En diplomatie, « Trump agit comme un touriste bourré »

 

Les Médias américains étaient unanimes durant ce week-end: Le voyage à l’étranger de Trump à été une catastrophe pour les relations entre les Etats-Unis et l’Europe. 

 

  • « Une catastrophe » politique:
    • Il a été extrêmement conciliant avec l’Arabie Saoudite à qui il a réitéré un soutien sans précédent et promis de « ne pas donner de leçon » alors que le pays soutient depuis des décennies une vision intolérante de l’islam et offre un soutien financier et logistique clandestin à Daech et d’autres groupes sunnites radicaux de la région. La défaite de Daech est l’une des promesses de campagne du président.
    • Il a été volontairement défiant envers les membres de l’OTAN en refusant de réaffirmer l’article 5 qui garantit la défense mutuelle contre toute attaque extérieure même si le chef de la sécurité nationale, H.R.McMaster affirme le contraire.
      Il les a également critiqué « pour ne pas payer ce qu’ils devraient payer ».
    • Il a refusé de réitérer son engagement envers l’Accord de Paris sur le climat contrairement aux six autres pays du G7 qu’il a visiblement irrité.

 

  • Les conséquences
    • Angela Merkel l’a bien compris hier en affirmant que « l’Europe devait prendre en main son destin » et pourraient signaler un « changement potentiellement sismique dans les relations trans-atlantiques » selon le New York Times.
      Jamais les relations entre l’Allemagne et les Etats n’avaient été au plus bas.
    • Emmanuel Macron a affirmé que la fameuse poignée de main n’était pas anodine et qu‘il n’avait aucune intention de se laisser intimider par le président américain.
      Par ailleurs il a symboliquement rappelé son soutien à Angela Merkel, en l’embrassant avant de serrer la main Trump à Bruxelles le 25 mai dernier.
    • Pour Ivo H. Daaler, ancien ambassadeur américain de l’OTAN: « C’est la fin d’une époque, celle où laquelle les Etats-Unis dirigeait et l’Europe suivait. »
    • Le président Trump a voulu satisfaire son électorat américain plus que les chefs d’Etat alliés et a suivi les propos tenus en campagne.

 

  • « PR Nightmare »: Trump a aussi enchaîné les gaffes
    • La vidéo de Trump qui bouscule le Premier Ministre du Montenegro.
    • Le « bras de main » perdu contre Emmanuel Macron.
    • La réprimande publique contre les membres de l’OTAN qui ne payent pas leur dû – Dixit un chantre de la gruge fiscale.
    • Le statu quo concernant l’accord de Paris sur le climat, pimenté par tweet digne de The Apprentice, son ancienne émission de télé-réalité: « J’annoncerai ma décision cette semaine ».

 

  • Des médias américains dépités et enjoués.
    • Ceux qui soutiennent le président pensent qu’il a fait un travail formidable à l’instar du New York Post, qui salue une performance « claire, concise et disciplinée » et un « succès remarquable » à l’étranger.
    • Breitbart était satisfait de voir Merkel furieuse mais aimerait que Trump retire pour de bon les Etats-Unis de l’accord de Paris, comme il l’a promis lors de la campagne.
    • Joe Scarborough, conservateur et présentateur de l’émission politique quotidienne, « Morning Joe » sur MSNBC:

      Le voyage de Donald Trump a été le pire pour les intérêts américains depuis le désastreux sommet de Vienne entre JFK et Khrouchtchev en 1962

    • Ce matin, Joan Walsh, correspondante à The Nation:

      [Donald Trump] a battu celle qui aurait dû être la première femme présidente [des Etats-Unis] mais il a propulsé une femme à la tête du monde libre.
      Parce que c’est Angela Merkel désormais. Il a abdiqué.

    • Un représentant du Département d’Etat a déclaré sous couvert d’anonymat au Daily Beast :

      Quand il s’agit de diplomatie, Trump se comporte comme un touriste bourré. Beauf et bruyant, qui prend toute la place sur la piste de danse et qui marche sur les pieds des autres sans s’en rendre compte. Complètement inefficace.

Le kiosque du 18 mars 2017: Merkel, leader du monde libre – Le président « Fox News » – Abolir Obamacare – Must Read!

 

  • Angela Merkel est la leader du monde libre

    Hier a eu lieu la première rencontre officielle entre les deux plus grandes puissances occidentales, les Etats-Unis et l’Allemagne, dans une atmosphère assez tendue étant donné les attaques lancées par Trump durant la campagne présidentielle à l’encontre d’Angela Merkel.
    Contrairement à ses confrères anglais ou japonais, la chancelière n’a pas hésité à contredire le président sur à peu près tous les sujets, notamment l’immigration et lui a même donné quelques conseils « diplomatiques »:

    « C’est bien mieux de se parler directement que de parler les uns sur les autres ».


    Donald Trump a affirmé que « le seul point commun qui pouvait les réunir, c’était peut-être les écoutes dont les deux ont été victimes » de la part d’Obama, un fait avéré pour la chancelière allemande et des allégations toujours sans preuves concernant le président.
    Enfin ce dernier a refusé de lui serrer la main devant les photographes dans le bureau oval.

    Les journalistes et l’opinion publique américaine étaient encore une fois déconcertés par cet énième manque de professionnalisme de la part de Donald Trump, et beaucoup reconnaissent aujourd’hui, à l’instar de Politico, que la chancelière allemande, « qu’elle le veuille ou non, est la dernière et meilleure chance de l’Occident ».

    Immédiatement après l’épisode, le compte Twitter du @PRESIDENTBANNON a publié cette déclaration officielle hilarante:

     

    Donald Trump nous assurait ce matin que tout s’était bien passé

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  • Le président « Fox News »

    Il y a deux semaines, le président américain a créé un scandale en accusant son prédécesseur, Barack Obama, de l’avoir mis sur écoute pendant la campagne présidentielle, sans apporter aucune preuve – pour la moment, « ça arrive bientôt » a-t-il affirmé mercredi – si ce n’est un article de Breitbart paru quelques jours plus tôt qui avançait cette théorie.

    La Commission parlementaire en charge du renseignement n’a toujours rien trouvé qui confirme les propos Mr Trump, ni le Département de Justice, qui n’a pas voulu les condamner, malgré l’insistance du FBI.
    Lundi dernier, Sean Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche a transformé les accusations de « mise sur écoute » du président en « vaste programme de surveillance ».

    Jeudi, devant les journalistes de la briefing room, Mr Spicer, a défendu à nouveau Donald Trump en citant le rapport d’un commentateur de Fox News qui affirme que les services secrets anglais auraient espionné le candidat républicain pendant la campagne à la demande d’Obama!

    Les représentants anglais furieux ont qualifié ces allégations de « ridicules » et reçu l’assurance de la Maison Blanche qu’elles ne seraient pas réitérées, jusqu’à ce que Donald Trump les avance à nouveau hier en conférence de presse.

    Encore une fois, le président des Etats-Unis, incapable de justifier les accusations contre Barack Obama, créé diversion en pointant un nouveau coupable et oblige à ceux qui le critiquent à prouver qu’il a tort.

    Fox News a démenti les propos de Mr Napolitano, le commentateur à l’origine de ces allégations – qui lui campe sur ses positions – et a affirmé n’avoir aucune preuve de ce qu’il avance.

                               

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  • De la difficulté de supprimer Obamacare

    Une tribune intéressante de Charles Krauthammer, journaliste conservateur très respecté, dans le Washington Post sur la difficulté de supprimer un programme comme celui d’Obamacare:

    Une fois que quelque chose vous est donnée – par exemple l’assurance maladie pour vingt millions de personnes – vous pouvez l’enlevez mais à vos risques et périls. C’est pareil pour n’importe quelle aide du gouvernement, mais surtout pour l’assurance maladie.
    Il y a bien une raison pour laquelle aucune démocratie occidentale dotée d’un système nationale de santé ne l’a jamais abolit.
    Le génie de la gauche a été de continuer à élargir les aides de l’Etat en créant des nouvelles offres qui sont politiquement impossibles à supprimer (…)
    Les gens détestaient Obamacare pour son « autoritarisme », son incompétence et son coût. Mais en même temps, ses rédacteurs ont pris grand soin de créer de nouveaux bénéficiaires et de nouvelles attentes. Ce qui rend son retrait très compliqué. (…)
    L’idée qu’on puisse éradiquer les racines et les branches d’Obamacare est fantaisiste. Pour tous ses défauts catastrophiques, Obamacare a changé les attentes des gens. Il n’y a rien de gratuit.
    La ligne dure du parti républicain doit accepter que les Américains sont habitues à des aides en matière d’assurance santé, tout comme les modérés doivent accepter les histoires de ceux qui vont inévitablement y perdre dans cette réforme, C’est le prix politique à payer pour remplir cette promesse de sept ans d’abolir et de remplacer Obamacare

    * « The Real World of Obamacare Repeal »The Washington Post

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  • Articles du Jour

    « Behind ICE’s Closed Doors, « the Most Un-american thing I’ve seen » Village Voice

    Ce que j’ai vu là-bas est hallucinant.
    C’est la chose la plus non-américaine que j’ai vu depuis longtemps.
    C’est une chose d’entendre parler de ceux qui n’ont aucune représentation légale, c’en est une autre de voir une pièce remplie de gens terrifiés qui risquent la déportation sans aucune représentation légale.
    J’ai vu des grand-mères qui sont ici depuis 45 ans, des grands-mères avec des bracelets électroniques, des parents célibataires avec leurs enfants, qui attendent savoir s’ils vont être déportés

     

    * « Fearful Parents sign papers for friends to care fo kids in case they’re deported »The Los Angeles Times

    Donald Trump a promis de déporter en priorité les criminels, « gang members » et meurtriers mais les agents fédéraux de l’Immigration Customs Enforcement, revigorés par le nouveau président, ratissent large lors des raids effectués contre les immigrés en situation irrégulière, et dans certains cas, des parents ont été séparés de leurs enfants, qui eux sont des citoyens américains autorisés à rester sur le territoire.
    Nombre d’entre eux ont pris l’initiative de signer une procuration donnant à un proche l’autorité sur leurs enfants s’ils venaient à être déportés.

    * « How an innocent man wound up Dead in El Salvador’s Justice System »The Washington Post

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  • Couverture du Jour

    The Economist nous révèle dans le numéro de cette semaine: « l’économie mondiale profite d’un regain de croissance synchronisé … la dernière décennie a été marquée par une série de fausses alertes de reprises.
    Cette fois-ci, les choses semblent différentes. »