13.09.17

 

1. Edie Windsor: An American Hero

 

  • Edie Windsor, décédée hier à 88 ans à New York City, restera l’une pionnière de la défense des droits des homosexuels à travers un combat qu’elle a commencé après la mort de sa première femme, Thea Spyer, sa compagne de 42 ans, épousée au Canada en 2007 et disparue en 2009.
    Contrainte de payer un demi million de dollars sur l’héritage de Spyer car la DOMA – Defense of Marriage Act qui considère le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme – la prive de protections fédérales, dont celle de l’exemption des droits de succession accordée au conjoint, elle décide de porter plainte contre le gouvernement (« Windsor v. United States ») et va jusqu’à la Cour Suprême qui lui donne gain de cause en juin 2013 dans une décision qui va accélérer la légalisation du mariage pour tous sur l’ensemble du pays.
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  • Deux articles à retenir pour comprendre la vie et le combat d’Edie Windsor: celui du New Yorker, « The Perfect Wife » qui décrit son histoire d’amour avec Thea Spyer et l’hommage de Time magazine qui en a fait l’une des personnalités de l’année 2013:
     

    Grandir gay aux Etats-Unis, Windsor, aujourd’hui 84 ans, n’a jamais vraiment évoqué sa sexualité au delà de son vibrant cercle d’amis. Mais la mort de son épouse Thea Spyer en 2009 a provoqué une série d’évènements qui ont poussé Windsor à se battre pour ses droits devant la Cour Suprême – une lutte qui s’est conclue par une victoire décisive pour le mariage gay cette année.

     

  • Barack Obama lui a rendu hommage, Hillary et Bill Clinton ont salué « son combat et une personnalité lumineuse » tout comme nombres de personnalités démocrates, célébrités et des milliers d’anonymes.

 


2. The Big One

 

  • Il ne s’agit pas du plus grand tremblement de terre qui menace de détruire prochainement la côte est nord-américaine – le New Yorker parle alors du « Really Big One » – mais du piratage géant et imminent des milliards de données personnelles amassées par les géants de la technologie, Facebook, Google ou Amazon, davantage obsédés par la modernisation, commodité et rentabilité de leurs services que la sécurité de leurs utilisateurs.
     

    Ces compagnies, plus Slack, Tinder et une demi douzaine d’autres possèdent suffisamment de données financières et personnelles pour permettre aux hackers de voler notre identité et accumuler des charges frauduleuses. Elles possèdent nos messages privés, photos, et la plupart de nos secrets. Une attaque à grande échelle contre l’une de ces entreprises pourrait faire du piratage d’Equifax [la compagnie de renseignement de crédit américaine qui vient de se faire voler les noms, numéros de carte de crédit et de Sécurité Sociale de 143 millions de personnes] un menu larcin.

    « Forget Equifax. Facebook and Google have the Data that should worry You »– Businessweek

 

  • Comme le constate Zeynep Tufekci dans le New York Times, des dizaines de compagnies ont été victimes de piratages ces dernières années et obligées de payer une « amende infime par rapport aux profits engrangés ».
     

    Il existe des facteurs techniques qui expliquent pour la cybersécurité est si faible, mais la vraie raison est politique, et c’est très simple: Les grandes entreprises ont beaucoup investi dans le système politique pour qu’il créé un environnement légal dans lequel les consommateurs assument toujours plus de risques et les compagnies encore moins.

 


3. Mal de Tech

 

  • Les géants de la Silicon Valley sont depuis des mois dans le collimateur du président, agacent Démocrates et Républicains, et commencent à inquiéter l’opinion publique:
     

    • Même si Amazon s’est engagée à créer cent mille emplois ces dix huit prochains mois, le commerce en ligne dont est leader, avec 43% des ventes en ligne, est responsable de la fermeture de milliers de magasins (« Birck and Mortar ») et du chômage de plusieurs centaines de milliers d’employés.
    • Facebook est ouvertement accusée d’avoir fait élire le président Trump en préférant accepter des revenus publicitaires de la part de pays étrangers plutôt que d’en d’abord vérifier le contenu et l’origine.
    • Google est considérée comme le « big brother de la gauche » et amasse une bonne partie des revenus publicitaires engrangés sur internet et écrase la concurrence qui commence à se rebeller.
    • Uber est la seule compagnie a être tombée jusqu’ici à cause d’une culture d’entreprise machiste, de pratiques frauduleuses à l’encontre de ses concurrents et d’un fondateur mégalo.

 

  • Comme l’analyse Ben Smith, rédacteur du Buzzfeed:
     

    Ca ne veut pas dire que la fin est proche pour ces nouveaux géants – même pour Uber dont l’activité continuent de croître. C’est juste que l’âge d’or est terminé. On entre dans une nouvelle ère de politique normale avec une réglementation normale, dans laquelle les sénateurs californiens les défendront les poches pleines avec autant de vigueur que les Texans pour le pétrole, mais contre un profond courant bipartisan. Ils gagneront dans certains cas, perdront dans d’autres, et certaines défaites pourraient être aussi dommageables que celle de Microsoft dans les années 90 quand un procès antitrust [intenté par le gouvernement américain] a presque brisé la compagnie et l’a obligé à se transformer au bénéfice entre autres de Google.

    « There is blood in the Water in Silicon Valley » – Buzzfeed News

 


4. Face de bouc

 

  • Non seulement Facebook a reconnu avoir vendu cent mille dollars de revenus publicitaires à la Russie pour promouvoir des sujets controversés favorables à la rhétorique du candidat républicain. La Russie aurait également utilisé les « Facebook Events » pour organiser des manifestations contre les immigrés aux Etats-Unis, dont un rassemblement anti-musulman dans l’Idaho au mois d’août 2016. Des évènements (admis par la compagnie) qui ont été promus via des annonces payés par le pays.
     

    Les évènements Facebook – l’un d’entre eux s’est fait l’écho de théories du complot poussés par des médias pro-Trump – prouvent que les tentatives du Kremlin pour influencer le débat politique aux Etats-Unis ne se sont pas limitées aux fake news et ont poussé des Américains à de l’action directe.

    « Russia Used Facebook Events to organize anti-immigrant Rallies on US Soil »Daily Beast 

 

  • Le président de CNN, Jeff Zucker s’en est pris publiquement à Facebook dans une interview donnée à Tina Brown lundi:
     

    Je pense que Facebook n’a pas tout dit sur son rôle durant les élections et je pense qu’on devrait continuer à leur mettre la pression. C’est scandaleux que Facebook ne soit pas plus transparent sur les publicités qu’ils ont acceptées des Russes, que la compagnie les publie et offre davantage d’informations. Le fait qu’ils essayent d’enterrer cette histoire en plein mois d’août quand le Congrès est en vacances et tout aussi scandaleux… Je veux vraiment insister sur le manque de transparence de Facebook durant les élections et c’est un problème grave. Les gens doivent leur demander davantage de compte.

 


5. Medicare pour tous

 

  • Le sénateur indépendant Bernie Sanders, star de la campagne présidentielle 2016, a présenté aujourd’hui sa législation phare, « Medicare for all », l’ambitieux projet d’offrir une assurance maladie à l’ensemble des Américains, quels que soient leurs revenus et qui a reçu le soutien des principaux prétendants à la candidature démocrate de 2020, les sénateurs Cory Booker (New Jersey), Kirsten Gillibrand (New York), Kamala Harris (Californie) et Elizabeth Warren (Massachusetts)
  • Pour le journaliste Mike Allen, une fois introduite et acceptée par la nouvelle garde démocrate, le concept d’une assurance santé pour tous, considérée jusqu’ici comme « toxique » par la gauche américaine, fait doucement son chemin chez les politiques et les électeurs, et n’est pas prête de disparaître.

 


6. Héroïn(e)

 

  • Après Frontline, HBO, un autre reportage de Netflix sur l’une des plus graves crises sanitaires qui touche les Etats-Unis: l’épidémie d’héroïne et d’opiacés (morphine, oxycodone, …) touche de plein fouet Huntington en Virginie Occidentale, rebaptisée la capitale de l’overdose en Amérique avec des décès par overdoses qui sont dix fois plus élevés que dans le reste du pays.
     
    Jane Rader, récemment promue responsable du Fire Department de la ville de Huntington:

    C’est triste quand tu traverses une ville et tu te rappelles, « Quelqu’un est mort ici, un autre là, mais c’est la réalité de cette région (…) Quand tu accumules le désespoir, le chômage, et le manque d’éducation, c’est le désastre assuré.
    Je pense que nous avons perdu deux générations, pas une génération, j’ai bien peur que nous en ayons perdu davantage.
    La Virginie Occidentale est un Etat de travailleurs ouvriers qui travaillent dur et dans des conditions difficiles; il y a beaucoup de blessures, et beaucoup de gens sont devenus dépendants aux anti-douleurs en se blessant et se sont tournés vers l’héroïne, financièrement plus abordable »

 


7. Nancy Gibbs quitte Time magazine

 

  • Après l’annonce du départ de Graydon Carter après 25 ans passés à diriger Vanity Fair, c’est au tour de Nancy Gibbs, première femme rédactrice en chef de Time magazine, depuis 2013, et employée du magazine depuis 32 ans, de tirer sa révérence à la fin de l’année. Aucun des deux n’a pour le moment de successeur.

 


8. Bad Karma

 

  • Brock Turner, l’étudiant-champion de natation de Stanford condamné à trois mois de prison l’année dernière pour avoir agressé sexuellement une étudiante inconsciente derrière une poubelle sur le campus, a désormais sa photo dans un manuel de droit pénal de première année, « Introduction to Criminal Justice. Systems, Diversity and Change », à côté de la définition de « viol »
  • L’une des étudiantes a posté la page du manuel sur Facebook et l’image est devenu virale en quelques jours.
     

 

 


9. La couverture du jour: Si seulement

 

  • Le New Yorker va faire pleurer dans les chaumières américaines en dévoilant cet après midi la couverture que le monde attendait au lendemain des élections présidentielles. Intitulée « The First » et réalisée par l’artiste française Malika Favre, elle nous manque chaque jour…
     

White Privilege: Trois mois en prison pour agression sexuelle

Mugshot de Brock Turner après son arrestation en Janvier 2015
Mugshot de Brock Turner après son arrestation en Janvier 2015

L’annonce vendredi matin de la libération conditionnelle de Brock Turner, un étudiant californien de 20 ans, condamné pour agressions sexuelles sur une femme inconsciente, a suscité l’indignation sur l’ensemble des médias sociaux – trois mois seulement après le même tollé qu’avait suscité la sentence de six mois décidé par le juge.

L’affaire a éclaté au mois de Juin dernier quand un juge du comté de Santa Clara en Californie, Aaron Persky, a offert à Brock Turner, ancien élève de l’université de Stanford, la peine minimale de six mois de prison pour trois condamnations passibles de 14 ans de prison, et contre l’avis du procureur qui avait requis six ans.
Son argument? une peine plus longue aurait « un sévère impact » sur l’étudiant, un nageur destiné un jour à participer aux Jeux Olympiques.

Le Guardian a bien résumé la polémique de l’époque en qualifiant l’affaire de « Un gâteau de privilège blanc entouré de glaçage à la vanille »

La photo de classe de Brock Turner à Stanford, un étudiant modèle destiné à une carrière olympique en natation
La photo de classe de Brock Turner à Stanford, un étudiant modèle destiné à une carrière olympique en natation

Le jeune homme a été reconnu coupable d’avoir agressé en Janvier 2015, à la sortie d’une fête universitaire, une étudiante inconsciente sous l’effet de l’alcool. Deux étudiants suédois avaient surpris le jeune homme caché derrière une poubelle en train d’agresser la jeune fille à moitié nue et avaient réussi à le rattraper alors qu’il tentait de s’enfuir.

L’affaire a marqué les esprits grâce au témoignage poignant de la victime, une longue lettre lue à la fin du procès dans laquelle elle décrit les circonstances, la découverte les traumatismes liées à cette agression et les répercussions qu’elle a eu sur elle et sa famille
Publiée sur Buzzfeed, la lettre a fait le tour du monde et dénoncé les ravages de « culture du viol » dans les campus américains et l’impunité dont bénéficient encore trop souvent les agresseurs.

Le juge Aaron Persky, lui aussi étudiant de Stanford, qui a condamné Turner a seulement 6 mois de prison, et qui a fait l'objet d'une pétition signée par 1,3 d'individus appelant à sa démission
Le juge Aaron Persky, lui aussi étudiant de Stanford, qui a condamné Turner a seulement 6 mois de prison, et qui a fait l’objet d’une pétition signée par 1,3 d’individus appelant à sa démission

Brock Turner aura effectué la moitié de sa peine pour « bonne conduite » dans une prison du comté de Santa Clara. Il reste en liberté conditionnelle pendant trois ans mais restera fiché comme délinquant sexuel toute sa vie.

Pour éviter de nouveaux scandales sexuels, l’université de Stanford a décidé de bannir l’alcool fort sur son campus et mis en garde les femmes sur ses abus d’alcool. Le juge Aaron Persky a cessé de traiter les affaires criminelles devant le succès d’une pétition signée par 1,3 millions d’individus qui demandait sa démission.

Pour éviter qu’un étudiant puisse violer une fille et s’en sortir avec trois mois sous les barreaux, l’état de Californie vient de voter une loi qui retire aux juges la possibilité de condamner à de la liberté conditionnelle les agresseurs dans les cas où la victime est inconsciente.
Une telle mesure aurait condamné automatiquement Brock Turner à trois ans de prison.

A lire, ce très bon résumé de Liz Plank sur Vox