Le kiosque du 22.05.17: Une esclave dans la famille; A la recherche de lisa; Mortalité maternelle aux US; L’équipe du dictateur; Trump Fatigue?; Violence & Racisme dans le Kansas

 

Au sommaire de ce lundi 22 mai 2017, une sélection des meilleurs articles parus la semaine dernière

Une esclave dans la famille
Mortalité maternelle alarmante aux USA
A la recherche de Lisa
Violence et racisme dans le Kansas
L’équipe du dictateur
Trump fatigue?

 

 


  • Une esclave dans la famille

    C’est le témoignage d’un journaliste américain, Alex Tizon, né dans une famille aisée de Manille et partie s’installer aux Etats-Unis dans les années soixante accompagnée de Lola, l’esclave que son grand-père, militaire avait offert à sa fille lorsqu’elle était jeune.
    Lola est restée travailler pendant 56 ans pour cette famille … dont près de cinquante ans aux Etats-Unis, sans être payée, sans prendre de vacances, sans disposer de sa propre chambre, sans intimité, sans amis, sans avoir appris à lire, ni à écrire.
    En dépit de ses demandes répétées, Lola n’a jamais été autorisée à retourner dans son pays: son statut illégal auprès des autorités américaines auraient pu mettre la famille en danger et ses parents sont morts sans jamais la revoir ni recevoir les économies qu’elle leur avait promis.
    Alex et ses frères et soeurs, éduqués à l’occidentale ont vite compris qui était Lola mais ont toujours gardé le secret jusqu’à la mort de leur mère en 1999.
    L’ancienne esclave devenue citoyenne américaine en 1998 est ensuite partie « libre » vivre avec le journaliste qui lui a finalement payé un billet retour pour les Philippines. Elle est revenue un mois plus tard, faute d’avoir pu reconnaître le pays qu’elle avait été forcée de quitter 60 ans plus tôt « où tout avait changé ».
    Elle est morte en 2009 et ses cendres ont été rapportées à sa famille dans sa ville natale.

    Histoire aussi triste que belle et choquante
    * « My Family’s Slave » – The Atlantic

 

 


  • Mortalité maternelle alarmante aux USA

    Longue enquête de Propublica et de la radio publique NPR sur le taux élevé de décès en couche aux Etats-Unis, le plus élevé de tous les pays occidentaux: entre 700 & 900 femmes meurent chaque année de complications pendant ou directement après leur grossesse tandis que 65 000 échappent d’entre elles de peu à la mort: Pire encore 60% de ces cas peuvent être évités s’ils sont détectés et soignés à temps.
    Lauren Bloomstein était infirmière dans un hôpital réputé du New Jersey où travaillait également son mari, Larry Bloomstein. En novembre 2011 elle a accouché dans cet établissement et est morte douze heures à la suite d’une complication rare et très grave que le personnel de l’hôpital n’a pas été capable de détecter à temps. Elle avait 33 ans.

    Aux Etats-Unis, les soins et l’attention sont davantage portés sur l’enfant, dont la mortalité à la naissance est quasi-nulle, que sur la mère, avec un personnel médical moins bien formé et alerte sur les risques de complication, une assurance santé qui prive certaines femmes de suivi pré et post-natale expliquent ce taux très élevé de mortalité maternelle pour un pays riche industrialisé.
    * « The Last Person You Will Expect to Die in Childbirth » – Propublica

 

 


  • A la recherche de Lisa

    Une histoire extra-ordinaire publiée dans le Boston Globe cette semaine: Lisa a été abandonnée à l’âge de cinq ans par son père dans un « trailer park » de Californie au milieu des années 80.
    La police découvre alors la fausse identité du père, son passé criminel, les attouchements sur la fillette et pense à un éventuel enlèvement surtout lorsque la petite parle de ses frères et soeurs qui ont disparu dans les bois – que des tests génétiques confirment, Lisa n’est pas sa fille et les policiers n’ont aucun indice pour l’identifier.
    L’homme, identifié comme Bob Evans, enchaîne les séjours en prison, disparaît sous plusieurs alias jusqu’à ce qu’il soit arrêté pour le meurtre de sa femme, épousé un an plus tôt et retrouvé démembré dans leur maison de Contra Costa dans la banlieue de San Francisco. Les enquêteurs apprennent alors l’existence de cette petite Lisa, aujourd’hui mère de famille, et se lancent dans le pari fou de retrouver son identité, à travers une recherche généalogique et l’utilisation de son ADN lui donner sa vraie identité. Un travail collectif de plusieurs années entre la Californie, l’Idaho, le New Hampshire sur l’ensemble du pays qui va révéler d’autres crimes, un serial killer, mettre un nom sur la mère Lisa … MUST READ!

    * « Finding Lisa: A Story of Murders, mysteries, loss, and incredibly, new life » – The Boston Globe

 


  • Violence et racisme dans le Kansas

    L’arrivée de réfugiés somaliens et musulmans à Garden City dans le Kansas il y a dix ans a été bien accueillie par la population, a permis de renforcer l’économie locale et d’augmenter les rentrées fiscales de la ville.
    Sauf pour les « Crusaders », trois individus animés par une haine contre les Musulmans et la croyance en la supériorité de la race blanche qui voulaient faire exploser un bâtiment accueillant des familles somaliennes, à la manière de Tomithy McVeigh contre un immeuble fédéral d’Oklaomah City en 1995.
    L’attentat a été déplacé au lendemain des élections pour éviter que le massacre profite à Hillary Clinton, et les trois énergumènes ont été finalement arrêtées à temps par le FBI. Leur défense: les fake news selon lesquelles la victoire de Trump allait être annulée par Obama qui allait instaurer la loi martiale.
    * « The Only good muslim is a dead Muslim » – The New Republic

 


  • L’équipe du dictateur

    La Syrie, ravagée par la guerre civile qui a fait un demi million de morts en six ans, détruit le pays, provoqué la fuite de millions de syriens réfugiés dans les pays alentours et en Europe continue de soutenir son équipe de football nationale, qui vient de perdre en phase de qualifications pour la prochaine Coupe du Monde.
    Cette sélection est considérée par beaucoup d’opposants, joueurs de football syriens exilés comme une arme de propagande pour Bachar El Assad étant donné la popularité de ce sport dans le pays. Elle violerait les règles de la FIFA qui a interdit toute utilisation politique d’une équipe, et que l’organisation a utilisé ces règles une vingtaine de fois ces dix dernières années pour suspendre des équipes au niveau international.
    Assad aurait obligé beaucoup de joueurs à continuer à joueur au nom de la continuité du régime provoquant la défection et l’exil d’un grand nombre d’entre eux:  le gouvernement a tué, bombardé ou torturé au moins 38 joueurs des eux premières divisions des ligues professionnelles syriennes (…) 13 joueurs ont disparu (…) et le gouvernement de Assad a utilisé des athlètes et activités sportives pour soutenir l’oppression »
    Le cas syrien, expliqué dans un rapport de 20 pages intitulé « Les crimes de guerre contre les footballeurs syriens » et soumis dès 2015 à FIFA, ne semble violer aucune des règles défendues par l’organisation qui a répondu que « les tragiques circonstances allaient bien au delà du sport » et conclu que le problème était au dessus de ses responsabilités
    L’équipe syrienne a donc été autorisée à jouer les qualifications pour le prochain mondial en 2018

    * « The Dictators Team » – ESPN magazine

 


  • Trump fatigue?


    « La politique reste un intérêt saisonnier pour la plupart des Américains. Mais ce changement [baisse du traffic chez la plupart des sites internet d’infos consacrés à la politique] devrait faire réfléchir les différents éditeurs qui ont privilégié la politique pour capitaliser sur l’intérêt porté au premier président de télé-réalité, et c’est peut être le signal qu’il serait temps pour les sites spécialisés sur ce sujet d’élargir leur couverture, particulièrement sur des plates-formes comme Facebook »

    « Environ 40% d’Américains obtiennent leurs infos depuis Facebook et c’est l’accès la source de référence la plus importante des infos politiques: 59% du trafic lié aux articles politiques vient de Facebook, davantage que les 40% des autres infos et médias. Plus l’élection s’éloigne, plus l’engagement de certains sites politiques sur Facebook a baissé. »

    Des sites comme The Hill, ATTN:, Axios ou encore The Daily Beast accusent le coup ces derniers mois mais pas les importants groupes de presse à l’origine des importantes révélations de ce début de présidence comme le New York Times, le Washington Post ou CNN.
     

    * « Trump fatigue? The Good Times for politics publishers are over » – Digiday

 

 

Ces grandes surfaces américaines rongées par la violence

Bloomberg Businessweek consacrait la semaine dernière sa « cover story » au géant du « retail » américain, Walmart, et ses 4,500 grandes surfaces qui font face à une recrudescence sans précédent de violence dans l’ensemble du pays – au grand dam des autorités locales.

BloombergBusinessWeek - Edition du 22 au 28 Août 2016: "A violent Crime happens here every day"
BloombergBusinessWeek – Edition du 22 au 28 Août 2016: « A violent Crime happens here every day »

Des taux de criminalités en grandes surfaces
Selon l’hebdomadaire, un crime violent serait recensé chaque jour dans un Walmart du pays, aux côtés des dizaines de milliers de vols, incidents ou bagarres qui doivent être gérés par la police locale, souvent aux dépens du reste de la communauté.

Par crime violent, on entend des « tentatives d’enlèvements, de blessures à l’arme blanche, de coups de feu et meurtres » à l’instar de ce Walmart du nord est de Tulsa, dans l’Oklahoma, qui recense cinq vol à main armée depuis le début de l’année, le suicide par balle d’un homme suspecté de meurtre l’année dernière dans le parking de la grande surface, ou encore une fusillade qui a fait un mort et un blessé grave sur ce même parking en 2014.

Il n’est pas inhabituel pour le département d’envoyer un bus pour transporter tous les criminels que Ross [Officier du département de police de Tulsa, attaché au bureau de sécurité du Walmart local] arrête à Walmart. Le cahier journal du magasin contient plus de 126 pages et recense quelques de 5000 allées et venues sur ces cinq dernières années. 
L’année dernière, la police a été appelé plus de 2000 fois par les quatre Walmart que compte Tulsa. En comparaison elle n’a été appelée que 300 fois par les quatre Target [autres chaines de « retail » plus petites et un peu plus chères] de la ville.

Effectivement il suffit de taper Walmart et Crime dans le moteur de recherche Google News, et vous trouverez ce mercredi 31 Août, un couple arrêté pour trafic de drogues dans un Walmart du Missouri lundi 29 Août, une femme poignardée par sa mère dans le parking d’un Walmart d’Alabama samedi dernier, ou encore une fausse alerte à la bombe d’un client dans le Wisconsin en Juillet.

Des immenses grandes surfaces difficiles à gérer
En Mai dernier, The Tampa Bay Times s’est lui aussi intéressé à la recrudescence de crimes dans les grandes surfaces de Tampa Bay en Floride: « Sur les 7 000 appels reçus par la police pour vols, la plupart ne dépassaient pas $300, le seuil au dessus duquel un « larcin » devient une infraction grave. Certains appels concernaient des vols de tablettes de chocolat à deux dollars, des goutes pour les yeux à trois dollars ou encore bouteilles d’essence à 10 dollars »v

Capture d'écran des statistiques révélées par le Tampa Bay Times sur l'origine des 16,000 appels passés à la police par les Walmarts de Tampa Bay, en Floride
Capture d’écran des statistiques révélées par le Tampa Bay Times sur l’origine des 16,000 appels passés à la police par les Walmarts de Tampa Bay, en Floride

Incapable de gérer les délits dans ses propres établissements, « les forces de l’ordre deviennent une compagnie de sécurité privée, payée par le contribuable pour Walmart »

Ces grandes surfaces qui vendent de la nourriture, de l’essence, des médicaments, sont considérées comme les centre-villes de certaines petites et moyennes agglomérations.
Ils accueillent 125 millions de consommateurs américains chaque semaine dans des grandes surfaces immenses (en moyenne 20 000 m2) dont certaines sont ouvertes 24 heures sur 24, sept jours sur sept et autorisent parfois leurs clients à stationner dans leur voiture toute la nuit.
Des conditions qui rendent la sécurité d’autant plus difficile.

Walmart tente de prendre le problème en main
Comme le rapporte le Time cet été, « la plus grande enseigne commerciale du pays, un passage presque obligé pour la police, a décidé de faire justice soi-même ».
Elle a mis en place un programme destiné aux coupables de larcins ou à ceux interpellés pour la première fois, qui ont la possibilité de compléter en ligne un programme de prévention contre le vol pour éviter la prison.
Avec « Restorative Justice », Walmart entend réduire l’intervention de la police pour les crimes mineurs en réglant le problème en interne et en offrant à certains une seconde chance.
Il semblerait que l’initiative ait porté ses fruits, à l’instar de la ville d’Arlington en Virginie, où la police aurait signalé 40% d’appels en moins de Walmart depuis la mise en place du programme en Octobre 2015.

Prévenir les vols et la violence a également obligé la direction de Walmart à équiper ses magasins de plus caméra de sécurité et d’agents de sécurité, et de changer régulièrement les équipes de postes.
Si elle se félicite des progrès accomplis, la police elle est plus sceptique.

Capture d'écran d'une photo publiée par le Tampa Bay Times sur Walmart en Mai 2016
Capture d’écran d’une photo publiée par le Tampa Bay Times sur Walmart en Mai 2016

 

Des effectifs diminués et une violence en hausse.
Pour BloombergBusinessWeek, la violence qui gangrène les Walmart du pays est directement liée aux politiques de coupes budgétaires qui ont marqué la politique interne de la compagnie depuis le début des années 2000.
Moins d’employés pour accueillir les clients, d’hôtes et hôtesses de caisses, mise en place de caisses automatiques ont certes augmenté les profits mais considérablement détérioré les magasins et leur sécurité.
« Pour les criminels, ces économies sont apparues comme le signal que tout le monde se foutait de Walmart, que personne ne surveillait et n’avait l’intention de les arrêter. »

Malgré des fonds débloqués pour rénover certains magasins, Walmart refuse de dépenser de l’argent pour augmenter drastiquement les effectifs de sécurité en uniforme, qui restent le rempart le plus efficace contre le vol.
Quelques 250 000 employés seraient nécessaire au million actuellement employés par l’enseigne qui couteraient plus de trois milliards de dollars à l’entreprise, soit un quart de ses profits réalisés en 2015.
Aucun investissement de ce type n’a été envisagé par la compagnie cette année.