.

    L’essentiel à retenir de toutes les discussions vient du comité charge des Affaires Etrangères qui espère que la jeune équipe de la Maison Blanche s’est bien amusée en essayant de faire des politiques dans leur coin sans les prévenir parce que cela n’arrivera plus jamais.
    La chaîne [de commande] se resserre rapidement (…)

Donald Trump n’aurait pas reconnu au téléphone avoir fait une erreur, mais tous ses conseillers reconnaissent que l’opération s’est très mal passée, au niveau du manque de communication et d’explication avec les médias, et surtout sans aucun contrôle des agences gouvernementales.

L’une des premières erreurs de Donald Trump, inexpérimenté en politique qui pense qu’il peut mettre en place une promesse de campagne sans consulter l’appareil gouvernemental.

Stephen Miller s’est défendu ce matin sur CBS d’avoir mis en place « quelque chose de très réussi qui défit la vieille orthodoxie », s’est félicité de la mise en place « efficace » du décret et a remercié « au nom de la Maison Blanche, les agents des douanes qui ont appliqué la loi. »

L’influence d’un jeune conseiller dans les plus hautes sphères du pouvoir qui a été capable de faire passer une loi aussi importante sans passer par les agences de contrôle montre son inexpérience, et celle du président, et l’influence dont fait l’objet aujourd’hui le Commander-in-Chief, de la part de Steve Bannon, et sa dangerosité.