Le Kiosque du 06.06.17: Tweets, fuites, leaker, Trumpileaks & Looney Tunes

 

1. Un président « out of control »

  • La « twitterstorm » de Donald Trump lundi pourrait « affaiblir son agenda et les pouvoirs de la présidence » s’inquiète ce matin le Wall Street Journal:

    Certains personnes avec un penchant pour l’auto-destruction ont parfois du mal à se gérer, il semblerait que Donald Trump en fasse partie (…)

     

      • Il a critiqué le maire de Londres et ses excuses « pathétiques » concernant la gestion des attentats de Londres – Trump a utilisé les commentaires de Sadiq Khan hors de son contexte.
        Ce dernier a demandé au président d’annuler son voyage officiel en Angleterre.

     

      • Il a critiqué le département de justice américain, et son General Attorney, Jeff Sessions, pour avoir « édulcoré » le second décret anti-immigration « politiquement correct » qu’il a signé après la suspension de la version originale par un juge de la cour d’appel fédérale de Washington en février.

     

    • Il a qualifié ce second décret « pour ce qu’il est » et « pour ce dont le pays a besoin »: « UNE TRAVEL BAN ». L’utilisation de cette terminologie compliquer l’appel déposé par Département de Justice devant la Cour Suprême des Etats-Unis qui doit annoncer prochainement si oui ou non elle veut reconsidérer un appel.

 

  • Le quotidien économique de conclure:

    En d’autres termes, avec 140 lettres, Mr Trump a fragilisé sa position en provoquant un petit incident diplomatique, a prouvé que la loyauté qu’il demandait aux autres n’est pas réciproque, il a retardé ses objectifs, et gâché du temps qu’il aurait pu consacrer à l’assurance-santé, la réforme fiscale, ou « la semaine de l’infrastructure ».
    Une nouvelle preuve que le pire ennemi de la présidence de Trump est Donald J Trump

 


2. Faut-il écouter Trump sur Twitter?

    • Hier, Kellyanne Conway, conseillère du président, a une fois de plus accusé les médias d’être obsédés par les tweets de Donald Trump. 
    • Sebastian Gorka, un ancien de Breitbart, qui travaille à la Maison Blanche, a ajouté qu’il ne fallait pas les prendre au sérieux et que seuls les décrets signés par le président comptaient.
    • Sa porte parole, Sarah Sanders Huckabee, a affirmé le contraire en conférence de presse un peu plus tard: les tweets lui permettent « de s’adresser directement aux Américains sans passer par le biais des médias qui filtrent ces communications »

 

  • Le mot de la fin de l’intéressé ce matin:

    Les faux médias mainstream essayent tant bien que mal de m’empêcher d’utiliser les médias sociaux. lls ne supportent pas que je puisse parler honnêtement sans passer par eux (…)
    Désolé, mais si j’avais dû me fier aux Fake News de CNN, NBC, ABC, CBS, Washpost ou nytimes, Je n’aurai eu aucune chance de gagner

     

  • Selon le Wall Street Journal, des proches du président ont essayé de le persuader d’arrêter de poster « tout ce qui lui passe par la tête »  sur les médias sociaux et de demander auparavant le conseil d’avocats. En vain. 
  • Le président américain semble très agité sur les réseaux sociaux ces derniers jours, sans doute à cause du témoignage du directeur du FBI, James Comey, devant une commission du Sénat, jeudi.

 


3. Le président détruit mais ne construit rien

 

    • Depuis quatre mois, Donald Trump s’est employé à détruire systématiquement les lois, décrets et règlementations mises en place par Barack Obama sur la santé, l’environnement, le commerce, les finances, le travail, conformément à ses promesses de campagne.
      Pour cela il a eu recours au « Congressional Review Act », qui permet à un nouveau président d’annuler les décrets pris par son prédécesseur: Trump l’a utilisé à 14 reprises alors qu’il n’avait été utilisé seulement qu’une fois ces vingt dernières années.

 

  • Mais le président et les Républicains n’ont pas achevé grand chose depuis janvier: les deux décrets anti-immigration ont été suspendus par des cours fédérales, la réforme de la santé, votée à la va-vite par les Représentants républicains consiste essentiellement à éliminer Obamacare, le désastreux budget 2018 a peu de chances de passer devant le Sénat.
    La réforme fiscale, le mur à la frontière mexicaine et le projet d’un milliard de dollars consacrées infrastructures du pays n’ont pas encore été présentés.
  • « Trump is finding it easier to tear down old policies than to build his own »Washington Post

 


4. Vive les fuites!

  • Sans les fuites, nous n’aurions pas appris entre autres:
      • Les relations entre l’ambassadeur russe à Washington, Serguei Kisliak et Michael Flynn, secrétaire à la sécurité nationale (qui a précipité sa démission), Jared Kushner, proche conseiller de Donald Trump ou encore Jeff Sessions, ministre de la justice.
      • Les tentatives de séduction opérées par le président auprès du directeur du FBI pour qu’il arrête son enquête sur Michael Flynn, et emprisonne les journalistes.
      • L’atmosphère délétère et les luttes d’influence au sein de la Maison Blanche.

     

  • Les fuites qui viennent des services de renseignement et de la Maison Blanche depuis l’investiture de Donald Trump et qu’il condamne le plus fermement possible, sont une bénédiction pour les journalistes et l’opinion publique écrit Margaret Sullivan dans le Washington Post:

    Dans un gouvernement de plus en plus obsédé par le secret et par la volonté de tout classer « confidentiel », les fuites sont nécessaires. Même s’il existe des risques concernant la sécurité nationale, je préfère vivre dans une Amérique qui fuit plutôt qu’un pays hermétique – dont les journalistes et lanceurs d’alerte sont derrière les barreaux

     

  • « Of course, Washington is plagued by leaks. That’s a good thing. » – The Washington Post

 


5. Un premier leaker arrêté

L’article de The Intercept avec une photo du document confidentiel
    • Reality Leigh Winner, 25ans, employée de Pluribus International Corporation en contrat avec le gouvernement, a été arrêtée samedi par le FBI pour avoir photocopié début mai un rapport confidentiel de la NSA concernant une cyber-attaque de l’espionnage militaire russe sur un logiciel de vote électronique qu’elle a envoyé à The Intercept.
    • Elle a avoué les faits et risque jusqu’à dix ans de prison.
    • Selon CNN, Reality L. Winner et The Intercept ont fait des erreurs qui ont facilité l’arrestation de la jeune fille.
      • Le fait que la NSA ait remarqué que le document avait été plié [sur la photo diffusée par The Intercept], lui a permis de déterminer qu’il avait été imprimé puis transportée par un individu…
        Le Département de justice a isolé six employés ayant eu accès à ces documents, dont Winner, la seule à être en contact avec le site d’information.
      • Par ailleurs, si The Intercept avait simplement rapporté l’info et la NSA su qu’il n’avait pas de document, il leur aurait été plus difficile de trouver la source de ce document.

 

 


6. TrumpiLeaks

  • C’est le service hautement sécurisé mis en place par Michael Moore pour « permettre aux courageux lanceurs d’alerte, forces de l’ordre ou le secteur privé ayant connaissance des crimes, mensonges, et écarts de conduite de Trump et ses associés de les dénoncer au nom de la protection des Etats-Unis d’Amérique contre la tyrannie »
  • Michael Moore travaille également à la réalisation d’un nouveau documentaire avec les Weinstein Company sur le président intitulé « Fahrenheit 11/9 »

 


7. « Badass Women of Washington »

  • Nouveau projet 100% féminin et « badass » de CNN sur les femmes de Washington intitulé « Badass Women of Washington »
  • Malgré la défaite de Hillary Clinton aux élections, « partout à Washington, des femmes font tomber les barrières, atteignent des positions de pouvoir et y restent ».
  • La chaîne va consacrer une série à sept d’entre elles: La Sénatrice Dianne Feinstein, la Secrétaire aux Transports; Elaine Chao, la Représentante Jaime Herrera Beutler, la Sénatrice Jeanne Shaheen, la présidente du Comité National Républicain, Ronna Romney McDaniel, la Sénatrice Catherine Cortez Masto, et la chef des services de santé de l’armée américaine, le Lieutenant général Nadja West.

 


 

8. Breitbart sanctionne des commentaires incendiaires

  • La journaliste Katie McHugh, ancienne du Daily Caller, chez Breitbart depuis 2015 a été virée après avoir posté des « commentaires incendiaires » anti-musulmans sur les attentats de Londres.
  • Samedi soir, elle a réagi sur les évènements de la capitale britannique: « Si les Musulmans ne vivaient au Royaume-Uni, il n’y aurait pas d’attaques terroristes mortelles »
  • Breitbart n’a pas commenté sur les raisons du renvoi mais ce serait une première pour le site alt-right de renvoyer l’une de ses journalistes pour avoir critiqué les Musulmans – l’une de leurs activités préférées.
  • C’est la deuxième fois cette année qu’un employé de Breitbart quitte le site. Le dernier était Milo Yiannopoulos après des commentaires controversés sur la pédophilie en février dernier.

Le massacre d’Al Ghayil

 

Le raid de la section d’élite de l’armée américaine au Yémen en janvier dernier, première opération anti-terroriste autorisée par le président Trump a été un véritable fiasco qu’il a qualifié d’immense succès lors de son adresse devant le Congrès il y a deux semaines: un soldat américain, quatorze combattants supposés d’Al-Qaïda et une vingtaine de civils dont des enfants ont trouvé la mort.

Iona Craig, journaliste indépendante, a enquêté pour The Intercept.

 

La mission officielle consistait à collecter des informations sur les activités d’Al Qaïda au Yémen dans le cadre de la lutte anti-terroriste: Récupérer les appareils électroniques du clan Al-Dhabab, dont plusieurs membres appartiennent à l’AQPA, la branche d’Al Qaïda en Péninsule Arabique – celle qui a revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
Selon The Intercept, il s’agissait officieusement de capturer leur leader Qassim al-Rimi, qui était absent cette nuit là – des affirmations démenties par la Maison Blanche.

 

« L’opération était risquée dès le début et s’est avérée finalement très coûteuse » affirme le New York Times qui explique que « tout ce qui pourrait pu mal se passer, s’est mal passé ».

 

Dans la nuit du 28 au 29 janvier 2017, plusieurs douzaines de Navy SEALs accompagnés par des opérateurs des Emirats arabes unis ont pris d’assaut le village Yakla, dans la zone montagneuse d’Al-Bayda au centre du Yemen.
Selon des sources ayant eu connaissance du raid, les SEALs auraient découvert en arrivant sur les lieux que leur mission était compromise, que les cibles avaient été prévenues de l’attaque et « qu’un contingent d’extrémistes islamistes lourdement armés » les attendaient.

 

Malgré les renforts des tirs des hélicoptères et avions de l’armée, l’unité d’élite a rapidement été submergé par les centaines de militants et villageois des alentours venus à leur secours.
Le soldat américain Rick Owens a été tué d’une balle dans la tête dès les premières minutes de la fusillade qui en a duré presque cinquante et détruit la plupart des habitations du village. 

 

Le village d’Al Ghayil dans la province d’Al Bayda au Yémen. Carte: The Intercept

 

Des dizaines de maisons ont été détruites, et avec elles, les informations censées être collectées par l’unité d’élite.
Une heure après le début de la mission, un avion de 75 millions de dollars s’est écrasé en venant secourir les Navy Seals blessant trois des leurs et obligeant un autre appareil à intervenir.

 

Le compte rendu qui émerge [de la mission] suggère que la Maison Blanche de Trump rompt avec la politique d’Obama qui visait à limiter au maximum de blesser et tuer des civils (…) Les militaires américains qui ont préparé l’opération auraient dû prévoir une résistance armée des militants d’Al-Qaïda, des habitants d’Al Gahyil et des villages alentours. Cette région d’Al Bayda est en guerre depuis plus de deux ans et demi, et la tribu Qayfa est connue pour sa force de résistance et son refus de se soumettre à l’Etat.

 

Selon le New York Times, trois membres proéminents d’al-Qaïda auraient été tués dans l’assaut. L’armée américaine avance le chiffre de quatorze membres de l’AQPA tués et le Pentagone a reconnu que des civils faisaient partie des victimes sans avancer de nombre exact.
L’ONG Human Right Watch évalue entre 15 et 25 victimes parmi les civils, dont dix enfants de moins treize ans.

 

Les témoignages rapportés par la journaliste Iona Craig décrivent une violence inouïe et un mépris flagrant des soldats américains vis-à-vis de la sécurité des civils.

 

 

Aujourd’hui, les villageois se demandent toujours ce que les Américains ont cherché à faire pendant ce raid aussi sanglant (…) Les survivants de l’opération d’Al Gahyil se demandent qu’est ce qui a bien pu pousser les forces spéciales à débouler dans leur villages « comme s’ils étaient venus tuer Ousama Ben Laden », et si es Etats-Unis n’avaient pas confondus le leader de l’Etat Islamique avec un militant d’al-Qaida du même nom, Abubakr al Baghdadi, tué pendant le raid.

 

Qassim al-Rimi, la cible supposée du Raid, s’est moqué quelques jours plus tard de l’échec de la mission et du président Trump et offert ses condoléances aux familles des victimes.
Ces dernières ont quitté le village après les destructions des habitations et de leur bétail et par peur de nouvelles attaques.

« La majorité des hommes, des femmes et enfants qui ont survécu sont aujourd’hui des réfugiés ».

 

Effectivement un mois plus tard, des hélicoptères Apaches de l’armée américaines sont revenus à l’assaut du village déserté qu’ils ont pilonné à nouveau, selon un témoin resté sur les lieux.
Et une troisième fois début mars. Cette fois-ci la cible était un autre militant présumé de l’AQAP et le Pentagone affirme que l’attaque était organisée avec le gouvernement yéménite, qui considère ces tribus comme rebelles.
Là encore des civils ont perdu la vie.

 

Alors que le président Trump continue à brandir cette mission comme un succès, en rapportant les propos du Secrétaire à la Défense James Mattis au Congrès il y a [deux semaines] selon lesquels les renseignements obtenus « apporteront beaucoup de victoires dans l’avenir contre notre ennemi », le résultat le plus clair semble avoir été de rallonger la liste des ennemis de l’Amérique au delà d’Al-Qaïda.
Mohammed al Taysi, un membre de la tribu qui a participé à la bataille d’Al Gahyil, l’a résumé simplement. « S’ils reviennent », en se référant aux SEALs, « dites leur d’amener leur cercueil. « On est prêts à se battre avec les Américains et avec ce chien de Trump. »

 

* « Raid in Yemen: Risky From the Start and Costly in the End »The New York Times

* « Death in Al Ghayil »The Intercept

* Carte de la Guerre civile au Yemen en août 2016Wikipedia

 

 

De fiasco militaire à une standing ovation devant le Congrès américain

Comment transformer un fiasco militaire embarassant, dont le président est responsable, en standing ovation devant le Congrès américain?

Demandez à Trump et à son culot légendaire.

Hier lors d’un discours très anticipé devant le Congrès, il a invité la veuve du Navy SEAL Ryan Owens décédé le 28 janvier dans une opération militaire très controversée au Yemen.

Dans le moment le plus solennel de son adresse, le président a rendu hommage à la veuve du soldat, Carryn Owens, en pleurs, et déclenché une standing ovation de deux minutes – la plus longue du discours.

Nous sommes ravis d’être accompagnés par Carryn Owens, la veuve d’un agent spécial de la Marine américaine, William « Ryan » Owens. Ryan est mort comme il a vécu: en guerrier et en héros – en combattant le terrorisme et sécurisant notre nation.

J’ai parlé avec le général [Jim] Mattis, qui a confirmé à nouveau, et je cite  » Ryan a participé à une opération extrêmement réussie qui a permis de récupérer beaucoup d’informations qui mèneront à davantage de victoires contre nos ennemis. l’héritage de Ryan est gravé dans l’éternité. Car, comme la Bible nous l’enseigne, il n’y a pas de plus grand acte d’amour que de donner sa vie pour ses amis. Ryan a donné sa vie pour ses amis, pour son pays et pour notre liberté. Nous ne l’oublierons jamais.

Le Raid mené par des soldats d’élites de la marine de guerre américaine consistait à s’emparer d’appareils électroniques de militants d’al Qaida pour essayer obtenir des informations cruciales dans la lutte contre le terrorisme.

 


Comme le raconte le New York Times, l’opération qui devait durer quelques minutes seulement s’est transformée en une fusillade de près d’une heure, au cours de laquelle Mr Owens a perdu la vie ainsi qu’une trentaine de yéménites dont beaucoup de civils et d’enfants!
Un « succès » néanmoins salué par le président des Etats-Unis.

Le Yemen a interdit depuis les Etats-Unis d’utiliser son territoire pour des opérations anti-terroristes.

Le plan a été décidé à la va-vite par Trump qui était absent de la Situation Room lorsque l’opération a commencé: Les Navy SEAL auraient pris en embuscade à leur arrivée, Owens tué et un hélicoptère à 75 millions de dollars réduit en miettes, sans que des informations aient pu être collectées.

Tous les journalistes ont célébré ce moment, « où Trump est devenu président » tandis que certains que certains médias plus partisans ont souligné l’opportunisme politique derrière l’émotion très sincère de Mme Owens – Mr Trump n’a pas jugé bon de mentionner les civils tués lors de cette opération.

Comme l’éxplique Glenn Greenwald dans The Intercept:

En dramatisant la mort d’Américains tout en masquant ses victimes, cette technique permet aux Américains de toujours se regarder comme les victimes d’une violence horrible, sauvage et tragique mais jamais comme leur auteur. C’est ce qui permet: ces sauvages continuent à nous tuer donc nous n’avons pas d’autres choix que de nous battre. 
Plus important encore, ce processus déshumanise complètement les gens que le gouvernement américain bombarde, attaque et tue.

Le kiosque du jeudi 19 janvier 2017

L’investiture: mode d’emploi

On sera obligé de regarder l’investiture de Trump demain matin à Washington, mais des millions d’Américains sont appelés à éteindre la télé et faire autre chose lorsque le 45ème improprable président des Etats-Unis devra prêter serment sur la Bible utilisée par Abraham Lincoln et Barack Obama devant le chef de la Cour Suprême des Etats-Unis, John Roberts.
Comme on le rapportait cette semaine, ce sera l’une des plus petites cérémonies d’investiture de ces dernières décennies, à Washington et dans le reste du pays. Donald Trump est en effet le nouveau président le moins populaire de l’histoire moderne des Etats-Unis.

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A moins que …

Branle-bas de combat chez Breitbart, ennemi juré CNN, accusé de propager des  fake news par le président-élu: L’un des présentateurs de la chaîne d’informations, Wolf Blitzer, a évoqué les conséquences d’un éventuel assassinat de Trump et son Vice-président le jour de l’inauguration qui obligerait le « survivant désigné », le secrétaire d’Etat actuel, John Kerry, à prendre la relève.

Alors qu’une grande partie du pays s’impatiente des différents évènements à venir et du discours d’investiture du nouveau président, CNN se demande qu’est ce qu’il se passerait s’il était assassiné.

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Betsy DeVos, la martyre des Charter School

Pour The Intercept, la confirmation de Betsy DeVos devant le Sénat pourrait poser problème:

Sa carrière dans le public nous montre que c’est une Chrétienne zélée qui ne croit pas en la séparation de l’église et de l’Etat, qui veut financer les écoles religieuses avec de l’argent public, et dont les fondations ont financé des groupes fanatiques anti-gay.

Interrogée sur les donations faites par Prince Fondation, gérée par sa mère, à des organismes pro-familles et anti-gays, Mme DeVos a menti en affirmant qu’elle ne faisait pas partie du conseil d’administration à cette époque. Or les fiches d’imposition de la fondation prouvent qu’elle en était vice-présidente. Une erreur de frappe comptable a-t-elle affirmé.
Pour The National Review, il s’agit d’une énième chasse aux sorcières envers une chrétienne dévouée critiquée pour ses généreuses donations « motivées par sa foi en dieu ».

Quoi qu’il en soit, ses mensonges qui pourraient l’empêcher d’être confirmée la semaine prochaine à son poste de Secrétaire d’Etat à l’Education.

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Rick Perry n’a pas compris son futur job


On lui a proposé le Secrétariat d’Etat à l’Energie qu’il aurait accepté « pensant devenir  l’ambassadeur américain du gaz et du pétrole qu’il a longtemps défendu dans son Etat » et sachant qu’il avait souhaité l’élimination du Département de l’Energie en 2012 – qui lui a valu le titre de plus « mauvais tuyau de l’année » en couverture de Texas Monthly.

Des propos sur lesquels il est revenu ce matin expliquant qu’après avoir été conseillé sur les nombreuses fonctions vitales que comporte le Département, il regrette avoir souhaité son élimination »
Il semblerait néanmoins que l’ancien gouverneur n’ait pas compris que l’étendue des responsabilités de son poste, notamment la gestion du complexe national de sécurité qui abrite l’arsenal nucléaire. Il a d’ailleurs avoué n’avoir « aucune expérience dans la prise de décision concernant la politique nucléaire. »

« Un coup bas de plus » selon The National Review, qui affirme que les propos du New York Times sont des « fake news » et qu’il n’existe aucune preuve que Rick Perry n’a aucune idée de ses futures fonctions.

Rolling Stone l’a surnommé « la meilleure petite pute du Texas » dans un portrait publié en 2011, lorsqu’il s’est présenté aux primaires républicaines, à cause de sa tendance à gagner de l’argent en vendant les projets, positions et services publics aux plus offrants lorsqu’il était gouverneur.

On pensait que Bush était la pire chose que le Texas offre à l’Amérique. Mais si Rick Perry remporte la Maison Blanche, on se souviendra bientôt de ce taré de W et sa croisade en Irak comme quelque chose d’agréable.

 

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Interdire les manifestations pacifiques

Selon The Intercept, des parlementaires républicains essayent à travers tout le pays de criminaliser et décourager les manifestations pacifiques comme celles organisées par Black Lives Matter ou les opposants au Dakota Access Pipeline et dans l’anticipation d’un regain de protestations ces quatre prochaines années.
Pratiquement, ça passe par des lois assez absurdes, comme celle proposée dans le Dakota du Nord qui empêche de poursuivre pénalement un motard qui tuerait par accident un manifestant en travers de sa route; une autre proposition de loi dans le Minnesota pourraient condamner ceux qui manifestent sur les autoroutes à des amendes de trois milles dollars et un an de prison. D’autres cas similaires dans l’Etat de Washington, celui du Michigan et d’Iowa inquiètent les associations de défense des Libertés Civiles qui dénoncent « une hostilité publique » à peine cachée « contre Black Lives Matter dans les banlieues blanches et les zones rurales ».

Ingérence russe dans les présidentielles américaines: Et si c’était de l’intox?

Les sanctions très sévères prises par Barack Obama à l’encontre de la Russie, accusée d’avoir piraté le Parti Démocrate durant la campagne présidentielle pour favoriser Donald Trump aux dépens de Hillary Clinton, sans avoir offert de preuves tangibles, met aujourd’hui les médias americains dans une situation délicate.
Certains journalistes évoquent le scandale des armes de destruction massive: un mensonge orchestré par l’administration Bush, appuyé à l’époque par l’enquête d’une journaliste du New York Times, qui avait justifié l’intervention de l’armée américaine en Irak.
Parmi eux, Glenn Greenwald et Matt Taïbbi mettent aujourd’hui en garde leurs confrères contre l’éventualité d’un nouveau fiasco.

 

Le renvoi de 35 dignitiares russes liés aux services de renseignements du sol américain et la réponse stratégique de Poutine de ne pas envenimer la situation en attendant l’investiture de Donald Trump, ferait presque passer Barack Obama pour l’agresseur et son confrère russe pour une oie blanche.

La plupart des quotidiens du pays consacraient leur une hier à la décision dramatique du gouvernement américain en considérant comme acquise la culpabilité du Kremlin dans cette affaire de piratage. Rares ont été ceux à admettre qu’il n’existe pourtant aucune preuve tangible aujourd’hui que le gouvernement russe est à l’origine du « hackage » du Parti Démocrate si ce n’est le rapport de la CIA et du FBI, publié jeudi, qui reste très flou sur les méthodes employées et les acteurs engagés dans ces actes criminels.

Comme le constate Matt Taïbbi dans Rolling Stone hier, ce rapport ne livre aucune indice sur ce qui a mené les services de renseignements à déterminer que:

  • Le gouvernement russe était le commanditaire du piratage 
  • Le piratage était destiné à influencer les élections présidentielles, qui plus est, en faveur de Donald Trump.


Comme les médias conservateurs l’avancent, personne, ni Poutine, ni le parti Républicain, ni même sans doute Trump, avaient prévu la victoire de leur candidat.

Le problème avec cette histoire, c’est que comme dans la débâcle de celle des armes de destruction massive en Irak, elle s’inscrit dans un environnement extrêmement politisé dans lequel les motifs de tous les acteurs impliqués sont suspects. Rien n’est logique ici.

La seule façon d’y voir plus clair serait de fournir des preuves que l’administration Obama et les services de renseignements refusent de révéler « par peur d’exposer leurs sources et leurs méthodes » – malgré les demandes répétées des journalistes, conservateurs et libéraux depuis des semaines.

Plus inquiétant, pour certains supporters de Clinton, l’idée que « la Russie a piraté les élections » renvoie au piratage des votes le jour des élections – des suspicions levées après le recomptage des voix dans le Michigan et le Wisconsin, qui ont confirmé la victoire de Trump dans ces Etats. 
Selon le site Yougov, la moitié des électeurs démocrates pensent que le gouvernement russe aurait modifié les résultats du scrutin le 8 novembre – « un nombre aussi inquiétant que les 62% d’électeurs de Trump qui croient les propos d’Alex Jones, un présentateur télé conspirationniste, selon lesquels des millions de sans papiers auraient voté illégalement aux élections présidentielles.

Cette affaire a également des enjeux partisans, et l’intervention de Glenn Greenwald, la semaine dernière sur le plateau de Tucker Carlson, sur Fox News, pour dénoncer les accusations du gouvernement américain contre les agissements russes, a été critiquée par certains médias libéraux qui l’accusent de prendre la parti de Trump et de Poutine. 

Le fondateur de The Intercept en a conclu qu’accuser la Russie d’ingérence n’était finalement qu’un stratège politique des démocrates pour discréditer le prochain président.

Il n’existe aucune preuve tangible pour appuyer les accusations du FBI, de la CIA et du gouvernement américain, et en tout état de cause, il est impossible de tirer de conclusion définitive sur l’ingérence de Vladimir Poutine et du gouvernement russe dans les élections présidentielles américaines – une précaution que beaucoup de journalistes et de rédactions n’ont pas prise.  

Comme le rappelle Matt Taïbbi en conclusion de son article:

Nous devrions avoir appris de l’épisode Judith Miller [journaliste du New York Times qui a révélé l’existence d’armes de destruction massive en Irak avant de reconnaître que ses sources l’avaient manipulée].
Non seulement les gouvernements mentent, mais ils n’hésiteront pas à ruiner les agences de presse au passage. Ils utiliseraient n’importe quel pigeon pour arriver à leur fin.
Je n’ai aucun problème à penser que Vladimir Poutine a tenté d’influencer les élections américaines.
C’est un gangster de bas étage qui est capable de tout. Et pareil pour Donald Trump qui s’est rabaissé durant la campagne jusqu’à aller demander aux Russes de rendre publique les emails de Hillary Clinton. Donc tout est possible.
Mais on s’est déjà trompés dans des histoires similaires, qui ont eu des effets désastreux. Ce qui rend encore plus surprenant le fait qu’on n’essaye pas un peu plus d’éviter de se faire avoir à nouveau.

 

Le Kiosque du 30 décembre 2016

Une sélection de ce qui s’est passé depuis notre dernière revue de presse, la semaine dernière.

 

Alliance des extrêmes contre le « Trumpism »

Samantha Bee, la comédienne qui présente une émission hebdomadaire satirique sur PBS a reçu la semaine dernière Glenn Beck, ancien chouchou du Tea Party, l’un des présentateurs télé ultra-conservateurs les plus virulents et polémiques de l’ère Obama.
Pourtant, depuis le début de l’année, cet ancien de Fox News, désormais à la tête de son propre réseau d’information, The Blaze, a adopté un ton bien plus modéré. Surtout, il a été l’un des rares conservateurs à oser critiquer Donald Trump allant même jusqu’à souhaiter l’élection de sa rivale, Hillary Clinton, provoquant la fureur et les critiques de ses confrères.
Il s’est aussi excusé d’avoir insulté Barack Obama et les Démocrates et a même publié une tribune dans le New York Times pour défendre Black Lives Matter mais paye le prix fort pour cette rédemption: Non seulement il est haï par ses anciens confrères, il risque de perdre l’empire que son zèle ultra-conservateur avait aidé à construire.

Lors de sa rencontre avec Samantha Bee, ce dernier a réitéré la nécessité de rester uni pour efficace contre Donald Trump et insisté sur les dangers d’une trop grande polarisation de la population et des médias autour de Trump – y compris les propos de Full Frontal à ce sujet:

Je ne pense pas que tu aies l’intention de faire du mal. J’ai déjà causé du mal et je n’ai aucune intention de recommencer. Je sais ce que j’ai fait. J’ai aidé à diviser la population. Et s’il te plaît, ne fais pas les mêmes erreurs que j’ai faites.

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Quel avenir pour « Pantsuit Nation »?

Le mouvement pro-Hillary créé par Libby Chamberlain sur Facebook au mois d’octobre a rassemblé plus de quatre millions d’abonnés qui ont pu partager pendant des semaines et en « privé » leur enthousiasme et leurs espoirs en attendant la victoire de leur candidate et jusqu’à son improbable défaite.
En l’espace d’une journée, la page est devenue le refuge de tous les déceptions, les craintes et les peurs de cette « nation de tailleur pantalons » avant de se transformer en plate forme de protestation et de solidarité.

Mais l’avenir de cette communauté est remis en cause depuis que sa fondatrice a annoncé sur le réseau social qu’elle publierait en mai 2017 une sélection des meilleurs commentaires:

Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, je crois que « Pantsuit Nation » est devenu plus important le matin du 9 novembre qu’il ne l’était le matin du 8 novembre. Notre prochaine mission vise à changer le cours de l’histoire. Nous le ferons à travers vos histoires.

Un choix peu apprécié par les centaines de milliers de membres du groupe qui n’avaient pas prévu que leur commentaires soient publiés, sans leur consentement, pour un projet auquel elles n’ont jamais adhéré – d’autant que le groupe Facebook était privé et accessible uniquement sur invitation. Chamberlain a depuis promis qu’elle demanderait à chacun des commentaires sélectionnés, l’accord de leur auteure.

 

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Milo Yiannopoulos sort un bouquin

The Hollywood Reporter a annoncé cet après midi que le « hater » en chef, et accessoirement, l’un des rédacteurs du site alt-right Breibart, avait signé un contrat avec la maison d’éditions Simon & Schuster pour la sortie en 2017 d’un ouvrage autobiographique intitulé « Dangerous » pour lequel il aurait reçu une avance de 250 000 dollars.

L’annonce a propulsé le journaliste britannique en tête des tendances sur Twitter cet hier après midi, alors même qu’il a été interdit à vie de s’y exprimer cet été à la suite d’une campagne raciste et misogyne lancé à l’encontre de l’actrice afro-américaine Leslie Jones.
Milo a expliqué à l’hebdo cinéma qu’il « pouvait dominer Twitter sans même y avoir un compte » et que plutôt que de saper sa carrière, la mesure drastique prise par Jack Dorsey lui a donné d’autant plus d’exposition médiatique:

« Est-ce Madonna a souffert d’être bannie de MTV dans les années 90?
Est-ce que toute la presse négative autour de Trump l’a empêchée d’être élu? (…)
Tous les angles d’attaques que les forces du « politiquement correct » ont initié contre moi ont lamentablement échoué. Je suis plus puissant, plus influent, et plus fabuleux que jamais et ce livre est le moment pour Milo de devenir mainstream.
Les guerriers de la justice sociale devraient avoir peur, très peur »

Le livre est déjà disponible en pré-vente sur Amazon, sans savoir quel sera son contenu.

Le Chicago Review of Book a annoncé dans la foulée qu’il ne publierait aucune critique des ouvrages de la maison d’édition en 2017, « en réponse à cette validation de haine » – une position immédiatement dénoncée par Breitbart comme « une guerre des discours ».

 

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The Intercept accuse le Guardian et le Washington Post de propager des fake news

Ces derniers jours, dans un article publié sur son site, The Intercept et une interview dans l’émission du très conservateur Tucker Carlson sur Fox News, le journaliste-militant, Glenn Greenwald a affirmé que le Washington Post et le Guardian propageaient des fake news. Une accusation lourde pour un personnage respecté dans le monde des médias malgré ses positions anti-gouvernementales et pro-lanceurs d’alerte.

La semaine dernière, Glenn Greenwald s’est attaqué au Washington Post sur Fox News. Le quotidien a révélé début décembre que le FBI et la CIA avaient conclu que les piratages russes du Comité National Démocrate et de John Podesta – et leur diffusion par Wikileaks – visaient non seulement à déstabiliser la campagne présidentielle mais l’influencer en faveur de Trump.

Greenwald a affirmé qu’il fallait prendre ces accusations avec beaucoup de précautions étant donné le manque de preuve – si elles existent, elles n’ont pas été rendues publiques par les agences de renseignement par « peur d’exposer leurs sources et leurs méthodes ». Dès lors, accuser la Russie n’est qu’un stratège politique des démocrates pour discréditer le prochain président – des propos que Tucker Carlson a accepté avec un grand sourire.

Dans article publié hier matin, il a accusé The Guardian d’avoir menti sur des propos qu’aurait tenu Julian Assange et a souligné comment « ces fausses déclarations – des fabrications – se sont propagées un peu partout sur internet par des journalistes, qui ont poussé des centaines de milliers de gens (voire des millions) à consommer de l’intox »

Capture d’écran de l’article de Julian Assange dans le Guardian, le 24 décembre 2016

. Une dénonciation qui visa à « souligner, une fois de plus, que ceux qui dénoncent avec véhémence les fausses informations, et veulent que Facebook et d’autres géants de la technologie suppriment du contenu pour mieux les combattre, sont souvent les auteurs les plus agressifs et intéressés ».

L’article du Guardian reprend l’interview qu’a eu une journaliste italienne de La Reppublia avec Assange. Ce dernier y affirme que « l’élection de Clinton aurait été une consolidation du pouvoir en place pour la classe existante aux Etats-Unis » tandis que la « nouvelle structure » plus « fragile » qui déstabilise les réseaux de pouvoir existants, est :susceptible d’apporter de nouvelles opportunités de changement aux Etats-Unis », pour le meilleur ou pour le pire. 

Ce que le journaliste du Guardian a interprété comme une éloge d’Assange et une attaque contre Clinton.

Une fraude journalistique pour Glenn Greenwald, reprise par le site pro-russe RT et Breitbart, le site alt-right dont il a par ailleurs salué « l’intégrité » car il a « donné la voix aux gens qui en sont normalement démunis » et qui a eu « plus de succès que les médias libéraux à trouver de nouveaux moyens de défier l’establishment ».

 

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Comment aider Planned Parenthood avec humour?

En achetant ce tote disponible sur le site Power and Light Press pour la modique somme de quinze dollars et dont les recettes seront reversées à Planned Parenthood, directement menacé par la prochaine administration Trump.
Le sac en toile a le mérite de rappeler les différents services gratuites offerts par l’association un peu partout à travers le pays, avec les hashtags #standwithplannedparenthood et #wewontgoback:

« mammograme, frottis, examen gynécologique, test et traitement de maladies sexuellement transmissibles. Information et conseil sur la santé sexuelle et reproductive, test de dépistage du cancer, test de grossesse. Services prénatales, et accès abordable aux moyens de contraception. »

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Mort du père de la « Red Solo Cup »

Solocup.com

La « red Solo Cup » est aux Américains ce que le ballon (de rouge) est aux Français, un large gobelet en plastique qui a accompagné les fêtes arrosés de millions d’adolescents et d’étudiants.

Le créateur de ce verre jetable, Robert Leo Hulseman, est mort la semaine dernière à 84 ans, près de quarante ans après la mise sur le marché de ce qui deviendra le produit phare de The Solo Cup Company, une entreprise familiale créée par son père en 1936.

Son succès? Il est large, résistant (en polystyrène) et pas cher – disponible dans tous les délis et « 99 cents » store des Etats-Unis, et « bien sûr, sa couleur rouge, qui cache ce que l’on boit vraiment » – Boire dans la rue, parcs et plages est interdit aux Etats-Unis.
La compagnie est spécialisé dans tous les containers à emporter (plastique et papier) mais la red cup reste le best-seller incontesté et a même fait l’objet d’une chanson.

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Comment le clan Clinton a réussi à discréditer Wikileaks

Les fakes news, Trump en bien profité durant cette campagne électorale extraordinaire jusqu’à être élu président des Etats-Unis d’Amérique – mais le clan Clinton et certains médias « libéraux » aurait également eu recours à la désinformation pour tenter de discréditer Wikileaks selon The Intercept.

 

Twitter / Wikipedia

Au mois d’octobre dernier, dans la dernière ligne droite avant un scrutin électoral qui s’annonce comme un slam dunk pour Hillary Clinton, Wikileaks annonce la diffusion quotidienne de milliers de emails piratés dans la messagerie son directeur de campagne, John Podesta.


C’est la seconde fois en quelques mois que l’organisation de Julian Assange, qui n’a jamais caché son inimitié pour Clinton, met les Démocrates dans l’embarras.

Au mois de juillet, Wikileaks avait diffusé la veille de l’ouverture de la Convention Démocrate, les emails piratés du Comité Démocrate qui confirmait les soupçons de favoritisme des dirigeants du parti envers Hillary Clinton durant les Primaires.
Dans les deux cas, pas de révélations incroyables ou de scandales capable d’envoyer Clinton en prison, mais des révélations peu flatteuses sur l’organisation de la campagne, les phrases toutes préparées de la candidate, les attaques contre Sanders, les éventuels conflits d’intérêts de la Fondation Clinton ou encore les luttes internes autour du couple Clinton et de leur fille Chelsea.
Des informations qui n’ont fait que renforcer les doutes des électeurs américains sur l’honnêteté d’Hillary Clinton – une tactique déjà employée par les Républicains qui n’ont cessé durant les dix-huit mois de campagne de dénoncer le scandale de sa messagerie privée et de la Fondation Clinton – qui s’est révélée payante.

 

L’un des grands succès de Wikileaks, les emails piratés du DNC au mois de juillet

 

Pour tenter de limiter les dégâts occasionnés par la diffusion quotidienne des emails de John Podesta, les Démocrates ont déclaré qu’ils étaient « fabriqués » et « bricolés » et ne devaient pas être pris en compte. Des affirmations qui n’ont jamais été prouvées mais qui ont été relayés par de nombreux médias « libéraux » qui soutenaient Clinton.
L’idée était d’accuser Wikileaks d’être le pion de Poutine qui cherchait à influencer les élections américaines et ses résultats – confirmée par la CIA vendredi dernier – pour faire élire Donald Trump.

Donc toute promotion de ces emails, à la télé, dans les journaux et sur internet revenait, selon les Démocrates, à faire le jeu des Russes et aider Trump.
A l’époque Politifact avait affirmé que « si la plupart des emails n’ont pas été modifiés, [les experts] pensent qu’il y a une chance que quelques-uns aient été trafiqués » – Des propos partagés dans cette analyse par des spécialistes de la cybersécurité et une ancienne avocate de la NSA.

Pourtant la campagne de Clinton n’a pas été capable de fournir une preuve que certains des derniers emails piratés [ceux de Podesta] était frauduleux. Nous avons demandé à la campagne et ils nous ont redirigés vers le piratage du Comité National Démocrate, les inquiétudes du gouvernement sur les fausses preuves de fraude électorale, et faux sites d’infos qui diffusent de fake news sur les emails de Wikileaks.
(…)

Pourquoi est-ce que les proches de Clinton ne fournissent pas de preuves que les emails ont été trafiqués, en publiant par exemple les originaux?
Les experts pensent à un calcul politique.

En affirmant que les emails peuvent être faux, ils n’ont pas à répondre des faits énoncés dans ces emails.

Pour Glenn Greenwald, le fondateur de The Intercept, la désinformation du camp Clinton qui a été relayé par le mainstream media et les réseaux sociaux, est aussi dangereuse que celles produite par les sites alt-right pour favoriser Donald Trump

Affirmer que les emails diffusés par Wikileaks étaient falsifiés ou faux – et doivent dès lors ne pas être pris en compte – constitue de la désinformation diffusée non par des adolescents de Macédoine ou le Kremlin mais par des médias établis comme MSNBC, The Atlantic ou Newsweek. Et cette désinformation s’est répandue comme une traînée de poudre sur internet, a été lue et partagée des dizaines de milliers de fois par des gens déterminer à y croire. Le résultat de cette campagne délibérée de désinformation, c’est que quiconque s’est intéressé à ces emails s’est vu dire qu’ils étaient faux.

Des journalistes sérieux ont relayé des fake news uniquement par ce qu’elles servaient leur candidat et ont volontairement tenté de discréditer Wikileaks sans jamais s’être rétractés depuis – même après les aveux d’un supporter pro-Clinton recueillis dans le Daily Beast au mois de novembre.

Le problème ici va bien au delà de l’hypocrisie. Les plaintes à propos des fakes news sont typiquement accompagnés d’appels à des solutions qui impliquent la censure ou la suppression, que ce soit du gouvernement ou des géants de la technologie comme Facebook. Mais en attendant de s’entendre sur une définition précise des fake news et en attendant qu’on reconnaisse qu’elles ont été diffusés par ceux-là mêmes qui les dénoncent le plus, les dangers posées par ces solutions sont toutes aussi importantes que le problème en lui-même.

Le Kiosque du mardi 29 novembre 2016

TRUMPLANDIA

Deux poids deux mesures
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Time magazine – Edition du 26 novembre 2012

Dans le monde merveilleux de Donald Trump, les femmes sont menacées d’emprisonnement pour avoir « mal géré » des documents confidentiels – Hillary Clinton et sa fameuse messagerie privée, le cheval de bataille des Républicains pendant la campagne présidentielle – mais un général de l’armée américaine qui a reconnu avoir volontairement donné à sa maîtresse des informations secret-défense, pourrait obtenir l’un des postes les plus convoités de la futur administration, celui de Secrétaire d’Etat.
David Petraeus, un ancien général de l’armée américaine, avait défrayé la chronique en 2012, après avoir été accusé par le FBI d’avoir eu une affaire avec sa biographe, Paula Broadwell, à qui il a fourni des informations confidentielles pour l’écriture de son ouvrage. Petreaus, alors directeur de la CIA avait démissionner de son poste.
L’intéressé a rencontré le futur président hier pendant une heure, et il pourrait bien décrocher une position à responsabilité, même s’il ne s’agit pas des Affaires Etrangères. Une démarche qui confirme encore une fois, la tactique trompeuse utilisée par Trump durant les élections à l’encontre de sa rivale, à qui il avait promis la prison.
Un thème très populaire auprès de ses militants.

Des créateurs de fake news dans l’entourage de Trump
LifeZette
LifeZette

Le site The Intercept affirme que des proches de Trump seraient à l’origine des fake news répandues pendant toute la campagne par des sites d’infos bidons, à l’instar de Laura Ingraham, qui serait pressentie pour devenir l’attaché de presse de la Maison Blanche dans la future administration.
Cette commentatrice politique conservatrice, l’une de seules que Donald Trump suit sur Twitter, a diffusé cet été via l’un de ses sites, LifeZette, une vidéo, « Clinton Body Count » accusant Hillary Clinton d’avoir une responsabilité dans le crash d’avion de JFK Jr en 1999 et dans la mort de certains démocrates. Vidéo qui a été partagée 400 000 fois et obtenu 14 millions de vues.
Un autre article publié la semaine précédent les élections, affirme que le directeur de campagne de Clinton, John Podesta, dont la messagerie a été piratée et les emails diffusés par Wikileaks, aurait participé à des rites occultes. Laura Ingraham a personnellement repris l’info, ainsi que The Drudge Report et Sean Hannity, présentateur zélé de Fox News.
The Intercept
mentionne également Floyd Brown, un consultant de l’entourage de Trump et « ami’ de sa manager de campagne, Kellyanne Conway, le créateur de différents sites d’infos pro-Trump, Western Journalism et Conservative Tribune, respectivement 13 et 19 millions de visiteurs mensuels, qui figurent dans la liste des 100 sites d’infos les plus lus aux Etats-Unis.

Alt-Right ou White Nationalism?

Depuis l’élection de Donald Trump et la nomination de Steve Bannon comme son bras droit à la Maison Blanche, et l’influence grandissante du site d’infos Breitbart News, dont il était le rédacteur-en-chef, l’influence du mouvement alt-right est bel et bien au coeur de la prochaine administration – Bannon s’est défendu à plusieurs reprises d’être un « nationaliste blanc » mais partisan d’un « nationalisme économique ».
Les médias qui se réfèrent à Bannon et ses acolytes comme des partisans de « l’alt-right » sont accusés par de nombreux lecteurs, internautes et partisans de gauche de vouloir « légitimer l’idéologie du racisme, de l’anti-sémitisme, de l’islamophobie et de la suprématie blanche » rapporte le New York Times ce matin.

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Mercredi dernier, le Washington Post a diffusé un guide d’utilisation de différentes terminologies qui définit l’alt-right comme « un mouvement d’extrême droite qui vise l’établissement d’un état blanc dont les adhérents sont connus pour épouser des points de vue racistes, antisémites, et sexistes ».
Hier Associated Press a demandé à ses journalistes de définir le terme « alt-right » avant de l’utiliser pour mettre en garde les lecteurs qu’il a été inventé comme un outil de relations publiques « pour brouiller les croyances de ses supporters et atteindre une audience plus large ».
Enfin, un publicitaire new yorkais a créé une extension sur Google Chrome appelé « “Stop Normalizing The Alt Right” remplace automatiquement toutes les mentions « alt-right » par « white supremacy »

 

 

 

Wikileaks fait-il le jeu de Donald Trump?

Julian Assange lors de son passage sur HBO en Août 2016 - HBO
Julian Assange lors de son passage sur HBO en Août 2016 – HBO

Wikileaks s’est invité aux élections présidentielles américaines le mois dernier avec la diffusion de milliers de emails appartenant au Comité National Démocrate, la veille de l’ouverture de la conférence du parti, entraînant la démission de sa présidente, Debbie Wasserman Schultz.
Si Bernie Sanders a obtenu la preuve que le parti démocrate a bien essayé de favoriser leur leaderHillary Clinton, à ses dépens, on retiendra de ces fuites la très probable implication des services secrets russes dans ce piratage et la volonté manifeste de Julian Assange d’affaiblir le parti.

Julian Assange, réfugié depuis quatre ans dans l’ambassade équatorienne à Londres, affirme depuis plusieurs semaines qu’il possède d’autres preuves capable de faire inculper Hillary Clinton, notamment sur les rapports d’influence qu’elle aurait exercé en tant que Secrétaire d’Etat au profit de la fondation Clinton et qu’il a promis de diffuser avant le 08 Novembre prochain.

Les démocrates redoutent depuis « une surprise d’Octobre » capable de ruiner leurs chances de victoire face à Donald Trump. Les médias américains, également inquiets de cette éventualité, s’interrogent eux sur les motivations personnelles de Julian Assange et sur l’ambition de Wikileaks dans ces élections présidentielles.

Un tweet de Wikileaks célèbre l'avancée en tête de s sondages de Trump sur Clinton après les fuites du Comité national Démocrate
Un tweet de Wikileaks célèbre l’avancée en tête de s sondages de Trump sur Clinton après les fuites du Comité national Démocrate

« Ces derniers mois, les tweets de Wikileaks font plus penser à ceux d’un centre de recherche chargé de saper Hillary Clinton que les mises-à-jour d’une plateforme non-partisane de lanceurs d’alerte » notait la semaine dernière The Intercept.

La publication en ligne, lancée par Glenn Greenwald en 2014 et spécialisée dans le « Whistle-blowing », a également dénoncé le manque de précaution de Wikileaks dans la diffusion des emails du Comité National Démocrate, dont certains contenaient numéros de sécurité sociale, téléphone, et cartes de crédit des donateurs du parti.
Des critiques partagées par Edward Snowden, le lanceur d’alerte qui a révélé en 2013 l’immense entreprise d’espionnage de la NSA sur les citoyens Américains et qui est depuis exilé en Russie.

Julian Assange a critiqué Edward Snowden de vouloir s’attirer les faveurs de Clinton. Il a également impliqué la candidate démocrate, pour laquelle il n’a jamais caché son inimitié, dans le meurtre d’un membre de son parti, Seth Rich, tué le 10 juillet dernier à Washington D.C., qui serait à l’origine des fuites du Comité National Démocrate.
La police n’a arrêté aucun suspect, la famille a condamné les rumeurs d’Assange et aujourd’hui beaucoup de médias conservateurs prennent fait et cause pour Wikileaks: Breitbart.com ou The National Review qui est allée jusqu’a la surnommer « le meilleur ami de Trump« .

Si Assange a publiquement menacé Hillary Clinton, il est resté plutôt discret vis-à-vis de Trump: Lors d’un passage sur HBO, il a déclaré travailler sur le piratage de ses impôts (« tax return ») que le milliardaire américain refuse de divulguer, avant de se rétracter le lendemain, en évoquant une simple plaisanterie.
Roger Stone
, le conseiller occulte de Donald Trump a affirmé cette semaine être entré directement en contact avec Julian Assange pour discuter de la diffusion progressive des emails de Clinton – des propos qui n’ont pas été confirmés par ce dernier

Interrogé sur les deux candidats à la présidentielle, le fondateur de Wikileaks a refusé de prendre parti, indiquant que c’était comme « choisir entre le choléra et la blennorragie » – une maladie sexuellement transmissible.
Un argument également partagé par Jill Stein, la candidate du Green Party, pour qui Julian Assange a donné une conférence depuis Londres la semaine dernière, et qui se verrait bien jouer les trouble-fêtes en Novembre prochain.

« Peut-on faire confiance à Julian Assange et Wikileaks? » s’interrogeait dans une tribune le New York Times lundi, aujourd’hui rien n’est moins sûr.

The Intercept: Clinton, les démocrates et l’influence des lobbys

The Intercept revient dans cet article sur le rôle des lobbyistes dans la campagne d’Hillary Clinton. Un sujet très sensible chez les démocrates, pour laquelle Hillary Clinton a été très critiquée, notamment par Bernie Sanders durant les Primaires du parti.

On apprend que le Comité National Démocrate a abandonné au mois de février dernier un arrêt mis en place par Obama en 2008 qui autorise les lobbys et les PAC (Political Action Committees) à financer directement la campagne des candidats.
Ces groupes d’influence étaient présents à Phildelphie, dans les tribunes VIP du Wells Fargo Center comme les sponsors de toutes sortes d’évènements et conférences, dans laquelle ils ont pu défendre leurs intérêts.

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