29.09.17

 

1. Bannon part en guerre

 

  • La personnalité qui a dominé la vie politique américaine cette semaine est l’un de ses plus fervents et bruyants « disrupters »: Steve Bannon qui fait à nouveau la couverture de Businessweek, deux ans après une première cover story qui l’avait qualifié « d’agent le plus dangereux de Washington ».
  •  

  • Il compte utiliser la victoire de son candidat, Roy Moore, dans les partielles républicaines d’Alabama mardi, contre celui du parti soutenu par Trump, pour punir ses adversaires politiques, l’establishment du parti républicain (Paul Ryan et Mitch McConnell) tout en restant fidèle au président, qui reste le meilleur ambassadeur de sa doctrine populiste. 
  •  

  • Steve Bannon veut développer et consolider l’aile populiste du GOP en recrutant des candidats « insurgés » pour affronter sur leurs terres les candidats républicains sortants (Mississippi, Tennessee, Arizona, Nevada, Michigan et du Maine) et essayer d’y décrocher les mêmes victoires que celle d’Alabama.
    Et il le crie haut et fort à qui veut bien l’entendre: « On part en guerre (…) Et ce n’est pas une bataille d’oreillers, c’est une vraie guerre. »
  •  

  • Pour ce faire, il peut compter sur la fortune de la famille Mercer, qui a investi dans Breitbart en 2012, dans la campagne de Trump en 2016 et qui figurent aujourd’hui parmi les plus importants donateurs conservateurs. * « Alabama Victory Provides Blueprint for New Bannon Alliance »New York Times

 


2. Vers un troisième bloc parlementaire?

 

  • Contrairement au « Freedom Caucus », le groupe parlementaire ultra-conservateur, directement inspiré du mouvement du Tea Party, les futurs « insurgés » n’ont « aucune vision idéologique cohérente » si ce n’est une haine de la classe dirigeante, et de son leader, Mitch McConnell:
     

    Bannon: On va rendre Mitch McConnell tellement toxique. On va tout simplement dire aux gens: Si McConnell vous soutient, vous êtes fini … Ca va foutre les jetons à tout le monde.

 

  • Politico appelle cela « le scénario cauchemardesque des Démocrates et des Républicains« : la formation d’un « bloc Trump » au Sénat aux élections de mi-mandat en 2018 qui provoque un dysfonctionnement total du Congrès américain.
     

    Mais certains analystes politiques commencent à s’interroger sur les conséquences pour le « Disrupter-in-Chief », qui est à la fois un symptôme, l’instigateur et la victime du dysfonctionnement de Washington. Les Républicains qui ont affronté Trump lors des primaires du parti affirment que les forces qu’il réussit à déchaîner peuvent lui échapper et l’empêcher d’achever son programme au Congrès américain et ternir son héritage politique. 

    * « Steve Bannon is looking for retribution after Alabama win. And he’s recruiting »CNN Politics
    * « Moore’s win conjures 2018 nightmare – for both parties »Politico

 


3. Washington Jet Set

 

  • Tom Price, le ministre de la santé de Trump, a dépensé un million de dollars en frais des transports lors de ses différents déplacements à l’étranger ces six derniers mois. Des dépenses importantes qui contredisent l’une des missions que s’est donnée la nouvelle administration et son président: « vider le marécage » (« Drain the Swamp ») de Washington.
    Même si Price s’est engagé à rembourser ces frais, il est sur la sellette et Trump devrait se prononcer sur son sort aujourd’hui.

 

  • L’analyse qu’en donne le National Review est juste et devrait être prise en compte par les Républicains et les Démocrates.
     

    Au delà du « parfait scandale populiste », on sent bien que ce qui bloque les Américains, ce ne sont pas forcément les divergences de point de vue politiques (…) mais le ressentiment envers cette arrogance et ce bon-droit d’un groupe que les Américains pensaient pendant longtemps ne pas avoir: La classe dirigeante.
    Ils ne vivent pas comme nous. De temps en temps, l’un d’entre eux les embarrasse tellement qu’il est jeté aux loups – feu Anthony Weiner – mais les habitants des quartiers dorés de Washington et New York retombent toujours sur leurs pieds. Si vous échouez misérablement à Washington, vous finirez … autre part à Washington, à faire de l’argent comme lobbyiste ou consultant. Au pire vous terminerez à enseigner un séminaire à la Kennedy School et vous profiterez des plaisirs que la vie à Harvard a à offrir.

    * « Washington Jet Set »National Review

 

 


4. Immigration: Où sont les bad hombres?

 

  • L’immigration, c’est le thème numéro un de l’administration Trump, qui lui a permis de remporter les suffrages de l’électorat blanc et rural inquiet des bouleversements démographiques du pays: En attendant l’éventuelle construction d’un mur, le président a renforcé les moyens et les effectifs des « border patrols », des agents de l’Immigration & Customs Enforcement (ICE) afin qu’ils puissent arrêter et expulser les « trois millions de trafiquants de drogues, criminels qui vivaient illégalement sur le territoire américain ». 
  •  

  • Mais les derniers chiffres de l’ICE sont loin des résultats espérés par l’administration: 211 000 immigrés ont été expulsés entre octobre 2016 et novembre 2017 contre 240 000 l’année précédente, même si les arrestations ont augmenté de 43% depuis l’investiture de Trump. C’est son prédécesseur, Barack Obama qui garde le statut de « Deporter-In-Chief ».
  •  

  • Les raisons:
    • La force de persuasion de Trump qui a fait dramatiquement baissé le nombre d’étrangers prêts à entrer illégalement aux Etats-Unis
    • La réaction des associations de défense d’immigrés, soutenues par les aides financières et techniques de professionnels et capables de venir rapidement en aides aux prisonniers et détenus.
    • Le flot d’arrestations s’accumulent dans les cours fédérales avec près 600 000 cas en attente et « ça pourrait prendre des années avant que des migrants arrêtées sous Trump soient physiquement expulsés »

      * « Deportations slow under Trump despite increase in arrests by ICE »The Washington Post

5. Le business de la mort

 

  • La Virginie Occidentale, l’Etat le plus touché par la crise des opiacés, responsable de la mort 62 000 personnes aux Etats-Unis l’année dernière, a déboursé entre octobre 2016 et novembre 2017, presque 900 000 dollars à des entreprises privées pour le transport de ses cadavres.
     

    Plus de 880 personnes sont décédées d’une overdose de drogues en Virginie Occidentale l’année dernière – un nombre record. L’Etat à le pire taux de morts par overdose dans le pays. Chaque overdose demande au minimum deux transports, du lieu du décès à la morgue, puis de la morgue aux pompes funèbres. Chaque corps doit être autopsié et un rapport toxicologique doit être effectué pour déterminer les drogues qui ont causé la mort.

     

  • Pire, une société qui détient le monopole de cette activité au niveau de l’Etat, aurait surchargé ses honoraires, multiplié les erreurs de facturation pour un montant total de 140 000 dollars entre 2010 et 2014 sur plus de trois millions de dollars engrangés depuis 2003.* « Opioid Crisis Drives A Grim Business in West Virginia: Body Transport »Huffington Post

 

 

 


6. Merkel trollée

 

 

  • Comment la firme américaine, Harris Media, qui a organisé les campagnes agressives de Donald Trump, Sarah Palin et Mitch McConnell a aidé le parti raciste allemand à récolter près six millions de voix 
     

    Ces sites, et les publicités en ligne qui en font la promotion sont monnaie courante dans la politique américaine: A tous les niveaux, présidentiel, du Congrès et même local, des experts en stratégie numérique construisent des sites internet d’opposition pour aider leurs clients à affaiblir leurs adversaires. Mais en Allemagne, où les campagnes négatives ressemblent davantage à un désaccord politique, c’était sans précédent. 

     

  • Ce genre de campagnes a eu des effets dévastateurs aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, l’Allemagne vient d’être touchée et la France sera sans doute la prochaine: les partis traditionnels vont devoir s’adapter à ces rhétoriques racistes et violentes et trouver la réponse adéquate sans tomber dans le même piège.* « Germany’s Right-Wing Populists Are Importing U.S.-Style Campaign Tactics »The Atlantic 

 


7. A écouter: « The Disappearance of Maura Murray »

 

 

  • Le dernière séri-docu de Oxygen sur la disparition de Maura Murray par la journaliste Maggie Freleng: En février 2004, l’étudiante de 21 ans prévient ses professeurs qu’elle doit s’absenter quelques jours à la suite d’un décès familial qui n’a jamais eu lieu. Elle vide sa chambre, retire tout l’argent qu’elle possède et quitte la ville. Quatre heures plus tard, elle est victime d’un accident de voiture et sans attendre l’arrivée rapide de la police, réussit à se volatiliser sans laisser de traces, ni de message…
  • L’article du Amherst Bulletin sur la série.

 


8 .Couverture du Jour

 

 

  • Impossible de passer à côté du dernier numéro de The Economist, le magazine anglais qui a annoncé pendant des années la banqueroute française, et qui depuis le traumatisme du Brexit, a trouvé en Emmanuel Macron, le sauveur de l’Europe.
     

    Qui dirige l’Europe? Au début, la réponse était évidente. Angela Merkel est destinée à remporter une quatrième victoire aux élections, la Grande Bretagne hors-jeu, l’Italie à plat et la France paralysée par la perspective que Marine Le Pen devienne le Donald Trump français. Cette semaine, tout a changé. Mme Merkel a remporté les élections avec une marge tellement réduite qu’elle apparait diminuée (…) De l’autre côté du Rhin, avec un parlement dominé par un nouveau parti qui lui est dévoué, le président français Emmanuel Macron regorge d’ambitions (…)Un leader s’impose qui semble courageux, discipliné et réfléchi. Courageux à cause de la réforme du travail mets du temps à créer de l’emploi et qui récompense les successeurs politiques de ceux qui font le sale boulot.

    * « The Spotlight shifts from Germany to France » – The Economist

13.09.17

 

1. Edie Windsor: An American Hero

 

  • Edie Windsor, décédée hier à 88 ans à New York City, restera l’une pionnière de la défense des droits des homosexuels à travers un combat qu’elle a commencé après la mort de sa première femme, Thea Spyer, sa compagne de 42 ans, épousée au Canada en 2007 et disparue en 2009.
    Contrainte de payer un demi million de dollars sur l’héritage de Spyer car la DOMA – Defense of Marriage Act qui considère le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme – la prive de protections fédérales, dont celle de l’exemption des droits de succession accordée au conjoint, elle décide de porter plainte contre le gouvernement (« Windsor v. United States ») et va jusqu’à la Cour Suprême qui lui donne gain de cause en juin 2013 dans une décision qui va accélérer la légalisation du mariage pour tous sur l’ensemble du pays.
  •  

  • Deux articles à retenir pour comprendre la vie et le combat d’Edie Windsor: celui du New Yorker, « The Perfect Wife » qui décrit son histoire d’amour avec Thea Spyer et l’hommage de Time magazine qui en a fait l’une des personnalités de l’année 2013:
     

    Grandir gay aux Etats-Unis, Windsor, aujourd’hui 84 ans, n’a jamais vraiment évoqué sa sexualité au delà de son vibrant cercle d’amis. Mais la mort de son épouse Thea Spyer en 2009 a provoqué une série d’évènements qui ont poussé Windsor à se battre pour ses droits devant la Cour Suprême – une lutte qui s’est conclue par une victoire décisive pour le mariage gay cette année.

     

  • Barack Obama lui a rendu hommage, Hillary et Bill Clinton ont salué « son combat et une personnalité lumineuse » tout comme nombres de personnalités démocrates, célébrités et des milliers d’anonymes.

 


2. The Big One

 

  • Il ne s’agit pas du plus grand tremblement de terre qui menace de détruire prochainement la côte est nord-américaine – le New Yorker parle alors du « Really Big One » – mais du piratage géant et imminent des milliards de données personnelles amassées par les géants de la technologie, Facebook, Google ou Amazon, davantage obsédés par la modernisation, commodité et rentabilité de leurs services que la sécurité de leurs utilisateurs.
     

    Ces compagnies, plus Slack, Tinder et une demi douzaine d’autres possèdent suffisamment de données financières et personnelles pour permettre aux hackers de voler notre identité et accumuler des charges frauduleuses. Elles possèdent nos messages privés, photos, et la plupart de nos secrets. Une attaque à grande échelle contre l’une de ces entreprises pourrait faire du piratage d’Equifax [la compagnie de renseignement de crédit américaine qui vient de se faire voler les noms, numéros de carte de crédit et de Sécurité Sociale de 143 millions de personnes] un menu larcin.

    « Forget Equifax. Facebook and Google have the Data that should worry You »– Businessweek

 

  • Comme le constate Zeynep Tufekci dans le New York Times, des dizaines de compagnies ont été victimes de piratages ces dernières années et obligées de payer une « amende infime par rapport aux profits engrangés ».
     

    Il existe des facteurs techniques qui expliquent pour la cybersécurité est si faible, mais la vraie raison est politique, et c’est très simple: Les grandes entreprises ont beaucoup investi dans le système politique pour qu’il créé un environnement légal dans lequel les consommateurs assument toujours plus de risques et les compagnies encore moins.

 


3. Mal de Tech

 

  • Les géants de la Silicon Valley sont depuis des mois dans le collimateur du président, agacent Démocrates et Républicains, et commencent à inquiéter l’opinion publique:
     

    • Même si Amazon s’est engagée à créer cent mille emplois ces dix huit prochains mois, le commerce en ligne dont est leader, avec 43% des ventes en ligne, est responsable de la fermeture de milliers de magasins (« Birck and Mortar ») et du chômage de plusieurs centaines de milliers d’employés.
    • Facebook est ouvertement accusée d’avoir fait élire le président Trump en préférant accepter des revenus publicitaires de la part de pays étrangers plutôt que d’en d’abord vérifier le contenu et l’origine.
    • Google est considérée comme le « big brother de la gauche » et amasse une bonne partie des revenus publicitaires engrangés sur internet et écrase la concurrence qui commence à se rebeller.
    • Uber est la seule compagnie a être tombée jusqu’ici à cause d’une culture d’entreprise machiste, de pratiques frauduleuses à l’encontre de ses concurrents et d’un fondateur mégalo.

 

  • Comme l’analyse Ben Smith, rédacteur du Buzzfeed:
     

    Ca ne veut pas dire que la fin est proche pour ces nouveaux géants – même pour Uber dont l’activité continuent de croître. C’est juste que l’âge d’or est terminé. On entre dans une nouvelle ère de politique normale avec une réglementation normale, dans laquelle les sénateurs californiens les défendront les poches pleines avec autant de vigueur que les Texans pour le pétrole, mais contre un profond courant bipartisan. Ils gagneront dans certains cas, perdront dans d’autres, et certaines défaites pourraient être aussi dommageables que celle de Microsoft dans les années 90 quand un procès antitrust [intenté par le gouvernement américain] a presque brisé la compagnie et l’a obligé à se transformer au bénéfice entre autres de Google.

    « There is blood in the Water in Silicon Valley » – Buzzfeed News

 


4. Face de bouc

 

  • Non seulement Facebook a reconnu avoir vendu cent mille dollars de revenus publicitaires à la Russie pour promouvoir des sujets controversés favorables à la rhétorique du candidat républicain. La Russie aurait également utilisé les « Facebook Events » pour organiser des manifestations contre les immigrés aux Etats-Unis, dont un rassemblement anti-musulman dans l’Idaho au mois d’août 2016. Des évènements (admis par la compagnie) qui ont été promus via des annonces payés par le pays.
     

    Les évènements Facebook – l’un d’entre eux s’est fait l’écho de théories du complot poussés par des médias pro-Trump – prouvent que les tentatives du Kremlin pour influencer le débat politique aux Etats-Unis ne se sont pas limitées aux fake news et ont poussé des Américains à de l’action directe.

    « Russia Used Facebook Events to organize anti-immigrant Rallies on US Soil »Daily Beast 

 

  • Le président de CNN, Jeff Zucker s’en est pris publiquement à Facebook dans une interview donnée à Tina Brown lundi:
     

    Je pense que Facebook n’a pas tout dit sur son rôle durant les élections et je pense qu’on devrait continuer à leur mettre la pression. C’est scandaleux que Facebook ne soit pas plus transparent sur les publicités qu’ils ont acceptées des Russes, que la compagnie les publie et offre davantage d’informations. Le fait qu’ils essayent d’enterrer cette histoire en plein mois d’août quand le Congrès est en vacances et tout aussi scandaleux… Je veux vraiment insister sur le manque de transparence de Facebook durant les élections et c’est un problème grave. Les gens doivent leur demander davantage de compte.

 


5. Medicare pour tous

 

  • Le sénateur indépendant Bernie Sanders, star de la campagne présidentielle 2016, a présenté aujourd’hui sa législation phare, « Medicare for all », l’ambitieux projet d’offrir une assurance maladie à l’ensemble des Américains, quels que soient leurs revenus et qui a reçu le soutien des principaux prétendants à la candidature démocrate de 2020, les sénateurs Cory Booker (New Jersey), Kirsten Gillibrand (New York), Kamala Harris (Californie) et Elizabeth Warren (Massachusetts)
  • Pour le journaliste Mike Allen, une fois introduite et acceptée par la nouvelle garde démocrate, le concept d’une assurance santé pour tous, considérée jusqu’ici comme « toxique » par la gauche américaine, fait doucement son chemin chez les politiques et les électeurs, et n’est pas prête de disparaître.

 


6. Héroïn(e)

 

  • Après Frontline, HBO, un autre reportage de Netflix sur l’une des plus graves crises sanitaires qui touche les Etats-Unis: l’épidémie d’héroïne et d’opiacés (morphine, oxycodone, …) touche de plein fouet Huntington en Virginie Occidentale, rebaptisée la capitale de l’overdose en Amérique avec des décès par overdoses qui sont dix fois plus élevés que dans le reste du pays.
     
    Jane Rader, récemment promue responsable du Fire Department de la ville de Huntington:

    C’est triste quand tu traverses une ville et tu te rappelles, « Quelqu’un est mort ici, un autre là, mais c’est la réalité de cette région (…) Quand tu accumules le désespoir, le chômage, et le manque d’éducation, c’est le désastre assuré.
    Je pense que nous avons perdu deux générations, pas une génération, j’ai bien peur que nous en ayons perdu davantage.
    La Virginie Occidentale est un Etat de travailleurs ouvriers qui travaillent dur et dans des conditions difficiles; il y a beaucoup de blessures, et beaucoup de gens sont devenus dépendants aux anti-douleurs en se blessant et se sont tournés vers l’héroïne, financièrement plus abordable »

 


7. Nancy Gibbs quitte Time magazine

 

  • Après l’annonce du départ de Graydon Carter après 25 ans passés à diriger Vanity Fair, c’est au tour de Nancy Gibbs, première femme rédactrice en chef de Time magazine, depuis 2013, et employée du magazine depuis 32 ans, de tirer sa révérence à la fin de l’année. Aucun des deux n’a pour le moment de successeur.

 


8. Bad Karma

 

  • Brock Turner, l’étudiant-champion de natation de Stanford condamné à trois mois de prison l’année dernière pour avoir agressé sexuellement une étudiante inconsciente derrière une poubelle sur le campus, a désormais sa photo dans un manuel de droit pénal de première année, « Introduction to Criminal Justice. Systems, Diversity and Change », à côté de la définition de « viol »
  • L’une des étudiantes a posté la page du manuel sur Facebook et l’image est devenu virale en quelques jours.
     

 

 


9. La couverture du jour: Si seulement

 

  • Le New Yorker va faire pleurer dans les chaumières américaines en dévoilant cet après midi la couverture que le monde attendait au lendemain des élections présidentielles. Intitulée « The First » et réalisée par l’artiste française Malika Favre, elle nous manque chaque jour…
     

Le Kiosque du 11.07.17

 

 

1. Trumplandia: « The Smoking Gun »

 

La page d’accueil du Drudge Report lundi après midi

 

  • Donald Jr, aussi menteur que son père
    La dernière révélation du New York Times concernant le fils aîné de Trump – prêt à recevoir en juin 2016 des informations compromettantes sur Hillary Clinton de la part du gouvernement russe qui affirme vouloir influencer le résultat des élections en faveur de son père – est la preuve de l’existence d’un contact entre l’entourage du candidat et les Russes pendant la campagne présidentielle.
    C’est un fait.

    Comme le résume parfaitement Mike Allen dans sa newsletter ce matin:

    Aucun démenti de la West Wing concernant les révélations de ces derniers jours sur la rencontre de Don Jr avec des Russes en pleine campagne présidentielle, pourrait avoir des conséquences politiques et légales énormes. Si le New York Times est au courant, imaginez ce que Bob Mueller, [le procureur indépendant en charge de l’enquête du FBI sur les collusions potentielles entre l’équipe de Trump et le Kremlin], doit savoir.

 

  • Aucun démenti car Donald Jr a décidé de prendre les devants en publiant l’email incriminé dans son intégralité sur Twitter ce midi, comme si de rien n’était.
    On y apprend que Don Jr est ravie de recevoir l’aide d’un pays étranger pour faire gagner son père, et c’est dans cette optique qu’il rencontre avec
     Jared Kushner et Paul Manafort la fameuse avocate russe, Natalia Veselnitskaya, dans la Trump Tower, le 9 juin 2016.
    A cette date, les Russes étaient déjà en possession des serveurs démocrates piratés – celui du comité national démocrate et de John Podesta, président de la campagne de Clinton – mais n’avaient encore rien révélé. 

    * « Russian Dirt on Clinton? ‘I Love it’, Donald Trump Jr Said »The New York Times

 


2. Pourquoi tant de mensonges?

 

  • Donald Trump Jr est la cinquième personne dans l’entourage direct de Trump à avoir menti sur ses relations avec des représentants russes liés au Kremlin – alors que trois enquêtes sont actuellement en cours (du FBI, de la Commission du Renseignement du Sénat et des Représentants) pour déterminer si des collusions ont eu lieu pendant la campagne présidentielle entre les proches du candidat républicain et les Russes pour influencer le résultat des élections.

 

  • Comme le résume Jack Tapper, journaliste de CNN hier
     

    [Ces cinq personnes] ont menti, changé leur version ou n’ont pas voulu divulguer certaines informations concernant leurs contacts avec les Russes … Si ces contacts et conversations étaient innocents, comme ils l’affirment, pourquoi ont-ils menti la-dessus?

 

Morning Joe / MSNBC

 


3. Le monde à l’envers des médias pro-Trump

 

  • Si on observe un semblant de clairvoyance de la part de la conservatrice National Review:
     

    Ce que je ne comprends pas, c’est comment est-ce que les conservateurs peuvent moquer et sourire à l’idée qu’il existe une vérité à cette histoire dans laquelle Donald Trump fait tout pour que l’on pense qu’il y a effectivement quelque chose.
    Il a viré le directeur du FBI. Il a dit à l’ambassadeur russe qu’il voulait se débarrasser de l’enquête sur la Russie. Il a dit à lester Holt [journaliste de NBC] la même chose. Donald Trump est visiblement obsédé par cette enquête sur la Russie et sur cette « bromance » qu’il a avec Vladimir Poutine.
    Son fils et son gendre ont des liens avec la Russie et continuent de se rétracter, en faisant passer ceux qui les défendaient pour des pitres.
    Pourquoi ne pas attendre [les résultats de l’enquête du FBI] et voir?

     
    * « Trust Nothing, Defend nothing »National Review

 

  • D’autres commentateurs respectés dénoncent la chasse aux sorcières des médias qui n’ont d’autres recours que la « collusion russe » pour affaiblir Trump et la Maison Blanche. Washington Post

 

  • Les autres médias pro-Trump vivent dans une autre dimension, le « New Media Upside Down » en référence au célèbre show de Netflix, « Stranger Things », et continuent de défendre l’indéfendable:
    Pour Mike Cernovitch, Don Jr a diffusé son propres email parce qu’il ne veut pas « soutenir la théorie conspirationniste du Times » alors que toutes les révélations du quotidien ces trois derniers jours ont été reconnues par l’intéressé.
     
    Pour Breitbart, aucun intérêt sur le contenu du email diffusé par Donald Jr mais sur les mauvaises intentions du New York Times:

    Le Times a rapporté l’existence d’un email lundi soir, alors qu’ils n’ont jamais vu cet email, ne sont pas en possession de cet email, et s’appuient sur une description de « trois personnes ayant eu connaissance de l’émail », probablement de la communauté du Renseignement ou des Commissions du Renseignement du Congrès.

    * « Here’s how the Pro-Trump Media is Handling The Don Jr Emails » – Buzzfeed

 


4. La vie sans Walmart

 

  • La première chaîne de distribution américaine Walmart, est l’un des plus importants employeurs du pays avec 1,4 millions de salariés répartis dans 4 600 magasins, supermarchés et hypermarchés aux Etats-Unis, notamment dans les centres commerciaux des zones périphériques et rurales.
  •  

  • The Guardian est allé enquêter dans une petite ville du comté de McDowell en Virginie Occidentale, pour comprendre « ce qu’il se passe une fois que Walmart a disparu ».
     

    La question est urgente car la méga-entreprise est en train de repenser sa stratégie commerciale. Les zones rurales comme le comté de McDowell, où Walmart a concentré ses projets d’expansion dans les années 90, se dépeuplent rapidement et remettent en question les ambitions de l’entreprise
    (…)
    Quand tu combines le malaise économique du comté et la bataille toujours plus féroce de Walmart avec Amazon pour la domination du commerce en ligne, ces immenses centres paraissent inutiles. 

     

  • Nicole Banks, jeune étudiante qui vit dans le comté de McDowell avec sa mère malade:
     

    C’est ridicule, les gens d’ici ne peuvent pas souscrire une assurance santé, ils n’ont pas de travail et maintenant c’est la nourriture qui manque. Les gens meurent jeunes ici.

     

  • La perte d’un hypermarché a des retombées qui vont bien au delà du manque à gagner économique:

    Il y a quelque chose d’intangible, de moins matériel et de plus glaçant sur cette perte qui est provoquée par la dépendance des habitants de McDowell au géant de la distribution et incarné dans cette immense boite.

     

  • * « What Happened when Walmart Left » The Guardian

 


5. Uber adapté aux seniors

 

  • Comment aider les personnes âgées avec le tout technologique?
     

    Bob Carr jure qu’il ne voulait pas pirater Uber.
    Cet Atlantien de 67 ans voulait juste élargir l’utilisation de l’application de réservation de voiture à des centaines de personnes âgées pas très à l’aide avec les smartphones. Il a créé en 2014 Common Courtesy Inc., une petite entreprises à but non lucratif propriétaire de nombreux comptes Uber qui réserve des trajets pour les autres.

     

  • Une fois n’est pas coutume, Uber s’est adapté:

    Uber Technologies inc. a noté et plutôt que d’obliger Carr a arrêté ses activités, la compagnie a envoyé l’année dernière cinq ingénieurs pour étudier Common Courtesy et d’autres projets similaires. Ils ont créé une nouvelle option au sein de l’application, appelée Uber Central, qui permet de gérer plusieurs trajets d’un seul et même appareil, qui permet le fonctionnement de 30 « Chapitres » de Common Courtesy à travers le pays et permis à Uber d’atteindre de nouveaux territoires.

     

  • Les Carr ont réservé 2 400 trajets en juin, un chiffre en constante augmentation de 15/20% par mois. Ils prennent trois dollars par trajet qu’ils réservent et un dollar pour ceux arrangés par les autres chapitres de Common Courtesy. 

    * « The Retired Couple That Made Uber more Senior-Friendly » – Bloomberg Businessweek

 


6. Le reste de l’actualité

 

  • Un adolescent de 13 ans meurt à Chicago:

    Les témoins pensaient qu’il avait eu une attaque et ont immédiatement appelé une ambulance, mais à l’hôpital, ils ont appris que Noah [Inman] avait reçu une balle qui avait été tirée dans le ciel par un habitant du quartier voisin »  Chicago Tribune

 

  • Dress Code imposé aux femmes journalistes de Capitol Hill:

    Selon de nombreux journalistes, des femmes se sont vues refuser l’entrée du Speaker lobby pour avoir porté des robes et chemises sans manches. CBS rapporte qu’une « jeune femme reporter » n’a pas été autorisée à entrer dans le Speaker lobby – une salle à côté de la Chambre des Représentants [dans le Capitole de Washington D.C] parce qu’elle portait une robe sans manches « considérée comme inappropriée car ses épaules étaient découvertes – The Slot

 

  • The « Human Right Campaign » a prévu d’investir 26 millions de dollars pour les élections de 2018 avec l’embauche de 20 salariés pour une campagne intitulée « HRC Rising » qui organisera des évènements politiques, de terrain avec des bénévoles et du personnel dédié au numérique et à la communication avec des efforts concentrés sur l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, l’Arizona et le Nevada. – Politico

 

  • Selon Buzzfeed, une suite de la série lesbienne « L Word » serait discutée entre Showtime et au moins trois des personnages originaux, Jennifer Beals, Kate Moennig, and Leisha Hailey, qui seraient acteurs et producteurs aux côtés de la créatrice du show, Ilene Chaiken. Buzzfeed

 


7. La Couverture du Jour

 

Une couverture géniale qui résume les premiers de la présidence de Donald Trump.

 

 

Tout y est. Saurez vous reconnaître:

1. « Drain the Swamp » –
2. La marche des femmes sur Washington –
3. les services secrets turcs qui tabassent les militants anti-Erdogan –
4. les tweets du président –
5. Ted Nugent, Sarah Palin et Kid Rock à la Maison Blanche –
6. Fox News, Breitbart et Info Wars –
7. Pepe the frog –
8. Sergeï Kyslyak, l’ambassadeur russe à Washington –
9. Steve Bannon et Kellyanne Conway –
10. Maggie Haberman, journaliste du NYTimes –
11. Katy Tur, journaliste de NBC (?) –
12. Sean Spicer derrière les buissons –
13. Les saoudiens