14.11.17

Bon mardi après midi. Roy Moore est presque out, Donald Jr. a fait copain avec Julian Assange,

 

1. Les Quotidiens

 

– « Negative Partisanship »

Le quotidien de Gadsden, Alabama, mardi 14 novembre 2017

Roy Moore, candidat au siège de sénateur de l’Alabama, laissé vacant par le départ de Jeff Sessions au ministère de la Justice, qui vient de battre le candidat officiel des Républicains aux Primaires grâce à un programme ultra-conservateur, a été accusé par le Washington Post d’avoir couché avec une mineure de 14 ans lorsqu’il en avait 32.
Tout le week-end, l’actuel président de la Cour Suprême d’Alabama, a nié les faits, crié au complot, soutenu par le site alt-right Breitbart qui a essayé de discréditer le quotidien (« fake news » libérales) et ses victimes. –
Axios

 

 

La plupart des électeurs de l’Alabama et les journaux ont défendu bec et ongle Moore à l’exception de l’Anniston Star, qui a publié samedi une tribune soutenant le travail des journalistes contre le « tribalisme » de certains lecteurs. CNN

Le « negative partisanship » [l’esprit de parti] explique la réaction de certains Républicains face au scandale Moore. Les gens sont davantage motivés par la haine l’autre parti que le soutien du leur. « Il hait les mêmes gens que moi! »
C’est la glue qui relie cette coalition si fragile [des partisans de Moore] – Reliable Sources

 

Lundi, Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat de demandé la démission de Moore. Le témoignage d’une cinquième victime, agressée sexuellement par Moore à l’âge de 16 ans, a poussé les plus conservateurs comme Laura Ingraham de Fox News à faire de même.
Roy Moore refuse toujours de démissionner.

 

 

– Liberté de discriminer

 

 

La Cour Suprême des Etats-Unis doit décider aujourd’hui si la Californie peut imposer à des centaines de cliniques anti-avortement, appelées « Crisis Pregnacy Centers » d’informer leur patientes que l’Etat offre des avortements et autres soins de santé à très bas prix, voire gratuits.
Les cliniques affirment que cette loi enfreint leur liberté d’expression: « forcer quiconque à faire la publicité gratuite pour l’industrie de l’avortement est impensable – surtout quand il s’agit du gouvernement ». – San Francisco Chronicle

Sauf qu’il s’agit ici d’un problème de santé et de droit de la femme plutôt que de la liberté d’expression. Notons encore une fois comment est-ce que la sacro-sainte défense du « free speech »  est utilisée à des fins politiques, celle de la lutte contre l’avortement tout comme la liberté de religion est utilisée pour discriminer les homosexuels.

 

 

– Opioid Nation

 

 

Le NYPD a saisi en août dernier, dans l’appartement d’un couple de cinquantenaires mexicains dans le Queens à New York, 64 kilos de fentanyl, un opiacé de synthèse extrêmement dangereux, cinquante fois plus puissant que l’héroïne, la drogue la plus mortelle du pays – la plus importante saisie de fentanyl dans l’histoire des Etats-Unis susceptible de tuer 32 millions de personnes selon la DEA

Le couple travaillait pour un cartel de drogue mexicain, et était venu vendre la drogue estimée à plusieurs millions de dollars. Ils voyagent comme des VRP de luxe, séjournent dans des appartements et quartiers aisés pour ne pas éveiller les soupçons et vendent en gros à des détaillants triés sur le volet. – Washington Post

 

 

2. Trumplandia

 

Reproduit de Pew Research Political Polarization report; Graphique: Axios Visuals

 

– L’extrême polarisation de la vie politique américaine ces vingt dernières années entre les Démocrates et les Républicains est marquée selon Jim VandeHei de Axios par six évènements importants:

1. Newt Gringich au début des années 90 qui a commencé à utiliser langage très belliqueux et antagoniste dans la politique à travers notamment l’idée du bien et du mal entre Démocrates et Républicains.

2.Fox News à partir de 1996, qui joué sur cette politique de plus en plus en agressive et partisane, reprise à gauche par MSNBC, le tout arrosé d’infos en continu sur CNN qui a transformé la gouvernance en un reality show

3. Facebook puis Twitter qui ont « socialisé et démocratisé » les arguments mais aussi la rage des internautes.

4. John McCain, aujourd’hui un anti-Trump, qui choisit Sarah Palin comme VP – défendue à l’époque par Bannon – précurseur d’une rhétorique populiste reprise par le Tea Party.

5. Facebook a « algorithmé » cette rage auprès de ses utilisateurs en leur donnant exclusivement ce qu’il veulent pour engranger des clics, des commentaires, des partages et faire du profit à travers les fils d’information.

6. Trump qui utilise Twitter qui normalise et radicalise la rage, aussi bien que les réactions des politiciens, la joie de ses électeurs et la haine de ses adversaires.

La politique devient plus personnelle, polarisée et pugnace, surtout à droite. Ca va s’empirer avant de retomber car ces tendances gagnent encore du terrain.

 

 

3. Même le café est politique

Sean Hannity, présentateur de Fox News, et ami de Donald Trump, boycotté par des annonceurs dont les cafés Keurig, après avoir défendu Roy Moore, le pervers sexuel de l’Alabama, a appelé au boycott de la marque de café – enfin à la destruction violente de ses machines, si possible filmée et postée sur Twitter – et soutient officiellement la Black Rifle Coffee Company – avec pour slogan intelligent « les Hipsters n’ont pas inventé le café – également soutenue par Donald Trump Jr. Business insider
Aujourd’hui même boire du café est devenu politique.

 

 

 

 

 

 

4. Must Reads

 

La Correspondance secrète entre Donald Trump Jr et Wikileaks

The Atlantic a publié hier une enquête révélant la communication entre Wikileaks et Donald Trump Jr entre septembre 2016 et jusqu’en juillet 2017; une communication que les deux partis ont toujours rejeté, et qui renforce un peu plus les soupçons de collusion entre le candidat républicain et les Russes.

En effet, Wikileaks, certain de la victoire de Clinton, a souvent pris le parti de Donald Trump (« J’aime Wikileaks« ) contre la candidate démocrate durant les élections, en publiant à des moments clés de sa campagne – les emails du comité national démocrate peu avant la convention du parti en juillet 2016 puis ceux du directeur de campagne de Clinton tout au long du mois d’octobre jusqu’au jour du scrutin; des documents piratés par des hackers russes au service du Kremlin selon les agences de renseignement américaines.

C’est Wikileaks qui contacte presque à chaque fois le fils du candidat, pour que son père parle de l’organisation, qu’il lui fournisse ses fameuses déclarations d’impôts, qu’il conteste le résultat des élections en cas de défaite, ou encore que Julian Assange devienne ambassadeur d’Australie.
Les emails publiés par The Atlantic appartiennent à des milliers de documents fournis par l’avocat de Donald Jr aux commissions du Renseignement du Sénat et de l’a Chambre des Représentants dans le cadre de l’enquête sur d’éventuelles collusions entre les Russes et l’équipe de campagne de Trump.

Donald Jr affirme que les emails publiés ont été pris hors de leur contexte. Wikileaks n’a pas voulu commenter. L’organisation soit disant neutre et transparente prise en flagrant de soutien à un candidat raciste et misogyne parce que son fondateur hait Hillary Clinton.

 

– « L’Etat le plus secret des Etats-Unis »

 

 

L’enquête du Kansas City Star menée sur plusieurs mois par onze journalistes de la rédaction a été saluée par l’ensemble de la profession comme la preuve de la nécessité du journalisme local, s’intéresse à l’un « des gouvernements les plus secrets de la nation, où la confidentialité est de rigueur. »

Du bureau du gouverneur aux agences de l’Etat, des services de police aux relations d’affaires en passant par les soins de santé, aux étages de la Chambre et du Sénat, un voile est tombé ces dernières années sur l’administration quel que soit le parti politique.

Que ce soit l’agence de protection de l’enfance qui tente de dissimuler des erreurs professionnelles, l’anonymat entourant les auteurs des lois votées au parlement, où encore la police autorisée à ne rien divulguer dans des affaires de bavure policière, le gouvernement fonctionne sous une chape de plomb qui l’empêche d’être redevable aux près de ses concitoyens.

* « One of the most secretive, dark states: What is Kansas trying to hide? »Kansas City Star 

 

 

 

On vit une époque formidable

  • Les crimes racistes en hausse
    Les statistiques de FBI montrent une recrudescence des violences contre les Afro-Américains, les Juifs, les Musulmans, la communauté LGBT – AP

 

  • The Skimm, la newsletter matinale devenu une marque multi-produits pour six millions de lecteurs, surtout des lectrices, va introduire de l’audio et de la vidéo dans ses missives. Nieman Lab

 

  • Tinder et Grindr refusent d’évoquer le rôle de leur plateforme dans la prolifération récente des maladies sexuellement transmissibles – Vox

 

  • Amazon vient d’acheter les droits de diffusion télévisés mondiaux de « The Lord of The Rings », basé sur le roman de J.R.R.Tolkien pour 250 millions de dollars et réaliser la série télé, en plusieurs saisons, du blockbuster. Deadline

 

 

 

La Couverture du Jour

 

 

C’est la couverture dont tout le monde parle cette semaine, celle du mensuel masculin qui sacre Colin Kaepernick, ancien quarterback des 49ers, viré l’année et incapable de retrouver une équipe, “citoyen de l’année” avec pour intitulé “Colin Kaepernick ne sera pas réduit au silence”.

C’est un choix bien entendu symbolique étant donné la polémique suscité par le mouvement « Take A Knee » qu’il a débuté l’année dernière, repris en début de saison par d’autres joueurs de la NFL, que Trump a utilisé au nom d’une guerre culturelle pour satisfaire sa base.

Ce n’est pas un choix polémique puisque GQ est un magazine libéral qui s’adresse des lecteurs à tendance libérale qui n’a aucune espèce d’influence de l’autre côté de l’échiquier politique. En tout cas, tout le monde en parle. C’était le but.

Time: Les 100 personnalités les plus influentes en 2017

 

 

C’est le rendez vous annuel incontournable de Time: le Classement cent personnalités les plus influents au monde, surtout américaines, classées en différentes catégories: Les pionniers, les artistes, les leaders, les titans, les icônes.

 

  • Les pionniers

      • Riz Ahmed (by Lin Manuel-Miranda)
        Il était partout cette année dans le dernier Star Wars (« Rogue One »), dans la mini-série « The Night Of » et un petit rôle de surfeur-hippie dans « Girls » sur HBO et dans le dernier « Bourne »

     

      • Samantha Bee (by Jane Curtin)
        On en parle souvent dans le Kiosque, on l’adore. Elle est l’une critiques les plus acerbes du président Trump avec Jon Oliver dans son émission hebdomadaire The Full Frontal sur TBS

     

      • The Chance (by Common)
        Artiste HipHop qui diffuse sa musique exclusivement en streaming, il est aussi très investi politiquement et socialement dans la communauté de Chicago, la ville qui l’a vu naître – et il a même offert un million de dollars au système éducatif de la Wind City.

     

      • Ivanka Trump (by Wendy Murdoch): Elle a le mérite de calmer les ardeurs de son père, le président des Etats-Unis, et elle milite pour les femmes aussi

     

    • Jared Kushner (by Henry Kissinger): Riche héritier, passé par Harvard, qui se retrouve conseiller du roi sans aucune expérience que celle de connaître son beau-père et de savoir le raisonner. Il a fait du bon boulot pendant la campagne présidentielle et est considéré comme l’un des architectes de la victoire de Trump.

     

    Les Artistes

      • Jon Legend (by Harry Belafonte)
        Il a remporté l’oscar de la meilleure bande originale avec le film « Selma », c’est aussi un activiste impliqué dans la défense des droits des minorités et contre les violences policières.

     

      • Emma Stone (by Brie Larson)
        Elle vient de remporter un Oscar pour le mitigé LalaLand

     

      • Alicia Keys (by Kerry Washiington)
        Elle a arrêté de se maquiller et a été très critique envers Donald Trump pendant les élections présidentielles. Elle chante très bien aussi et présente « The Voice » sur NBC

     

      • Leslie Jones (by Russel Crowe)
        C’est l’actrice la plus âgée de l’émission satirique de « Saturday Night Live » mais aussi l’une des plus drôles et charismatiques, dont le succès lui a apporté des ennuis l’année dernière lors de la sortie de Ghosbusters – campagne raciste sur Twitter mené par le troll Milo Yiannopoulos. Elle s’est défendue avec humilité.Elle a le rôle principal dans l’un des sketchs les plus drôles de cette saison.

     

    • Sarah Paulson (by Cate Blanchett)
      Elle a remporté un Emmy et Gloden Globe pour sa prestation de Marcia Clark dans « The People v. O.J. Simpson: American Crime Story » et revient chaque année dans « American Horror Story » sur FX

     

     

    Les Leaders

      • Melinda Gates (by Sheryl Sandberg)
        La femme de Bill Gates, présidente de la « Bill & Melinda Foundation ».
        « Son impact se senti pour des générations »

     

      • Tom Perez (by Tim Kaine)
        Le nouveau chef du parti démocrate a tout à reconstruire, doit remobiliser les troupes pour impérativement gagner pour les élections de mi-mandat en 2018

     

      • Elizabeth Warren (by Kamala Harris)
        L’une des figures du parti démocrate et fervente opposante à Donald Trump

     

    • Sandra Day O’Connor (by Sonia Sotomayor)
      La première femme juge de la Cour Suprême des Etats-Unis qui a pris sa retraite en 2006 et aide aujourd’hui à l’insertion des jeunes à travers l’éducation.

     

    Les Titans

      • Jeff Bezos (by Buzz Aldrin)
        Fondateur et président d’Amazon, il a non seulement change la façon de consommer (par internet), il est aussi très actif dans les médias – patron du Washington Post qui cartonne cette année – et avec Amazon médias qui créé beaucoup de séries, films, etc…

     

      • Rebekah Mercer (by Ted Cruz)
        « Une guerrière et une patriote » qui « avec l’aide [de la fortune] de son père » financent la « révolution politique » qui a vu Donald Trump arriver au pouvoir. C’est l’une des grandes copines de Steve Bannon.

     

      • Tom Brady (by Conan O’Brien)
        Il a remporté son cinquième Super Bowl cette année et si vous n’êtes pas de Boston ou de la Nouvelle Angleterre, vous avez des chances de le détester. Il n’a pas d’opinion politique et est marié avec Gisele Bundchen.
        Aucun intérêt en dehors d’un terrain de football.

     

    • Lebron James (by Rita Dove)
      Il a remporté le pari de faire gagner son équipe des Cavaliers de Cleveland l’année dernière en finale NBA contre San Francisco. Lui a des opinions politiques et s’investit dans la communauté de Cleveland.
  • Les Icones

      • Jeanette Vizguerra (by American Ferrara)
        Mme Vizguerra est une immigrée sans papiers qui travaille comme agent d’entretien à Denver dans le Colorado. Elle s’est réfugiée il y a quelques jours avec ses trois enfants dans une église de la ville pour échapper aux forces de l’immigration venues l’arrêter et la déporter.
        Elle est l’emblème de ces millions de personnes qui ont construit une vie meilleure aux Etats-Unis et sont désormais menacés d’expulsion.

        Voir son portrait dans le NYTimes

     

      • Viola Davis (by Meryl Streep)
        C’est la seule Afro-Américaine à avoir été nommée trois fois aux Oscars et elle a remporté son premier cette année, dans un second rôle pour le film « Fences »

     

    • Colin Kaepernick (by Jim Harbaugh)
      Il a voulu mettre à genoux la NFL, le football américain et pourquoi l’Amérique. La Victoire de Trump a rendu son message encore plus important, pas ses résultats sportifs malheureusement et est parti cette année de l’équipe de San Francisco.

Le racisme expliqué aux jeunes conservateurs américains

Tomi Lahren, 24 ans, « l’enfant soldat » des médias conservateurs, célébrée pour ses positions incendiaires, était l’invitée du Daily Show, où elle s’est confrontée à Trevor Noah, très en forme, qui lui a expliqué pourquoi et comment est-ce qu’elle véhiculait quotidiennement des préjugés racistes à ses millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.

La campagne de Trump a été soutenue sur les sites conservateurs et alt-right par une brochette de « commentateurs politiques » qui n’ont ni l’éxpérience, ni les impératifs du journaliste, mais qui grâce à une rhétorique « politiquement incorrecte » défendue par le futur président et célébrée par ses supporters, ont été propulsés en quelques mois sur le devant de la scène médiatique.
La plus jeune et l’une des plus populaires, Tomi Lahren, impressionne par son franc-parler et son agressivité: une marque de fabrique qui a fait son succès en lui rapportant des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.

Le Kiosque disait d’elle en septembre:

Indépendante, ambitieuse, “courageuse” selon ses propres termes, Lahren appartient à cette nouvelle génération de conservateurs qui n’ont pas peur d’utiliser le thème de la race pour dénoncer les problèmes auxquels fait face l’Amérique quitte à être traitée de raciste. Elle n’a pas non plus de problème non plus à comparer le Ku Klux Klan avec Black Lives Matter, et rejette le politiquement correct
(….)
Elle est fière d’être blanche comme vous devriez fière d’être “noir” et a du mal à comprendre les protestations des minorités du pays, “qui sont pourtant nées avec les mêmes droits”. Issue d’une famille de Marines, elle respecte son drapeau et son pays, et propose à Kaepernick de le quitter s’il a tant de critiques à lui adresser.

Deux mois plus tard et la Trumpocalypse à peine digérée, les propos très controversés de Lahren sont d’autant plus dangereux qu’ils font désormais « partie intégrante du mainstream média » – ses vidéos ont été regardées plus de 70 millions de fois sur Facebook.
D’où l’intérêt de cet interview de Trevor Noah qui dévoile un par un les préjugés racistes sur lesquels reposent chacun des arguments de la jeune pundit.

Revenons donc sur ces préjugés et idées reçues, qui sont partagées par des millions de jeunes Américains aujourd’hui:

  • Non Black Lives Matter n’incite pas à la violence, ni aux émeutes, ni aux pillages. De nombreux rassemblements peuvent dégénérer de cette manière, et s’il est important de condamner les exactions de certains, on ne peut pas criminaliser tous les militants, dont la plupart sont pacifistes.
  • Les cinq policiers morts à Dallas en juin dernier des mains d’un dérangé qui a affirmé vouloir venger ses confrères afro-américains tués par la police n’a rien à voir non plus avec Black Lives Matter.
    Trevor Noah lui explique que ce n’est pas que parce que Trump a des supporters dans le KKK, que lui-même soutient le KKK, et qu’il est irresponsable de dire que tous les policiers sont racistes parce que dans la plupart des villes des Etats-Unis, la majorité des contrôles ou des bavures touche la communauté afro-américaine.
  • « La vraie diversité est celle de la pensée et non pas de la couleur » avance Tomi Lahren qui poursuit, « je ne vois pas les couleurs », ce à qui Trevor Noah répond, « Je n’ai pas de problème avec ceux qui différencie les couleurs, mais c’est la façon dont on traite les couleurs qui est plus importante »
  • Affirmer que Black Lives Matter est le nouveau KKK, est non seulement faux car le KKK n’a jamais cessé d’exister, mais c’est irresponsable car c’est minimiser ces actes (dans le passé) et son idéologie.
  • A propos de Colin Kaepernick qui ne s’exprime pas de la « bonne façon » selon Lahren, Trevor Noah réponds:

    « Donc on a un Afro-américain aux Etats-Unis qui essaye de faire passer un message, s'[il] marche dans la rue, on dit que c’est un voleur,  s'[il] proteste dans une manifestation, on dit que c’est casseur, et s’il met un genou à terre, c’est encore le mauvais choix, mais alors quelle est la bonne façon pour un Afro-américain d’attirer l’attention aux Etats-Unis?

    Ce à quoi Lahren n’a pas vraiment répondu à part la défense sacré du drapeau qui ne doit en aucun cas être utilisé à des fins politiques que celle du patriotisme.

C’était un débat très clair et courtois qui a été salué par de nombreux médias (Time magazine, Los Angeles Times, The Daily Beast, The Atlantic, Slate, Washington Post, Rolling Stone, New York magazine) qui ont salué le travail de Trevor Noah qui a patiemment déconstruit chacun des arguments simplistes, caricaturales et racistes de son invitée.

 

 

Le kiosque du jeudi 29 septembre 2016

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Un veto qui veto

Sur toutes les unes aujourd’hui, le véto du Sénat américain qui annule un véto que Barack Obama avait imposé qui permettait aux familles des victimes d’attentats (et notamment celles du 11 Septembre 2001) de pouvoir poursuivre en justice des gouvernements étrangers pour d’éventuels dommages et intérêts – l’Arabie Saoudite dans le cas présent, dont est originaire Oussama Ben Laden.
C’est le premier des 12 vétos décidés par le président ces huit dernières années à être outrepassé, qui résonne et l’administration Obama n’a pas du tout apprécié: Selon l’attaché de presse de la Maison Blanche, c’est le geste le plus embarrassant que le Sénat américain ait fait depuis 1983 – date du veto imposé contre Ronald Reagan.

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Elections présidentielles américaines
Hillary Clinton a toujours du mal à convaincre les jeunes entre 18-29ans, dont 10% n’ont l’intention de voter pour aucun des deux candidats.
Un état d’esprit qui fait écho aux propos de Colin Kaepernick, le quarterback des San Francisco 49Ers, qui refuse depuis le début de la saison football américain, de saluer le drapeau en début de match, et pour lequel il a fait la une du Time la semaine dernière.
Ce dernier a qualifié Trump et Clinton de « menteurs avérés » et affirmé que cette élection revenait à choisir « le moins pire des deux » mais que cela restait quand même « le pire ».

Concernant les affaires extra-conjugales de son mari, Clinton doit préparer une ligne de défense contre un candidat qui pourrait s’en servir lors de deux prochains débats: « laisser-faire ou volonté de protéger la famille » se demande le Washington Post à propos de l’attitude de la candidate démocrate qui a toujours défendu son mari quitte à discréditer publiquement certaines femmes, dont les accusations, à l’encontre de Bill,  ont été plus tard confirmées.

Le troisième homme de ces élections, le libertarien Gary Johnson, a encore montré de sérieuses lacunes en politique étrangère hier en étant incapable de nommer un chef d’Etat étranger, même pas celui du Mexique voisin. Un passage vide qu’il a lui-même qualifié de « Aleppo moment » en référence à sa méconnaissance de la ville d’Alep, en Syrie, théâtre d’une guerre depuis plus de cinq ans.

Enfin selon Politico, 7% des électeurs ont perdu des amis à cause de ces élections pour le moins atypiques, et 65% pensent que le recours à un langage grossier en politique (a.k.a. Donald Trump) est inutile.

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Saturday Night Live revient samedi

Dans un autre registre, Alec Baldwin a été recruté par Saturday Night Live qui reprend samedi (Margot Robbie est l’invité et The Weeknd à la chanson) pour jouer le rôle de Donald Trump avec Hillary Clinton, incarnée par Kate McKinnon, fraichement récompensée d’un Emmy Award.

Un choix étonnant puisqu’un ancien acteur du même programme, Darrell Hammond, avait excellé dans son genre la saison dernière.
A vous de juger

Pour Politico, « SNL pourrait bien faire le boulot que les chaînes d’infos câblées ont refusé de faire durant toute la campagne », à savoir être un peu plus critique envers le candidat républicain.

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Le Show le plus cher de l’histoire sur Netflix
Intitulé « The Crown », la série raconte l’histoire de la monarchie anglaise d’Elizabeth II. Chaque saison se concentre sur une décennie de son règne et des personnes qui l’ont marqué et Netflix vient juste de diffuser une première bande annonce que voici.
Cette première saison aurait couté entre 100 et 130 millions de dollars.

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Vogue se révolte …
Contre les bloggeurs de mode qui ont investi les premiers rangs des défilés de mode aux côtés des célébrités et dont l’amateurisme, le manque de style, et la recherche d’attention agacent profondément les professionnels de la mode: « le désastre du street style » incarné par ce jeunes « femmes qui se pavanent devant les caméras dans des habits qu’ont leur a prêté, et c’est triste aussi de voir autant de marques y participer » souligne Nicole Phelps, directrice des défilés pour le magazine, à propos de la fashion week de Milan qui avait lieu du 21 au 26 septembre dernier.
Alessandra Codinha, rédactrice mode de vogue.com, évoque elle « le paradoxe de la bloggeuse » qui « n’est même plus techniquement un bloggeuse » et qui « se ridiculise en posant, remuant sur son siège obsédée par sa présence sur les médias sociaux (…) Les gens se rendront bientôt compte du caractère grossier qu’est devenu l’utilisation de ces présences rémunérées et de leurs vêtements empruntés »

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Trump en « Miss Sympathie » dans le prochain numéro du New Yorker!

The New Yorker - Edition du 10 Octobre 2016 - Barry Blitt "Miss Congeniality"
The New Yorker – Edition du 10 Octobre 2016 – Barry Blitt « Miss Congeniality »

Tomi Lahren, 24 ans, « l’enfant soldat » des médias conservateurs

Les femmes n’ont pas vraiment la côte dans les médias conservateurs américains, mais une fois n’est pas coutume, Tomi Lahren, jeune diplômée de 24ans, casse la baraque à coups de discours enflammés, rhétoriques racistes et vidéos diffusées sur Facebook

 

Une star télé conservatrice à 24ans

Fraichement diplômée de l’Université du Nevada, Lahren s’est directement vue proposer un show sur la chaîne d’infos câblée conservatrice One America News.
Son émission « One Point » a suscité l’intérêt du public au fur-et-à-mesure de ses propos tendancieux: son premier fait d’arme intervient à la suite de la tuerie de quatre marines des mains de Muhammad Youssef Abdulazeez à Chattanooga le 16 juillet 2015. Lahren réagit alors en direct en dénonçant « la mentalité à mi-chemin, à moitié-cuite, sur la pointe de pieds, qui se veut amicale avec les Jihadistes » de Barack Obama.
La séquence à été vue 2,5 millions de fois et un mois après, elle est promue sur une chaîne conservatrice plus populaire, The Blaze.

L’anti-pop culture

The Blaze est un réseau d’information et de divertissement conservateur créé par Glenn Beck, journaliste passé par Fox News, ancien héros du Tea Party, qui lui a offert une nouvelle émission, Final Thoughts qui cartonne désormais quotidiennement.

La jeune journaliste n’a pas déçu en enchaînant les critiques de Beyoncé, lors de sa prestation au Superbowl, lorsque que la chanteuse a rendu hommage aux Black Panthers et Malcom X et plus récemment de Colin Kaepernick, le joueur de football américain, à l’affiche de Time magazine cette semaine, qui refuse de saluer le drapeau américain en signe de protestation contre les violences policières envers les minorités.

The Guardian a consacré une enquête cette semaine sur le phénomène Tomi Lahren, et note que son succès repose en partie sur une dénonciation conservatrice de la pop-culture, d’autant plus acceptable et influente qu’elle appartient à la génération des Millenials.
Très populaire pour ses positions conservatrices « dont elle est passionnée » – ou furieuse, parfois même hystérique, à vous de voir – elle admet ne pas pouvoir prétendre au statut journaliste et accepte celui « commentatrice ».

Indépendante, ambitieuse, « courageuse » selon ses propres termes, Lahren appartient à cette nouvelle génération de conservateurs qui n’ont pas peur d’utiliser le thème de race pour dénoncer les problèmes auxquels fait face l’Amérique quitte à être traitée de raciste – elle l’assume. Elle n’a pas eu de problème non plus à comparer le Ku Klux Klan avec Black Lives Matter, et rejette le politiquement correct, comme Milo Yiannopoulos, le jeune journaliste anglais de Breitbart News interdit à vie de Twitter pour avoir lancé une campagne raciste cet été contre l’actrice Leslie Jones.
Les deux savent aussi que leur physique jouent en leur faveur et ne s’en cachent pas.

Elle est fière d’être blanche comme vous devriez fière d’être « noir » et a du mal à comprendre les protestations des minorités du pays, « qui sont pourtant nées avec les mêmes droits ». Issue d’une famille de Marines, elle respecte le drapeau et le pays, et propose à Kaepernick de le quitter s’il a tant de critiques à lui adresser.
Dans une séquence diffusée Jeudi soir dans le Daily Show de Comedy Central, Treyvor Noah l’a qualifié « d’enfant soldat », un surnom on ne peut plus approprié pour cette férue des armes à feu.

« C’est difficile de savoir si sa colère se dissipera un jour, quelque soit le résultat de l’élection, mais même si elle disparaît, Lahren restera sans doute un bon de temps. Comme le conservatisme américain, elle a plein de ressources et peut facilement s’adapter. »

« Le combat périlleux » de Kaepernick en une du Time

En refusant de se lever lors de l’hymne national américain pour protester contre les violences policières et les injustices dont sont victimes les minorités du pays, le quarterback des San Francisco 49ers, Colin Kaepernick a lancé un mouvement de révolte dans le football qui s’affiche aujourd’hui en une de Time magazine.

Ce choix éditorial controversé, qui est aussi un formidable outil promotionnel et gratuit, a le mérite selon le Time de soulever les questions de « privilège, de fierté et de patriotisme » dans le sport.
Un sous-titre qui ne mentionne pas les thèmes du racisme et des violences policières et du mouvement qui les dénoncent depuis maintenant plusieurs années maintenant, Black Lives Matter.

Time magazine - Edition du 3 Octobre 2016" "The Perilous fight"
Time magazine – Edition du 3 Octobre 2016″ « The Perilous fight »

Colin Kaepernick, 28 ans, est devenu en un mois le joueur le plus détesté de la National Football Association pour avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical à la fin du mois d’Août dernier.

Depuis, il a décidé de poser un genou à terre (take a knee) à chaque passage du Star-Spangled Banner, et a été rejoint par d’autres joueurs d’autres équipes de NFL, mais aussi dans le sport universitaire, dans les lycées et dans d’autres sports comme le soccer, le basketball

Ce geste symbolique de contestation divise le pays, enragé les supporters, et a mis en colère une partie de la population qui y voit un manque de respect vis-à-vis du drapeau, donc du pays, et par extension des soldats qui se battent « pour la liberté » un peu partout dans le monde.
D’autres ont salué le message mais condamné la méthode utilisée.

Il n’empêche, Kaepernick continue, quel qu’en soient les conséquences.
La mort de trois Afro-américains, à Tulsa en Oklahoma, et à Charlotte en Caroline du Nord, cette semaine ne vient que légitimer son combat.
Comme le prédit ce journaliste du San Mercury News, « This will not get smaller »

Plus de lecture en anglais
Pour une chronologie de la révolte Kaepernick sur SB Nation
Le Kiosque avait déjà évoqué la révolte Kaepernick début Septembre

 

Kaepernick: « Black Lives Matter » aussi dans le football

Colin Kaepernick, le quaterback des San Francisco 49ers, a provoqué la polémique dans tout le pays, la semaine dernière, après avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical de football américain.

Le 26 Août dernier, lors d’une rencontre de pré-saison avec les Green Bay Packers, le jeune homme de 27 ans est resté sur le banc lors de l’hymne national, auquel sont « appelés » à participer les joueurs et le staff, debouts, la main sur le coeur, généralement accompagnés par le reste du public.

Kaepernick a expliqué « avoir refusé de se lever » car il « ne voit aucune fierté dans le drapeau d’un pays qui oppresse les noirs et les gens de couleur. Pour moi, c’est plus important que le football et ce serait égoiste de fermer les yeux. Il y a des corps qui jonchent les rues, et des gens qui obtiennent des départs anticipés et qui s’en sortent en toute impunité« .

C’est la première fois qu’un joueur de football prend une position aussi symbolique sur le terrain.
Un mois plus tôt, l’intervention de Lebron James, Dwyane Wade, Chris paul et Carmelo Anthony, stars du basketball, aux ESPY Awards pour dénoncer les violences policières et le profilage racial, a pourtant été très bien reçu par les supporteurs, médias et commentateurs s’étonnait le Guardian cette semaine.

Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: "Flagged"
Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: « Flagged »

Pourquoi donc tant de fureur avec Kaepernick?
Tout simplement parce qu’elle porte atteinte au drapeau et aux valeurs de la nation, ce qu’une partie de la population ne peut accepter, quelque soit les revendications en jeu.
Les polémiques autour du salut au drapeau sont également associées au respect des troupes américaines en exercice à l’étranger et aux vétérans, un sujet quasi-sacré pour de nombreux américains.

L’intervention inattendue de Kaepernick a provoqué la fureur des supporteurs de San Francisco qui s’en sont pris à lui sur Twitter et autres médias sociaux, en le traitant de « non-américain » et d’anti-patriotique. Certains sont même allés jusqu’à brûler son maillot, alimentant un peu plus la polémique a dans l’ensemble du pays.

Si les médias libéraux y ont vu un héros qui se bat pour ses convictions, les conservateurs ont dénoncé l’hypocrisie d’un joueur qui a terminé sur le banc la saison dernière et qui essayerait de jouer la carte raciale pour revenir sur le devant de la scène.

Le quaterback des 49ers a remis de l’huile sur le feu cette semaine en portant à l’entrainement des chaussettes sur lesquelles figuraient des cochons déguisés en policiers, et est resté à genoux hier lors de l’hymne national d’un match amical à San Diego, cette fois-ci accompagné de deux autres joueurs de son équipe, et sous les sifflets du stade.
Il s’est également engagé à versé un million de dollars à des organisations qui travaillent avec les communautés afro-américaines.

Colin Kaepernick a invité « Black Lives Matter » sur les terrains de football cette saison, à savoir maintenant si cette initiative va être soutenue par d’autres athlètes de la NFL.

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