Les derniers Conservateurs « Anti-Trump »

Ancien conseiller de la Secrétaire d’Etat, Condolezza Rice, sous George Bush, et actuellement directeur du programme d’Etudes Stratégiques dans la prestigieuse John Hopkins University, Eliot Cohen est aujourd’hui l’un des rares conservateurs à s’opposer publiquement à Donald Trump. Dans un essai publié dans ce weekend, il met en garde ses collègues dans un essai au vitriol contre la nouvelle présidence qui pourrait ne pas durer.

Eliot Cohen a lancé un appel en mars 2016 signé par 121 collègues républicains, experts en sécurité nationale dans lequel il explique pourquoi ils « vont tout faire pour empêcher l’élection d’une personne incapable de gouverner le pays ».
La plupart des prédictions se sont réalisées durant les dix premiers jours de la présidence de Donald Trump:

 

  • « Sa vision de l’influence et du pouvoir américains dans le monde est incohérente et instable par principe. Il passe de l’isolationnisme à « l’aventurisme militaire » dans une même phrase. »
    Jan. 2017: L’isolationnisme avec « America’s First », est le programme de conservatisme économique élaboré par Steve Bannon, son plus proche conseiller.

    « Against Trump » – National Review – février 2016
  • « Son soutien à la pratique extensive de la torture est inexcusable. »
    Jan. 2017: Il affirme vouloir suivre les conseils du général Mattis qui est opposé à la torture, même s’il y est toujours favorable.

  • « Sa rhétorique haineuse, anti-musulmane amoindrit l’importance du combat contre l’islamisme radical en aliénant les partenaires du monde islamique qui font des efforts importants de collaboration. »
    Jan. 2017:  La « Travel Ban » ou « Muslim Ban », le décret interdisant l’accueil des réfugiés et des ressortissants de sept pays musulmans pour trois mois a été signé par décret la semaine dernière.

  • « Contrôler nos frontières et empêcher l’immigration illégale est un sujet sérieux, mais son obsession à faire payer le Mexique pour la construction du mur déchaîne des passions inutiles, et repose sur l’ignorance et le mépris envers notre voisin. »
    Jan. 2017: Le président mexicain a annulé sa rencontre avec Trump la semaine dernière après les tweets menaçants du président américain et continue de dire que son pays ne payera pas pour le mur.

  • Son admiration pour les dictateurs étrangers comme Vladimir Poutine est inacceptable pour la plus grande démocratie au monde.
    Jan. 2017: Le président russe sera vraisemblablement un allié de Trump mais priorité à Theresa May.

  • Les propos de Mr Trump nous poussent à conclure qu’en tant que président, il utiliserait l’autorité de son cabinet pour agir de manière à rendre l‘Amérique plus vulnérable, et diminuerait notre position dans le monde. Sa vision très large des pouvoirs du président contre ses détracteurs est une menace envers les libertés civiles des Etats-Unis.

     

     

Peu après la victoire de Trump, Eliot Cohen est revenu à la charge en conseillant à ses collègues républicains de ne pas s’engager auprès du président.

Après m’être entretenu avec l’équipe de transition de Trump, j’ai changé d’avis: N’y allez pas. Ils sont en furieux, arrogants, crient « t’as perdu! ». Ca va pas être beau

 

Les Républicains et Conservateurs qui s’étaient opposés à Trump se sont pratiquement tous rangés derrière lui. Les médias également à l’instar de The National Review, qui avait publié l’année dernière un numéro spécial « Never Trump » et qui a aujourd’hui laissé tomber son idéologie conservatrice au profit du parti républicain. Comme l’explique The New Republic, « le président Trump fait exactement ce que le candidat avait prévu, et le National Review lui cherche désormais des excuses » comme le parti républicain.
La mode en ce début d’année, c’est l’anti-anti-Trump.

D’autres ont gardé leur intégrité.

Dans son dernier essai, « A clarifying Moment in American History », Eliot Cohen pense qu’une « destitution ou une mise à pied [de Trump] » est une éventualité à laquelle les Américains doivent se préparer.

Pour la communauté de penseurs conservateurs et d’experts, et plus important, les politiciens conservateurs, c’est une période d’essai. Soit vous défendez vos principes et un comportement décent, soit vous y allez, et dans dix ans, vous serez considérés comme un lâche ou un opportuniste. Votre réputation sera détruite, et pour les bonnes raisons.

C’est l’un des moments clés de l’histoire américaine.

Trump dans une première semaine spectaculaire, s’avère être l’un des pires présidents qui n’a aucun égard pour la vérité (et la méprise), dont le patriotisme est un nationalisme belliqueux, dont le service public a consisté à éviter l’armée et les impôts, qui ne connaît pas la Constitution, qui ne lit pas et qui ne comprend pas notre histoire, et qui, au sommet de sa carrière, est obsédé par sa côte de popularité, par le nombre de personnes qui ont assisté à la cérémonie d’investiture, et ses ennemis.

Mais au bout du compte, il va échouer. Il va échouer car quelle que soit la malice de ses tactiques, sa stratégie est mauvaise – Le New York Times, la CIA, les Mexicains-Américains, et tous ceux qu’il a attaqué en chemin. Il va continuer à se faire des ennemis, et renforcer leurs convictions. Il a des supporters mais ne se fera pas d’amis. 
Il va échouer car il ne peut pas corrompre les cours, et parce que même le plus timide des sénateurs dira un jour que « c’est assez! ».  
Il va échouer parce qu’au bout du compte, les Américains, y compris ceux qui ont voté pour lui, sont des gens décents qui n’ont aucune envie de vivre dans la Turquie d’Erdogan, la Hongrie de Orban, ou la Russie de Vladimir Poutine. (…)

Il n’y a rien de grand dans l’Amérique de Trump. A la fin ce sera la grandeur de l’Amérique qui le stoppera.

Le Brexit ou les conséquences anti-démocratiques du referendum?

 

Le Referendum est la pratique électorale par excellence de la démocratie directe: Il interroge l’ensemble de la population en âge de voter sur une question simple à laquelle l’électeur répondra par oui ou par non.

Le problème posé par le referendum du Brexit est que personne n’a vraiment envisagé qu’il soit voté, et dès l’annonce des résultats, de nombreux électeurs ayant voté en faveur du non, ont commencé à regretter leur choix. Ce que les médias anglo-saxons ont appelé le « regrexit »

Comment expliquer une telle réaction alors que déjà 3 millions de signatures ont été cumulé depuis 5 jours dans le pays pour un nouveau referendum?
Certes les résultats ont été très serrés et le Leave avec 51.9% des suffrages ne l’a emporte que de 1,3 millions sur les 33,5 millions de britanniques ayant voté ce jour là.
Certes les médias avaient tous indiqué, et Nigel Farage le grand partisan du Leave, que le In gagnerait.

Emily Badger nous explique dans le Washington Post que beaucoup d’électeurs n’ont pas compris les enjeux d’un tel vote, surtout lorsque l’on sait les mensonges des partisans du Leave – qui le reconnaissent aujourd’hui sur tous les télés – relayés par de nombreux médias et tabloids dans l’une des pires campagnes politiques du Royaume Uni.
Elle reprends les propos de David A. Bell, un historien du Princeton, qui mettait en garde en 2011 dans The New Republic le premier ministre grec Papandreou sur la tenue d’un referendum sur le sort de la de la Grèce en Europe dont le résultat peut souvent apparaître « comme anti-démocratique« :

Cette tendance n’est pas fortuite, elle est presque inévitable étant donné le mécanisme même du referendum: D’abord, il prend des problèmes assez techniques normalement attachés aux législateurs qui ont le temps et l’expertise pour pouvoir les comprendre, et les donnent aux électeurs qui n’en n’ont pas. Ensuite, et surtout lorsqu’il s’agit de mesures constitutionnelles, le referedum noue les mains des législateurs de manière parfois destructive. Enfin et c’est le plus important, il limite la légitimité des politiques en en subjuguant leur travail au véto populaire, et en le présentant comme une expression de la souveraineté populaire – en dépis du fait que le fonctionnement routinier d’une consitution démocratique est l’expression la plus importante de cette souveraineté

Ce dernier effet est encore pire quand ce sont les politiques eux-mêmes qui proposent des referendums. En théorie, encore, les intentions sont toujours honorables, et s’accordent avec la tradition et une politique progressive. En pratique, les politiques dans cette position reourent à une tradition parlementaire bien connue, qui les empiechent de statuer sur des décisions difficiles. Si des politiqeus décident d’un vote populaire pour prendre des mesures, alors qu’un parlement pourrait suffire, il ou elle remet en question l’autorité démocratique du parlement.

Presque exactement ce qui vient de se passer au Royaume-Uni