18.09.17

 

1. Twitter Man v Rocket Man

 

  • Sur le dossier nord-coréen, l’obsession de la Maison Blanche ces derniers jours, Susan Glasser  explique dans Politico:

    Qu’il le reconnaisse ou non, Trump a une ligne rouge – une décision que de nombreux représentants de la Défense américaine considèrent comme une escalade dangereuse et auto-infligée de la véritable crise qui a éclaté avec la Corée du Nord (…)
    « Le problème, c’est que l’administration fait croire que si la Corée du Nord finit de développer ses missiles balistiques intercontinentaux, et qu’un missile doté de l’arme nucléaire peut toucher les Etats-Unis, ça change tout. Ce n’est pas vrai et ça ne l’a jamais été » affirme Dennis Blair, ancien directeur du renseignement national.

    « Twitter Man v Rocket Man » – Politico

 

  • Le lauréat du Pulitzer 2017 pour son enquête sur les activités de charité de Trump, David Farenthold s’est récemment intéressé aux difficultés que rencontre son empire, notamment ses clubs et hôtels qui rapportaient beaucoup d’argent en accueillant réceptions, galas et même tournages et qui souffrent aujourd’hui des premiers mois très controversés de la présidence:

    La clientèle change. Les propriétés de Trump accueillent de nouveaux clients qui veulent profiter de lui ou du gouvernement. Mais elles perdent la clientèle sur laquelle elles se sont développées: des groupes non politisés qui veulent juste louer une chambre (…) Sur les deux cent groupes qui ont loué des chambres, conférences ou parcours de golf depuis 2014, 85 ne sont plus des clients de Trump, la plupart pour des raisons autres que politiques, mais une trentaine affirme être partie à cause de la carrière politique de Trump.

    « Trump’s divisive presidency reshapes a key part of his private business »The Washington Post

 

 

 

 


2. Emeutes à St Louis

 

  • Les manifestations, qui ont éclaté vendredi soir à St Louis, dans le Missouri, après l’annonce de l’acquittement de l’officier de police Jason Stockley, responsable de la mort d’un Afro-américain, Anthony Lamar Smith, en 2011, ont duré tout le week-end et nécessité l’intervention musclée de la police anti-émeute, responsable de l’arrestation de quatre vingt personnes.
     

    Comme dans d’autres affaires, [cet acquittement] prouve la difficulté de rendre la police responsable de la mort d’Afro-américains, quelles que soient les preuves. Mais ce qui inhabituel ici, c’est le verdict du juge après que Stockley ait renoncé à un procès, qui donne un aperçu du raisonnement derrière l’acquittement d’un homme qui a dit à son partenaire, en parlant de Smith, « On va tuer ce connard ».
    Le juge a conclu « que les gens disent toutes sortes de choses dans situations très stressantes », que les cinq coups de feu ont été tirés en même temps comme l’avance la défense – alors que l’accusation note un cinquième et dernier coup de feu mortel tiré à quelques centimètres de Smith; que Stockley n’a pas placé un revolver dans la voiture de Smith, après sa mort, pour justifier la légitime défense, malgré le témoignage des collègues de l’officier et ne comprend pas ce qui aurait poussé Stockley à assassiner un automobiliste.
    S’il y a une nouvelle leçon à retenir de cet épisode tragique, c’est cet aperçu de la logique douteuse, des rumeurs qui se transforment en faits et des justifications insensées qui permettent d’innocenter des officiers blancs malgré la preuve qu’ils ont assassiné des automobilistes noirs.

    « This Judge’s Excuses for Acquitting Jason Stockley of Murder are Pathetic »Slate

 

 


3. La communauté LGBT, reine des Emmys

 

  • Stephen Colbert l’annoncé en début de soirée, jamais les Emmys n’avaient nominé autant d’artisites issus des minorités, et les grands gagnants d’hier soir appartiennent à la communauté LGBT avec un second Emmy d’affilé pour Kate McKinnon, star de l’émission satirique Saturday Night Live, qui a remercié au passage Hillary Clinton – qu’elle a imité durant toute la campagne 2016; Lena Waithe, co-auteure avec Aziz Ansari de l’épisode « Thanksgiving » de la série Master of None, inspirée par son propre coming out: « le monde ne serait pas aussi beau si vous n’y étiez pas » a-t-elle lancé dans un discours émouvant. La série « Black Mirror » a remporté un Emmy pour l’épisode « San Junipero »  et enfin une interview exclusive de Stephen Colbert avec RuPaul, la drag queen la plus célèbre de la télévision américaine.
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  • Les autres gagnants de la soirée: les histoires de femmes (« The Handmaid Tale » avec cinq récompenses dont meilleur drame, « Big Little Lies » et « Veep ») et « Saturday Night Live » (neuf récompenses dont Alec Baldwin pour son rôle de Donald Trump, « Cet Emmy est pour vous Mr le président »)

 

  • L’autre évènement de cette soirée, c’était l’apparition de Sean Spicer pour confirmer la taille de la foule présente au Microsoft Theater de Los Angeles, une référence à sa première conférence de presse du 20 janvier à la suite de l’inauguration du président, qui avait poussé McCarthy à l’imiter dans « Saturday Night Live », qui a surpris tout le monde mais déçu beaucoup de journalistes.
    Déçu également, le New York Post, de voir qu’un show normalement consacré au divertissement soit devenu si politisé

 

  • Signe des temps qui changent: « Ces dix-sept dernières années, HBO a reçu le plus de nominations pour les Emmys que n’importe quelles chaînes de télévision ou du câble » et si elle arrive toujours en tête en 2017 avec 110 nominations, elle est directement menacée par Netflix, qui en a reçu 93, alors que la compagnie a commencé ses programmes originaux il y a à peine quatre ans.

    « Emmys 2017: HBO needs to watch its back » – Quartz

 


4. Rolling Stone à vendre

 

  • Créé dans un loft de San Francisco il y a cinquante ans par un jeune hippie passionné de musique, Jann S Wenner, qui en est toujours le rédacteur en chef et propriétaire, le magazine Rolling Stone, l’un des plus emblématiques de la contre-culture américaine dans les années 70, 80 et 90, est aujourd’hui à vendre.
     

    La vente potentielle de Rolling Stone souligne les difficultés du paysage médiatique actuel [pour une publication indépendante] marqué par une baisse de la publicité papier et de la circulation (…)
    La décision des Wenners [père et fils] est aussi le signe de la fin d’une époque marquée par de célèbres rédacteurs en chef. Plus tôt ce mois-ci, Graydon Carter, le rédacteur de Vanity Fair et star mondaine a annoncé son départ du magazine après 25 ans. Robbie Meyers, la rédactrice de Elle, Nancy Gibbs de Time magazine et Cindi Leive de Glamour ont également annoncé leur départ.

 

 


5. « The Cartoon Bank »

 

  • Ou comment Conde Nast a mis la pression financière sur les dessinateurs du New Yorker.
    En 1992, l’un dessinateur du magazine, Bob Mankoff, créé « the cartoon bank », une plate-forme qui rassemble et vend tous les dessins qui n’ont pas été sélectionnés par l’hebdomadaire – elle en compte aujourd’hui 85 000 – dont la plupart des profits étaient distribuées aux artistes.
    Quand Mankoff deivent responsable du service « illustrations » du New Yorker en 1997, il vend la banque de données à Conde Nast, propriétaire du magazine, mais continue d’en être le président jusqu’en 2008, date à laquelle la plate-forme réalise son plus important chiffre d’affaires, sept millions de dollars.

    Il y a une dizaine d’années, ces dessinateurs – des freelances qui se battent chaque semaine pour une quinzaine de dessins qui seront publiés dans le magazine papier – pouvaient compter sur des revenus supplémentaires [à travers ‘The Cartoon Bank’ qui protège et vend leurs illustrations via The New Yorker]. Certains recevaient des chèques de 8 000 dollars par mois, d’autres de 2 000. Aujourd’hui même ceux qui touchent le plus de royalties, ne reçoivent plus que centaines de dollars par mois.

    Depuis, Conde Nast a montré peu d’intérêt pour « The Cartoon Bank », les royalties des dessinateurs ont décliné, le site internet marche à moitié, le personnel qui le gère est inexpérimenté et Condé Nast a décidé de faire davantage de profits sur la vente des dessins (50/50 contre 70/30 pour les dessinateurs auparavant).

    « How Conde Nast Put the Squeeze on New Yorker Cartoonists » – Paste Magazine

 


6. Couverture du Jour

 

  • « Falling Beauty » de Gayle Kabaker dans le numéro automne du New Yorker
     

 

 

Le kiosque du weekend: 12-13.08.17

 

 

1. Débat de la semaine: Google est-il intolérant?

 

Le profil Twitter de James Demore

 

  • Mauvaise semaine pour Google qui a mal géré la polémique provoquée par l’un de ses employés, un ingénieur de 28 ans à l’origine d’un memo dénonçant la politique de diversité en entreprise de Google qui favoriserait les femmes et les minorités aux dépens des employés blancs. Selon lui, l’absence des femmes à des positions de pouvoir dans les industries de haute technologie  est une affaire de différences biologiques avec les hommes.
    Un discours qui va à l’encontre des efforts mis en place par Google pour essayer de diversifier son personnel et qui n’arrange pas les affaires de la Silicon Valley accusée ces derniers mois d’entretenir une culture sexiste hostile à la gent féminine – voir Uber.
  • James Demore: « Martyr de la liberté d’expression ou bro tech sexiste? »
    Après la publication de son mémo incendiaire (« Google’s Ideological Echo Chamber ») sur Motherboard ce week-end, James Demore, diplômé de Harvard a été viré lundi pour « violation du code de conduite de l’entreprise » et pour « perpétuer des stéréotypes sur le genre susceptible de blesser ».
    Le jeune ingénieur de 28 ans s’y présentait comme le porte parole d’autres employés restés silencieux, soit par manque de courage ( et à cause de la « culture de la honte ») soit parce qu’ils « ont peur d’être virés ».

    Quand on parle de diversité et d’intégration, la parti-pris progressiste de Google a créé une monoculture qui se maintient en essayant de réduire au silence ses opposants (…) Je veux juste dire que les différences biologiques entre hommes et femmes leur attribuent différentes qualités et capacités et ces différences peuvent expliquer pourquoi les femmes sont sous-représentées dans les positions de pouvoir de l’industrie de haute technologie.

    On dirait plus un manifeste de droite pour la liberté d’expression d’une culture masculine, blanche et sexiste que d’une véritable étude socio-économique des différences hommes-femmes et surtout une critique à peine caché de la politique de diversité en entreprise de Google.

 

  • La « guerre culturelle » , l’un des thèmes de prédilection de la droite américaine, qu’elle a efficacement implanté dans le discours politique fait son chemin dans les entreprises de la Silicon Valley, traditionnellement à gauche et désormais accusée d’être intolérante au pluralisme idéologique et à la liberté d’expression.

    L’industrie des Hautes Technologies a toujours soutenu les thèmes de l’immigration et de la diversité en entreprise, même quand la majorité de leur personnel reste essentiellement blanc et masculin. Mais l’élection de M. Trump l’année dernière – et ses positions contre le politiquement correct, son langage grossier à l’encontre des femmes, ses actions contre l’immigration ou la protection de l’environnement – semblent fragiliser ces idéaux.
    De l’autre côté, les propos de Trump ont conforté ceux qui pensent autrement dans l’industrie de Haute Technologie et les ont poussé à exprimer tout haut ce qu’ils pensaient tout bas (…)
    Le mémo de M. Damore et son renvoi en ont fait un héros des sites de droite comme Breitbart qui critiquent depuis les sensibilités politiques de la Silicon Valley

  • « How James Demore went to Google employee to Right Wing hero »The Washington Post

 


2. Une communauté invisible

 

  • La communauté américaine d’origine asiatique est l’une des plus importantes des Etats-Unis mais contrairement aux latino et Afro-américains, l’une des moins représentées sur la scène médiatique, culturelle et politique malgré la discrimination et la violence dont elle a été victime dans les années 80 et 90.

    La discrimination est ce qui rapproche les Américains d’origine asiatique.
    Les premiers chercheurs des études américano-asiatiques appartenaient au « Third World Liberation Front » [une coalition d’associations de minorités étudiantes très actives] à la fin des années soixante contre la perspective trop européenne de l’enseignement.
    Quand les programmes d’études américano-asiatiques se sont développés en Californie au début des années soixante-dix, les cours reposaient surtout des expériences personnelles d’oppression et de solidarité forgées à travers l’expression d’une épreuve commune (…)
    Le projet de définition d’une identité américano-asiatique était limité aux universités de la Ivy League [sur la Côte Est] et celles de la Côte Ouest, jusqu’en 1982, date à laquelle, Vincent Chin, un ingénieur d’une usine automobile de Détroit, a été battu à mort par des assaillants qui accusaient la concurrence japonaise d’être responsable de la dépression du marché automobile américain. Quand les assassins de Chin ont été condamnés à de la prison avec sursis et une amende de trois mille dollars, des manifestations ont éclaté dans tout le pays et permis l’émergence d’une unité pan-asiatique consciente que si Chin, un fils d’immigrés chinois, pouvait être tué à cause des importations automobiles japonaises, le concept d’une identité américano-asiatique pouvait les aider.

 

  • Michael Cheng, fils d’immigrés chinois né dans le Bronx, est mort en décembre 2013 lors d’un séjour d’intégration organisé par la fraternité américano-asiatique Pi Delta Psi du Baruch College de New York qu’il venait d’intégrer. Un rite d’initiation censé sensibiliser et rapprocher les étudiants de cette « communauté invisible » s’est transformé en bizutage fatal pour le jeune étudiant de 19 ans.

    En pleine cérémonie, le bizut doit penser à ses parents et aux sacrifices qu’ils ont fait en tant qu’immigrés, les humiliations qu’ils ont subi et l’invisibilité oppressante d’être Asiatique aux Etats-Unis. Les bousculades, les coups et insultes racistes [de la cérémonie] sont censées être l’expression physique de la lutte [de leurs parents].
    Cette dernière marche au cours de laquelle il est guidé par les autres membres de la fraternité vers son parrain doit lui apprendre que la solidarité avec ses frères asiatiques est le seul moyen de réussir dans un monde de blancs.

    Michael s’est effondré au milieu de cette étape dite du « Glass Ceiling » qui consiste à parcourir un terrain gelé dans le nuit, avec un sac à dos de quinze kilos sur les épaules, les yeux bandés tout en évitant les coups de ses camarades. Inconscient. Ses camarades ont tardé à appeler les secours puis ont essayé de maquiller l’accident. Quatre d’entre eux ont plaidé coupable de meurtre sans préméditation et 37 autres personnes ont été inculpés.

  • « What a Fraternity Hazing Death Revealed About the Painful Search for an Asian-American Identity »The New York Times magazine

 


 

3. After the Shooting

 

  • C’est la cover story du California Sunday magazine intitulée « After theShooting »: La journaliste Jeaeh Lee a suivi pendant une année Gwen Woods, la mère de Mario Woods, 26 ans, tué par la police de San Francisco en décembre 2015 après avoir agressé un piéton avec un couteau sous de stupéfiants. La vidéo de sa mort a fait le tour des réseaux sociaux et provoqué une vive polémique sur la violence de la police: 

    Le corps de Mario a été tellement endommagé par les impacts de balles [une vingtaine au total] que le médecin légiste a suggéré que son cercueil soit protégé par une paroi en verre pour empêcher qu’un de ses membres se détache au moindre contact. Mais Gwen l’a laissé ouvert. Elle s’est penchée sur le cercueil et a effleuré le visage de Mario. Son visage était maquillé, son corps recouvert d’un costume noir et d’une cravate rouge, rembourrés pour qu’il ait l’air moins abîmé. “Ils ont aussi rembourré la tête” continue Gwen. “C’était impossible de l’embrasser tellement il était fragile”. Elle a noté une cicatrice sur sa joue droite et s’est demandé si une balle l’avait traversée à cet endroit.

    Un samedi après midi, deux mois après la mort de Mario, Gwen est entrée dans l’Eglise épiscopale méthodiste africaine de Oakland (…) Elle s’est assise près de l’autel, dans une section réservée aux “mères” – ces femmes qui, comme elle, ont perdu un enfant tué par la police. Samaria Rice, la mère de Tamir Rice; Valerie Bell, mère de Sean Bell; Geneva Reed-Veal, mère de Sandra Bland; Gwendolyn Carr, mère d’Eric Garner; Lezley McSpadden, mère de Michael Brown. « Le club auquel personne ne souhaite appartenir » a pensé Gwen – elle en était la dernière membre.

    Elle a vite compris que ce monde des « mères en deuil » était compliqué: Le deuil n’était pas le leur mais quelque chose que d’autres s’appropriaient. Chaque jour, il fallait rétablir un semblant de vérité, protéger l’image de Mario, pas seulement de la police mais aussi de ceux qui voulaient en faire un symbole. C’était facile de perdre le Mario qu’elle chérissait – aimant, drôle, intelligent, agaçant et confus.

    (…) Dans les mois qui ont suivi “l’exécution de Mario”, Gwen se rappelle avoir participé autant que possible à de réunions, à des marches, rassemblements. Les manifestants demandaient à ce que le chef de la police [de SF] démissionne et s’excuse publiquement et que les officiers qui ont tire sur Mario soit arrêtés et jugés. « Je pense qu’ils se sont tous dits, Nous sommes tous Mario Woods. Mario est notre fils, notre frère:. Felicia Jones, un membre de la communauté proche de Gwen m’a dit qu’ils le prenaient « très personnellement ».

  • « After the Shooting, A year in the life of Gwen Woods »California Sunday Magazine

 


4. Les Américains

 

  • C’est aussi une cover story, celle de l’édition de septembre de The Atlantic, un extrait de l’ouvrage de Kurt Andersen, « Fantasyland: How America Went Haywire – A 500 year History » à paraître à la rentrée (aux Etats-Unis) aux éditions Random House. La théorie est la suivante: Donald Trump n’est pas une exception mais une continuité de l’esprit américain.

    Pourquoi agissons nous de la sorte?
    Parce que nous sommes Américains – Parce qu’être Américain, ça signifie qu’on peut croire en tout ce qu’on veut; que nos croyances sont les mêmes, ou supérieures à celles des autres, experts ou non. A partir du moment où les gens adhèrent à cette vision, le monde tourne à l’envers, et la relation de cause à effet n’existe plus. Ce qui est vrai devient incroyable et ce qui est incroyable devient vrai.
    (…)
    Ce n’est pas seulement les Américains qui prennent des idées absurdes au sérieux. Mais l’Amérique en est le foyer et l’épicentre mondial (…) A l’exception des pays pauvres, il n’existe aucun autre endroit où les croyances surnaturelles et folkloriques ont autant d’importance dans l’identité des gens. C’est l’exceptionnalisme américain du XXIème siècle. Le pays a toujours été unique. Mais aujourd’hui cette singularité est différente.
    Nous sommes toujours riches et libres, toujours aussi influents et puissants que n’importe quelle autre nation – le synonyme d’un pays développé. Mais cette tendance à la crédulité, à faire les choses à notre manière, à démentir les faits, et n’avoir aucune certitude sur la réalité, a fini par gommer les caractères exceptionnels de notre pays et l’a transformé en un pays “moins développé”

    Certains considèrent la présidence de Trump – une ère de post-vérité et de faits alternatifs comme impensable – comme le dernier phénomène américain, inexplicable et insensé. Mais c’est juste l’expression d’un état d’esprit qui a rendu l’Amérique si unique depuis ses débuts. Un mélange extraordinaire d’individualisme et de zèle religieux, un mélange de show business et de n’importe quoi, qui fermente pendant des siècles, puis qui passe par les années soixante puis l’ère internet. On obtient l’Amérique d’aujourd’hui, celle où la réalité et le fantasme se mélangent dangereusement.

    (…)

    Donald Trump est un escroc qui vous une haine contre l’establishment. Il n’aime pas les experts, parce qu’ils s’opposent à son droit, en tant qu’Américain, de croire ou prétendre que les mensonges sont des faits, qu’ils ont l’odeur de la vérité. Il voit des complots partout. Il exploite le mythe du martyr blanc. Il représente ce que j’appelle syndrome Kids R Us – gâtés, impulsifs, bougons, un sale gosse de 71 ans.

     

24.03.17: A la une des quotidiens américains

 

 

 

  • The Art of the « Failure »

    A vouloir précipiter les choses, le président Trump, qui a littéralement menacé les Républicains de garder Obamacare s’ils ne rangeaient pas derrière Trumpcare hier, vient d’essuyer un premier revers politique important.
    Le vote a été annulé à la dernière minutes pour éviter l’humiliation d’un rejet devant la Chambre des Représentant où les Républicains n’ont pas réussi à s’entendre pour rassembler une majorité simple des 216 voix requises.
    Le président Trump a décidé de suivre l’agenda et la proposition de Paul Ryan: une stratégie qui a échoué à l’intérieur même de sa propre majorité – les démocrates ont bien entendu voté non et eux vont passer un bon weekend.

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  • L’auteur des menaces antisémites est un jeune israélo-américain de 19 ans.

    Il a déclenché une enquête internationale avec l’intervention du FBI et des autorités israéliennes jusqu’à ce qu’il soit arrêté à Jérusalem cette semaine.
    Depuis plusieurs mois, le jeune hacker de 19 ans est à l’origine de plusieurs dizaines de fausses alertes à la bombe lancées contre des centres communautaires juifs un partout aux Etats-Unis, et fait craindre un regain d’antisémitisme dans la foulée de l’élection de Donald Turmp.

    « Arrest Made in thereats to Jewish centers » – Arizona Daily Star

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  • L’une des pires bavures policières du pays

    Jason Van Dyke, inculpé en novembre 2015 du meurtre au premier degrée de Laquan McDonald à Chicago en octobre 2014, vient de recevoir seize nouveaux chefs d’inculpation pour batterie aggravée, pour les seize coups de feu qui ont atteint le jeune homme 17 ans.
    C’est l’unes pires bavures policères qu’ait connu le pays ces dernières années parce qu’elle rassemble tous les ingrédients du scandale des violences policières sur la communauté noire:
    * Enfant d’une mère-fille célibataire, Laquan McDonald est un enfant du système, qui grandit de foyers en foyers, qui est rapidement devenu délinquant juvénile, et rentré dans un gang,avait de gros problèmes scolaires.
    * Jason Van Dyke est lui aussi un enfant de Chicago, mariée avec deux enfants: sur les 12 000 policiers de Chicago il fait des 400 qui a été l’objet de plus d’une vingtaine de plaintes pour usage excessif de la force.

    *Le 20 octobre 2014, McDonald a eu une altercation avec la police, muni d’un couteau, avec lequel il a planté les pneus d’une voiture de police.
    Nez à nez avec le jeune Laquan, McDonald affirme avoir agit en état de légitime défense: La victime a été touchée au cou, à la poitrine, dans le dos, aux bras, à la jambe et la tête. Neuf des seize coups tirés l’ont été dans son dos, lorsqu’il était à terre.
    La mort a été considérée comme un homocide à cause du nombre de coups de feu tirés.

    * De nombreux officiers de police ont tenté de couvrir le meurtre en effaçant les traces des vidéos de surveillance et/ou dashcams (celles installées sur les pare-brises des voitures de police).
    La famille de Laquand a reçu cinq millions de dollars de dommages et intérêts de la ville de Chicago, qui a tout fait pour empêcher la diffusion des vidéos du drame, finalement diffusée le jour du jugement de Mr Van Dyke.

    « 16 Shots, 16 new Counts » – Chicago Sun-Times

Le kiosque du vendredi 13 janvier 2017

La police de Chicago en ligne de mire

Année difficile pour le maire démocrate de Chicago, Rahm Emmanuel, qui non seulement dirige la ville la plus létale du pays (762 homicides en 2016) mais doit aujourd’hui répondre aux accusations du département de Justice américain qui accuse la police de la ville d’avoir « violé les droits civils des résidents en utilisant la force excessive, une pratique qui a particulièrement affecté les Afro-Américains et les Latinos ».
Selon le New York Times, la supervision du Département de Justice permet de mettre en place plus facilement des programmes de réforme du fonctionnement de la police et de leurs interactions avec la population.
Hier c’est la ville de Baltimore qui a annoncé un renforcement du contrôle de la police, accompagné de plus formation et de sécurité pour les officiers, à la suite de la mort violente de Freddie Gray dans un fourgon de police en 2015. D’autres villes sont également poussées par le ministère de la Justice pour changer leurs pratiques: Ferguson dans le Missouri, Seattle ou encore Cleveland.

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Trump accuse ses ennemis politiques d’être derrière le « fameux » rapport

Trump a du mal à se  remettre de la publication du rapport explosif publié par Buzzfeed mercredi, et accuse ce matin des « cadres politiques crapuleux », « Républicains et Démocrates » d’être à l’origine de ces « fake news » alors que la Russie affirme « que rien n’existe » sur lui et a promis qu’un rapport ferait toute la lumière sur cette affaire sera disponible dans trois mois.

Il a eu aussi quelques mots doux envers son ancienne rivale, Hillary Clinton, « qui n’aurait jamais dû être autorisée à se présenter aux élections » car « coupable à 100% »; que le FBI « a été très gentille avec elle » et « qu’elle a perdu parce qu’elle a fait campagne dans les mauvais Etats » et « sans enthousiasme ».

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Le directeur du FBI fera l’objet d’une enquête

L’année commence bien pour les agences de renseignement américaines, critiquées par le président-élu pour avoir transmis des documents confidentiels à son sujet à la presse, soupçonnées par une partie de la population de faire le jeu des Démocrates dans le scandale du piratage russe de leur Comité National cet été.
Hier, le Département de Justice a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la gestion de l’affaire Clinton, la décision de James Comey, le directeur du FBI, de publier une lettre aux membres du Congrès et d’annoncer publiquement la réouverture d’une enquête sur un candidat à la présidence, à onze jours du scrutin.
Le Wall Street Journal a appelé jeudi la nouvelle administration à renvoyer Mr Comey, s’il ne prend pas lui-même la décision, étant donné le mépris qu’il suscite chez les Républicains, pour ne pas avoir inculpé Hillary Clinton au mois de juillet et clôt l’enquête sur sa messagerie privée par une tape sur la main; et les Démocrates qui sont persuadés que leur candidate a perdu les élections à cause de l’intervention de Comey le 28 octobre dernier.
« Un comportement inexcusable » selon le Washington Post, pour qui le silence du directeur du FBI, devant les accusations contenues dans le fameux rapport, connu bien avant les élections, contraste avec la démarche très publique, entreprise à l’encontre de Clinton, sur qui ils n’ont d’ailleurs trouvé. 

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La Chaîne parlementaire américaine piratée

Hier après midi, le programme en direct de la chaîne parlementaire américaine C-SPAN a été remplacé par celui de la chaîne d’infos officielle du gouvernement russe, RT  (Russia Today) pendant dix minutes avant de revenir à la normale.
Selon la direction, cet épisode est dû à une erreur technique, qui semble bien mal tomber en pleine polémique sur le piratage russe des élections présidentielles.

Communiqué de C-Span le 12 janvier 2017

 

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La fin de « Wet Foot Dry Foot »

Miami Herald – Edition du vendredi 13 janvier

Barack Obama a mis fin hier à la politique dite du « Wet foot, dry foot » qui autorise tous les Cubains entrés illégalement aux Etats-Unis à rester sur le territoire pour devenir des résidents légaux, en vigueur depuis 1995.
La mesure, effective dès aujourd’hui a permis a des centaines de milliers de Cubains de quitter l’île pour s’installer aux Etats-Unis.

Obama et Cuba auraient négocié le retour de milliers d’immigrés à la Havane qui n’auront plus que le choix de demander l’asile politique pour repartir.
Donald Trump peut annuler cette mesure, mais « en terminer avec une politique qui a permis à des centaines de milliers de personnes de venir aux Etats-Unis sans visa » s’aligne sur les positions du président-élu sur l’immigration.

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Billionnaire Georges Soros perd 1 milliard de dollars

Le gestionnaire de fonds et milliardaire, George Soros, a perdu un milliard de dollars d’investissements après le ralliement des marchés financiers derrière la victoire de Donald Trump au mois de novembre. Beaucoup d’experts avaient prévu un effondrement des marchés après le résultat alors que le Dow Jones a au contraire augmenté de 9% ces deux derniers mois.
George Soros a également investi vingt millions de dollars dans le parti démocrate durant les élections 2016. Il peut tout de même se consoler avec une fortune personnelle estimée à 25 milliards de dollars.

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Les Chicago Cubs se passent de Trump

Ils ont gagné les World Series, le championnat de baseball américain début novembre, 108 ans après leur dernière victoire, et iront comme il se doit fêter leur titre à la Maison Blanche … la semaine prochaine.
C’est une demande réciproque, de la part du président Obama, grand fan des White Sox, puis des Cubs et très attaché à Chicago, et des joueurs, qui ne souhaitaient pas partager leur trophée avec le nouveau président à l’ouverture de la saison 2017, en avril prochain.

 

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Les chargers déménagent à Los Angeles

La NFL, Ligue National de Football américain, vient de confirmer le déménagement des Chargers de San Diego vers la ville où ils sont nés en 1960, Los Angeles, laissant des centaines de milliers de fans orphelins d’une équipe qu’ils soutenaient depuis cinquante-cinq ans. Hier de nombreux supporters ont laissé élcater leur tristesse et leur colère en allant jusqu’à brûler les maillots et les drapeaux de l’équipe.
Les Chargers avait déjà demandé en 2016, avec les Oakland Raiders, de déménager à L.A. et d’y construire un nouveau stade, qui avait été refusée par la fédération.

Le propriétaire des Chargers, Dean Spanos, n’a pas réussi à convaincre le maire de San Diego de soulever les fonds publics nécessaires (600 millions de dollars) pour la construction d’un nouveau stade estimé à 1,2 milliards de dollars.

L’année dernière, ce sont les Rams, installés à Saint Louis dans le Missouri, qui ont déménagé dans la ville des Anges avec la promesse de construire un nouveau stade à Inglewood, pour 2,66 milliards de dollars, qui ouvrira en 2019. 

 

 

L’annulation du procès Walter Scott

Lundi, un jury de Caroline du Sud n’a pas réussi à s’entendre sur le sort de Michael Slager, un officier blanc de 34 ans, qui a tué en avril 2015 Walter Scott, un Afro-américain de cinquante ans, à la suite d’un banal contrôle de police. Malgré un témoin et une vidéo explicite du meurtre, le juge a été obligé d’annuler le procès, faute de verdict.

Walter Scott shooting from The Post and Courier on Vimeo.

Les faits

Dans la matinée du samedi 4 avril 2015, Walter Scott circule en Mercedes dans le nord de Charleston lorsqu’il est sommé de s’arrêter par une patrouille de police, l’un de ses feux arrière ne marche pas. L’homme de cinquante ans s’exécute.
Walter Scott a un casier judiciaire et une dizaine d’arrestations à son actif, l’une remonte à une vingtaine d’année pour coups et blessures et la dernière pour le non-paiement de la pension alimentaire.

The Post and Courier – Edition du 8 avril 2015

Sa famille pense que c’est ce qui l’aurait poussé à s’enfuir en courant, avant d’être rattrapé par l’officier de police.
S’ensuit une altercation entre les deux hommes et l’utilisation d’un taser pour tenter de stopper Mr Scott.

Au même moment, un témoin, Feidin Santana filme la scène, ni vu ni connu: On y voit Michael Slager attraper son revolver et vider son chargeur sur le fugitif. Huit balles sont tirées en quelques secondes, cinq vont atteindre Walter Scott qui s’effondre sur le ventre, inerte. Il n’est pas armé.

Les mensonges du policier

Slager prévient alors ses collègues: « des coups ont été tirés, un homme à terre, il a essayé de prendre mon taser » et s’empare du taser qu’il avait laissé tomber et dispose à côté du corps de Scott pour corroborer sa version des évènements.
Ni Slager, ni les policiers qui arrivent sur la scène ne savent qu’un témoin a tout enregistré, « une opportunité unique d’observer comment un officier de police cherche à éviter d’être responsable de ses actions » commente à l’époque le site Thinkprogress .

L’officier explique dans sa déposition que Scott a essayé de s’emparer de son taser et que lui n’a fait qu’agir en légitime défense – des propos repris dans les déclarations faites le soir-même par le Département de police de la ville.
Le quotidien local The Post and Courier note que « cette mort survient en plein d’un regain d’attention sur la façon dont les départements de police approchent les Afro-Américains et s’ils n’ont pas tendance à utiliser la force trop rapidement. »
Le lundi suivant, Slager persiste et signe sur sa version des faits dans une déclaration faite par son avocat dans le même quotidien, selon laquelle il aurait suivi toutes les procédures et politiques avant d’utiliser son arme.

 

The New York Times – edition du 8 avril 2015


La vidéo du meurtre

C’est en entendant la version de la police de Charleston à la télévision que Feidin Santana, l’auteur de la vidéo – qu’il a voulu effacer à plusieurs craignant des représailles – décide d’intervenir: « Je voulais dire aux gens que le policier [avait] menti dans cette affaire (…) J’ai été temoin d’une injustice, d’une cruelle injustice. Ce n’est pas juste qu’un être humain soit traité de cette manière, surtout quand tu ne représentes aucun danger ou menace pour cette personne, et que tu essayes juste de t’en sortir » a-t-il affirmé au Daily Mail.

Il rentre en contact avec la famille du défunt et lui remet la vidéo qui est ensuite donnée aux médias et diffusée sur internet.

La révélation de cette vidéo bouleverse l’enquête. Elle prouve que l’officier a menti, il a tiré sur un individu qui s’enfuyait, de dos donc inoffensif. On le voit s’approcher de la victime pour le menotter alors qu’il gît à terre, grièvement blessé et tarde à lui donner les premiers secours.

Mardi 8 Avril, quatre jours après la mort de Walter Scott, Michael Slager est renvoyé, inculpé de meurtre, et détenu sans possibilité d’être libéré sous caution.
Dans cette affaire, la mairie de Charleston a été exemplaire dans sa gestion du scandale rapportait le New York Times l’année dernière:

 

Les représentants du nord de Charleston ont cherché à calmer les tensions, offert leurs condoléances à la famille de la victime, n’ont jamais essayé de défendre publiquement l’officier; et ont transféré l’affaire à l’Etat, sans y être obligés, pour qu’il puisse poursuivre une enquête impartiale et indépendante

 

L’acquittement

Comment, avec la vidéo du meurtre, le témoignage de Santana, les mensonges du policier, l’absence d’arme chez la victime, un jury a-t-il été incapable de s’entendre sur un verdict?
L’avocat de Slager a joué la carte de la « peur » et de la « légitime défense » comme l’aurait fait n’importe quel professionnel dans une affaire comme celle-ci

Dans une lettre envoyée vendredi au juge, un juré anonyme affirmait « être incapable en son âme et conscience de le considérer coupable » et « qu’il ne changerait pas d’avis » mais selon le porte-parole des douze jurés, composé de onze blancs et un seul noir, la moitié d’entre eux étaient indécis quant à la culpabilité et la condamnation de Slanger dans la mort de Scott – qui a mené à l’annulation du procès lundi, après 20 heures de délibérations.

Le juge a annoncé qu’un nouveau procès aurait lieu l’année prochaine et Michael Slager fait face un autre procès pour la violation de la législation fédérale sur les droits civils.

Le bénéfice du doute pour les policiers?

Réagissant sur ce verdict dans The Atlantic, Conor Friedersdorf 

Je pense que les officiers de police devraient être traités comme n’importe quelle autre personne accusée d’un crime. Dans le débat sur les forces de l’ordre, les défenseurs du statu quo explique souvent, et à raison, que patroullier les rues des Etats-Unis est un travail très difficile – qui met tous ceux qui l’exercent au contact de dangereux criminels, qui sont susceptibles d’être blessés ou de mourir en assurant la protection publique. Leur point de vue est que les risques encourus, l’exigence d’un travail aussi difficile et l’importance de leur tache envers la société devraient leur donner systématiquement le bénéfice du doute.
L’inévitable conséquence, dont personne ne parle, c’est que les citoyens qui sont en contact avec les flics, souvent des hispaniques ou des Afro-Américains, sont donc présumés coupables.

 

Et même lorsque les preuves pointent vers un seul verdict possible, comme dans le meurtre de Samuel DuBose, qualifié par le juge en charge du procès « d’acte le plus stupide jamais vu chez un policier », Ray Tensing, l’officier de police blanc de l’université de Cincinnati a bénéficié comme pour Michael Slager d’un désaccord du jury.

Dans son blog simplejustice, l’avocat Scott H. Greenfield, explique

Personne n’a été condamné dans ce procès, soit parce que Walter Scott était noir ou parce que Michael Slager un policier. Mais ce qui est clair c’est que tout autre résultat que la culpabilité dans cette affaire est une preuve de l’échec du système, et qu’au bout du compte on se retrouve avec nos propres moyens pour survivre.

1 146 personnes ont été tuées par la police en 2015 aux Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

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« Voter Suppression »: les stratégies de démobilisation des électeurs américains

Dans une campagne ou toutes les règles du jeu politique ont été bafouées les unes après les autres, des supporters de Trump et membres de son staff ont décidé de s’attaquer aux électeurs de Clinton en les empêchant par tous les moyens de voter le 8 novembre.
Un travail de « démobilisation électorale », appelé « voter suppression » qui a été entrepris depuis des années par les Républicains, à l’encontre des minorités.

Les règles de vote différentes selon chaque état

Les Etats-Unis d’Amérique ont des règles électorales différentes selon les états, et contrairement à la France, aucun d’entre eux n’offre de carte d’électeur. La principale pièce d’identification est le permis de conduire qui garantit de fait l’inscription à un registre de vote, si l’individu est un citoyen américain de plus de 18 ans, alors que d’autres états autorisent l’inscription le jour même de l’élection, dans le bureau de vote.

L’inscription électorale peut s’accompagner d’une affiliation à un parti politique (démocrates, indépendant, républicains) ou non (non-affilié) dans une trentaine états qui permettent aux électeurs de voter lors des Primaires qui précèdent la campagne présidentielle. L’affiliation à un parti politique n’implique pas nécessairement le vote pour ce même parti le jour des élections, et un individu a le droit de voter le parti adverse.

ballotpedia.org
ballotpedia.org

34 états obligent ses citoyens à apporter une pièce d’identité le jour des élections pour pouvoir voter, certains avec une photo (driver licence, carte d’identité émise par l’état, passeports), d’autres sans (facture de téléphone, relevé de banque) tandis que 18 autres états ne demandent aucun document prouvant l’identité de l’électeur. Le contrôle s’effectue avec une signature, ou des informations personnelles, comme leur nom et adresse, qui doivent être inscrites sur le registre de vote.

La politisation des Voter ID Laws

Aux Etats-Unis, les conditions d’identification des électeurs, propres à chaque états, se sont renforcées et politisées ces dernières années. En 2000, la majorité des états ne demandait aucun document d’identification aux électeurs, et 16 ans plus tard, la tendance s’est inversée, et une majorité des états requiert une forme d’identification à ses citoyens pour pouvoir exercer leur droit de vote.

Le renforcement de la législation dite des voter ID laws a été présenté comme un effort de « lutte contre la fraude électorale et [la protection de] l’intégrité de l’élection » par la grande majorité des républicains qui les ont mis en place – les démocrates y voient un moyen d’empêcher les plus vulnérables de pouvoir voter:

Les experts électoraux affirment que les minorités, les pauvres et les étudiants qui ont tendance à voter démocratique, sont parmi ceux qui sont le moins susceptibles d’avoir un permis de conduire valide, la pièce d’identité la plus couramment demandée. Les personnes âgées, un autre groupe qui a moins de chances d’avoir un permis, figurent parmi les « électeurs pivots », ceux susceptibles de changer d’avis

Ces mêmes républicains auraient ces deux dernières années, dans treize différents états, réduit la durée des votes anticipés et provoqué des attentes interminables dans les bureaux de vote cette semaine. Ils ont également rendu plus difficile les modalités d’inscription aux registres électoraux

Le programme Interstate Crosscheck

« Ce qui risque de miner la démocratie en novembre, c’est la culmination d’une décennie d’efforts des Républicains de supprimer le droit de vote sous l’apparence de lutter contre la fraude électorale » explique le magazine Rolling Stone cet été qui prend l’exemple de Intersate CrossCheck: un programme mis en place en 2005 dans le Kansas censé vérifier qu’un électeur n’est enregistré que dans un état du pays pour éviter qu’il puisse voter à deux reprises.
Le programme, aujourd’hui partagé par 28 états, a recensé près de 7 millions de personnes soupçonnées d’être enregistrées dans deux états différents alors que seulement 4 personnes ont été depuis reconnus coupables de ce genre de fraude électorale grâce à CrossCheck

Alors que les noms, prénoms, deuxième prénoms, date de naissance et les quatre derniers du numéro de sécurité sociale doivent correspondre d’un état à un autre pour être considéré un double enregistrement, les analyses des données de Crosscheck par Rolling Stone montrent que de nombreuses comparaisons n’incluent ni deuxième prénom, ni date de naissance, ni numéro de sécurité sociale.
les premières victimes de cette « méthodologie enfantine » selon un expert seraient des individus aux noms afro-américains, latinos et asiatiques.

Chaque électeur que l’état liste comme ayant un double enregistrement reçoit une carte anonyme écrite en minuscule. L’électeur doit vérifier son adresse et renvoyer au secrétariat de l’état. Si la carte n’est pas renvoyée, le processus qui consiste à supprimer votre nom du registre de vote commence.

Il est impossible de savoir le nombre d’électeurs qui ont été victimes de cette « purge électorale » mais elle contribue à diminuer « la mobilisation des électeurs, [qui] favorise traditionnellement le GOP ».

La « voter suppression » façon Trump

Dans l’une des enquêtes les plus intéressantes de cette campagne électorale, Bloomberg Businessweek a eu accès à la stratégie mise en place ces dernières semaines par les plus proches conseillers de Trump, Jared Kushner, son gendre, Steve Bannon son directeur de directeur et Brad Pascale.

« Ni la campagne de Trump, ni la Convention Nationale Républicaine ne s’est concentrée sur la mobilisation de 47 millions d’électeurs blancs sans diplôme qui représente la source la plus accessible de nouveaux votes (…) Au contraire, la campagne de Trump a conçu une autre stratégie, par la négative. Au lieu d’élargir l’électorat, Bannon et son équipe essayent de le rétrécir. « On a trois opérations en cours qui visent à limiter l’électorat (…) Trois groupes dont Clinton a besoin si elle veut gagner les élections: Les libéraux blancs idéalistes, les jeunes femmes, les afro-américains »

Pour ceux qui ont suivi le dernier débat présidentiel, Trump y a évoqué les emails de Wikileaks et le Traité Trans-pacifique (destinés aux libéraux blancs idéalistes), les accusations des femmes à l’encontre de Bill Clinton (destinés aux jeunes femmes) et les « super prédateurs » (destinés aux Afro-Américains).
Les proches du candidat républicain ont choisi de cibler leurs attaques sur ces trois groupes en utilisant spots télés, radios et médias sociaux pour véhiculer des messages anti-Clinton et qui sont prêts à utiliser la désinformation pour démoraliser l’électorat susceptible de voter Clinton.

Internet et les fausses informations

Les américains les appellent les « trolls », ce sont des internautes qui lancent des rumeurs, campagnes de dénigrement et toutes formes cyberbullying sur internet et les réseaux sociaux.
Beaucoup se réclament du mouvement alt-right, proche de Breitbart News et Drudge Report, ces médias trash-conservateurs qui ont atteint le grand public durant cette campagne présidentielle.

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Depuis plusieurs jours ces derniers postent de fausses informations, sous forme de publicité utilisant notamment le logo de Hillary Clinton, pour tenter de garder les électeurs de Clinton en dehors des bureaux de vote le 8 novembre.
Comme exemple de désinformation: la possibilité de voter par texto, ou l’extension du vote jusqu’au 9 novembre, la nécessité d’apporter un acte de naissance pour pouvoir voter.

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Exemple de désinformation sur Twitter appelant à apporter toutes sortes de pièces d’identification pour pouvoir voter

De nombreux utilisateurs ont dénoncé ces messages, et les posts incriminés ont été supprimés des réseaux sociaux et le compte de leur auteur annulé.

Intimidation dans les bureaux de vote

Depuis que le candidat républicain affirme que les élections sont truqués, certains de ses supporters se sont regroupés pour aller « surveiller » les bureaux de vote le jour J et veiller a « prévenir toute fraude électorale » – ceux que les démocrates ont interprété comme des tentatives d’intimidation des électeurs: aller les interroger sur le choix de leur candidat, les photographier dans les bureaux de vote, ou même leur bloquer l’entrée.

Dans le swing state d’Ohio, le juge fédéral a d’abord donné raison aux démocrates en pénalisant toute tentatives d’harcèlement de ces poll watchers avant que la cour d’appel de cet état annule la décision.

Les démocrates ont déposé plainte contre le comité national républicain dans cinq autres états contre ces tactiques visant à empêcher certaines minorités ou populations de voter, mais aucune n’a réussi à passer. Les Républicains ont nié ces accusations en faisant valoir le manque de preuve tangibles

 

Il faut attendre demain soir pour évaluer l’efficacité des stratégies de démobilisations, législatives, physiques et numériques mises en place par les républicains, conservateurs et supporteurs de Trump qui ont marqué cette campagne presque autant que les stratégies de mobilisation défendues par les Démocrates.

Revue de presse du jeudi 22 septembre 2016

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La seconde nuit d’émeutes et la mise en place de l’état d’urgence à Charlotte, en Caroline du Nord, faisait la une des quotidiens du pays ce matin. « Un cauchemar de plus » titrait le Dallas Morning News avec la photo d’un manifestant blessé à terre, alors que la police de la ville refuse de diffuser la vidéo de la mort de Keith L. Scott, tout en affirmant qu’il n’était pas armé, ce qui pourrait confirmer une nouvelle bavure des forces de l’ordre. L’afro-américain, un père de 43 ans a été tué dans la parking d’une résidence de University City, un quartier aux abords du campus de Charlotte.

 

Capture d'écran du compte Twitter du Charlotte Observer
Capture d’écran du compte Twitter du Charlotte Observer

Trump a CNN
Mini scandale à CNN où Corey Lewandowski, l’ancien manager de campagne de Donald Trump, embauché par la chaîne d’infos en continu au mois de juin dernier, recevrait toujours un salaire de la part du candidat républicain. Un clause promise dans le contrat qui lui offre 20 000 dollars mensuels « d’indemnité » jusqu’à la fin de l’année.
Un conflit d’intérêt évident d’autant que Lewandowski ne cache pas ses positions pro-Trump

« Les femmes d’Atenco »
Le New York times rapporte à une collection de photos l’histoire de ces 11 femmes mexicaines arrêtées en 2006 à la suite d’une manifestation à San Salvado Atenco, jetées en prison et violées, torturées et humiliées pendant plusieurs heures par les policiers. Aucune enquête n’a été initiée par les autorités locales, à l’époque sous l’autorité du gouverneur Enrique Pena Nieto, aujourd’hui président du Mexique. Les victimes s’en sont donc référées à la Commission interaméricain des droits de l’homme à officiellement demandé à Nieto d’ouvrir une instruction pour mettre la lumière sur ces évènements et la chaîne de responsabilité à l’origine de ces violences.

« Save the Date »
Joss Whedon, le réalisateur de la série The Avengers a invité ses amis célébrités pour encourages les Américains à s’inscrire et voter aux élections présidentielles de novembre prochain … contre Donald Trump

Tout pour le football
Une belle histoire qui tourne mal pour l’université du New Hampshire. Cet été, l’un de ses plus fidèles employés, Robert Morin, est décédé en léguant la petite fortune de 4 millions de dollars, qu’il avait amassé tout au long de sa carrière passé à la bibliothèque de l’université. Une somme importante dont l’utilisation n’a pas plus à tout le monde.
L’administration a décidé de consacrer 1 million de dollars à l’achat d’un tableau d’affichage vidéo pour le nouveau stade de football de 25 millions de dollars dont vient se doter le campus. Les critiques des étudiants n’ont pas cessé depuis malgré les explications de l’université expliquant que le défunt était un fan de football.

« A la rencontre du photographe de génie dont vous n’avez jamais entendu parler » dans le Time magazine

Pervers pépère
Anthony Weiner, ancienne étoile montante du parti démocrate, ancien prétendant à la mairie de New York, et futur ex-mari de Huma Abedin, la conseillère préférée d’Hillary Clinton qui a ruiné sa carrière politique, son mariage et son honneur en entretenant des relations « sextuelles » avec des jeunes filles est devenue en quelques années l’une des cibles privilégiées du New York Post.
A chaque occasion de publier des photos embarrassantes, souvent « leakées » par ses conquêtes virtuelles, le tabloïd n’y va jamais par le dos de la cuillère et rebelote aujourd’hui: Le politicien aurait communiqué avec une adolescente de 15 ans pendant plusieurs mois cette année selon le Daily Mail

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Revue de presse du mercredi 21 septembre 2016

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Trump et la stratégie de la gaffe
Et si le flot de polémiques initiées par Trump n’était pas le résultat d’un manque de jugement ou d’une personnalité instable, mais d’une nouvelle stratégie qui consiste justement à enchaîner les provocations pour maintenir une campagne et un programme quasiment vides.
C’est la théorie lancée par Politico:

« Pendant des décennies, un coup de gueule spontané, une déclaration pompante, des remarques déplacées, ou même une faute d’orthographe, pouvait affaiblir voire mettre fin à une campagne. Trump les a toutes faites – parfois plusieurs dans une même journée. Aucune gaffe n’a réussi à détruire Trump, au contraire ça l’a rendu plus fort. »

Badass Elizabeth Warren
Celle que beaucoup de démocrates auraient voulu voir se présenter aux présidentielles, la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, némésis de Trump (qu’il surnomme Pocahontas en référence à ses origines amérindiennes) refait parler d’elle à l’occasion de l’audition du CEO de Wells Fargo, John Stumpf, devant un Comité du Sénat. La banque américaine à été condamné ce mois-ci à payer 185 millions de dollars de dommages et intérêts à ses clients pour avoir ouvert des comptes fantômes sans leur consentement. Plus de 5 000 employés auraient été licenciés mais Elizabeth Warren a tout de même demandé la démission de Stumpf, qui a gagné 20 millions de dollars en 2015 et aurait fait plus de 200 millions de profits entre 2011 et 2015, période au cours de laquelle s’est mise en place l’immense fraude. Une somme, a précisé Warren, que Stumpf n’a jamais remboursé, même pas « un nickel ».


Black Lives Matter

Des émeutes
ont eu lieu à Charlotte, en Caroline du nord hier soir à la suite du décès de Keith Lamont Scott, un afro-américain de 43 ans, des mains de la police, qui affirme que l’homme était armé. Un évènement qui survient au lendemain de l’assassinat en direct d’un autre afro-américain, celui-ci non-armé. par la police de Tulsa dans l’Oklahoma

Hamilton, An American Musical, a été écrit, composé et mis en scène par Lin-Manuel Miranda, et dans laquelle il tenait le rôle principal d'Alexander Hamilton
Hamilton, An American Musical, a été écrit, composé et mis en scène par Lin-Manuel Miranda, et dans laquelle il tenait le rôle principal d’Alexander Hamilton

Lin-Manuel Miranda et l’après Hamilton
Lin-Manuel Miranda restera l’une des personnalités incontournables de cette année 2016 grâce à l’immense succès de sa comédie musicale, Hamilton, une relecture hip-hop de l’histoire de l’un des pères fondateurs du pays, Alexander Hamilton. Il fait la une de GQ ce mois-ci et aborde ses nouveaux projets et l’après Hamilton dans une longue interview à lire ICI

 

Le Golden boy de l’Alt-Right
Dans un numéro special consacré à « l’électorat » américain, Bloomberg Businessweek s’intéresse au « notoriously famous » Milo Yiannopoulos, ce jeune anglais de 31 ans, journaliste star du site conservateur-trash, Breitbart News, homosexuel, fervent défenseur de Trump, anti-libéral, anti-féministe et anti-immigrant. Il vient de reprendre sa tournée, « The Dangerous Faggot Tour » dans des universités américaines. Son crédo: la provocation contre tout ce qui touche au politiquement correct et son arme favorite, les campagnes de dénigrement, sur internet ou sur les réseaux sociaux, à l’instar de la campagne menée contre Leslie Jones cet été, et pour laquelle, il a été interdit à vie de Twitter.


Forever Country

Aux Etats-Unis, la country music est toujours un genre très apprécié des américains, surtout dans le sud du pays, et pour fêter cette histoire d’amour, 30 artistes de country music se sont réunis autour de Dolly Parton, John Denver et Willie Nelson dans un video-clip intitulé « Forever Country » enregistré lors de 50ème cérémonie des Country Music Awards (CMA) qui sera diffusé en novembre prochain.


Enfin Mention spéciale ce matin à la couverture du New York Post. Ca reste un tabloïd pro-Trump mais ils sont parfois très drôles.

New York Post - Edition du 21 septembre 2016
New York Post – Edition du 21 septembre 2016

Bloomberg Businessweek: Baltimore, filmée « 24/7 »

En couverture de Bloomberg BusinessWeek la semaine dernière, le programme de surveillance de la ville de Baltimore, un avion qui survole la ville équipée de caméras ultra-puissantes et censé détecter tous les crimes. Seul ombre au tableau: la population n’a jamais été mise au courant.

Bloomberg Businessweek, Aug. 29-Sept. 4, 2016.
Bloomberg Businessweek, Aug. 29-Sept. 4, 2016.

 

Depuis de l’année dernière, le Baltimore Police Department utilise l’avion pour enquêter sur toutes sortes de crimes, des cambriolages aux fusillades. Le Cessna [nom de l’avion] survole la ville jusqu’à dix heures par jour, et le public n’en n’avait pas connaissance. Une compagnie, Persistent Surveillance Systems, basé à Dayton, Ohio, a fourni ce service à la police grâce à un financement privé.
Le public n’a jamais été informé de la mise en place programme.

Baltimore est aujourd’hui l’une des villes les plus violentes des Etats-Unis et le théâtre d’émeutes l’année dernière à la suite de l’arrestation et de la mort de Freddie Gray. L’une des 700 caméras de rue qui équipent ville a filmé l’arrestation musclée du jeune afro-américain mais aucune vidéo n’a été retrouvé du trajet du fourgon de police dans lequel il est tombé coma avant de mourrir une semaine plus tard. Une bavure  des forces de police qui va entrainer des émeutes un peu partout dans ville au mois d’Avril 2015 où sera décrétée l’état d’urgence.

Le système de surveillance aérien, qui a mis une dizaine d’années avant d’être au point et fournir des images de qualité, a été testé par plusieurs des villes des Etats-Unis, dont Los Angeles and Dayton, mais rapidement abandonné devant le flot de critiques qu’il a suscité, notamment par rapport au respect de la vie privée.
La polémique suscitée par cette technologie lui a néanmoins servi de publicité à travers le pays, et le soutien d’un milliardaire texan, qui s’est proposé de financer la mise en place du système si tant est qu’une ville veuille bien l’accepter.

Capture d'écran d'une vidéo prise de l'avion Cessna qui effectue des rondes quotidiennes au dessus de la ville de Baltimore / Bloomberg BusinessWeek
Capture d’écran d’une vidéo prise de l’avion Cessna qui effectue des rondes quotidiennes au dessus de la ville de Baltimore / Bloomberg BusinessWeek

La ville de Baltimore, après l’affaire Freddy Gray, était l’endroit idéal, et l’expérience à commencé dans l’anonymat le plus total en Janvier 2016.
Ni la mairie, ni la police n’ont signé de contrat avec la compagnie, et c’est un ancien agent de police de la ville qui a été recruté pour transmettre aux autorités des informations sur des affaires en cours, qu’elles décident ou non de prendre en compte.

Tout ce qui tourne autour de ce programme est top-secret. La ville n’a pas encore officiellement reconnu son existence, et la police a refusé toute demande d’interview. Le 10 Août dernier, un rapport du Département de Justice Américain a détaillé les abus systématiques du la police de Baltimore, des arrestations illégales et l’usage excessif de la force qui ciblent de manière essentiellement les communautés pauvres et minoritaires et entrainent des altercations inutiles avec les membres de la communauté.

Persistent Surveillance continue ses rondes aériennes quotidiennes et travaille plus régulièrement avec la police de Baltimore, « qui va décider ou non de la poursuite des vols et d’un éventuel financement ».

 

 

Kaepernick: « Black Lives Matter » aussi dans le football

Colin Kaepernick, le quaterback des San Francisco 49ers, a provoqué la polémique dans tout le pays, la semaine dernière, après avoir refusé de se lever pour saluer le drapeau lors d’un match amical de football américain.

Le 26 Août dernier, lors d’une rencontre de pré-saison avec les Green Bay Packers, le jeune homme de 27 ans est resté sur le banc lors de l’hymne national, auquel sont « appelés » à participer les joueurs et le staff, debouts, la main sur le coeur, généralement accompagnés par le reste du public.

Kaepernick a expliqué « avoir refusé de se lever » car il « ne voit aucune fierté dans le drapeau d’un pays qui oppresse les noirs et les gens de couleur. Pour moi, c’est plus important que le football et ce serait égoiste de fermer les yeux. Il y a des corps qui jonchent les rues, et des gens qui obtiennent des départs anticipés et qui s’en sortent en toute impunité« .

C’est la première fois qu’un joueur de football prend une position aussi symbolique sur le terrain.
Un mois plus tôt, l’intervention de Lebron James, Dwyane Wade, Chris paul et Carmelo Anthony, stars du basketball, aux ESPY Awards pour dénoncer les violences policières et le profilage racial, a pourtant été très bien reçu par les supporteurs, médias et commentateurs s’étonnait le Guardian cette semaine.

Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: "Flagged"
Couverture du New York Daily News du dimanche 28 Août 2016: « Flagged »

Pourquoi donc tant de fureur avec Kaepernick?
Tout simplement parce qu’elle porte atteinte au drapeau et aux valeurs de la nation, ce qu’une partie de la population ne peut accepter, quelque soit les revendications en jeu.
Les polémiques autour du salut au drapeau sont également associées au respect des troupes américaines en exercice à l’étranger et aux vétérans, un sujet quasi-sacré pour de nombreux américains.

L’intervention inattendue de Kaepernick a provoqué la fureur des supporteurs de San Francisco qui s’en sont pris à lui sur Twitter et autres médias sociaux, en le traitant de « non-américain » et d’anti-patriotique. Certains sont même allés jusqu’à brûler son maillot, alimentant un peu plus la polémique a dans l’ensemble du pays.

Si les médias libéraux y ont vu un héros qui se bat pour ses convictions, les conservateurs ont dénoncé l’hypocrisie d’un joueur qui a terminé sur le banc la saison dernière et qui essayerait de jouer la carte raciale pour revenir sur le devant de la scène.

Le quaterback des 49ers a remis de l’huile sur le feu cette semaine en portant à l’entrainement des chaussettes sur lesquelles figuraient des cochons déguisés en policiers, et est resté à genoux hier lors de l’hymne national d’un match amical à San Diego, cette fois-ci accompagné de deux autres joueurs de son équipe, et sous les sifflets du stade.
Il s’est également engagé à versé un million de dollars à des organisations qui travaillent avec les communautés afro-américaines.

Colin Kaepernick a invité « Black Lives Matter » sur les terrains de football cette saison, à savoir maintenant si cette initiative va être soutenue par d’autres athlètes de la NFL.

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