Le kiosque du weekend: 29-30.07.17

 

C’est le kiosque du week-end et les lectures à retenir de cette semaine du 24 au 30 juillet 2017.

 

1. L’étrange histoire du Brillante Virtuoso

    • Bloomberg Businessweek nous emmène dans la Corne de l’Afrique, l’une des régions les plus dangereuses au monde sous la menace constante des pirates Somaliens qui attaquent et pillent les navires et parfois kidnappent leurs passagers.
      En juillet 2011, le Brillante Virtuoso, un cargo transportant 141 000 tonnes de fioul, estimé à cent millions de dollars a été piraté et incendié – mais l’équipage récupéré sain et sauf.

 

  • David Mockett, en charge depuis le Yemen de l’enquête de la compagnie d’assurance anglaise Lloyd a rapidement établi des criminels, et non pas des pirates, étaient responsables de l’attaque dans une tentative de fraude à l’assurance – Des conclusions qu’il n’a pas eu le temps de rendre puisqu’il a été assassiné dans un véhicule piégé, sur les ordres du propriétaire du bateau, Marios Iliopoulos, un armateur grecque, qui n’a reçu aucune indemnité mais n’a jamais été condamné.

    Ca faisait sept heures que les pirates avaient embarqué sur le cargo et un ensemble d’acteurs internationaux s’étaient déjà activés: les sauveteurs des ports des environs, pour essayer de récupérer des millions de dollars de l’épave; des enquêteurs de l’armée américaine, pour savoir si les pirates somaliens avaient adopté de nouvelles tactiques, plus violentes, et plus urgent encore, un agent d’assurance londonien, pour découvrir ce qui s’était passé à bord de la propriété à 100 millions de dollars de son client.
    Car si le détournement du Brillante Virtuoso n’est pas un exemple de piraterie qui a mal tourné, c’est la fraude la plus spectaculaire de l’historie du transport maritime.

  • * « The Hijacking of the Brillante Virtuoso »Bloomberg Businessweek

 

 


2. Le calvaire des femmes yézidies

 

  • Long reportage du Guardian sur le calvaire enduré par les femmes de cette tribu religieuse installée depuis des siècles au nord de l’Irak: Après l’invasion de Daech en août 2015, certaines qui n’ont pas réussi à fuir ont servi d’appât pour recruter les soldats islamistes et de monnaie d’échange une fois vendues, à un voire plusieurs propriétaires: elles sont devenues des esclaves sexuelles.
    Celles qui ont pu s’échapper témoignent.

    Selon l’unique parlementaire yézidie irakienne, Vian Dakhil, 6 383 Yézidis, la plupart des femmes et des enfants – ont été réduites en esclavage et transportées dans des prisons de Daech, des camps d’entraînement militaire, dans les maisons des soldats à travers l’Est de la Syrie et l’Ouest de Lirak, où elles ont été violées, battues, vendues et enfermées. au milieu de l’année 2016, 2 590 femmes et enfants ont échappé ou ont été transportées clandestinement en dehors du Califat et 3 793 étaient toujours captives.

 

 


3. « Faire des films à partir de n’importe quoi »

 

  • Sur la tendance actuelle de Hollywood à adapter systématiquement des histoires, des produits, des jeux vidéos, voire des jeux pour enfants qui sont déjà des marques et produits déposés, « Intellectual Property » en anglais, et dont il suffit d’acquérir les droits pour pouvoir en faire en film.

    Tripp Vinson [producteur à Hollywood depuis 14 ans] ne voyait pas comment les Legos pouvaient devenir le sujet d’un long-métrage. Il a été encore plus surpris que le film rapporte 69 millions de dollars la semaine de sa sortie, engendre 470 millions dans le monde entier et reçoivent de très bonnes critiques (…)

    Vinson a donc recherché du matériel déposé pour son prochain film. Il voulait quelque chose dont le public serait déjà familier, quelque chose qui soit connu de tous mais être renouvelé. Il a commencé à cherché dans le domaine public. Il a réussi avec les adaptations de Jules Verne et des frères Grimm, du vieux matériel qui a la chance d’être gratuit. Il n’a rien trouvé.
    Ensuite il est allé regarder les jeux vidéos les plus connus. Quelque chose dans la patte de « Tomb Raider » ou « Resident Evil », qui a fait plus d’un milliard de dollars au Box Office (…)
    Enfin il est allé chercher du côté des jeux pour smartphones. Une enquête a révélé que les plus populaires d’entre eux pouvaient être téléchargés de dizaines, centaines de millions de fois, à l’instar de Fruit Ninja, qui depuis ses débuts en 2010 a été téléchargé plus d’un milliard de fois.
    Vinson pense que [cette tendance] a commencé en 2007 après la grève des scénaristes de la Writers Guild. « Avant la grève, les studios faisaient une vingtaine de films chaque année » explique-t-il. « Avant tu pouvais écrire un thriller, après la grève, ils ont dramatiquement réduit le nombre de films.

    Ce n’est devenu que des adaptations.
    « Avec moins de choix, les studios sont devenus plus prudents. »
    La façon de se démarquer est de lancer dans quelque chose que les consommateurs connaissent déjà. Quelque chose de familier. Tu ne construit pas quelque chose à partir de rien. 

 

 


 

4. Le financement occulte de l’alt-right

 

  • Enquête sur l’un des fondateurs du mouvement alt-right, William Regnery II, « héritier d’une immense fortune mais malheureux en affaires, [qui] a essayé pendant quinze ans de lancer un mouvement politique raciste et a échoué » jusqu’à ce que Donald Trump réussisse à « légitimer » la pensée alt-right.

    Comment est-ce que la pensée raciste, autrefois taboo, est devenue une force à part entière de la politique américaine. Une armée d’internautes, désorganisée mais tentaculaire, souvent appelée « alt-right », a offert un écho extraordinaire au « Suprémacisme blanc ».
    Et avec la candidature de Donald Trump, ça s’est propagé un peu partout.

    Mais le mouvement avait déjà une infrastructure – organisations, journaux, conférences, de l’argent – mise en place depuis des années. Elle a été en partie fondée par un multi-millionnaire William H. Regnery II, le raciste le plus puissant dont vous n’avez jamais entendu parler (…)
    « Mes contributions ont été bien plus rentables que celles [bien plus importantes] que les frères Koch ou Soros Inc. »

 


5. C’est l’histoire d’un garçon

 

 

  • Le premier quotidien d’Oregon consacre son édition dominicale à l’histoire de ce jeune transgenre, née dans le corps d’une fille qui est devenu un garçon à l’âge de 14 ans après fait son coming out à sa famille.

    Il avait 12 ans quand le nom « fille » a commencé à sonner faux pour lui. Mais il ne savait pas encore qui il était. « Je suis un fantôme sans corps. » Il évitait les miroirs mais la réflection de son corps le suivait partout. Il y avait les miroirs dans le couloir à côté de la table de la cuisine. Eteint, l’écran plat de la télé reflétait le corps qu’il essayait de cacher. Même sur la surface en verre de la table basse, remplie de snacks, il pouvait voir sa silhouette. Sa tête était ronde comme son corps. Et ça le dégoûtait. « Ce n’est pas moi ».
    Sa famille l’appelait YaYa. S’habiller était un moyen de disparaître, il portait une queue de cheval, un sweatshirt gris trop large chaque jour et mettait sa capuche pour cacher ses cheveux.

 

 

 


6. Universités américaines: Liberté d’expression en danger.

    • C’est généralement un cheval de bataille de la droite américaine: la protection de la sacro-sainte liberté d’expression face à la tendance croissante des universités et campus américains, des « bastions progressistes », à défendre – jusqu’à l’absurde – le politiquement correct et autres « triggers warning » pour respecter la sensibilité de certains étudiants.

 

  • Teresa Buchanan, qui formait les enseignants au département d’éducation de l’Université d’Etat de Louisiane (LSU), une grande gueule au comportement et langage parfois limite aux yeux de ses étudiants, en a fait les frais: elle à été accusée de harcèlement sexuel et virée en 2014 après avoir expliqué à classe que « [les femmes] pouvaient obtenir tout ce qu’elles voulaient de leur marie tant que le sexe était bon ».

    Si les anciennes générations aiment se moquer de la génération estudiantine actuelle qualifiée de « snowflakes » [néologisme pour caractériser les jeunes des années 2010 plus susceptibles et moins fragiles que les anciens], les autorités administratives considèrent comme nécessaire de respecter les sensibilités pour garder les étudiants jusqu’à la fin de leur cursus. Depuis que les Etats ont réduits les budgets liés à l’éducation, ce sont les frais de scolarité qui financent le fonctionnement des universités.
    Les subventions de LSU ont baissé de moitié depuis 2008 – et tout est fait pour garder les étudiants, des « enquêtes sur l’atmosphère dans les classes » jusqu’à la mesure des relations [entre professeurs et élèves]/ C’est un système qui considère les étudiants comme des consommateurs qu’il faut satisfaire, et va à l’encontre de la nécessité de rigueur qui peut décourager les étudiants les plus faibles, ou pire, de rencontres désagréables qui poussent d’autres à changer d’établissement, comme Rachel Grinn [qui a obtenu le renvoi de Buchanan] l’a envisagé.

    * « You can fired for Saying That? » – Elle

 


7. A voir: Le vote de McCain

  • Comme l’on rappelé de nombreux médias, trois sénateurs républicains ont décidé du sort de Obamacare, et parmi eux, deux femmes,
    Ouvertement critiquées par le président, elles ont tenu bon
  • McCain avait averti les journalistes peu avant les délibérations finales dans la nuit de mercredi à jeudi, du « spectacle à venir » et McCain n’a pas loupé avec une mise en scène dramatique de son refus de voter pour la version allégé de l’abrogation d’Obamacare,
  • CNN revient en vidéo sur le moment fatidique où McCain vote contre le « Skinny Repeal » d’Obamacare avec les réactions dépitées de Mitch McConnellMarco Rubio, et le soulagement de Senator Chuck SchumerElizabeth Warren et U.S. Senator Bernie Sanders.
    Génial!

       

 


 

8. A Savoir

  • La veuve de Steve Jobs, Powell Jobs a racheté une majorité des parts de l’hebdomadaire The Atlantic, fondé en 1857, via son organisation Emerson Collective, qui investit dans les startup de médias numériques, « et renforce la tendance des puissants de la Silicon Valley à investir dans les startups média de la Côte Est. – Axios

 

  • Honolulu, Hawaï: La mairie a voté une loi qui punit de $35 toute personne prise/surprise en train de texter en traversant la rue. – Buzzfeed

 

  • Chicago, Illinois

    Il y a quatre ans, Chicago n’avait pas atteint les 400 meurtres avant Thanksgiving. Cette année, la ville a déjà dépassé ce chiffre. Chicago est en passe d’avoir une année encore plus sanglante que 2016 où la violence atteint un niveau pas vu depuis 20 ans – Chicago Tribune

Avery, 8 ans, transgenre, en couverture du National Geographic

Ce n’est pas la première fois qu’un magazine américain consacre sa couverture au sujet encore tabou des enfants transgenres, mais le dernier numéro du National Geographic intitulé « Gender Revolution » avec en photo une jeune fille née avec le corps d’un garçon, arrive à une période décisive pour le droit et la reconnaissance des transsexuels aux Etats-Unis .

nationalgeographic.com

Le National Geographic a frappé fort pour son premier numéro de l’année 2017.
Le mensuel, plutôt familial et centré sur la nature et les sciences, s’intéresse au sujet difficile de transsexualité chez les enfants et adolescents.
Un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre cette année, notamment sur le droit des transsexuels et transgenres à utiliser les toilettes et vestiaires dans les écoles, universités

New York Times magazine de août 2012 Photography by Lindsay Morris

et magasins. En mars dernier, la Caroline du Nord a passé une loi anti-LGBT qui renforce la discrimination des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres dans la sphère professionnelle et les lieux  publics.

Pour la rédactrice en chef du National Geographic, la transsexualité est désormais un sujet de société à part entière qu’il faut expliquer et mieux comprendre:

Le National Geographic a presque 130 ans, et pendant toutes ces années nous avons couvert les cultures, les sociétés, les questions sociales. On s’est rendu compte en écoutant les conservations du pays que le genre était au centre de l’actualité. (…)
On voulait comprendre le rôle des genres traditionnels dans le monde entier mais aussi appréhender le genre comme différentes possibilités. Il y a eu beaucoup de reportages sur les célébrités, mais pas de réelle compréhension des gens ordinaires et des problèmes auxquels ils doivent faire face chaque jour dans la classe ou au travail à cause de leur genre.

National Geographic – Edition de Janvier 2017

Deux couvertures du célèbre mensuel à bordure jaune ont été réalisés pour l’occasion: une photo de groupe avec des adolescents transsexuels de différents âges qui sera disponibles dans les kiosques américains le 27 décembre prochain.
La seconde couverture, plus symbolique et réservée aux abonnés, aborde directement le sujet de la transsexualité chez l’enfant avec la photo d’Avery Jackson, 9 ans, qui commente sa propre situation:

« le mieux dans le fait d’être une fille, c’est que je ne dois plus faire semblant d’être un garçon ».

Le père d’Avery avait déjà témoigné dans une édition spéciale du New York Times sur les transgenres l’année dernière et expliqué comment son fils s’est identifié à une fille à partir de quatre ans, qu’il était atteint de « gender dysphoria » ou « dysphorie de l’identité » et qu’elle vivait depuis heureuse comme une fille appelée Avery.

Le numéro sur « La révolution du genre » aborde également « les vies dangereuses des filles » de Sierra Leone, « Repenser le genre » qui s’intéresse au rôle de la science dans la définition des identités et des genres, « Devenir un homme » sur les rites de passage vers la virilité, et les clichés qui évoluent autour de « l’American Girl ».

Devant la recrudescence des violences contre les transsexuels aux Etats-Unis, certains états qui les discriminent et une administration très conservatrice qui ne devrait pas faciliter la cause LGBT ces quatre prochaines années, le choix éditorial du National Geographic est le bienvenu!

Cette édition spéciale sera accompagnée d’un reportage, « Gender Revolution: A Journey with Katie Couric diffusé » qui sera diffusé le 9 février sur la chaîne National Geographic.

Le kiosque vous conseille de son côté le superbe documentaire « Growing up Trans » de l’émission Frontline diffusé sur PBS l’année dernière, dont voici un extrait.