Lundi 6 mars 2016: Nouvelle « TweetStorm » à l’origine du « DeepStateGate »; Washington devient fou!; Arkansas champion de la peine de mort!

1. « DeepStateGate »

C’est devenu une habitude pour le président de se lancer dans une tweet storm, le samedi lorsque le gendre et la fille de Donald Trump, qui observent le chabbat, ne sont pas à ses côtés pour le raisonner.
Avant hier, il a accusé sans preuves, son prédesseur Barack Obama, de l’avoir mis sur écoutes pendant la campagne présidentielle – ce que l’intéressé à nié, via son porte parole, Kevin Lewis.

La semaine dernière avait pourtant bien commencé pour le président avec une adresse réussie devant le Congrès, bien accueillie par la presse, censée marquer un nouveau départ pour cette administration … jusqu’aux nouvelles révélations embarrassantes, mercredi dans le Washington Post, sur les accointances entre Jeff Sessions, le ministre de la Justice et l’ambassadeur russe.

Trump se sent assiégé et pense que sa présidence est minée par les forces visibles et anonymes d’un groupe de critiques proche d’Obama, de bureaucrates fédéraux et de personnalités du renseignement – sans oublier les médias, qu’il a appelé « l’ennemi du peuple ».
Cette colère à l’encontre de ce que beaucoup à la Maison Blanche appellent le « Deep State » grandit chaque jour, alimentée par des rumeurs relayées par des alliés de Trump au sein du renseignement et par des allégations non confirmées de commentateurs de droite.
Le « Deep State » est une expression populaire de la droite pour décrire ces réseaux intriqués hostiles à Trump.

 

Les accusations proférées par Donald Trump à l’encontre de Barack Obama (« un malade ») sont très graves: Si elles ont eu lieu, ce serait le plus grand scandale politique depuis le Watergate, et si ce sont des affabulations, ce serait le pire épisode de cette nouvelle présidence.

* « Inside Trump’s fury: The president rages at leaks, setbacks and accusations »Washington Post

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2. « Washington devient fou! »

C’est le titre de l’éditorial du Wall Street Journal ce matin: 

La bagarre politique entre la Russie, la campagne de Trump et les services de renseignements américains a atteint un point où les questions fondamentales sur les institutions américaines et la confiance dans le gouvernement américain sont en jeu. Les démocrates tentent de capitaliser sur les fuites anonymes des agences de renseignements des Etats-Unis pour détruire la présidence Trump et le président réagit avec une fusillade d’accusations non prouvées.

 

Le président est désormais en lutte directe avec son prédécesseur, les services de renseignements, notamment le FBI, accusé ici d’avoir mené illégalement ces écoutes l’année dernière.
En comparant les exactions dont il aurait été victime au scandale du Watergate, Trump accuse le FBI d’avoir enfreint la loi, remet en cause son intégrité et celle de la communauté du renseignement.
Le chef de l’agence fédérale, James Comey, a demandé ce weekend au Département de Justice de condamner les accusations du Commander-In-Chief, ce qu’il n’a toujours fait, sans doute à sa demande.
L’administration a demandé la mise en place d’une commission parlementaire pour enquêter sur ces accusations – une commission a déjà été mise en place pour faire toute la lumière sur les relations entre l’équipe de Trump et les Russes pendant les élections – et refuse de répondre à davantage de questions sur les propos du président.
* « Washington Goes Nuts »Wall Street Journal

 

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3. »Circuler, il n’y rien à voir »

L’origine de ces accusations? Breitbart, le site alt-right, dont l’ancien président est l’un des plus proches conseillers de Donald Trump, Steve Bannon, a publié vendredi un article sur les propos de Mark Levin, un présentateur radio, affirmant que Obama aurait mis sur écoute le candidat républicain.
Le président préfère se référer aux théories conspirationistes d’un média d’extrême droite plutôt qu’à ses propres services de renseignements, ce qui montre les relations délétères entre le chef de l’Etat et la communauté du renseignement.

Comme l’explique Karne Tumulty dans le Washington Post

La tactique audacieuse de Trump, qui a peu d’égard pour les normes et conventions, n’est pas nouvelle. Quand il veut changer de sujet, il le fait souvent en craquant l’allumette d’une sombre théorie du complot. Mais les enjeux sont bien plus importants aujourd’hui et les conséquences réelles et sérieuses, alors que les questions sur l’ingérence de Moscou dans les élections présidentielles, continuent de grandir

 

Les fuites des agences gouvernementales sur les relations entre des proches de Trump (Jeff Sessions et Michael Flynn) exposées par les « fake » médias, preuve que l’ancienne administration a espionné Donald Trump et son entourage est une tentative désespérée de la Maison Blanche pour détourner l’attention sur les relations du président avec la Russie – et le dernier scandale impliquant le ministre de la Justice, et supporter de la première heure de Donald Trump, Jeff Sessions.

Le président était d’ailleurs satisfait samedi après midi et dimanche matin que toute l’attention soit portée sur ses tweets et non pas sur Jeff Sessions, qui doit toujours expliquer à une commission judiciaire pourquoi est-ce qu’il a « oublié » de prévenir ses collègues sénateurs des deux rencontres qu’il a eu avec l’ambassadeur russe durant les élections.

Enfin, Steve Bannon est encore au centre de toutes les discussions, car cet énième vient servir la mission qu’il s’est donné de « déconstruire l’Etat administratif » qui comprend le « Deep State », les agences de renseignements, les médias, etc…
La Maison Blanche, qui a découvert les tweets du président en même temps que le reste du pays, essaye désormais de contenir le sandale le plus grave de cette jeune présidence.

« Mark Levin to Congress: Trump ends the wiretapping innuendo game by dealing hinself in » Breitbart
« The Obama Camp Disingenuous Denial on FISA surveillance of Trump »The National Review

« A Conspiracy Theroy Journey from Talk Radio to Trump Tower »New York Times
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« Trump’s charge that he was wiretapped takes presidency into new territory » – Washington Post

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4. Ce que Trump préfère ne pas montrer

Trump veut prouver qu’il est un homme d’action et invite la presse dans le bureau ovale dès qu’il signe un nouveau décret présidentiel ou un mémo.
Il lui arrive de signer des ordres plus controversés et dans ces cas là, il préfère rester discret. La semaine dernière il a révoqué une régulation mise en place par Barack Obama visant renforcer la vérification des antécédents (« background check ») des acheteurs d’armes: la mesure obligeait la Sécurité Sociale (SSA) a communiqué au FBI, en charge de la base de données des « background check », la liste des handicapés mentaux et ceux incapables d’être autonomes pour les interdire de se procurer une arme à feu.
La National Rifle Association a convaincu les Républicains qu’il s’agissait d’un entrave au sacro-saint Second Amendement

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5. L’Arkansas s’apprête à exécuter huit condamnés à mort

Après douze ans d’interruption, l’Etat du midwest a annoncé l’exécution extraordinaire de huit condamnés à mort en dix jours fin avant l’expiration fin avril d’une des trois drogues utilisées pour l’injection létale, le Midazolam.
Le gouverneur, Asa Hutchinson, a prévu d’exécuter deux condamnés par jour entre le 17 et 27 avril. « Si l’Arkansas respecte l’échéance, ce sera le plus grand nombre d’exécution sur une période aussi courte jamais enregistré par un Etat depuis le rétablissement de la peine de mort en 1977 » et alors que la peine de mort est en constante baisse dans les 31 Etats américains qui autorisent la peine capitale.

Depuis que des laboratoires pharmaceutiques ont limité aux Etats-Unis la vente de leurs produits destinés aux exécutions, les Etats ont des stocks limités, et expliquent la précipitation du gouverneur.

* « Arkansas Rushes to Execute 8 Men in the Space of 10 Days »The New York Times

 

 

6. Couverture du Jour

David Letterman

New York Magazine

Samedi 4 février 2017: Washington souffle, le NYtimes vs. Trump et Breitbart boycotté

 

  • La politique étrangère de Trump dans la continuité de celle d’Obama.
    Après le désastre de la « Travel Ban » orchestré par Steve Bannon et son acolyte, Stephen Miller, la semaine dernière, le Conseil de la Sécurité des Etats-Unis a repris les commandes de la politique étrangère et opéré des changements plutôt inattendus, qui s’inscrivent dans la continuité de celle de Barack Obama:
    1. Trump a demandé au gouvernement israélien d’arrêter l’expansion des colonies juives au delà des frontières actuelles de Jérusalem Est et des territoires occupés.
    2. De nouvelles sanctions sont imposées à l’Iran sur son programme de missiles balistiques mais pas sur celui sur le nucléaire est pour le moment épargné.

    3. Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU a condamné l’ingérence de Poutine en Ukraine et demandé le retrait immédiat des troupes russes de Crimée.
  • Le boycott de Breitbart continue.
    Sleeping Giants, une organisation née au lendemain du 8 novembre pour « stopper les sites racistes, antisémites, sexistes, et homophobes en attaquant leurs revenus publicitaires » a fait parler d’elle début décembre quand Kellogg’s a décidé de retirer ses pubs. Depuis 820 entreprises ont choisi de retirer leurs publicités de Breitbart, et parmi elles, BMW, Visa, Vimeo, T-Mobile, Nestlé ou encore Lyft.

    Cette démarche ne va pas ruiner Breitbart, et ses encarts publicitaires sont toujours remplis, notamment par Amazon, Uber ou AT&T; mais les revenus engendrés par ces publicités, qui dépendent des clics des internautes, seront moindres si les annonceurs sont plus limités et moins reconnus. 
  • The Guardian, l’un des plus importants sites internet d’infos et gratuit (40 millions de visiteurs mensuels) a créé un service d’inscriptions en ligne en 2014 qui a atteint les 200 000 abonnés en 2016. Le site du Guardian n’a pas de Paywall qui limite le nombre d’articles lus chaque mois, dont « les gens qui s’abonnent ne bénéficient pas de contenu exclusif et ils le font parce qu’ils pensent qu’il est important que le journalisme du Guardian reste gratuit » explique David Magliano, le directeur général du quotidien, à Digiday. Le quotidien à également reçu 100 000 contributions de lecteurs qui ont répondu positivement aux appels de dons.
    Leur objectif est d’atteindre un million d’abonnés en avril 2019.
  • Avant la diffusion du rendez-vous sportif de l’année, le Super Bowl, dimanche après midi, La chaîne Fox a programmé dans la matinée une interview exclusive de Donald Trump avec son présentateur star, Bill O’Reilly enregistrée hier à Mar-a-Lago, sa résidence de Palm Beach en Floride, où le président passe le weekend.
    Le Commander-in-Chief pensait que son interview serait diffusée pendant le Half-Time, mais la fameuse tranche horaire est devenu depuis les années 90, le show musical incontournable de la pop culture US, animé cette année par Lady Gaga.

    Mr O’Reilly, qui connaît Trump depuis trente ans, l’aurait avisé, hors caméra, de montrer un peu plus de patience et de retenu envers les critiques et ses adversaires qui pourraient chercher à la destituer.
  • Washington peut respirer le temps d’un weekend.
    Donald passe le weekend à Mar-a-Lago après deux premières semaines intenses à la Maison Blanche et Washington peut respirer à nouveau. Mais le président n’en n’a pas pour autant oublier de tweeter sur différents sujets entre hier soir et ce matin: les taxes imposées sur les produits américains à l’étranger, les pays du Moyen Orient « qui sont d’accords avec la [travel] ban », sur la décision « ridicule » du juge de Seattle de la bloquer « temporairement », et enfin sur sa cible préférée, le « FAKE NEWS @nytimes ». Ce matin, le quotidien a publié en une un article affirmant qu’il « était toujours étroitement lié à son empire ».
  • National Review a publié sur sa page Facebook hier un article de Conservative Review qui encense la façon dont Ronald Reagan a géré les émeutes étudiantes de Berkeley en 1969 lorsqu’il était gouverneur de Californie. Les forces de l’ordre à qui il avait demandé d' »utiliser tous les moyens nécessaires pour ramener le calme » avaient tué un étudiant et blessé 120 autres. « C’est la façon dont les manifestants anti-Trump qui détruisent la propriété, bloquent la circulation et insultent la police doivent être gérés ». L’article a été publié le 10 novembre dernier après les manifestations qui ont suivi l’élection de Donald Trump dans certaines universités et reposté à l’occasion des violences qui ont eu lieu à UC Berkeley cette semaine contre l’apparition du journaliste alt-right, Milo Yiannopoulos, qui a du être annulée.

         

  • La gauche est la proie d’un phénomène réservé – presque – jusqu’ici aux supporteurs de Donald Trump, les « fake news » nous explique The Atlantic. Rien à voir avec l’amplitude des trois mois qui ont précédé les élections mais beaucoup d’intox circule désormais sur les réseaux sociaux, directement inspirée par le comportement imprévisible de Trump et la confusion créée par la nouvelle administration ces deux dernières semaines, à l’instar du Palmer Report, du compte Twitter @RoguePOTUSStaff, selon le site internet est spécialisé dans la dénonciation des « fake news », snopes.com.
  • Le « White House Correspondant Dinner » tombe à l’eau.
    L’un des plus importants diners de gala de Washington qui réunit chaque année la crème des médias, de Hollywood et des politiques, est boycotté par deux de ses principaux sponsors, le New Yorker, qui a annulé la réception de la veille et Vanity Fair qui s’est retiré de l’organisation de l’After Party très exclusive qui a lieu dans la résidence de l’ambassadeur français, et désormais sous la seule responsabilité de Bloomberg Businessweek.

    Donald Trump n’a pas non plus confirmé sa présence compte tenu de ses relations conflictuelles avec les médias. Le seul intérêt de cette soirée sera sans doute la soirée « alternative » organisée par Samantha Bee, qui aura lieu le même soir, le 29 avril, dans la capitale