SB4: la loi qui divise le Texas

 

Le Texas, historiquement républicain mais réputé pour sa tolérance envers les populations immigrées et celles en situation irrégulière, est devenu le premier Etat américain à adopter une ligne aussi dure en matière d’immigration, inspirée par la nouvelle administration, qui divise violemment la population et les politiques.

 

  • Lundi après midi, le Capitole de Dallas a été envahi par des centaines de milliers de manifestants venus s’opposer à la loi « SB4 » votée quelques semaines plus tôt par le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, contre les villes sanctuaires de l’Etat

 

  • La loi « Senate Bill No.4 » (SB4) sanctionne les polices locales des villes et des campus universitaires dits « sanctuaires » qui demandent à leurs officiers de ne pas:
    • Demander le statut légal d’une personne arrêtée ou en détention
    • Signaler à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), les agents d’immigration fédéraux, le statut illégal d’un immigré qui arrêté ou en détention
    • Aider les agents d’immigration fédéraux (ICE) en leur livrant un individu arrêté en situation irrégulière, ou en arrêtant des individus qui sont sous le coup du « Immigration Detainer Request » – un mandat d’arrêt.
  • Les sanctions contre les shérifs et policiers locaux qui refusent de coopérer avec l’ICE peuvent être financières (1 000 dollars pour une première offense et 25 000 dollars pour des violations supplémentaires), professionnelles (perte de son emploi) et pénales (prison).
  • La loi devrait être appliquée à partir du 1er septembre.
    Une plainte a déjà été déposée par le ministre de la Justice du Texas pour confirmer cette loi. Les associations de défense des libertés ont elles demandé son annulation auprès des tribunaux.
Flyer de Texas AFL-CIO diffusé avant le vote de la loi SB4 en février 2017
  • Les latino-Américains représentent 39% de la population du Texas: c’est la communauté la plus importante après la Californie.
  • Les autorités estiment à 1,5 millions, le nombre d’immigrés en situation irrégulière, dont 80% sont nés au Mexique et 42% d’entre eux sont propriétaires de leurs maisons, c’est-à-dire bien intégrés dans leur communauté.
  • « Le grand boom économique des années 90 et 2000 de l’Etat (« Texas Miracle ») aurait été inconcevable sans l’apport de travailleurs mexicains entrés illégalement sur le territoire. »
  • Le Texas, contrairement à la Californie ou l’Arizona, a toujours été tolérant envers cette communauté: En 2001, avec le Texas Dream Act, le Texas est devenu le premier Etat à offrir des bourses universitaires quel que soit le statut légal des étudiants.
    « La loi était perçue comme un investissement pour l’avenir de l’Etat et avait reçu le soutien des Républicains ».
  • L’afflux d’immigrés mexicains a considérablement baissé, l’économie du Texas a ralenti et les préoccupations sécuritaires dominent aujourd’hui le discours politique.

 

  • Les villes sanctuaires du Texas sont principalement Austin et Dallas et Houston

 

  • Lundi, les centaines de manifestants habillés en rouge ont interrompu pacifiquement la dernière session parlementaire de la saison avec des chants et des bannières contre ces lois « anti-immigration »
  • Un parlementaire républicain a appelé les agents fédéraux d’immigration (ICE) pour qu’ils évacuent les manifestants et « déportent » ceux en situation irrégulière
  • Une provocation qui a failli se terminer en bagarre générale entre parlementaires démocrates et républicains qui se sont bousculés, insultés et menacés.

 

Le kiosque du 11.05.17: « ComeyGate » – Black Lives Matter à maturité – « Woke comedians » – Une espérance de vie: les écarts se creusent

 

 

Dans le kiosque du jeudi 11 mai 2017 – New York:

1. Tout savoir sur le ComeyGate
2. ComeyGate: Vers une crise constitutionnelle?
5. Black lives matter, une force politique
6. Les écarts d’espérance de vie se creusent aux Etats-Unis
7. « The Age of the Woke Late-Night Show Comedians »

 

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1. Tout savoir sur le ComeyGate

Voici ce qu’il faut retenir jeudi de la crise la plus importante que traverse la Maison Blanche cette semaine:
 

  • Mardi après midi, Donald Trump a signé le renvoi immédiat du directeur du FBI, sans prendre le soin de l’appeler – ce dernier a appris à la télé de Los Angeles – après avoir suivi les « recommandations » du ministre de la Justice, Jeff Sessions, et de son adjoint, Rod Rosenstein, en place depuis seulement deux semaines, qui ont conclu que Mr Comey n’avait pas bien dirigé l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton, close en juillet dernier et avait compromis l’intégrité de l’agence de renseignements, accusée de soutenir la candidate démocrate.
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  • La Maison Blanche a affirmé mercredi que Trump comptait en fait renvoyer Comey depuis novembre et que les conclusions de Mr Rosenstein, prises en tout indépendance, avait précipité les démarches.
    Selon Maggie Haberman du New York Times, Donald Trump n’a pas supporté l’attitude « insoumise » de Comey à son égard ces derniers mois:
     

    • Contredire les accusations lancées début mars sur Twitter contre Barack Obama qui l’aurait mis sur écoute pendant la période de transition.
    • Reconnaître publiquement l’existence d’une enquête sur d’éventuels liens entre son entourage et les Russes pendant la campagne présidentielle.
    • Admettre la semaine dernière que l’idée de l’avoir aidé à remporter les élections – en rouvrant l’enquête sur les emails de Clinton à onze jours du scrutin – lui faisait mal au coeur.

       

      Pour un président obsédé par la loyauté, Mr Comey est apparu comme un agent sans scrupules en qu’il n’avait aucune confiance, encore moins pour diriger une enquête sur les relations de son entourage avec Russie pendant les élections. Pour un homme de loi obsédé par son indépendance, Mr Trump était l’électron libre capable de propos irresponsables sur Twitter qui aurait pu mettre en cause la crédibilité du bureau.

       

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    Ce renvoi inattendu a pris de court la Maison Blanche
    qui avait du mal à s’entendre hier sur les raisons et le timing de cette décision: Pourquoi ne pas avoir viré Comey juste après les élections? Y a-t-il un rapport avec le cours de l’enquête du FBI?

    Sean Spicer s’est retrouvé caché mercredi soir dans les buissons de la White House pour essayer d’échapper aux journalistes à qui il a fini par répondre dans la nuit noire.
    Son adjointe, Sarah Huckabee, qui l’a remplacé en conférence de presse, et parlé des « atrocités » commises par Comey.
    Enfin on a le droit au retour de Kellyanne Conway, conseillère zélée du président, dont la prestation a fait une fois de plus le tour d’internet.
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  • Trump a utilisé l’erreur de Mr Comey la semaine dernière – il a accusé la conseillère de Clinton, Huma Abedin, d’avoir forwardé des milliers de emails contenant des informations confidentielles à son mari alors qu’il ne s’agissait en fait que de deux chaînes de emails – pour le virer contre l’avis de ses plus proches conseillers.
    On sait que le président a appelé Jeff Sessions et Rod Rosenstein lundi pour préparer le mémo qui justifie le renvoi de Comey
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  • Le président a été surpris du tollé de critiques provoqué par ce renvoi, surtout de la part des Démocrates qui, selon lui, auraient renvoyé directement Comey si Hillary Clinton avait été élu.
    Explication reprise en coeur par les proches du président et républicains hier après midi.
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  • Pour rajouter un peu plus d’huile sur le feu, il a rencontré hier dans le bureau ovale le ministre des Affaires Etrangères russe et son ambassadeur à Washington, à la demande de Vladimir Poutine.
    Rencontre à laquelle était convié les journalistes russes mais interdite aux journalistes américains.

     
    The Wall Street Journal – Edition du jeudi 11 mai 2017

 

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2. ComeyGate: Vers une crise constitutionnelle?

Comment la Maison Blanche peut-elle sortir de ce pétrin?
 

  • Pour les Républicains et la Maison Blanche, la crise n’existe que dans la tête des Démocrates pour affaiblir le président car après tout « ni les Américains, ni les Parlementaires, ni même les employés du FBI n’avaient confiance en Comey » et il « avait urgence à rétablir l’honneur du Bureau ». 
    Le président rechercherait activement un nouveau directeur qui devra être confirmé par le Sénat. On voit mal le successeur de Comey être aussi agressif s’agissant de l’enquête du FBI sur l’entourage du président.
    De nombreux républicains et les proches du président continue d’affirmer qu’il « n’y a rien à voir » et qu’on « devrait passer à autre chose ».
    Charles Krauthammer, commentateur conservateur respecté demande Condolezza Rice
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  • Une trentaine de parlementaires et sénateurs républicains ont pourtant exprimé des doutes sur les véritables intentions du président et une poignée a demandé la nomination d’un procureur pour poursuivre l’investigation, exigée par les Démocrates
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  • Pour l’opposition, Trump a renvoyé Comey parce qu’il n’avait aucune intention d’arrêter l’enquête sur les liens entre son entourage et le Kremlin pendant la campagne: L’ancien directeur du FBI a d’ailleurs demandé lundi aux membres du Sénat et à Rod Rosenstein de moyens pour approfondir cette enquête.
    C’est Mr Rosenstein qui a « officiellement » demandé son renvoi mercredi.

    C’est le troisième haut fonctionnaire de la sphère judiciaire, après Sally Yates et Preet Bharara a être viré après s’être approché de trop des affaires de Trump avec la Russie, et qui ne fait que renforcer les soupçons.
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  • Les Démocrates ont demandé au ministre adjoint de la justice, Rod Rosenstein (et non pas à Jeff Sessions qui s’est récusé de toute enquête sur la campagne du président) de nommer un procureur indépendant qui puirsuive le travail laissé par Comey. S’il refuse, on pourrait s’attendre à un regain de critiques et l’opposition et de la presse
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  • Deux enquêtes sur l’ingérence russe en cours au Congrès américain dirigées par les commissions parlementaires et sénatoriales du Renseignements sous l’autorité des Républicains.
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  • On devrait s’attendre a de nombreuses fuites du FBI sur l’administration Trump 

 

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3. Not good

Le dernier sondage de Quinnipiac University donne 36% d’opinions favorables au président Trump – et c’était avant le ComeyGate.

 

 

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4. Ou placer le renvoi de James Comey dans ces cent premiers jours?

Merci le New York Times!

Tous les actions du président Trump depuis son investiture

 

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5. Black lives matter, une force politique

blacklivesmatter.com
  • La répression sévère des forces de police et de la justice contre les manifestants, encouragée par la Nouvelle Administration a poussé le mouvement Black Lives Matter à réorganiser sa lutte: Moins de présence dans la rue et plus d’efforts sur le discours et la mobilisation politiques
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  • D’autres groupes, immigrés, femmes et musulmans, devenus ces derniers mois la cible des politiques de Trump sont aujourd’hui défendus par Black Lives Matter qui essaye d’attirer le plus grand nombre de « progressistes » vers leur mouvement pour devenir une force électorale capable de combattre une administration, décidée à casser les efforts entrepris par Obama pour réformer les pratiques de la police et retourner à l’incarcération de masse.
    Leurs revendications intègrent également des thèmes plus sociaux et économiques comme le salaire minimum ou les droits des femmes.
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  • Contrairement à « Occupy Wall Street », Black Lives Matter, un mouvement purement contestataire né lui aussi dans la rue est en train de devenir une force politique  qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’antennes à travers le pays.
    « C’est à travers ce travail que les priorités d’un mouvement – comme l’usage obligatoire de caméra sur les gilets par balles – deviennent une norme nationale » et c’est de cette façon que les mouvements efficaces fonctionnent ».
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  • * « Turning away from street protests, Black Lives Matter tries a new tactic in the age of Trump » – The Washington Post

 

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6. Les écarts d’espérance de vie se creusent aux Etats-Unis

  • Le JAMA Internal Medicine a publié lundi un rapport sur l’espérance de vie des Américains et noté des écarts de presque vingt ans entre certaines régions du pays: elle dépasse les 85 ans dans le milieu du Colorado, et les 80 ans sur la côte californienne, le nord est du pays, le nord du Midwest, le sud de la Floride.
    Elle peut tomber jusqu’à 70 voire 65 ans dans certains comtés du Dakota du Sud (réserves indiennes), le long du fleuve Mississipi (Mississipi, Arkansas, Louisiane), dans l’Alabama, le Kentucky et la Virginie Occidentale: des régions marquées par le chômage, le manque d’éducation, la pauvreté, un accès limité aux soins médicaux et des habitudes de vie qui n’arrangent rien, cigarette, manque d’exercice, et l’épidémie de drogues.
Espérance de vie à la naissance en 2014 aux Etats-Unis

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7. « The Age of the Woke Late-Night Show Comedians »

 

 

Les Late-Night Shows américains en feraient-ils trop contre Donald Trump et est-il possible aujourd’hui de faire rire sans s’attaquer au président?
 

  • L’élection de Donald Trump a changé en quelques mois le visage de l’Amérique et obligé de nombreux personnalités médiatiques, notamment à la télévision, à prendre parti pour ou contre le nouveau président – même la chaîne sportive ESPN est accusée de prosélytisme par les Conservateurs.
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  • Ceux qui souhaitent rester neutre ou en dehors de la fièvre partisane le payent très cher à l’instar de Jimmy Fallon, le gentil bouffon de NBC qui a remplacé le légendaire et très conciliant Jay Leno dans l’un des programmes phares de la chaîne, « The Tonight Show » diffusé tous les soirs à 23h30.
    Depuis le 8 novembre dernier, ses parts d’audience ont chuté au profit d’autres Late-Night Shows bien plus politisés (Stephen Colbert, Jimmy Kimmel, Trevor Noah, Seth Meyers…).
    La raison est simple: Jimmy Fallon ennuie les téléspectateurs qui ont désormais besoin de leur shot quotidien de politique, si possible contre le président Trump. Face à ces exigences, le « gentil Fallon, pas compliqué et inoffensif » qui continue d’amuser la galerie et ses invités avec ses sketchs niais, devinettes et karaoké semble presque anachronique, voire désuet.
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  • La présidence de Trump a inauguré l’ère des comédiens de fin de soirée « engagés » (« woke ») dans la vie publique et politique: Selon une étude de George Mason University, Trump durant les cent premiers jours aurait fait l’objet d’un milliers de blagues, d’attaques ou de sketchs sur le petit écran, un chiffre énorme surtout qu’il reste encore 41 mois à passer.
    Le divertissement très politisé porté par Jon Stewart depuis le début des années 2000 triomphe aujourd’hui sous la présidence de Trump contre celui plus potache de Jay Leno: Les « woke late-night show comedians » qui comptent en ce moment sont tous d’anciens acolytes de Stewart et politiquement agressifs: Stephen Colbert, Samantha Bee, John Oliver et Trevor Noah
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  • * « Jimmy Fallon, Late Night’s least woke comedian » – Newsweek
    * « Joke’s on him Study shows Trump subject of most late night quips in early presidency »  – Politico

 

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8. Les unes des quotidiens mercredi 10 mai 2017

Pour comprendre le séisme politique du ComeyGate

29.03.17: « Stop shaking your head again » – Une administration vide – Clouseau à la Maison Blanche – Bump Trump – No Save the Date

 

  • « Stop shaking your head again »

    Sean Spicer, porte parole de la Maison Blanche, aggrave chaque jour un peu plus ses relations avec la presse: Hier en conférence de presse, il a été très agressif en répondant à une journaliste et lui a demandé « d’arrêter de secouer la tête » comme pour lui demander d’arrêter de le contredire alors qu’elle est restée impassible durant l’échange.
     
    Un dérapage de plus pour Sean, digne du sketch de « Saturday Night Live » dont il a fait l’objet à deux reprises cette année avec l’excellente Melissa McCarthy.

     



    Certes il a le travail le plus difficile de la Maison Blanche: répondre chaque jour aux questions, souvent embarrassantes, des journalistes sur actes et propos, souvent embarrassants et contradictoires du président Trump, qui les déteste ouvertement.
     
    Mr Spicer a décidé de relever le défi mais s’est discrédité à plusieurs reprises ces dernières semaines, en cherchant à tout prix à défendre le président.

    Il a aussi tendance a essayé de ridiculiser le travail des journalistes comme il l’a fait hier à propos des allégations sur la Russie:

    Si le président utilise de la sauce russe sur sa salade, vous allez y trouver une nouvelle connexion avec la Russie

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  • « Une enquête de l’inspecteur Clouseau »

    Ce sont les termes employés par le sénateur républicain Lyndsey Graham pour qualifier l’enquête de la Commission parlementaire dirigée par Devin Nunes sur l’ingérence russe dans les élections après avoir révélé être allé à une réunion secrète à la Maison Blanche la semaine dernière où il a reçu des preuves que certains proches du président auraient été l’objet d’écoutes illégales pendant la période de transition, entre novembre 2016 et janvier 2017.
     
    Il s’agit de communications interceptées (« Accidental Intelligence ») lors des écoutes d’officiels étrangers qui sont contact avec des citoyens américains.
     
    Nunes a révélé l’existence de ces « informations alarmantes » le lendemain dans une conférence de presse improvisée, sans préciser leur source, ni avoir averti les autres membres de la Commission, pour essayer de réorienter l’enquête sur les activités des agences de renseignement et du président Obama, et non pas sur le président.
     
    Les conclusions de Ryan Lizza dans le New Yorker sont sans équivoques: La Maison Blanche et Devin Nunes ont tout fait pour empêcher la poursuite de l’enquête sur l’ingérence russe dans les élections de l’année dernière.
     
    Le journaliste rapporte également que dès le lundi 20 mars, date du passage de James Comey, le directeur du FBI devant la Commission parlementaire, au cours de laquelle il a démenti les accusations des écoutes du président Trump contre son prédécesseur, Nunes lui a posé des questions sur l’éventualité de communication interceptées « accidentellement » par les services de renseignements – ce qui prouve qu’il était déjà au courant de l’existence de ces documents.
     
    Mr Nunes a également interdit à la ministre de la Justice, Sally Yates en poste jusqu’à son renvoi en février, de témoigner devant sa commission – c’est elle qui a révélé que Michael Flynn, conseiller à la Sécurité nationale avait menti au vice président Mike Pence e affirmant ne s’être jamais entretenu sur les sanctions russes avec l’ambassadeur russe de Washington fin décembre.
     
    Même David French du National Review demande sa démission, que ce dernier refuse, sans doute avec le soutien de la Maison Blanche derrière, et Paul Ryan …
     
    * « Graham: Nunes is running an inspector Clouseau investigation« Politico
    * « Trump administration sought to block Sally Yates from testifying to Congress on Russia »The Washington Post
    * « How the White House and Republicans blew up the house Russia Investigation »New Yorker 
     
    Un résumé pour ceux qui n’auraient pas suivi
    * « The Devin Nunes saga, explained »The Washington Post 

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  • Une administration vide 

    Equiper le gouvernement de personnes efficaces est l’un des premiers tests clés de la compétence d’un président. Trump ne l’a pas encore passé.

     
    C’est le constat frustré de Jim Geraghty dans la revue conservatrice, National Review, deux mois après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche: 492 positions importantes du gouvernement fédéral n’ont toujours pas été remplies et parmi elles, des secrétaires de cabinet, assistants de secrétaires, administrateurs, ambassadeurs, directeurs.
    Toutes ces positions doivent ensuite être confirmées par le Sénat.

     
    Seulement 61 postes auraient été désignés par la nouvelle administration, dont 21 confirmées par le Sénat et « entre temps, ces centaines d’emplois restent aux mains de l’ancienne administration ou de fonctionnaires de l’Etat ».
     
    Un comble étant donné les accusations répétées des conseillers du président sur les tentatives « Deep State » – ces fonctionnaires de carrière et des agents de renseignements à la solde d’Obama – de saboter la nouvelle présidence!
     
    Est-ce une stratégie soufflée par Steve Bannon qui poursuit son plan de « déconstruction de l’Etat administratif »?
    Ca se pourrait si l’on écoute les propos du président en février dernier: 
     

    En février dernier, Trump a dit qu’il n’avait annoncé de nouvelles nominations pour des positions moins importantes parce qu’il pensait qu’elles étaient inutiles:
    « Beaucoup de ces emplois, je ne vais pas les remplir, parce que je pense qu’ils ne sont pas nécessaires, Il y a tellement de gens dans le gouvernement, même moi, je regarde les emplois, et ce sont des gens au-dessus d’autres gens au dessus d’autres gens.
    Qu’est-ce qu’ils font tous? Je n’ai pas besoin de tous ces gens.

     

    Encore une fois, Trump et ses proches n’ont aucune expérience du pouvoir: Il veut renforcer les services d’immigration mais n’a toujours pas nommé son directeur de l’USCIS, de commissaire à la US Customs & Border Protection, un secrétaire personnel pour l’Immigration & custom Enforcement au DHS, et ce sont les plus fonctions les plus importantes.
     
    Aujourd’hui la Maison Blanche fonctionne avec un nombre limité de conseillers, inexpérimentés en termes de pouvoir et du gouvernement fédéral et qui pensent pouvoir se passer de leur expérience tout en étant paranos envers tous les autres.
     
    * « Help Wanted »National Review
     

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  • « L’american dream index »

    Forbes a pris Trump au mot et va publier chaque mois « The American Dream Index » en utilisant sept indicateurs économiques différents pour mesurer la progression du pays et pour savoir si le président rempli sa mission de « Make America Great Again »

    Forbes

    Les premières conclusions sont positives: Le mois dernier par exemple (le schéma ci-dessus), les Etats verts ont vu leurs emplois dans les manufactures, les permis de construire et baisse des banqueroutes, avec en tête, le Nevada, Tennessee, Floride, Arkansas, et Géorgie.
    A la traîne, les Etats du Kansas, de l’Illinois, du Connecticut, de Hawaï et Alaska.

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  • Le Bump Trump continue pour les chaînes câblées

    L’information n’a jamais été aussi malmenée mais n’a jamais été aussi rentable. Merci Donald Trump. 
     
    Les prévisions avaient envisagé une baisse d’audience après les élections – victoire de Hillary Clinton oblige. Le retournement de situation et le « spectacle continue » que nous a offert la transition Trump et aujourd’hui la Maison Blanche, a permis aux chaînes câblées d’enregistrer des records d’audience depuis novembre dernier.
     
    Fox News a eu le meilleur trimestre de son histoire fin 2016, y compris le soir des élections, et battu toute la concurrence avec l’aide de « The O’Reilly Factor », l’émission la plus regardée de la télévision américaine après celle de Tucker Carlson, également sur Fox.
    La chaîne d’info libérale de NBC, MSNBC, a elle aussi enregistré des records d’audience (avec Rachel Maddow) et battu CNN, qui a également enregistré le meilleur trimestre de ces quatorze dernières années (audience et téléspectateurs).

     
    * « Trump gives cable news a rating boos in 2017 » – Politico

 

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  • Le « White House Correspondent’s Dinner »: « Don’t save the date »

    C’est devenu ces dernières années, l’une des soirées les plus en vues de Washington, le White House Correspondant Dinner, grâce à la participation active de Barack Obama, de nombreux journalistes et des stars hollywoodiennes. 
     
    C’est en 2011 que Donald Trump a essuyé l’humiliation de sa vie de la part du président, qui a moqué ses ambitions présidentielles et qui aurait poussé l’intéresser à relever le défi et à se présenter aux élections de 2016. 
     
    L’édition 2017 n’aura pas lieu – en tout cas sans le président, ce qui lui enlève tout intérêt.
     
    Devant les relations exécrables de la Maison Blanche avec la presse, celle « grand public qui en veut au président », Donald Trump a annoncé qu’il ne participera pas au diner, plutôt logique, et que par « solidarité », aucun membre de la Maison Blanche n’y assistera.

     
    Une première pour un président en exercice. 
     
    Mike Pence et Sean Spicer auraient pu essayer de détendre l’atmosphère mais la situation est trop tendue en ce moment, et on ne sait jamais quelle sera la nouvelle polémique enclenchée par Trump sur Twitter, donc il est effectivement plus sage de rester à la maison le 29 avril prochain … 
     
    Aucun célébrité, généralement des journalistes ou comiques, n’a été encore été annoncée et tous les évènements encore plus glamour entourant le diner ont été également annulés (les fêtes de Vanity Fair, Bloomberg, New Yorker, Time/People magazine).

    * « White House to skip Correspondents’ Dinner »Politico

          

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  • Couverture du Jour

Mardi 7 mars: « Viral Deception » x « Silent Coup »; Echapper à la bulle Facebook; Planned Parenthood résiste + Retour sur Andrew Breitbart

 

1. »Viral Deception »

Pour essayer de détourner l’attention des relations entretenues par certains membres de son cabinet avec des officiels russes, le président des Etats-Unis a utilisé la théorie conspirationniste d’un avocat, animateur radio et auteur conservateur Mark Levin, reprise dans Breitbart vendredi dernier, et accusé publiquement l’ancien président de l’avoir illégalement mis sur écoute pendant la campagne présidentielle – encore une fois sans aucune preuve à l’appui.
Sa « tweetstorm » de samedi matin a eu l’effet escompté: Tous les médias des Etats-Unis et du monde entier ont repris les accusations sans fondement de Donald Trump – la plupart pour les critiquer – mais pendant un weekend, l’attention s’est effectivement détournée des problèmes de la nouvelle administration.
Comme le résume le général Michael Hayden, ancien chef de la CIA, hier dans l’émission politique Morning Joe:

« Donald Trump essaye de couper court à un cycle d’informations embarrassant pour son administration – ses liens avec la Russie – en remettant en question sa réputation, la réputation de son prédécesseur et en mettant en danger la nation. »

 

Le chef du FBI, James Comey a officiellement demandé au Département de Justice, sous lequel il officie, de dénoncer les accusations du président contre son prédécesseur – en vain.
Ni Donald Trump, ni le Département  de Justice sont aujourd’hui prêts à revenir sur les propos de ce weekend qui discréditent l’intégrité du Federal Bureau of Investigation.

Dans les semaines à venir, les agences de renseignements devraient tout faire pour défendre leur institution et contredire les propos du président – sans doute à travers la diffusion de nouvelles fuites et scandales.

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2. Brian Stelter vs Mark Levin

Mark Levin, l’animateur radio conservateur, dont l’opinion a été relayée dans un article de Breitbart provoquant la colère du président vendredi, est un fervent supporter du « Silent Coup » – cette théorie conspirationniste qui a fait l’objet d’un livre éponyme « Silent Coup: The Removal of a President » écrit par Len Colodny et Reobert Gettlin en 1992 qui affirme que le scandale du Watergate en 1972 aurait été organisé par un conseiller de Nixon avec l’aide du « parti de la sécurité nationale » opposé à sa politique étrangère.
Mark Levin a utilisé la théorie du « Silent Coup » pour dénoncer les exactions d’Obama, en 2015, en l’accusant d’avoir imposé la loi martiale dans le pays à travers l’immigration, les sois de santé et le maintien de l’ordre.

Rebelote jeudi dernier quand il a accusé le Département de Justice de Barack Obama d’avoir mené illégalement des écoutes sur les proches de Trump lorsqu’il enquêtait sur l’ingérence russe dans les élections.

Breitbart a ensuite grossit les accusations de Mark Levin en parlant de la « police d’Etat » de l’ancien président et en appelant à la mise en place d’une enquête parlementaire.

Ce dernier a publié une tribune hier dans Breitbart en expliquant qu’il n’avait affirmé que Obama était à l’origine des écoutes du président « mais ça ne veut pas dire qu’il n’était pas au courant des activités de surveillance de ses départements », notamment le Département de Justice et le FBI qui sont présents lors de ses briefings quotidiens.

* « Mark Levin: Open Letter to CNN’s Brian Stelter »Breitbart
* « Mark Levin has warned beofre of Obama’s Silent Coup » Washington Post

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3. « Comment échapper à la bulle Facebook »

C’est un thème récurrent depuis les élections présidentielles américaines, et la victoire surprise de Donald Trump: La tendance des médias sociaux à nourrir les internautes d’informations et posts qui renforcent leurs croyances, leur style de vie en évitant soigneusement tout ce qui contrarier leur façon de voir le monde – et dont l’une des conséquences à été d’entretenir les fantasmes politiques de 65 millions d’Américains qui s’attendaient à une première femme présidente des Etats-Unis.
Des outils numériques ont été pensés ces derniers mois pour aider les internautes à rester ouvert d’esprit et à sortir de leur « bulle partisane » (« filter bubble »)?
La dernière invention vient de Google, c’est une extension du serveur internet Chrome appelé PolitEcho qui effectue un diagnostic de votre « partisan » de votre profil et celui de vos amis par rapport a ce qu’ils aiment (New York Times tendance libérale et Breitbart sera plutôt conservateur)

Les tendances politiques de mes amis sur Facebook
Ma bulle politique est complètement bleu – ce qui n’est pas un bon exemple

PBS offre un quiz « Do you live in a bubble? » préparé par le libertarien Charles Murray qui vous dira si vous êtes « complètement déconnecté de l’Américain blanc moyen et la culture américaine en général ».
Il existe également FlipFeed sur Twitter, l’application « Read Accross the Aisle » sur Iphone, Buzzfeed a récemment poussé ses lecteurs à regarder ce qu’il se passait ailleurs grâce à « Outside your Bubble« .

Une newsletter « Right Richter » consacrée aux « perspectives de droite » destiné à un public plutôt de gauche et Slate offre une quotidienne, « Today on Conservative Media » 

* « How to escape your political bubble for a clearer view » New York Times

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4. Khirz Khan assigné à résidence

Khirz Khan, le père du soldat mort en Irak, qui avait critiqué Donald Trump lors de la convention nationale démocrate, n’a pas été autorisé à voyager au Canada cette semaine parce que l’immigration était en train de « revoir » les « privilèges » de son statut.
Mr Khan est citoyen américain depuis trente ans, son fils, Humayun, un capitaine de l’armée américaine, musulman, né aux Etats-Unis, est décédé en 2004 en Irak et récompensé comme le veut la tradition par la Bronze Star et le Purple Heart.

*« Khirz Khan claims travel privileges under review »Politico

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5. Tous les décrets présidentiels signés par le président

Depuis son investiture, Donald Trump a essayé de tenir ses promesses de campagne en signant 16 décrets présidentiels:
Trois sur l’immigration dont la Travel Ban #1 (suspendue) et la « Travel Ban Lite » (#2) signé hier et une sur « la sécurité aux frontières » (la fameuse construction du mur). Une sur l’assurance maladie (contre Obamacare signée le jour de l’investiture), deux contre l’environnement, et le reste concerne essentiellement la sécurité et des régulations financières.

Sources: Federal Register – White House

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6. Planned parenthood persiste et signe

Planned Parenthood, le planning familial américain qui offre chaque année à des millions de femmes un accès aux soins de la santé, à la contraception, à la prévention contre le cancer et contre les maladies sexuellement transmissibles, reçoit chaque année 500 millions de dollars du gouvernement fédéral. 
C’est aussi l’une des cibles traditionnelles des Républicains qui l’accusent de promouvoir et de financer l’avortement: Planned Parenthood est effectivement « pro choice » mais affirme qu’aucune des subventions reçues par l’Etat fédéral n’est utilisé pour financer les interruptions volontaires de grossesse – des dons privés financeraient, selon la direction, ces opérations qui représentent seulement 2% de ses activités.
Il n’empêche: la Maison Blanche a proposé à l’organisation de continuer de les financer si elle arrêtait définitivement d’offrir l’avortement parmi ses services.
Ce que Planned Parenthood a refusé expliquant:

« Soyons clair: les subventions fédérales ne financent pas les avortements. Offrir de l’argent à Planned Parenthood pour abandonner nos patientes et nos valeurs est un contrat que nous n’accepterons jamais. Fournir des soins médicaux nécessaires à des millions d’Américaines n’est pas négociable.

C’est un sujet sensible pour la base conservatrice du président, clairement opposée à l’avortement, et généralement défavorables à la subvention d’une organisation comme celle-ci qui s’oppose à la vision plus progressive d’Ivanka Trump, qui a fait de la défense des femmes, son cheval de bataille.

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7. En souvenir de Andrew Breitbart

Peu d’Américains le savent mais le site alt-right Breitbart a été fondé par Andrew Breitbart, un journaliste, éditeur, présentateur télé et radio, provocateur et conservateur, décédé brutalement d’une crise cardiaque il y a cinq ans, à l’âge de 43 ans. Fervent admirateur du Drudge Report – l’un des premiers sites conservateurs créé en 1995 – il a aidé à la création du Huffington Post quand Ariana Huffington était encore à droite, avant de lancer le site d’infos Breitbart News en 2007.
Larry Solov, l’un de ses business partners se souvient:

Une nuit à Jerusalem, nous allions dîner quand Andrew s’est tourné vers moi et m’a demandé si je voulais quitter le cabinet d’avocats de 800 personnes dans lequel je travaillais pour devenir son business partner. Il a dit qu’il avait besoin de moi pour créer une groupe de presse. Il avait besoin de moi pour changer le monde

Selon le journaliste de Fox News, Greg Gutfeld, « Andrew était le coeur et l’âme du Tea Party (…) C’était un homme qui pouvait rassembler des milliers de personnes et introduire l’Américain moyen à une nouvelle forme d’activisme politique ».
L’un des faits d’armes d’Andrew Breitbart est d’avoir révélé en 2011 le premier des trois scandales de sextos impliquant Anthony Weiner – ce parlementaire démocrate de New York, partenaire de Uma Abedin, conseillère de Hillary Clinton – et d’avoir crashé l’une de ses conférences de presse.

* « Breitbart News Network: Born in the USA, conceived in Israel »Breitbart
* « Greg Gutfeld: Remembering Andrew Breitbart » Fox News

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8. Couverture du jour

The New Yorker – « Opening Night » de Carter Goodrich 

« J’ai dessiné cela après être rentrée d’une galerie » explique l’artiste, qui a voulu dépeindre une scène « curieuse et familière » pour tous ceux qui vont à Chelsea le jeudi soir: les invités qui sont davantage intéressés par les uns et autres que par l’art. Une comédie qui se répète, encore et toujours ».