Le Kiosque du vendredi 7 octobre 2016

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Ouragan Matthew: « Vous allez tous mourir » et la faute à Hillary

L’ouragan Matthew qui s’est renforcé jeudi pour atteindre la catégorie 5, le plus violent à s’abattre sur les côtes de Floride depuis douze ans, était à la une des quotidiens, flashs spéciaux du pays après les 300 morts qu’il a laissé derrière lui en Haïti.
Les autorités de Floride, de Caroline du Nord, du Sud et de Géorgie ont appelé les habitants à évacuer les zones les plus proches du littoral provoquant le départ précipité de près deux millions d’Américains et des encombrements monstres le long des côtes atlantiques.
Pour convaincre les téléspectateurs des risques de catastrophe, certains journalistes n’ont eu aucune limite, à l’instar de Shepard Smith sur Fox News, qui annonce sourire aux lèvres aux habitants de « West Palm Beach, Melbourne, Daytona Beach et Jacksonville (…) Vous et tous les gens que vous connaissez, vous êtes morts, aucune d’échapper à cet ouragan, sauf si vous êtes chanceux … Et vos enfants aussi vont mourir »

Malheureusement pour Shepard Smith, l’ouragan a baissé en intensité ce matin, et les dégâts devraient être moins importants que prévus.

Quant au Drudge Report, le site conservateur, il a contredit les prévisions des météorologues et autorités sur la dangerosité de l’ouragan, en incitant les familles à rester chez elle, puis a accusé le gouvernement de grossir le phénomène pour promouvoir le concept de changement climatique, l’un des points du programme défendu par Hillary Clinton lors de ces élections présidentielles:

Les déplorables comment à se demander si le gouvernement ne leur a pas menti à propos de l'intensité de Matthew pour faire avancer la cause du changement climatique
Les déplorables comment à se demander si le gouvernement ne leur a pas menti à propos de l’intensité de Matthew pour faire avancer la cause du changement climatique

Certains conservateurs, comme Rush Limbaugh, ont régulièrement considéré les ouragans comme des arguments politiques qui viennent servir les arguments des démocrates pour lutter contre le réchauffement climatique, ce malgré les études scientifiques et autres catastrophes naturelles qui s’abattent un peu partout dans le monde depuis une dizaine d’années. The National Weather Service, l’équivalent américain de Météo France, serait l’un des agents de cette conspiration.

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Elections présidentielles américaines
Rudolph Giulani, l’un des plus ardents défenseurs de Trump, qui a crié au génie après que le New York Times ait révélé qu’il avait réussi à économiser 50 millions de dollars d’impôts en 1995, a dû rire jaune hier en apprenant que sa fille, Caroline Rose, a décidé de soutenir Hillary via Twitter hier.

Mike Pence a tellement impressionné ses confrères républicains en essayant de calmement défendre l’indéfendable mardi dernier, lors du débat des VP’s qu’il est déjà pressenti comme candidat à la présidence en 2020.

Quant à Ted Cruz, le candidat malheureux des Primaires républicaines, qui avait appelé à grand fracas les électeurs américains à voter « en leur âme et conscience » lors de la Convention républicaine avant de se rétracter il y a quelques semaines, a été aperçu hier par le Dallas Morning News en train de faire du volontariat téléphonique pour appeler les électeurs à voter. Le sénateur n’a pas précisé qui.
La vidéo de Cruz, téléphone à la main qui récite le plus vite possible un texte tout sauf convaincant à des citoyens du Texas a été moquée sur internet hier.

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Implosion à Fox News

Rien ne va plus sur la première chaîne câblée du pays depuis que son père fondateur, Roger Ailes, a été mis à la porte cet été – à la suite de plusieurs plaintes pour harcèlement sexuel – notamment sur l’attitude à avoir vis-à-vis du candidat républicain.
La journaliste star, Megyn Kelly, a affirmé dans son show que les deux candidats s’étaient chacun rangés derrière « leur propre version du programme de protection présidentiel » qui consiste à ne faire des apparitions télévisées qu’en terrain conquis, et pour Trump, il s’agissait de son collègue, Sean Hannity.
Ce dernier l’a alors accusée de soutenir Clinton, provoquant un mini-scandale qui ne fait qu’affaiblir un peu la chaîne aux yeux du public et de ses concurrents.
Ci dessous, Megyn Kelly, pourtant affiliée à droite, qui ne peut se retenir de rire après un discours de Donald Trump en août dernier.

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The New York Post - Edition du 7 octobre 2016
The New York Post – Edition du 7 octobre 2016

Guerre entre de Blazio et le New York Post
Deux ans et demi après son investiture à la mairie de New York, le maire Bill de Blasio s’en est pris hier au tabloïd local, le New York Post, en pleine conférence de presse. Il l’a qualifié de « serpillère de droite » qui ne faisait que de la « propagande » et même allé jusqu’à ignorer les questions de l’un de ses journalistes, Yoav Gonen. Ce n’est pas la première fois que de Blasio s’attaque au Post, « une présence » qu’il juge « négative » pour la ville.
De Blasio est l’une des cibles privilégiées du tabloïd qui l’accuse souvent de manque de transparence dans la gestion de son administration.

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Annie Leibovitz 
Le New York Times s’intéresse au projet de la célèbre photographe Annie Leibovitz, Women, commencé en 1999 avec sa partenaire depuis décédée, Susan Sontag, qu’elle a récemment repris avec l’aide d’un nouveau mentor, la militante de 82 ans, Gloria Steinem, qui s’intitule désormais, Women: New Portraits, qui s’intéresse davantage « à la personnalité qu’à la beauté » de ses modèles, « La représentation doit rattraper celle des hommes » explique la photographe depuis son studio de Chelsea. Ses photos seront exposées à New York du 18 novembre au 11 décembre à the Bayview Correctional Facility, un ancienne prison pour femmes, avec la participation de UBS.

Breitbart News, le bras armé de Trump

Le site d’infos politico-trash conservateur, autrefois marginalisé, est devenu en quelques mois le bras armé de Donald Trump qui a officialisé cette alliance en nommant son ancien directeur en chef à la tête de sa campagne.

Steve Bannon, « l’agent le plus dangereux du pays »

Anti Establishment
L’annonce de la promotion de Steve Bannon
, « le trublion » médiatique de la droite dure, ce mois-ci, à la tête de la campagne de Donald Trump, résonne comme un pied de nez aux tentatives des Républicains de remettre le candidat dans le droit chemin.
L’homme est connu pour ses attaques contre l’establishment républicain, au premier rang duquel figure, Paul Ryan, président de la Chambre des Représentants des États-Unis.
Il travaillera de pair avec une autre figure de la droite conservatrice, lui aussi très critique vis-à-vis de Washington, Roger Ailes, l’ancien patron du New York Post, viré cet été pour une histoire de harcèlement sexuel.
Une réorganisation politique qui vise non seulement à renforcer les « grassroots » de l’électorat de Trump mais aussi et surtout à affaiblir la candidate démocrate, qui n’aurait pas pu craindre pires adversaires.

 

Bloomberg BusinessWeek d'Octobre 2015 sur Steve Bannon et "la vaste conspiration de droite"
Bloomberg BusinessWeek d’Octobre 2015 sur Steve Bannon et « la vaste conspiration de droite »

 

Anti Clinton
Dans un portrait publié en Octobre dernier dans Bloomberg Businessweek, l’homme était déjà présenté comme « l’agent le plus dangereux de pays » à la « tête de la nouvelle conspiration de droite » qui « tente d’évincer Hillary Clinton et Jeb Bush ».
A l’époque, Bannon est à la tête de Breibart News depuis 2012, « le site populiste » qui sert de défouloir à « ceux qui pensent que Fox News est trop poli et modéré ».
Sorte de « Dr Jekyll et Mr Hyde » de la droite, il exerce son influence à travers un journalisme agressif et décomplexé et un activisme plus « sophistiqué » grâce au think tank Government Accountability Institute (GAI) qui révèle et diffuse toutes sortes de dossiers à charge contre les politiques de tout bord.
L’ouvrage du GAI paru en Mai 2015 sur L’Argent des Clintons « a eu plus d’influence sur la perception d’Hillary Clinton que n’importe quel autre détracteur républicain », pareil pour son e-book au vitriol contre Les Dollars de Bush paru pendant les Primaires Républicaines.
Bannon, détracteur-en-chef du couple Clinton, est aujourd’hui l’un des plus expérimenté pour combattre Hillary Clinton à travers sa fondation, ses emails, son mandat de Secrétaire d’Etat et tout ce qu’il pourra trouver et utiliser contre elle jusqu’au 08 novembre

 

Clinton Cash: The Untold Story of How and Why Foreign Governments and Businesses Helped Make Bill and Hillary Rich - By Peter Schweizer published by HarperCollins. Un adaptation cinématographique et Bande dessinée a été réalisé cette année.
Clinton Cash: The Untold Story of How and Why Foreign Governments and Businesses Helped Make Bill and Hillary Rich – By Peter Schweizer published by HarperCollins.
Un adaptation cinématographique et Bande dessinée a été réalisé cette année.


Dire que Steve Bannon a mauvaise presse est un euphémisme.
Depuis sa promotion la semaine dernière, des affaires de violences domestiques et des suspicions de fraude électorale (il serait enregistré à une fausse addresse en Floride, un « swing state » clé dans le décompte électoral) sont relayées dans tous les médias, même les plus conservateurs.
Plus grave, cet ancien banquier de Goldman Sachs, est régulièrement accusée de lancer de fausses allégations sur ses ennemis.
C’est également ce patron de presse qui a engagé Milo Yiannopolous, ce jeune journaliste anglais à l’origine des attaques racistes et mysogines contre l’actrice Leslie Jones cet été, et qui a été suspendu à vie de Twitter.

Les affinités de certaines journalistes de Breitbart avec le mouvement Alt-Right, en périphérie du conservatisme traditionnel américain, décrit comme raciste et antisémite est devenu le cheval de bataille de Clinton pour convaincre les républicains de la rejoindre.

PHOTO ILLUSTRATION BY EMIL LENDOF/THE DAILY BEAST
PHOTO ILLUSTRATION BY EMIL LENDOF/THE DAILY BEAST

 


BreitBart + Trump = Trumpbart, nouvelle plateforme politico-médiatique?

Donner à Steve Bannon la responsabilité de la campagne de Donald Trump, c’est aussi récompenser le site BreitBart News en lui offrant une plateforme politico-médiatique sans précédent.

Depuis sa création en 2007 par Andrew Breitbart, ancien éditeur du Drudge Report et mort d’une crise cardiaque en 2012, le site d’infos en ligne, originellement destiné à devenir le « Huffington Post de la droite » s’est plutôt distingué dans l’info trash anti-libéral, anti-gouvernement, anti-journalistes et anti-politiciens.

Une recette qui marche puisque il a cumulé en juin presque 14 millions de visiteurs uniques sur son site et 150 millions de pages vues.

Breibart News n’aurait pas pu trouver de candidat plus controversé, conflictuel et politiquement incorrect que Donal Trump et a d’ailleurs rapidement choisi de le soutenir.
Le milliardaire new yorkais confirme avec la promotion de Steve Bannon, le rôle désormais majeur  que joue le site dans ces élections présidentielles, rebaptisé « Trumpbart » par certains médias.
Notons au passage la perte d’influence de Fox News, bastion conservateur et outil de propagande privilégié des candidats républicains aux présidentielles depuis 2000.

Dans un essai publié ce mois-ci dans Vanity Fair, le journaliste Ken Stern explique comment est-ce que « Bannon et Breitbart Media ont été Trump avant Trump, en créant la philosophie politique et l’armée politique qui a été le moteur de l’avènement spectaculaire du candidat dans la politique américaine ».

Au delà de ses titres et thèmes provocateurs, « c’est la première organisation à articuler et représenter, à une échelle globale, une nouvelle philosophie du nationalisme et du populisme qui a trouvé un soutien important dans la société américaine ».
Cette émergence d’un nouveau pouvoir politico-médiatique, dont certains pensent qu’il serait le nouveau projet de Trump en cas de défaite, pourrait bien être l’évènement majeur à retenir de cette campagne présidentielle 2016.