Christopher Knight: Le dernier ermite américain

 

 

C’était comme si il était parti camper un weekend et qu’il était revenu vingt-ans plus tard

 

En 1986, Christopher Knight a tout abandonné sur un coup de tête et a décidé d’aller se perdre dans une forêt du Maine accompagné d’un sac à dos et d’une tente.
Il y a vécu seul, coupé du monde jusqu’en 2013, quand il est sorti des bois, menottes aux poignets.

Il n’a suivi aucune religion, il n’a pas agit contre la société moderne, il n’est pas parti créer ou écrire un traité philosophique.
Il n’a jamais pris de photo, ni écrit une phrase.
Pas une seule personne n’a su où il était passé.
Il a tourné le dos au monde. 

Il n’y a pas vraiment de raison pour laquelle il a fait cela. Quelque chose qu’il est encore incapable d’expliquer l’a retenu du monde avec la persistence de la gravité. Il est l’un des plus grands solitaires que l’histoire ait connu, et l’un des plus fervents. 
Christopher Knight est un véritable ermite.

 

Il avait vingt ans lorsqu’il a abandonné sa voiture au fin fond d’un petit chemin, et s’est enfoncé dans la nature pour ne jamais revenir: « Je n’avais aucun plan quand je suis parti, je ne pensais à rien, je l’ai juste fait. »
Son seul but était se perdre. 

 

The Stranger in the Woods by Michael Finkel – Penguin Random House

Pour survivre seul, il s’est installé un campement de fortune auprès d’une lac, assez discret pour ne jamais être repéré, et assez proche pour pouvoir aller se nourrir et s’équiper dans les cabines alentours lorsque leurs propriétaires étaient absents.

Pour cela, il lui a fallu observer et comprendre leurs habitudes, et choisir les moments opportuns pour s’introduire chez les uns et les autres sans être vu. 

Il est devenu cet homme de bois, qui s’est soustrait à la société, à sa famille et a ses amis, sans jamais demander d’aide mais en survivant grâce aux inconnus qu’il volait régulièrement.


« On ne peut pas vivre vraiment seul » reconnait-il aujourd’hui, même s’il n’a adressé la parole à personne pendant près de 10 000 jours.


Lors du millier de cambriolages qu’il a effectué pendant toutes ces années, il a récupéré des dizaines de clés d’habitations, du matériel de survie, des vêtements et chaussures de qualité car « elles durent plus longtemps »


Knight a finalement été arrêté en flagrant délit de vol dans le camp d’été de Lakeside, après 27 ans d’isolation complète.
Il a été inculpé de cambriolage et de vol et amené à la prison locale.

Son arrestation a entraîné une tornade médiatique – des lettres, des visiteurs et environ 500 journalistes ont demandé une interview.
Une équipe documentaire s’est déplacée et une femme l’a même demandé en mariage.

 

Christopher Knight est escorté à la cour d’Augusta dans le Maine en octobre 2013 / Photo: AP


Il a accepté de raconter son histoire à un reporter qui en a fait un livre dont est extrait l’article du Guardian.

 
« Into the woods: how one man survived alone in the wilderness for 27 years » by Michael Finkel for The Guardian
*
« The Stranger in the Woods » by Michael Finkel for Penguin Random House

* « The Secret life of America’s Last true Hermit »Outside

« London Bridge is down »

Une enquête passionnante du Guardian sur la façon dont le Royaume-Uni s’est préparé depuis des années au décès de la Reine Elizabeth II d’Angleterre qui fêtera ses 92 ans le 21 avril prochain.

Elle est vénérée à travers le monde. Elle a survécu à douze présidents américains.
Elle représente la stabilité et l’ordre. Mais son royaume est en crise, et ses sujets refusent d’accepter que son règne finisse. C’est pourquoi le palace a un plan.

Un plan minutieusement élaboré depuis des années par le gouvernement, Buckingham Palace, la BBC pour offrir aux Anglais, à la Monarchie, et au reste du monde, une succession dans les règles de la tradition royale.

Il existe différentes étapes dans le processus de succession de la Monarchie, la dernière remonte à 65 ans, définies depuis le début du XIXème et qui seront à l’oeuvre lorsque la reine d’Angleterre s’éteindra.

« La plupart envisage qu’elle mourra après une brève maladie » entourée par sa famille et ses amis, et le gastroentérologue, Professeur Huw Thomas, qui contrôlera les informations à diffuser au public.
C’est le Secrétaire de la Reine, Sir Christpher Geidt, chargée de sa succession, qui contactera d’abord le Prime Minister.

« London Bridge » est le nom donné aux préparatifs entourant la mort de Elizabeth II; « London Bridge is down » sera le terme utilisé par les officiels pour prévenir dans le plus grand secret les quinze gouvernements dont la reine est également « Chef de l’Etat » et les 36 nations du Commonwealth, pour lesquelles elle est une figure symbolique.
Les médias seront avertis par un communiqué envoyé à Associated Press, et le reste du monde simultanément, tandis que le site internet du Palace sera remplacé par une page noire.

Toutes les télés et radios anglaises se sont préparées à cet évènement inéluctable, de la tenue des présentateurs, costard noir et cravate noir, jusqu’à l’annonce elle-même.

Les gens vont être bouleversés et vont devoir contempler l’étrangeté de son absence. C’est la seule monarque que la plupart d’entre nous n’ait jamais connue. L’étendard royal sera sur tous les écrans. On jouera l’hymne national. Vous vous rappellerez ou vous étiez

Quel que soit le scénario de son décès, le corps de la reine sera transporté dans la Chambre du Trône de Buckingham Palace, tandis que partout dans le pays, les drapeaux seront en berne et les cloches sonneront.

Les funérailles de la Reine font l’objet de deux à trois réunions chaque année depuis quinze ans avec « une douzaine de départements du gouvernement, la police, l’armée, la télévision et les « Royal Parks » pour qu’elles soient parfaitement organisées.

Ces dernières années, la plupart du travail sur « London Bridge » s’est concentré sur la chorégraphie précise de l’accession de Charles.
Il y a deux évènements: la fin d’un règne et l’arrivée d’un roi. Charles devrait faire sa première en tant que Chef de l’Etat le soir de la mort de sa mère.

Quant aux deux Chambres, elles devraient se réunir dans les heures qui suivent la mort d’Elizabeth, puis la Chambre des Communes une nouvelle fois au cours de laquelle le Prime Minister prêtera serment d’allégeance au nouveau souverain.

Il sera officiellement proclamé roi le lendemain à 11 heures du matin, par le « Très Honorable Conseil privé de sa Majesté » réunit au Palais Saint James, résidence administrative officielle de la Couronne, et selon un protocole, encore une fois très précis.

Il apparaîtra pour la première fois en tant que roi d’Angleterre, le soir, depuis la Friary Court du palais, pour prononcer son premier discours, retransmis par les télévisions du monde entier et devant des milliards de téléspectateurs.

Tout un ensemble de rituels aura lieu à Londres pour célébrer le nouveau souverain et y faire participer les sujets de nouvelle Majesté.

Les funérailles de la Reine auront lieu neuf jours après sa mort.
Son corps reposera d’abord à Buckingham palace.
Au quatrième jour, le cercueil de la Reine sera transportée dans le Hall de Westminster où il restera quatre autres jours sur un catafalque drapé de violet.

Le jour des funérailles, un jour de congé pour la plupart des Anglais, magasins seront fermés, comme la bourse, Big Ben sonnera les cloches à 9 heures du matin.
Le cercueil de la reine sera transporté jusqu’à l’Abbaye de Westminster, située à quelques centaines de mètres: elle sera la première monarque anglaise à y avoir ses funérailles depuis 1760.

Quand le cercueil atteindra les portes de l’Abbaye, à 11 heures, le pays entrera dans le silence.
Les stations de métro cesseront leurs annonces. Les bus s’arrêteront et les chauffeurs sortiront pour se mettre au bord de la route. En 1952, au même moment, tous les passagers d’un vol Londres-New York se sont levés de leurs sièges et sont restés debout, six mille mètres au dessus du Canada, et incliner leur tête.

Le cercueil sera ensuite placé dans un carrosse royal, le même que celui utilisé pour le père de la Reine et le père et grand-père de son père, et la procession qui longera The Mall pour être ensuite transporté depuis Hyde Park Corner dans un corbillard jusqu’à Windsor, situé à 37 km de Londres, ou elle reposera avec ses ancêtres.

*  » ‘London Bridge is down’: The Secret plan for the days after the Queen’s Death » – Sam Knight – The Guardian

L’appel du Guardian aux journalistes américains

Les attaques répétées du président et du porte-parole de la Maison Blanche contre les médias obligent à davantage de solidarité et de coopération entre groupes de presse et journaliste. selon le quotidien anglais The Guardian.
Leur appel sera-t-il entendu?

Deux évènements ces dernières semaines ont bien fait comprendre le besoin d’unité du quatrième pouvoir face à l’hostilité de la nouvelle administration:

  • 11 janvier 2017, Manhattan: Lors de sa première conférence de presse en tant que président, Donald Trump « attaque et humilie » un reporter de CNN en l’accusant de propager des « fake news » en référence au rapport controversé et non-vérifié publié par Buzzfeed la veille.
    Aucun journaliste n’a défendu Jim Acosta qui n’a eu aucun droit de réponse ce jour là, malgré les demandes répétées.
  • 21 janvier 2017, Washington D.C.: Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, réunit la presse dans la briefing room de la Maison Blanche ment sur l’audience et la mobilisation des Américains lors de la cérémonie d’investiture du président et accuse la presse d’être malhonnête.

Nous devons faire face à une situation qui nous dépasse et qui est trop importante pour la gérer soi-même: L’impact de Donald Trump sur la démocratie aux Etats-Unis

The Guardian propose des solutions

  1. Montrer une complète solidarité entre confrères: Si Donald Trump refuse de répondre aux questions d’un journaliste, le suivant devrait reposer la même question et ainsi de suite jusqu’à qu’il réponde à la question.
    Si un journaliste est accusé à tort, ses confrères devraient prendre sa défense.
  2. La seconde étape repose sur l’échange d’informations pour plus d’efficacité. Si un journaliste obtient un scoop mais manque d’informations pour le corroborer, il pourrait demander l’aide de confrères du New York Times, CNN, ProPublica ou Fox News qui ont peut-être la « pièce manquante du puzzle »
  3. « Le plus haut degré de collaboration » serait une enquête commune sur les conflits d’intérêts du président à l’étranger et sur ceux des milliardaires de son cabinet.
    L’autre enquête s’intéresserait à ses liens avec la Russie et pourrait inclure la participation d’autres médias étrangers.

Trump est désormais le président des Etats-Unis, il représente l’exécutif. La noblesse du métier de journaliste a toujours été de vérifier le pouvoir du gouvernement, au coeur de l’Autorité (…) Il a menacé sa rivale d’emprisonnement, a fait des promesses qu’il ne pourra pas remplir, mélange famille et gouvernement, refuse de se soumettre au contrôle et lutte contre la liberté de la presse.

Ce gouvernement a décidé de prendre un chemin différent et hostile. Il est temps pour nous de changer le nôtre. Ce n’est pas seulement juste, c’est nécessaire.

Le kiosque du lundi 17 octobre 2016

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On commence par des rires avec Saturday Night Live qui est revenu sur le débat de dimanche dernier avec beaucoup d’humour

Donald Trump n’a pas vraiment apprécié, a attaqué le show « chiant et pas drôle » et « les médias [qui] truquent les élections »

Trump et « The Big Rig »

On l’avait compris depuis plusieurs semaines déjà, si Trump perd les élections, ce sera à cause des médias qui ont « truqué les élections » en soutenant largement sa rivale, Hillary Clinton.

Des propos incendiaires qui viennent envenimer la colère et la frustration de sa base électorale déjà très aigrie. Le New York Times a publié sur Facebook une vidéo d’un meeting du candidat républicain à Cincinnati, où l’on entend le public s’adresser aux journalistes et caméramans présents dans la salle: « Dites la vérité! Dites la vérité! » dans des témoignages de défiance sans précédent selon le correspondant sur place.

Les quotidiens du pays s’inquiètent d’une rhétorique qui pourrait jeter le doute sur le résultat des élections, surtout que Trump à laisser entendre que les bureaux de vote pourraient également être l’objet de « trucages ».
En remettant en cause l’intégrité même du système démocratique, Trump s’aligne ici avec la stratégie de Poutine et de Wikileaks qui vide a déstabiliser le système démocratique dans son ensemble pour créer le chaos le jour J. Mike Pence a assuré que les Républicains accepteraient le prochain président, mais qu’en est-il des électeurs les plus remontés?

Trump le prédateur et Clinton Profil bas

Neuf femmes se sont manifestées pour dénoncer les attouchements et baisers déplacés de Trump ces dix derniers jours, relayées par différents médias (Le New York Times, le Washington Post et The Guardian) et qui ont été systématiquement reniés par l’intéressé.
Il reste quelques irréductibles autour du candidat républicain à l’instar de Rudolph Giuliani « qui croit son ami quand il dit qu’il ne l’a pas fait » ou de Newt Gingrich qui a tout même exprimé sa frustration.
De son côté, Hillary Clinton fait profil bas, de peur de se retrouver à devoir justifier le comportement de son mari lorsqu’il était gouverneur de l’Arkansas et président des Etats-Unis.

 

« C’est assez, qu’importe le troisième débat »

Pour Michael Cohen du Boston Globe, on a atteint le point de non retour et la tenue d’un troisième débat présidentiel n’a aucune raison d’être pour Hillary Clinton dont la dernière performance, « devant la crudité, l’ignorance et le manque d’élégance de Trump » peut-être considérée comme « l’une des plus extraordinaires de l’histoire politique moderne ».
Ni la candidate démocrate, ni le public américain ne devrait subir cette nouvelle humiliation au cours de laquelle il « va utiliser toutes les théories du complot, même les plus ridicules (…) accuser Hillary Clinton d’avoir tué Vince Foster ou diriger un cartel de drogues en Amérique Centrale » pour essayer de la discréditer.
Pourquoi ne pas être soumis à un test sanguin avant ce troisième débat comme Trump l’a suggéré samedi, en accusant Clinton d’avoir des pris des drogues avant le second débat?

Qui veut voter pour les Third Parties?

Pour John Oliver et nombres de journalistes américains, aucun électeur ne devrait voter pour les « Third Parties » de Gary Johnson et Jill Stein.

 

Des études sur Bob Dylan

Un professeur de Lettres Classiques de Harvard a connu une célébrité éclaire et une reconnaissance de fait depuis que le chanteur américain a remporté le Prix Nobel de Littérature la semaine dernière. Ce dernier enseigne dans la Faculté des Arts et des Sciences un séminaire de première année intitulé « Bob Dylan » dans lequel « examine le phénomène culturel, littéraire et musical dans la culture populaire des 55 dernières années ». Le comité chargé de valider les cours a d’abord refusé d’intégrer cet enseignement avant d’être convaincu et de le proposer à ses étudiants à partir de 2004.

Mort de la mère de Kalief Browder

C’est l’une des histoires les plus tragiques que New York ait connu ces dernières années, celle du suicide de Kalief Browder, un jeune afro-américain de 22 ans, arrêté six ans plus tôt, en mai 2010 pour un de vol de sac à dos pour lequel il a toujours clamé son innocence. Il est resté trois ans à Rykers, l’une des prisons les violentes du pays, dans le nord de Manhattan incapable de payer les 3 000 dollars de caution et pris ensuite dans les méandres du système judiciaire new yorkais. Après plusieurs tentatives de suicides, de passages à l’hôpital psychiatrique, il a été retrouvé pendu dans sa chambre en juin 2015.
Sa mère qui avait réussi à attirer l’attention sur les conditions de détention de son fils (coups à répétition de la part des gardiens et des prisonniers, malnutrition, deux ans d’isolement) grâce notamment à un profil dans le New Yorker, est décédée hier d’une crise cardiaque.
Le rappeur Jay Z, qui avait rencontré Kalief après sa sortie de prison, a produit un documentaire sur la calvaire du jeune homme qui sera diffusé en janvier prochain sur la chaîne câblée Spike

 

 

Le Kiosque du lundi 10 octobre

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Ryan quitte la campagne de Trump

Paul Ryan, le porte parole des Républicains à la Chambre des Représentants vient d’annoncer ce matin qu’il ne défendrait plus Donald Trump durant les 29 derniers jours de campagne pour tenter de conserver la majorité dans les deux chambres du Congrès américain.
Il n’a ni annoncé qu’il lui retirait son soutien, ni avancé la victoire de Clinton mais ça reste catastrophique pour la campagne du candidat qui espérait sans doute avoir rassuré ses confrères après le débat d’hier.

Je suis un « gentleman » qui « respecte les femmes »

Les échanges étaient directs, personnels, et parfois violents entre les deux candidats hier soir, et malgré les attaques de Trump contre Bill Clinton, la présence de trois femmes qui ont accusé l’ancien président de viol, et les insinuations selon lesquelles Hillary aurait « violente » à leur égard n’a pas réussi à déstabiliser la candidate démocrate qui est resté posée, souriante, et ferme.

The Washington Post
The Washington Post

« Une femme compétente qui débat avec un homme qui n’a pas idée de quoi il parle » résume Matthew Yglesias dans Vox, « Trump n’a aucune idée du fonctionnement du gouvernement américain ni des politiques publiques ».
Le journaliste de citer une vidéo de Trump durant les Primaires républicaines face à Marco Rubio au cours de laquelle il est incapable d’expliquer son programme de réformes de l’assurance maladie.

Il n’a aucune idée de quoi il parle mais a tout de même essayé de rassurer les téléspectateurs en affirmant « avoir beaucoup de respect pour les femmes. Personne n’a plus de respect pour les femmes que moi » et en déclarant que sa rivale n’avait « que de la haine dans son coeur »,

Jeter sa rivale en prison

Trump a également promis une commission d’enquête spéciale pour juger à nouveau Clinton et la jeter en prison s’il le faut des propos qui relevaient plus « d’une république bananière que d’une démocratie ».

New York Post - Edition du 10 octobre 2016
New York Post – Edition du 10 octobre 2016

 

Le format du débat, un jeu de questions-réponses avec un panel de citoyens permettait aux candidats de se déplacer sur le plateau, ce que Trump n’a pas arrêté de faire tout au long des 90 minutes du débat, se tenant parfois derrière Clinton, lorsqu’elle prenait la parole, la pointant du doigt à plusieurs reprises a parfois mis mal à l’aise, surtout après les propos orduriers prononcés à l’encontre des femmes dans la vidéo diffusée ce weekend par le Washington Post.

The Guardian termine son analyse du débat de cette manière: « L’histoire devra vraisemblablement juger la première femme président à accéder à la Maison Blanche en s’imposant contre l’un des derniers grands porcs machistes »

Donald Trump a sans doute rassuré sa base en faisant du Trump mais il n’a pas pu convaincre les indécis, ceux dont il a besoin pour gagner les élections comme l’a signalé le commentateur républicain Neil Newhouse

« Un moment profondément abject pour la politique américaine » selon le New York Times, « une grande victoire » pour Mike Pence, le colistier de Trump et ses supporteurs.

Pour le Los Angeles Times, un « débat médiocre » que le candidat républicain a terminé dans la « même mauvaise condition que celle où il avait commencé: Avec des Républicains inquiets de la trajectoire de sa campagne, et certains qui l’appellent à abandonner sa candidature ».
La décision de Paul Ryan de quitter la campagne de Trump ce matin ne fait que confirmer les inquiétudes du parti, et même si l’ancien colistier de Mitt Romney aux élections de 2012, a appelé ses collègues à « choisir ce qui est le mieux pour [eux] » d’autres parlementaires devraient vraisemblablement suivre sa décision.

Enfin un autre quotidien conservateur, le Birmingham News, le plus important d’Alabama, s’est rangé derrière Clinton:  »

Les élections de 2016 ne sont pas normales et Donald Trump n’est pas un candidat normal, c’est un homme qui n’est pas absolument pas fait pour être président et elle le seul moyen de l’en empêcher.

Le Kiosque du mercredi 5 octobre

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Les débat des VPs
Comme nous le rapportions hier soir, on a assisté à un « vrai » débat politique entre Mike Pence, le colistier de Trump et Tim Kaine, celui de Hillary.
Tous les commentateurs s’accordent sur la bonne prestation de Mike Pence qui est resté calme et posé, « comme un républicain traditionnel », devant les attaques de son adversaire qui s’est montré parfois agressif avec une fâcheuse tendance à couper la parole.
Mais le VP de Trump a eu plus de mal à défendre les propos et comportements de son candidat soit en affirmant qu’il n’en n’était pas l’auteur, soit en les justifiant sur le compte d’une personnalité plus grande que nature.
Selon FiveThirtyEight, les exégèses sur ce second débat ne devraient pas excéder un « cycle de news » qui retiendra certainement « les interruptions de Kaine et les réticences de Pence à défendre les déclarations controversées de son candidat ».

Le site du parti conservateur a été raillé hier pour avoir annoncé la victoire de Pence une heure et demie avant le début des hostilités – on y a trouvé une vidéo du ticket Trump-Pence qui accuse Obama et Clinton d’avoir rendu le monde « instable » et l’Amérique « vulnérable » aux attaques terroristes.


Wikileaks fête ses dix ans
Julian Assange a annoncé hier depuis l’ambassade équatorienne, à l’occasion des dix ans de Wikileaks, la diffusion imminente de « documents révélateurs » sur Google, la surveillance de masse, le pétrole, et les élections présidentielles américaines avant le 8 novembre – mais rien qui devrait inquiéter Hillary Clinton.

Old media contre new media?
Jeff Zucker, le président de CNN, qui a affirmé en août dernier que « Vice et Buzzfeed [n’étaient] pas des organes de presse sérieux » mais des « vendeurs de publireportages » a engagé cette semaine, le journaliste politique star de Buzzfeed, Andrew Kaczynski.
Vice produit effectivement beaucoup de contenus sponsorisés mais a prouvé depuis plusieurs années maintenant qu’il sait produire du bon journalisme, notamment à travers ses documentaires et émissions diffusés sur HBO. Buzzfeed a quant à lui ouvert « Buzzfeed News«  en 2012 et s’est doté depuis d’une sérieuse équipe de journalistes d’investigation.

Pardon chez les Amish
Reportage en noir et blanc sur la communauté religieuse américaine par l’un des siens, Zachary Tyler Roberts, qui est retourné dans sa ville natale de Lancaster County en Pennsylvanie pour témoigner de la vie de sa famille et des siens, marquée dix ans plus tôt par le massacre de 5 étudiantes Amish et du suicide de son auteur, Charles Roberts, le frère de Zachary. La communauté avait alors décidé de soutenir et de pardonner à la famille Roberts.

Merci Obama
Dans quelques mois, Barack quittera ses fonctions, et déjà les hommages commencent à arriver à l’instar de ce numéro spécial de New York magazine cette semaine sur ses huit ans de présidence.
The Guardian a publié les remerciements d’une journaliste américaine envers un président que beaucoup de ses compatriotes commencent déjà à regretter.

Les Simpsons à Boston
Les Simpsons voyagent à Boston cette semaine et l’épisode nous offre des références amusantes sur la ville, sa réputation, son équipe de football et son quarterback, Tom Brady, le mari de Gisèle Bundchen. A regarder le 9 octobre prochain sur Fox.

Tomi Lahren, 24 ans, « l’enfant soldat » des médias conservateurs

Les femmes n’ont pas vraiment la côte dans les médias conservateurs américains, mais une fois n’est pas coutume, Tomi Lahren, jeune diplômée de 24ans, casse la baraque à coups de discours enflammés, rhétoriques racistes et vidéos diffusées sur Facebook

 

Une star télé conservatrice à 24ans

Fraichement diplômée de l’Université du Nevada, Lahren s’est directement vue proposer un show sur la chaîne d’infos câblée conservatrice One America News.
Son émission « One Point » a suscité l’intérêt du public au fur-et-à-mesure de ses propos tendancieux: son premier fait d’arme intervient à la suite de la tuerie de quatre marines des mains de Muhammad Youssef Abdulazeez à Chattanooga le 16 juillet 2015. Lahren réagit alors en direct en dénonçant « la mentalité à mi-chemin, à moitié-cuite, sur la pointe de pieds, qui se veut amicale avec les Jihadistes » de Barack Obama.
La séquence à été vue 2,5 millions de fois et un mois après, elle est promue sur une chaîne conservatrice plus populaire, The Blaze.

L’anti-pop culture

The Blaze est un réseau d’information et de divertissement conservateur créé par Glenn Beck, journaliste passé par Fox News, ancien héros du Tea Party, qui lui a offert une nouvelle émission, Final Thoughts qui cartonne désormais quotidiennement.

La jeune journaliste n’a pas déçu en enchaînant les critiques de Beyoncé, lors de sa prestation au Superbowl, lorsque que la chanteuse a rendu hommage aux Black Panthers et Malcom X et plus récemment de Colin Kaepernick, le joueur de football américain, à l’affiche de Time magazine cette semaine, qui refuse de saluer le drapeau américain en signe de protestation contre les violences policières envers les minorités.

The Guardian a consacré une enquête cette semaine sur le phénomène Tomi Lahren, et note que son succès repose en partie sur une dénonciation conservatrice de la pop-culture, d’autant plus acceptable et influente qu’elle appartient à la génération des Millenials.
Très populaire pour ses positions conservatrices « dont elle est passionnée » – ou furieuse, parfois même hystérique, à vous de voir – elle admet ne pas pouvoir prétendre au statut journaliste et accepte celui « commentatrice ».

Indépendante, ambitieuse, « courageuse » selon ses propres termes, Lahren appartient à cette nouvelle génération de conservateurs qui n’ont pas peur d’utiliser le thème de race pour dénoncer les problèmes auxquels fait face l’Amérique quitte à être traitée de raciste – elle l’assume. Elle n’a pas eu de problème non plus à comparer le Ku Klux Klan avec Black Lives Matter, et rejette le politiquement correct, comme Milo Yiannopoulos, le jeune journaliste anglais de Breitbart News interdit à vie de Twitter pour avoir lancé une campagne raciste cet été contre l’actrice Leslie Jones.
Les deux savent aussi que leur physique jouent en leur faveur et ne s’en cachent pas.

Elle est fière d’être blanche comme vous devriez fière d’être « noir » et a du mal à comprendre les protestations des minorités du pays, « qui sont pourtant nées avec les mêmes droits ». Issue d’une famille de Marines, elle respecte le drapeau et le pays, et propose à Kaepernick de le quitter s’il a tant de critiques à lui adresser.
Dans une séquence diffusée Jeudi soir dans le Daily Show de Comedy Central, Treyvor Noah l’a qualifié « d’enfant soldat », un surnom on ne peut plus approprié pour cette férue des armes à feu.

« C’est difficile de savoir si sa colère se dissipera un jour, quelque soit le résultat de l’élection, mais même si elle disparaît, Lahren restera sans doute un bon de temps. Comme le conservatisme américain, elle a plein de ressources et peut facilement s’adapter. »

La revue de presse du lundi 19 septembre

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Elections présidentielles américaines
Le cauchemar continue pour la campagne d’Hillary Clinton qui perd des votes chez l’électorat afro-américain, peine à renforcer sa main mise sur l’électorat latino, quand tous les journaux admettent aujourd’hui que Trump peut gagner et pousser davantage d’électeurs à aller voter le 08 novembre.

Comme le remarquait le New York Times, la semaine dernière, « Trump nous a montré combien il se fout des attentes que ce sont censées respecter les leaders américains. Non seulement il brise les normes politiques, mais lui et ses conseillers s’en moquent. »

Quant à Hillary Clinton, même avec les renforts de Barack, Michelle Obama, Bernie Sanders, elle peine à convaincre les minorités de se rallier à son programme, latinos et afro-américaines, et ce malgré les insultes répétées de son adversaire à leurs égards.
Aujourd’hui, elle mise sur les débats présidentiels pour faire repartir sa campagne, le premier aura lieu le 26 septembre prochain. Elle peut également miser sur le soutien des états démocrates (18 sur ces six dernières élections) qui totalisent avec le District of Columbia, 242 « grands électeurs » sur les 270 nécessaires pour gagner la présidence. En face les républicains peuvent s’appuyer sur 13 états qui totalisent seulement 102.
Si Clinton remporte la Floride, ou l’Ohio et la Virginie, en plus des 19 états attendus, elle devient présidente des Etats-Unis. Les chances de gagner restent donc encore viables.

Emmys Awards 
Cette année, les Emmys awards ont été un plébiscite pour HBO qui a remporté la meilleure comédie et meilleure actrice comique (VEEP et Julia Louis Dreyfus pour la cinquième année consécutive, on en vient à se demander l’intérêt même de cette catégorie) et le meilleur drame (Game of Thrones) – ce qui était attendu donc ne présente pas grand intérêt – et pour la série-fiction de FX, The people vs O.J.Simpson avec le Emmy offert à Sarah Paulson.

On se réjouit de voir Kate McKinnon, membre de la troupe de Saturday Night Live, récompensée pour ses imitations hilarantes d’Hillary Clinton et Ellen De Generes, qu’elle a d’ailleurs remercier sur scène, et que la candidate démocrate a félicité à son tour.

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Sa collègue Leslie Jones est aussi montée sur scène pour évoquer les insultes racistes, misogynes dont elle a été victime cet été sur Twitter. Très drôle également

Spécial dédicace au Cast de Stranger Things, qui ont délivré leur version de UpTown Funk avant le début de la cérémonie

Grosse déception en revanche pour The Americans qui auraient du remporter le meilleur drame contre Game of Thrones,


Photographie

A voir dans le New Yorker, cette série « RWR 1 » du photographe israélien, Michal Ronnen Safdie, prise en 2007 sur une plage « haredi » de Tel-Aviv exclusivement réservée aux femmes orthodoxes et leurs enfants. A VOIR ICI

 

Plus d’armes et moins de propriétaires
Selon The Guardian, seulement 3% des Américains posséderaient la moitié des 265 millions d’armes à feu en circulation aux Etats-Unis aujourd’hui. Qualifiés de « super owners », ces citoyens accumulent en moyenne 17 armes chacun.
Le stock d’armes à feu en circulation a augmenté de 70 millions ces vingt dernières années alors que le pourcentage d’Américains qui possèdent des armes, à lui baissé de 25% à 22%, mais la proportion de femmes a elle augmenté.
A voir ce document du Guardian intitulé « Gun Nation »

 

Snowden demande la grâce d’Obama

Les opérations de secours ont commencé pour le lanceur d’alerte Edward Snowden, qui a demandé  cette semaine le pardon de Barack Obama alors que sort vendredi le film éponyme d’Oliver Stone et qu’une campagne de soutien vient d’être lancée pour sa clémence.

En 2013, Snowden, employé de la NSA, a fourni au Guardian et au Washington Post des documents relatifs aux programmes de surveillance des citoyens que l’agence de renseignement avait mis en place à leur insu – programmes qui seront suspendus avec L’USA Freedom Act en 2015.
Il est toujours aujourd’hui sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour actes d’espionnage et risque jusqu’à trente ans de prison dans son pays.

Snowden de Oliver Stone avec Joseph Gordon-Levitt sort aux Etats-Unis ce vendredi 16 Septembre 2016
Snowden de Oliver Stone avec Joseph Gordon-Levitt sort aux Etats-Unis ce vendredi 16 Septembre 2016

Coïncidence ou non, « l’homme le plus recherché de la planète » a profité de la campagne de pub très favorable du film qui lui est consacré pour en appeler à la grâce du président des Etats-Unis avant son départ de la Maison Blanche en janvier prochain.
Interrogé en direct hier, il a déclaré:

Sans ces divulgations, sans ces révélations, nous serions encore pires.
Oui il existe des lois qui établissent des règles, mais c’est aussi pourquoi il existe le pouvoir de pardonner vis-à-vis dans des situations exceptionnelles, pour des choses qui sont illégales d’un premier abord, mais qui moralement, au niveau éthique, et devant les résultats obtenus, se sont avérées nécessaires.

Snowden, réfugié en Russie depuis 2013, avait déjà évoqué le souhait de rentrer dans son pays, quitte à faire de la prison mais à condition de bénéficier d’un procès équitable et sans devenir un « symbole de dissuasion à l’encontre des autres whistleblowers du pays ».

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C’est un pari ambitieux que vient de lancer Snowden, considéré comme un héros à l’étranger et qui bénéficie d’une soutien plutôt favorable au sein de la population américaine et surtout chez les jeunes.
Beaucoup de médias soutiennent depuis plusieurs mois, voire  des années une solution à l’amiable pour le jeune informaticien de 33 ans: Dès 2014, la rédaction du New York Times a appelé à la clémence du gouvernement.

Des personnalités d’Hollywood (Susan Sarandon, Maggie Gyllenhaal, Daniel Radcliffe) de la musique (Michael Stipe), Michael Moore, Noam Chomsky ou encore le milliardaire George Soros se sont rangés derrière Snowden et signé une pétition disponible au public, pardonsnowden.org, pour demander sa clémence 

Eric Holder, qui était l’Attorney General lors des fuites en 2013 a été le premier politique de cette stature a affirmé que Snowden avait un « service public »  en ouvrant le débat sur les techniques de surveillance des citoyens américains.

C’est désormais au tour de Jill Stein, la candidate du Green Party, mais aussi Bernie Sanders , d’anciens membres des renseignements, d’appeler le président Obama à considérer un arrangement ou une clémence vis-à-vis du lanceur d’alerte.

pardonsnowden.org
pardonsnowden.org

Barack Obama avait appelé Snowden à se rendre à la justice en 2014 en expliquant qu’il aurait des lois avaient été mises en place pour protéger les lanceurs d’alerte à l’époque, et qu’il aurait les reporter à ses supérieurs plutôt que de les rendre directement public. Snowden avait alors indiqué qu’il avait suivi exactement le protocole sans obtenir de réponse.

La demande clémence de Snowden va être posée aux deux candidats qui devraient selon toute logique la refuser à moins qu’elle devienne un nouvel enjeu de cette campagne présidentielle – déjà marquée par l’intervention de l’autre whistlblower le plus recherché au monde, Julian Assange.
Il reste 127 jours à Barack Obama pour prendre une décision

Les Racines du Brexit selon Le Guardian

 

A lire en anglais cette excellente analyse des origines du Brexit à travers la responsabilité des différents partis politiques vis-à-vis de leurs électeurs et devant les changements socio-économiques et ethniques du Royaume-Uni ces cinquante dernières années.
Gary Younge est un envoyé spécial du Guardian et commentateur pour The Nation